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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Critique des m&#233;dias, entretien</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;...publi&#233;, sous ce titre lapidaire, sur un site luxembourgeois&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH63/critique_des_medias-luxembourg-08bff.png?1777326226' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='63' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien publi&#233; par un m&#233;dia luxembourgeois &lt;a href=&#034;https://www.woxx.lu/862/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; d&#233;i aner Wochenzeitung &#187;&lt;/a&gt; (&#171; L'autre hebdomadaire &#187;), le 25 novembre 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Maler, pourquoi Acrimed a-t-elle &#233;t&#233; fond&#233;e ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler : &lt;/strong&gt;Acrimed est une association qui est n&#233;e dans la foul&#233;e du mouvement social de novembre &#8211; d&#233;cembre 1995. Plus exactement de l'appel &#224; la solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes associ&#233; au nom de Pierre Bourdieu. Au cours de cette mobilisation il est apparu que la fa&#231;on dont les grands m&#233;dias traitaient ce mouvement &#233;tait unilat&#233;rale et m&#233;prisante pour les gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Qu'entendez-vous par unilat&#233;rale et m&#233;prisante ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands m&#233;dias de masse privaient de parole les gr&#233;vistes, m&#234;me quand ils affectaient de la leur donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Mais comment peut-on faire taire quelqu'un, quand il s'exprime dans les m&#233;dias ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lui donnant la parole dans des conditions telles que sa voix ne peut pas &#234;tre entendue. En 95 par exemple, diff&#233;rents responsables politiques pouvaient s'exprimer sur le plateau, alors que le point de vue des gr&#233;vistes &#233;tait donn&#233; hors du plateau, dans des conditions d'expression extr&#234;mement difficiles. Le d&#233;s&#233;quilibre &#233;tait flagrant. Autre exemple plus anecdotique : lors de la derni&#232;re gr&#232;ve des &#233;boueurs en 2003, pour la s&#233;curit&#233; des retraites. Les m&#233;dias ont r&#233;ussi le tour de force de ne jamais demander leur avis aux &#233;boueurs. Quand les enseignants font la gr&#232;ve, ils ont partiellement le droit de parler de ce que les m&#233;dias appellent leur malaise&#171; . Ils ont le droit d'exhiber leurs &#172;sympt&#244;mes&#171; . Mais quand il s'agit des &#233;boueurs &#233;videmment, le m&#233;pris social est sans limites . Comme si quelqu'un qui ramasse des ordures ne pouvait pas s'exprimer sur ses conditions de travail ou son salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Cela commence donc par un traitement m&#233;diatique in&#233;gal.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une observation faite par Acrimed : l'absence de repr&#233;sentation de la diversit&#233; sociale, culturelle et politique dans les m&#233;dias. Nous avons une grande pluralit&#233; dans les diff&#233;rents canaux audiovisuels qui propagent les nouvelles. Mais cette pluralit&#233; dissimule une grande homog&#233;n&#233;isation des points de vue possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Qui est responsable de cette appauvrissement de la diversit&#233; dans la repr&#233;sentation m&#233;diatique ? La concentration &#233;conomique croissante dans le secteur des m&#233; &#187;dias, ou une r&#233;elle volont&#233; politique &#224; &#233;touffer certaines voix ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont &#233;videmment les concentrations tout &#224; la fois multinationales et multim&#233;dia. Des grands conglom&#233;rats qui associent presse &#233;crite, &#233;dition mais aussi cin&#233;mas, parcs d'attractions et cha&#238;nes h&#244;teli&#232;res. Et dans le cas fran&#231;ais marchand de canons et marchand de b&#233;ton. Le plus important pour les grandes multinationales n'est pas leur concentration, aussi grave soit-elle, mais leur moteur. Ce moteur est la financiarisation croissante. Il ne suffit pas pour les m&#233;dias d'&#234;tre relativement rentables. Aujourd'hui il faut qu'ils ram&#232;nent des profits &#233;quivalents &#224; ce que peut rapporter l'industrie de l'armement par exemple. Dans ces conditions les premiers clients des m&#233;dias ne sont pas les lecteurs, auditeurs ou t&#233;l&#233;spectateurs, mais les actionnaires. Le reste, qu'il faudrait expliquer, en d&#233;coule largement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Quelle est l'action concr&#232;te d'Acrimed contre ces abus dans les m&#233;dias de masse ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acrimed est une association-carrefour qui associe des chercheurs universitaires, des journalistes et des acteurs sociaux et politiques, qui mettent en commun leurs exp&#233;riences. La premi&#232;re mission consiste &#224; interpeller les forces associatives et syndicales sur leur inertie en ce qui concerne la question des m&#233;dias. Et inertie c'est encore peu dire, j'aurais pu dire complaisance ou d&#233;robade. Il s'agit de leur rappeler la centralit&#233; de la question des m&#233;dias et de l'information. Nous commen&#231;ons &#224; obtenir quelques r&#233;sultats sur ce terrain. Deuxi&#232;me chose, nous agissons plus directement &#224; partir de notre site internet, qui conna&#238;t un public de plus en plus grand, et aussi &#224; travers les d&#233;bats publics auxquels les membres de notre association participent depuis plus de cinq ans. C'est une action de mise en alerte d'un certain nombre de publics, de ce qu'on peut appeler la gauche de gauche ou le public altermondialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ne craignez-vous pas d'&#234;tre &#233;litiste ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est effectivement un risque. Nous reconnaissons que nous nous adressons en premier lieu &#224; un public relativement limit&#233;, &#224; cause notamment des in&#233;galit&#233;s d'usage d'internet. Notre ambition est de toucher tous les milieux populaires, mais pour cela il nous faut des relais. Ces relais ce sont les d&#233;bats publics o&#249; participent des publics socialement tr&#232;s divers, des syndicalistes, des membres d'associations de ch&#244;meurs ou autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Acrimed aurait donc besoin d'associations-relais ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons certainement des choses &#224; dire, mais pas &#224; prescrire. C'est au tour des associations d'introduire ce th&#232;me dans leurs d&#233;bats. Au niveau local, les comit&#233;s Attac sont impliqu&#233;s dans nos d&#233;bats et nos activit&#233;s sur le terrain. Par contre cela fait des ann&#233;es que nous constatons qu'au niveau national Attac reste encore relativement inerte sur la question. M&#234;me s'il existe d&#233;sormais des d&#233;clarations officielles pour faire de la critique des m&#233;dias &#224; nouveau une question centrale et d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;D'o&#249; vient cette inertie ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a sans doute plusieurs motifs, et bien s&#251;r cela va bien au-del&#224; d'Attac. Les m&#233;dias sont beaucoup moins puissants qu'on le dit commun&#233;ment. D'abord parce que le public n'est ni une &#233;ponge, ni un chiot qu'on dresse. Le r&#233;sultat de la campagne r&#233;f&#233;rendaire en est le meilleur exemple, il montre que les publics &#8211; au pluriel &#8211; ont des usages de l'information qui peuvent &#234;tre tr&#232;s s&#233;lectifs et tr&#232;s critiques. Mais nombre de forces politiques, d'associations, de syndicats, dans le souci l&#233;gitime de faire conna&#238;tre leurs actions et leurs propositions, surestiment la puissance des m&#233;dias. Ce faisant, ils leur conc&#232;dent un formidable pouvoir d'intimidation et pr&#233;f&#232;rent ne pas prendre le risque de mener une critique &#224; la fois radicale et d&#233;mocratique de la fa&#231;on dont sont construits l'information et le d&#233;bat public. C'est aussi bien vrai pour le monde politique qui ne veut pas effrayer les grands groupes de presse en limitant leurs march&#233;s, que pour les intellectuels dits critiques &#8211; qui sont li&#233;s &#224; des mouvements politiques. Et qui pour une petite tribune libre dans le Monde ou un passage dans une &#233;mission nocturne, s'abstiennent trop souvent de compromettre leur chance de b&#233;n&#233;ficier d'un strapontin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pour rester de l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;cran : les &#233;coles de journalisme aussi bien que la pr&#233;carisation croissante dans le secteur des m&#233;dias expliquent-elles les caren-&lt;br class='autobr' /&gt;
ces de la soci&#233;t&#233; de l'information ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;coles, il faut calculer qu'environ 20 % seulement des journalistes sortent des &#233;coles de journalisme. Ensuite il faut diff&#233;rencier selon ces institutions, car il y en a que tr&#232;s peu qui soient prestigieuses. En France ils fournissent g&#233;n&#233;ralement des journalistes pour la presse r&#233;gionale, mais il faut consid&#233;rer aussi que le journalisme n'est pas un m&#233;tier unifi&#233; : il y a une diff&#233;rence &#233;norme entre un pr&#233;sentateur de journal t&#233;l&#233;vis&#233; et un localier sportif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l&#224; o&#249; les &#233;coles deviennent un vrai goulot d'&#233;tranglement social, culturel et professionnel, c'est dans les quelques grandes &#233;coles qui dominent le march&#233; : le CFJ de Paris, la toute nouvelle &#233;cole de journalisme de Sciences-Po et &#8211; un peu moins &#8211; l'ESJ de Lille. Ce sont les plus gros fournisseurs de journalistes politiques et &#233;conomiques, qui sont appel&#233;s &#224; occuper les sommets de la profession. Or, par leur trajet social et culturel, il est &#233;vident qu'ils sont ajust&#233;s &#224; la vision de la politique politicienne, &#224; la vue entrepreneuriale de l'entreprise et la vision &#233;litaire de la culture et, partant, &#224; une conception n&#233;o-lib&#233;rale de la soci&#233;t&#233;. Ceux-l&#224; dominent le journalisme et leur domination est renforc&#233;e par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la pr&#233;carisation des soutiers de l'information dont l'ind&#233;pendance est quasi-inexistante participe &#224; cette &#233;volution. Dans le sens o&#249; l'ind&#233;pendance m&#234;me du journaliste est mise en p&#233;ril. Un pigiste &#8211; et il y en a de plus en plus &#8211; ne refuse pas un th&#232;me propos&#233;, m&#234;me si personnellement il ne couvrirait pas l'&#233;v&#233;nement. Alors qu'un grand reporter chevronn&#233; peut discuter avec son r&#233;dacteur en chef, le pigiste, m&#234;me r&#233;fractaire, fournit ce qu'on lui commande parce qu'il est sous la pression permanente du chantage &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Luc Caregari&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le plaidoyer des ma&#238;tres-tanceurs </title>
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		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;R&#233;plique &#224; un dossier &lt;i&gt;du Monde&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH136/le_plaisdoyer-41267.jpg?1777326226' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='136' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;plique &#224; un dossier &lt;i&gt;du Monde&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/social-et-economie/-/le-plaidoyer-des-maitres-tanceurs-sous-titre-par-henri-maler-philosophe-membre-de-lassociation-acrimed-action-critique-medias&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233;e dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; le 22 septembre 1998&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1998/09/18/les-intellectuels-face-aux-medias_3669027_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les intellectuels face aux m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt;. Sous ce titre, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 18 septembre 1998 a publi&#233; deux pages de contributions, &#233;manant de six animateurs de revue, sur onze pressentis (et tant d'autres oubli&#233;s&#8230;), invit&#233;s &#224; s'interroger sur le r&#244;le des m&#233;dias. Pour quel r&#233;sultat ? Et d'abord pourquoi ? C'est ce que tente d'expliquer un &#233;ditorialiste (anonyme) qui prend la parole au nom de toute la corporation des journalistes et justifie ainsi sa pr&#233;sentation &#171; objective &#187; : Serge Halimi, dans &lt;i&gt;Les Nouveaux Chiens de garde&lt;/i&gt;, a relanc&#233; le &#171; proc&#232;s du journalisme &#187; ; &#171; les &#187; journalistes jugent que le &#171; r&#233;quisitoire &#187; de Pierre Bourdieu est &#171; univoque &#187; quand il affirme que &#171; le champ journalistique est de plus en plus soumis aux exigences du march&#233; &#187;. R&#233;quisitoire univoque, en effet,&#8230; mais &#224; condition d'effacer &#171; de plus en plus &#187; et de remplacer &#171; champ journalistique &#187; par &#171; tous les journalistes &#187;. Pierre Bourdieu doit imm&#233;diatement d&#233;missionner du Coll&#232;ge de France !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#171; proc&#232;s du journalisme &#187;, &#224; n'en pas douter&#8230; mais &#224; condition d'oublier que Serge Halimi analyse le r&#244;le que jouent une trentaine de personnes et montre faits &#224; l'appui ce qu'annonce sa quatri&#232;me de couverture : &#171; Un petit groupe de journalistes omnipr&#233;sents et dont le pouvoir est confort&#233; par la loi du silence impose sa d&#233;finition de l'information-marchandise &#224; une profession de plus en plus fragilis&#233;e par la crainte du ch&#244;mage. &#187; Reconnaissons que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'a livr&#233;, en l'occurrence, aucune &#171; information-marchandise &#187;, m&#234;me s'il a respect&#233; la loi du silence&#8230; puisqu'il n'a pas rendu compte de l'ouvrage de Serge Halimi. Quant &#224; ce dernier, s'il en b&#233;n&#233;ficie, qu'il rende imm&#233;diatement sa carte de presse ! Et avec lui les nombreux journalistes (nous les avons rencontr&#233;s) qui confirment les r&#233;sultats du journalisme d'investigation tel que le pratique Serge Halimi : des faits, dont on peut discuter l'interpr&#233;tation, &#224; condition de ne pas en taire l'existence. &#192; moins que l'on ne pr&#233;f&#232;re la sanction : si les faits sont t&#234;tus, qu'on leur coupe la t&#234;te !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle surprise alors de lire que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; se propose de &#171; prolonger le d&#233;bat &#187; qu'il a si peu ouvert en publiant des r&#233;ponses &#224; une question qu'il a soigneusement ferm&#233;e. &#192; lire ces r&#233;ponses, deux conclusions s'imposent. Heureusement qu'il existe, si l'on excepte Michel Surya, qui a le mauvais go&#251;t de mettre en question les &#171; intellectuels de pouvoir &#187;, des sp&#233;cialistes des r&#233;ponses obliques aux questions biais&#233;es. Heureusement que Pierre Bourdieu n'existe pas, du moins pour ceux qui n'ont pas la patience de le lire : il suffit de l'inventer (en lui faisant dire n'importe quoi) pour prendre part ainsi &#224; la m&#233;diocre campagne orchestr&#233;e autour de son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du d&#233;bat, que reste-t-il ? Le plaidoyer des ma&#238;tres-tanceurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>20 ans apr&#232;s, retours sur le r&#233;f&#233;rendum de 2005</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/20-ans-apres-retours-sur-le-referendum-de-2005.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Schwartz, Henri Maler</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Introduction de &lt;i&gt;M&#233;dias en campagne. Retours sur le r&#233;f&#233;rendum de 2005&lt;/i&gt;, publi&#233; aux &#233;ditions Syllepse en 2005.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L96xH150/medias-en_campagne-37258.jpg?1756992247' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 29 mai 2005, le trait&#233; &#233;tablissant une Constitution pour l'Europe &#233;tait rejet&#233; par r&#233;f&#233;rendum. &#192; l'occasion de ce vingti&#232;me anniversaire, Acrimed a publi&#233; au fil de l'&#233;t&#233; les diff&#233;rents chapitres de M&#233;dias en campagne. Retours sur le r&#233;f&#233;rendum de 2005 (Henri Maler et Antoine Schwartz, &lt;a href=&#034;https://www.syllepse.net/medias-en-campagne-_r_25_i_271.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Syllepse&lt;/a&gt;, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je publie ici l'introduction, suivie des liens aux chapitres publi&#233;s par Acrimed&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Des m&#233;dias d&#233;savou&#233;s, mais toujours dominants&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, la construction europ&#233;enne, puis le projet de &#171; Trait&#233; &#233;tablissant une Constitution pour l'Europe &#187; (TCE) ont b&#233;n&#233;fici&#233; d'un traitement &#171; exemplaire &#187; dans les m&#233;dias dominants : &#224; plusieurs voix, certes, mais (presque) &#224; sens unique.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Quand vint le 29 mai 2005 : avec pr&#232;s de 55% des suffrages exprim&#233;s, une nette majorit&#233; des Fran&#231;ais rejetait le projet. Vu du c&#244;t&#233; de la minorit&#233; des patrons de presse, &#233;ditorialistes, et &#171; experts &#187; qui occupent le devant de la sc&#232;ne m&#233;diatique, le bilan est rapidement tir&#233; : non seulement l'&#233;chec de leur engagement forcen&#233; en faveur de l'adoption du Trait&#233; n'aurait pas infirm&#233; l'excellence de leur travail, mais il aurait confirm&#233; son innocuit&#233;. La preuve, disent-ils, devenus soudainement modestes, que notre pouvoir est limit&#233;, c'est qu'il s'est r&#233;v&#233;l&#233; apparemment sans effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment&#8230; Car, parmi d'autres &#171; pouvoirs &#187; sur lesquels nous reviendrons, les m&#233;dias disposent de celui de se faire oublier ou, plus exactement, d'entretenir l'amn&#233;sie sur leurs &#339;uvres pass&#233;es quand celles-ci ne co&#239;ncident pas avec les contes et l&#233;gendes du &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui se souvient par exemple de la campagne du r&#233;f&#233;rendum de Maastricht, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier objet de ce livre est donc de proposer un aide-m&#233;moire : pour que celles et ceux qui, journalistes inclus, ont eu &#224; subir l'omnipr&#233;sence et l'arrogance de l'oligarchie qui tr&#244;ne au sommet de l'espace m&#233;diatique&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; n'oublient pas. Et ne n&#233;gligent pas, s'ils sont tent&#233;s de le faire, d'en tirer quelques cons&#233;quences&lt;strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le 6 juin 2005, l'association Acrimed (Action-Critique-M&#233;dias) adressait une &#171; Lettre ouverte &#224; la gauche de gauche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sign&#233;e, pour le Collectif d'Animation d' Acrimed,, par Patrick Champagne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sous le titre &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Lettre-ouverte-a-la-gauche-de-gauche-Les-medias-desavoues-Et-maintenant&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les m&#233;dias d&#233;savou&#233;s ? Et maintenant ? &#187;&lt;/a&gt;, on pouvait lire ceci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La critique du r&#244;le des &#8220;grands m&#233;dias&#8221; pendant et apr&#232;s le vote du 29 mai 2005 ne devrait pas rester sans suites. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Rarement (du moins dans un pass&#233; r&#233;cent) la contestation de l'ordre m&#233;diatique dominant aura &#233;t&#233; aussi forte qu'elle le fut &#224; l'occasion de la campagne du r&#233;f&#233;rendum sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement (mais beaucoup moins...), le pluralisme d&#233;mocratique aura &#233;t&#233; aussi ouvertement et cyniquement bafou&#233; par les grand m&#233;dias, publics ou priv&#233;s, que leurs chefferies &#233;ditoriales ont tent&#233; de mobiliser en faveur du Trait&#233; Constitutionnel. Au m&#233;pris non seulement des &#233;lecteurs, mais aussi de journalistes enr&#244;l&#233;s, bon gr&#233; mal gr&#233; (et non sans fortes r&#233;sistances comme en t&#233;moigne l'appel lanc&#233; par des personnels du secteur public), dans une campagne qui n'est pas la leur et, en tout cas, pas digne des m&#233;tiers de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arrogance des &#233;ditorialistes et chroniqueurs multicartes, des pr&#233;sentateurs d'&#233;mission et des contr&#244;leurs d'antenne, des experts en tous genres et des tenanciers toutes cat&#233;gories qui occupent l'espace m&#233;diatique et en contr&#244;lent l'acc&#232;s s'est exprim&#233;e sans aucune retenue. Se r&#233;servant le monopole de &#171; la raison &#187;, face &#224; des opposants auxquels ils n'accordent que des passions, de pr&#233;f&#233;rence, les plus basses et les desseins les plus inavouables, ils se sont attribu&#233;s du m&#234;me coup le monopole de la &#171; p&#233;dagogie &#187;. Aveugl&#233;s par leur propre domination, ils se tiennent pour l&#233;gitimes parce qu'ils proclament qu'ils le sont. Peu leur importe le d&#233;saveu massif dont ils ont fait l'objet. Apr&#232;s le vote, ils continuent, cyniquement, sans vergogne et toute hargne dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun a pu v&#233;rifier tout cela et le dossier r&#233;uni par Acrimed le confirme amplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette situation n'est pas nouvelle. En 1995, pour ne pas remonter plus loin, les m&#234;mes s'&#233;taient mobilis&#233;s contre des gr&#233;vistes &#171; irresponsables &#187;, &#171; incultes &#187; et &#171; dangereux &#187;. En 2003, les m&#234;mes ont r&#233;cidiv&#233;, exhibant leur morgue et leur m&#233;pris. Faut-il une fois pass&#233;s les moments fort de la mobilisation, remiser notre r&#233;volte et n'avoir pour seule ambition que de tenter, non sans cynisme nous aussi, de nous servir des m&#233;dias dominants sans contester leur domination ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est que trop &#233;vident qu'&lt;strong&gt;une telle domination, parce qu'elle s'exerce en permanence, doit faire l'objet d'une vigilance, d'une critique et d'une action permanentes. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Les enjeux sont d'importance. Certes, le pouvoir que les m&#233;dias dominants s'attribuent est moins grand qu'ils le pr&#233;tendent ou qu'ils le voudraient : les lecteurs, les auditeurs, les t&#233;l&#233;spectateurs ne sont pas des &#233;ponges qui absorbent n'importe quoi ou des chiots que l'on peut dresser &#224; volont&#233;. Le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum vient de le confirmer. Mais le pouvoir des grands m&#233;dias reste exorbitant lorsqu'il s'exerce sans partage (ou si peu). Le pluralisme est une question de principe et non d'opportunit&#233;. C'est pourquoi s'il ne faut pas leur reconna&#238;tre plus de puissance qu'ils n'en ont, il ne faut pas la m&#233;sestimer et accepter les abus de pouvoir dont ils sont responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils se rassurent : nul ne conteste la libert&#233; d'expression des prescripteurs d'opinion pris un &#224; un, bien que les nuances qui les distinguent n'affectent gu&#232;re leur consensus. Mais comment ne pas constater que, pris dans leur grande majorit&#233;, ils d&#233;tiennent un quasi-monopole qui s'exerce au m&#233;pris du d&#233;bat d&#233;mocratique dont ils se croient les g&#233;rants ou les propri&#233;taires ? Quand les m&#233;dias, pris dans leur ensemble, s'expriment &#224; plusieurs voix certes, mais dans le m&#234;me sens, ils sont &lt;strong&gt;les&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;acteurs d'un pluralisme an&#233;mi&#233; et d'une d&#233;mocratie mutil&#233;e&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le m&#234;me le &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187;, comme on dit, qui &#224; la fois affecte la repr&#233;sentation politique et s'&#233;tend aux m&#233;dias dominants, notamment parce que leurs formes d'appropriation et de financement, leurs hi&#233;rarchies r&#233;dactionnelles et leurs orientations &#233;ditoriales contribuent &#224; les transformer en instruments de campagnes politiques &#224; sens unique. Si le secteur public de l'audiovisuel est le premier concern&#233;, il n'est pas le seul : le &#171; d&#233;calage &#187; (pour utiliser un terme pudique) entre, d'une part, un espace m&#233;diatique livr&#233; &#224; une domination pratiquement sans partage des tenants du lib&#233;ralisme, plus ou moins social, et, d'autre part, la diversit&#233; sociale, culturelle et politique de leurs publics, est devenu patent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc l'ordre m&#233;diatique existant lui-m&#234;me qui doit &#234;tre transform&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel qui, au printemps 1996, a donn&#233; naissance &#224; notre association et demeure au fondement de son action, d&#233;clarait d&#233;j&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Persuad&#233;s que la d&#233;mocratie court un grand risque quand la population est priv&#233;e de la possibilit&#233; de se faire entendre et comprendre dans les grands m&#233;dias, en particulier lorsque la situation sociale est tendue et la n&#233;cessit&#233; du d&#233;bat plus vive ; Persuad&#233;s que l'exigence de d&#233;mocratie dans les m&#233;dias est d&#233;terminante dans la lutte pour instaurer une soci&#233;t&#233; respectueuse de l'&#233;galit&#233; effective des droits de toutes et de tous ; Nous d&#233;non&#231;ons :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt; l'appropriation de la plupart des grands m&#233;dias par les puissances financi&#232;res et politiques qui s'en servent sans compter pour permettre &#224; &#034;ceux d'en haut&#034; d'imposer leurs valeurs et leurs d&#233;cisions &#224; &#034;ceux d'en bas&#034; ;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt; l'h&#233;g&#233;monie des discours convenus et conformes, parfois &#224; plusieurs voix mais toujours &#224; sens unique (sur Maastricht, la monnaie unique, les gr&#232;ves, les plans Jupp&#233;, etc.) ; &lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;les multiples d&#233;rives de l'information que nombre de journalistes sont les premiers &#224; constater et &#224; condamner (transformation de l'information en spectacle et du spectacle en information) ; &lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt; la subordination fr&#233;quente des journalistes &#224; une logique qui les prive peu &#224; peu de leur ind&#233;pendance r&#233;dactionnelle et les transforme en simples auxiliaires d'une machine dont les priorit&#233;s &#233;chappent aux exigences de l'information. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Rien n'a chang&#233; depuis, bien au contraire. L'appel concluait : &#171; &lt;i&gt;Une population en &#233;tat d'ex-communication permanente, un pays qui ne peut plus (se) communiquer par le moyen des m&#233;dias, et c'est la d&#233;mocratie qui d&#233;p&#233;rit.&lt;/i&gt; &#187; Cela demeure aujourd'hui, s'agissant des &#171; grands m&#233;dias &#187;, notre conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est assez dire que la question des m&#233;dias est une question politique, ne serait-ce que pour cette raison : leurs &#233;checs n'emp&#234;chent pas ces m&#233;dias de rester dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir dont ils disposent, certes, n'est ni uniforme, ni &#233;crasant : il diff&#232;re selon les m&#233;dias et ne s'exerce pas m&#233;caniquement sur des &#171; consommateurs &#187; passifs. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'UN &#171; pouvoir &#187;, mais de plusieurs : pouvoir de cons&#233;cration ou de stigmatisation (des individus ou des groupes sociaux), pouvoir de r&#233;v&#233;lation ou d'occultation (des faits et des analyses dissimul&#233;s &#224; la connaissance publique), pouvoir de probl&#233;matisation (des questions et des solutions l&#233;gitimes), etc.&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;De surcro&#238;t, ces pouvoirs multiples dont les effets varient selon les m&#233;dias et leurs publics ne s'exercent pas isol&#233;ment et sans partage. Le &#171; pouvoir des m&#233;dias &#187; n'est pas autonome, mais d&#233;pend de leurs relations &#224; d'autres pouvoirs, &#233;conomiques et politiques, dont le microcosme m&#233;diatique est plus ou moins d&#233;pendant. Les r&#233;seaux des pr&#233;tendues &#171; &#233;lites &#187; &#233;conomiques, politiques et m&#233;diatiques ne sont que la forme la plus apparente de proximit&#233;s sociales et d'interd&#233;pendances structurelles dont les configurations et l'intensit&#233; peuvent varier sans&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&#234;tre remises en cause. En raison, notamment, de leurs origines sociales, de leurs parcours scolaires et des conditions de leur recrutement, les journalistes les plus influents peuvent bien ne pas ob&#233;ir imm&#233;diatement aux ordres d'un gouvernement ou de leurs employeurs et pourtant &#234;tre spontan&#233;ment ajust&#233;s &#224; leurs exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faible autonomie du champ journalistique &#224; l'&#233;gard des pouvoirs &#233;tablis permet de comprendre pourquoi, en d&#233;pit de quelques conflits, la connivence des journalistes politiques dominants avec les repr&#233;sentants politiques majoritaires s'impose &#171; naturellement &#187; sans &#234;tre toujours intentionnelle (et il importe finalement assez peu de savoir si elle l'est vraiment). L'ing&#233;rence directe peut &#234;tre l'exception (et laisser le champ libre aux discours sur l'ind&#233;pendance des journalistes) et la subordination sociale et culturelle demeurer n&#233;anmoins la r&#232;gle. Sans &#234;tre m&#233;canique, la soumission des m&#233;dias aux puissances financi&#232;res et aux logiques &#233;conomiques peut s'exercer d'autant plus efficacement qu'elle demeure souvent peu visible. &lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;C'est pourquoi les liens &#233;troits qu'entretiennent les m&#233;dias tels qu'ils sont avec le monde social tel qu'il est rendent solidaires la question politique de leur n&#233;cessaire transformation et la question politique plus globale des n&#233;cessaires transformations &#233;conomiques, sociales et politiques de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Pour saisir les obstacles qu'ils dressent, plut&#244;t que de sp&#233;culer sur les effets de persuasion unilat&#233;raux et indiff&#233;renci&#233;s que l'ordre m&#233;diatique existant produirait par sa seule action, mieux vaut s'arr&#234;ter deux des influences majeures qu'exercent ces m&#233;dias tout &#224; la fois dominants et assujettis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re repose sur leur pouvoir d'accr&#233;ditation de leur propre r&#244;le et donc&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;d'intimidation de celles et ceux qui, croyant &#224; la puissance que les m&#233;dias s'attribuent, contribuent &#224; la conforter : pouvoir d'intimidation des &#233;crivains, des cr&#233;ateurs, des chercheurs qui qu&#233;mandent la faveur des m&#233;dias dans l'espoir de faire conna&#238;tre leurs &#339;uvres ; et surtout des forces collectives, des militants et de leurs porte-parole qui pr&#233;f&#232;rent trop souvent ne pas trop importuner les m&#233;dias et leurs tenanciers, dans l'espoir qu'ils se fassent l'&#233;cho de leurs propositions et de leurs les actions et favoriser ainsi leur popularisation. Pourtant, la campagne r&#233;f&#233;rendaire de 2005 l'a montr&#233;, des avanc&#233;es et des victoires sont possibles sans les m&#233;dias et malgr&#233; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me influence exerc&#233;e par les m&#233;dias consiste dans leur pouvoir de l&#233;gitimation de certaines visions du monde qui p&#232;se en cons&#233;quence sur la mani&#232;re dont sont construits les d&#233;bats publics et les enjeux politiques. Au point que, &#224; les entendre, les seules lunettes adapt&#233;es &#224; la compr&#233;hension et aux transformations souhaitables de la soci&#233;t&#233; devraient &#234;tre n&#233;o-lib&#233;rales, avec, il est vrai, diverses moutures et montures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, bien que les m&#233;dias exercent donc pas un, mais des pouvoirs, ceux-ci participent, pour la plupart, d'une m&#234;me domination : une domination id&#233;ologique ou, mieux, symbolique qui s'exerce souvent &#224; l'insu de ceux qui la subissent, m&#234;me quand ils lui r&#233;sistent. Et m&#234;me quand ils la battent en br&#232;che comme on a pu le voir, pr&#233;cis&#233;ment, &#224; l'occasion de la campagne r&#233;f&#233;rendaire sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en. Personne n'est &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; et d&#233;finitivement immunis&#233; contre cette domination, dont notre &#171; m&#233;mento &#187; se propose moins d'en analyser les &#171; m&#233;canismes &#187; que d'en parcourir quelques figures : les simulacres d' &#171; &#233;quit&#233; &#187;, de &#171; p&#233;dagogie &#187; et de &#171; d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite, sur le site d'Acrimed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/20-ans-apres-retours-sur-le-referendum-de-2005-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vous avez dit &#171; &#233;quit&#233; ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/20-ans-apres-retours-sur-le-referendum-de-2005-3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vous avez dit &#171; p&#233;dagogie &#187; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/20-ans-apres-retours-sur-le-referendum-de-2005-4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vous avez dit &#171; d&#233;mocratie &#187; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/20-ans-apres-retours-sur-le-referendum-de-2005-5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et apr&#232;s ? D'autres m&#233;dias pour un autre monde&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dossier que nous pr&#233;sentons ici a &#233;t&#233; coordonn&#233; et mis en forme par Henri Maler et Antoine Schwartz. Compos&#233; pour l'essentiel &#224; partir d'extraits remani&#233;s des quelques 60 articles publi&#233;s sur le site d'Acrimed pendant la campagne r&#233;f&#233;rendaire, il n'existerait pas sans l'activit&#233; collective de notre association et les contributions individuelles de ses membres, ainsi que celles de nos correspondants et de l'&#233;quipe du journal &lt;i&gt;Pour Lire Pas Lu&lt;/i&gt;. Sauf pr&#233;cision, tous les articles mentionn&#233;s sont disponibles dans leur version int&#233;grale sur notre site o&#249; ils sont parus au cours m&#234;me de la campagne et quelques jours apr&#232;s le vote. Se reporter &#224; leur pr&#233;sentation : &#171; Le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en, les m&#233;dias et le d&#233;bat d&#233;mocratique &#187; (&lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article1950.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.acrimed.org/article1950.html&lt;/a&gt;)&lt;strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui se souvient par exemple de la campagne du r&#233;f&#233;rendum de Maastricht, qui avait donn&#233; lieu aux m&#234;mes d&#233;s&#233;quilibres, aux m&#234;mes exc&#232;s ? D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque pourtant, le CSA devait admettre qu'au cours de l'&#233;t&#233; 1992, &lt;i&gt;&#171; le &#8216;&#8216;oui'' avait dispos&#233; d'un temps d'antenne sup&#233;rieur au &#8216;&#8216;non'' : 46 % de plus sur TF1, 53 % sur Antenne 2, 191 % sur France 3 &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 08.09.92).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sign&#233;e, pour le Collectif d'Animation d' Acrimed,, par Patrick Champagne, Henri Maler et Aline Pailler.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Petit lexique pour temps de gr&#232;ves et de manifestations</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Petit-lexique-pour-temps-de-greves-et-de-manifestations.html</link>
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		<dc:date>2024-11-22T14:08:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler, Yves Rebours</dc:creator>


		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La langue automatique du journalisme officiel est une langue de bois officielle.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH119/petit_lexique-f0713.jpg?1732290932' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='119' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Version initiale, publi&#233;e &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Lexique-pour-temps-de-greves-et-de-manifestations&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt;, plusieurs fois enrichie et compl&#233;t&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce lexique, publi&#233; en 2003 sur le site d'Acrimed a connu plusieurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La langue automatique du journalisme officiel est une langue de bois officielle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; R&#233;forme &#187; : &lt;/strong&gt;Quand une r&#233;forme propos&#233;e est impos&#233;e, cela s'appelle &#171; LA r&#233;forme &#187;. Et s'opposer &#224; cette r&#233;forme devient : le &#171; refus de la r&#233;forme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; R&#233;formistes &#187; : &lt;/strong&gt; D&#233;signe ou qualifie les personnes ou les syndicats qui soutiennent ouvertement les r&#233;formes gouvernementales ou se bornent &#224; proposer de les am&#233;nager. Les partisans d'autres r&#233;formes constituent un &#171; front du refus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Modernisation &#187; : &lt;/strong&gt; Synonyme de &#171; r&#233;forme &#187; ou de l'effet attendu de &#171; LA r&#233;forme &#187;. &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; Modernisation est, par principe, aussi excellente que &lt;i&gt;la&lt;/i&gt;r&#233;forme... puisque, comme l'avait fort bien compris, M. de La Palisse, fondateur du journalisme moderne, la modernisation permet d'&#234;tre moderne. Et pour &#234;tre moderne, il suffit de moderniser. Le modernisme s'oppose &#224; l'archa&#239;sme. Seuls des esprits archa&#239;ques peuvent s'opposer &#224; la modernisation. Et seuls des esprits tout &#224; la fois archa&#239;ques, r&#233;actionnaires et s&#233;ditieux peuvent avoir l'audace et le mauvais go&#251;t de proposer de subordonner &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; modernisation au progr&#232;s social. D'ailleurs, &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; modernisation est indiff&#233;rente &#224; la justice sociale, que la modernit&#233; a remplac&#233;e par l'&#171; &#233;quit&#233; &#187;. Voir ce mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &#201;quit&#233; &#187; : &lt;/strong&gt;D&#233;signe le souci (on parle de &#171; souci d'&#233;quit&#233; &#187;... qui permet de r&#233;duire des avantages (relatifs) de certains salari&#233;s au lieu de les faire partager &#224; tous. Ce terme est sans emploi s'agissant des pr&#233;tendues &#171; &#233;lites &#187;, exempt&#233;es de quelque concession par leur naturel &#171; souci d'&#233;quit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Privil&#232;ges &#187; : &lt;/strong&gt;D&#233;signe les avantages (relatifs) dont disposent certains salari&#233;s par comparaison &#224; d'autres, mais non les avantages exorbitants dont disposent les tenanciers de tous les pouvoirs au d&#233;triment de ceux sur lesquels ces pouvoirs s'exercent. Les tenanciers des m&#233;dias, par exemple, disposent de quelques avantages qu'ils doivent &#224; leur seul m&#233;rite, tandis que les infirmi&#232;res, les cheminots ou les enseignants, sont des privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; In&#233;galit&#233;s &#187; : &lt;/strong&gt; Ne d&#233;signe que les rapports entre les salari&#233;s du public et les salari&#233;s du priv&#233;. Tous les autres rapports sont &#171; conformes &#224; l'&#233;quit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Concern&#233;s &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit des secteurs ou des personnes qui sont imm&#233;diatement vis&#233;s par &#171; &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; r&#233;forme &#187;. Sinon, dire : &#171; les cheminots ne sont pas concern&#233;s par la r&#233;forme des retraites &#187; ou &#171; les enseignants ne sont pas concern&#233;s par la d&#233;centralisation &#187;. Vous pouvez pousser le souci de la rigueur jusqu'&#224; affirmer que &#171; les cheminots ne sont pas directement concern&#233;s &#187;. Dans les deux cas, vous pouvez m&#234;me ajouter qu'ils &#171; se sentent menac&#233;s &#187;. D'o&#249; l'on peut d&#233;duire ceci : se sentir menac&#233;, ce n'est pas &#234;tre menac&#233;, et, en tout cas, &#234;tre ou se sentir menac&#233;, ce n'est pas &#234;tre concern&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Malaise &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit du &#171; trouble &#187;, plus ou moins profond, qui peut aller jusqu'au &#171; mal-&#234;tre &#187;, v&#233;cu ou ressenti par une profession. Au printemps 2003, le &#171; malaise &#187; affecte particuli&#232;rement les enseignants. Le &#171; malaise &#187; peut se traduire par des &#171; revendications &#187; qui sont alors que des &#171; sympt&#244;mes &#187;. Le &#171; malaise &#187; et ses &#171; sympt&#244;mes &#187;, diagnostiqu&#233;s par les &#233;ditorialistes et les experts, r&#233;clament un &#171; traitement &#187; appropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Grogne &#187; : &lt;/strong&gt;Un des sympt&#244;mes les plus graves du &#171; malaise &#187;, un signe de l'animalit&#233; priv&#233;e de mots des &#171; grognons &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Lire sur le site d'Acrimed :&#171; La grogne &#187; : manifestants et gr&#233;vistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les gr&#232;ves et les manifestations se traduisent par &#171; un mouvement de grogne &#187; (entendu sur LCI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Troupes &#187; : &lt;/strong&gt;Mode d'existence collective des gr&#233;vistes et des manifestants, quand ils r&#233;pondent (ou se d&#233;robent) aux appels et aux consignes des syndicats. Parler de &#171; troupes de manifestants &#187;, de &#171; troupes syndicales &#187;, de syndicats qui mobilisent leurs &#171; troupes &#187; (ou qui &#171; ne contr&#244;lent pas leurs &#8220; troupes&#8221; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Troubles sociaux &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit des effets de la mobilisation des &#171; troupes &#187;. Un journaliste rigoureux se garde g&#233;n&#233;ralement de les d&#233;signer comme des &#171; soubresauts &#187;, ainsi que le fait au cours du journal t&#233;l&#233;vis&#233; de 20 h sur TF1 le mercredi 28 mai 2003, le bon M. Raffarin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pagaille &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit des encombrements un jour de gr&#232;ve des transports. Par opposition, sans doute, &#224; l'harmonie qui r&#232;gne en l'absence de gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Gal&#232;re &#187; : &lt;/strong&gt;se disait (et peut se dire encore...) des conditions d'existence des salari&#233;s priv&#233;s d'emploi et des jeunes priv&#233;s d'avenir, vivotant avec des revenus mis&#233;rables, de boulots pr&#233;caires en stages de r&#233;insertion, assign&#233;s &#224; r&#233;sidence dans des quartiers d&#233;sert&#233;s par les services public, sans loisirs, et subissant des temps de transports en commun d&#233;mesur&#233;s. Mais tout cela &#233;tait (et restera sans doute...) invisible &#224; la t&#233;l&#233;vision et sans responsables facilement identifiables. En somme, tout &#231;a ne constitue pas, pour les m&#233;dias, une information bien &#034;sexy&#034;. En revanche, &#171; Gal&#232;re &#187; se dit d&#233;sormais des difficult&#233;s de transports les jours de gr&#232;ve : on peut ais&#233;ment les mettre en images (cf. les contre-plong&#233;es dans la gare de Lyon) et les imputer &#224; un coupable d&#233;sign&#233;, le gr&#233;viste. C'est une information d&#233;cisive, dont les t&#233;l&#233;visions ne se lassent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Noir &#187; : &lt;/strong&gt;Qualifie un mardi de gr&#232;ve. On parlera alors de &#171; mardi noir &#187;. Peut &#233;galement se dire des autres jours de la semaine. &#171; Rouge &#187; est la couleur r&#233;serv&#233;e aux embouteillages des week-end, des d&#233;parts ou des retours de vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Surench&#232;re &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit, particuli&#232;rement au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, de tout refus des mesures impos&#233;es par le gouvernement, dont l'attitude au contraire se caract&#233;rise par la &#171; fermet&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Durcissement &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit de la r&#233;sistance des gr&#233;vistes et des manifestants quand elle r&#233;pond &#224; la &#171; fermet&#233; &#187; du gouvernement, une &#171; fermet&#233; &#187; qui n'est pas exempte, parfois d' &#171; ouverture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ouverture &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit des op&#233;rations de communication du gouvernement. L' &#171; ouverture &#187; se traduit par des &#171; signes &#187;. Les &#171; signes d'ouverture &#187; traduisent une &#171; volont&#233; d'apaisement &#187;. Ne pas confondre avec cette autre ouverture : &#171; l'ouverture de n&#233;gociations &#187;, qui pourrait manifester un dommageable &#171; recul &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Apaisement &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit de la volont&#233; que l'on pr&#234;te au gouvernement. Par opposition au &#171; durcissement &#187; de la mobilisation. Voir &#171; ouverture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Concertation &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit des r&#233;unions convoqu&#233;es par un ministre pour exposer aux organisations syndicales ce qu'il va faire et pour &#233;couter leurs dol&#233;ances, de pr&#233;f&#233;rence sans en tenir aucun compte. Selon les besoins, la &#171; concertation &#187; sera pr&#233;sent&#233;e comme un &#233;quivalent de la &#171; n&#233;gociation &#187; ou comme son substitut. Le gouvernement est toujours &#171; ouvert &#187; &#224; la &#171; concertation &#187;. Voir &#171; ouverture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; N&#233;gociations &#187; : &lt;/strong&gt;Selon les besoins, tant&#244;t synonyme, tant&#244;t antonyme de &#171; concertation &#187;. On est pri&#233; de ne pas indiquer que, &#224; la diff&#233;rence de la &#171; concertation &#187;, la &#171; n&#233;gociation &#187; est g&#233;n&#233;ralement termin&#233;e avant d'avoir commenc&#233;. Inutile aussi de souligner ce miracle : au printemps 2003, dix heures de &#171; n&#233;gociation &#187; ont suffi au gouvernement pour ne c&#233;der que sur les quelques points qu'il avait d&#233;j&#224; pr&#233;vu de conc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Dialogue social &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit des rencontres o&#249; un ministre parle aux syndicats, par opposition au &#171; conflit social &#187;, comme si le &#171; dialogue &#187; n'&#233;tait pas g&#233;n&#233;ralement de pure forme : destin&#233; &#224; dissimuler ou &#224; d&#233;samorcer le &#171; conflit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; P&#233;dagogie &#187; :&lt;/strong&gt; Devoir qui, pour les journalistes communicants, s'impose au gouvernement (plus encore qu'aux enseignants...). Ainsi, le gouvernement fait preuve (ou doit faire preuve...) de &#171; p&#233;dagogie &#187;. Tant il est vrai qu'il s'adresse, comme nos grands &#233;ditorialistes, &#224; un peuple d'enfants qu'il faut instruire patiemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Essoufflement &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit de la mobilisation quand on souhaite qu'elle ressemble &#224; ce que l'on en dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ultras &#187; :&lt;/strong&gt; D&#233;signe, notamment au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, les gr&#233;vistes et les manifestants qui ne se conforment pas au diagnostic d' &#171; essoufflement &#187;. Vaguement synonyme d' &#171; extr&#234;me gauche &#187;, lui-m&#234;me synonyme de... au choix ! Autre synonyme : &#171; Jusqu'au-boutistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Usagers &#187; : &lt;/strong&gt;Se dit de l'adversaire potentiel des gr&#233;vistes. Peut &#233;galement se nommer &#171; &#233;l&#232;ves qui pr&#233;parent le bac &#187; et &#171; parents d'&#233;l&#232;ves inquiets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Otages &#187; : &lt;/strong&gt;Synonyme d' &#171; usagers &#187;. Terme particuli&#232;rement appropri&#233; pour attribuer les d&#233;sagr&#233;ments qu'ils subissent non &#224; l'intransigeance du gouvernement, mais &#224; l'obstination des gr&#233;vistes. &#171; Victimes &#187; des gr&#232;ves, les &#171; otages &#187; sont d'excellents &#171; clients &#187; pour les micros-trottoirs : tout reportage doit les pr&#233;senter comme exc&#233;d&#233;s ou r&#233;sign&#233;s et, occasionnellement, solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Opinion publique &#187; :&lt;/strong&gt; S'exprime dans les sondages et/ou par l'interm&#233;diaire des &#171; grands journalistes &#187; qui lui donnent la parole en parlant &#224; sa place. Quelques exemplaires de l'opinion publique sont appel&#233;s &#224; &#171; t&#233;moigner &#187; dans les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s. Les gr&#233;vistes et les manifestants ne font pas partie de &#171; l'opinion publique &#187;, qui risque de (ou devrait...) se retourner contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; T&#233;moins &#187; : &lt;/strong&gt;Exemplaires de la foule des gr&#233;vistes et manifestants, interrog&#233;s en quelques secondes &#224; la t&#233;l&#233; ou en quelques lignes dans les journaux. Le &#171; t&#233;moin &#187; t&#233;moigne de ses affects, jamais de ses motifs ou du sens de son action. Seuls les gouvernants, les &#171; experts &#187; et l'&#233;lite du journalisme argumentent, connaissent les motifs, et ma&#238;trisent le sens. L'&#233;lite pense, le t&#233;moin &#171; grogne &#187;. Voir ce mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Expert &#187; : &lt;/strong&gt;Invit&#233; par les m&#233;dias pour expliquer aux gr&#233;vistes et manifestants que le gouvernement a pris les seules mesures possibles, dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. D&#233;plore que les &#171; grognements &#187; des &#171; jusqu'auboutistes &#187; (voire des &#171; ultras &#171; ), ces privil&#233;gi&#233;s &#233;go&#239;stes et irresponsables (voir &#171; corporatisme &#171; ), emp&#234;chent d'entendre le &#171; discours de raison &#187; des artisans du &#171; dialogue social &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Contribuables &#187; :&lt;/strong&gt; Nom que porte l'opinion publique quand elle paie des imp&#244;ts qui servent au service public. Quand l'argent public est d&#233;pens&#233; pour consentir des avantages fiscaux aux entreprises, cet argent n'a plus d'origine identifi&#233;e. On dira : &#171; les r&#233;gimes de retraites du secteur public sont pay&#233;es par les contribuables &#187;. On ne dira pas : &#171; les exon&#233;rations de charges consenties aux entreprises sont pay&#233;es par les contribuables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Corporatisme &#187; :&lt;/strong&gt; Mal qui menace n'importe quelle cat&#233;gorie de salari&#233;s qui d&#233;fend ses droits, &#224; l'exclusion de tenanciers des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Yves Rebours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce lexique, publi&#233; en 2003 sur le site d'Acrimed a connu plusieurs actualisations avec ma participation, disponibles sur ce site : version enrichie en 2010 (version republi&#233;e en &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Lexique-pour-temps-de-greves-et-de-manifestations-3367&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2018&lt;/a&gt;, puis &#224; nouveau compl&#233;t&#233;e &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Lexique-pour-temps-de-reforme-des-retraites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en 2020&lt;/a&gt;, et &#224; nouveau &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Lexique-pour-temps-de-reforme-des-retraites-2023&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en 2023&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La version initiale a &#233;t&#233; &#233;galement publi&#233;e en octobre 2010 sur le site &#171; Les mots sont importants &#187; (LMSI), sous le titre &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Breviaire-de-la-haine-anti&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Br&#233;viaire de la haine (anti-gr&#233;viste) &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.henri-maler.fr/IMG/jpg/petit_lexique_-_note.jpg' width=&#034;358&#034; height=&#034;159&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Lire sur le site d'Acrimed :&#171; La grogne &#187; : manifestants et gr&#233;vistes sont-ils des animaux ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; propos de la l&#233;gende de l'ind&#233;pendance des journalistes</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/A-propos-de-la-legende-de-l-independance-des-journalistes.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/A-propos-de-la-legende-de-l-independance-des-journalistes.html</guid>
		<dc:date>2024-11-19T14:00:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pluralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la prise de contr&#244;le d'Europe 1 par Bollor&#233;. Entretien&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH83/a_propos_de_la_legende-54834.jpg?1732024871' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la prise de contr&#244;le d'Europe 1 par Bollor&#233;. Entretien publi&#233; par QG Quartier g&#233;n&#233;ral sous le titre &lt;a href=&#034;https://qg.media/2021/07/14/la-situation-actuelle-porte-un-rude-coup-a-la-legende-de-lindependance-des-journalistes-par-henri-maler/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La situation actuelle porte un rude coup &#224; la l&#233;gende de l'ind&#233;pendance des journalistes &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de l'entretien par QG : &#171; La sph&#232;re des m&#233;dias se concentre toujours plus entre les mains de milliardaires. Dernier exemple en date : la radio Europe 1, pass&#233;e sous le contr&#244;le de Vincent Bollor&#233;, d&#233;sireux de peser sur la pr&#233;sidentielle, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps sous celui du groupe Lagard&#232;re. Une prise de contr&#244;le ayant suscit&#233; plusieurs jours de gr&#232;ve de la part des salari&#233;s de la station. [&#8230;] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Qu'est-ce que vous inspire la situation de la radio Europe 1, o&#249; une gr&#232;ve de cinq jours a &#233;t&#233; organis&#233;e par la soci&#233;t&#233; des r&#233;dacteurs et l'intersyndicale, face &#224; l'emprise de Vincent Bollor&#233; et la crainte d'une transformation en &#171; radio d'opinion &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; : Quand des journalistes d&#233;fendent leur dignit&#233;, il n'y a aucune raison de bouder leur mobilisation, m&#234;me si on peut &#233;mettre de nombreuses r&#233;serves sur la &#171; radio d'opinion &#187; qu'a toujours &#233;t&#233; Europe 1. C'est une affaire de dignit&#233; &#233;l&#233;mentaire pour les journalistes, et les salari&#233;s de la station. Cela met &#224; jour un certain nombre de questions qui sont souvent pass&#233;es sous silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que d&#233;montrent la brutalit&#233; et la violence de Vincent Bollor&#233;, c'est d'abord que les entreprises m&#233;diatiques sont des entreprises comme les autres, parfois pires que bien d'autres quand il s'agit des salari&#233;s des m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me le&#231;on : la situation actuelle porte un rude coup &#224; la l&#233;gende de l'ind&#233;pendance des journalistes. Comment cette l&#233;gende s'est-elle b&#226;tie ? C'est tr&#232;s simple. Comme chaque journaliste, pris individuellement, n'est pas plac&#233; sous le contr&#244;le tatillon du propri&#233;taire et que les milliardaires interviennent rarement directement (ils le font et dans le cas de Bollor&#233; c'est syst&#233;matique), ils s'imaginent que cela suffit &#224; leur ind&#233;pendance. En r&#233;alit&#233;, les journalistes ne vivent pas en &#233;tat d'apesanteur sociale. Ils d&#233;pendent plus ou moins de leurs origines, de leur formation, de leurs conditions de travail. Mais surtout, ils sont dans une situation de d&#233;pendance collective. C'est-&#224;-dire, &#224; la merci des tycoons qui font ce qu'ils veulent dans les entreprises qu'ils contr&#244;lent en nommant aux postes-cl&#233;s pour diriger des r&#233;dactions des gens qui ne sont pas toujours des journalistes, mais avant tout des managers. Il faudrait, une fois pour toutes, arr&#234;ter de nous seriner en permanence que les journalistes sont ind&#233;pendants tant que leur clavier &#233;lectronique ou leur micro n'est pas plac&#233; sous le contr&#244;le direct du milliardaire qui poss&#232;de leur m&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me le&#231;on, &#224; mon avis : dans la plupart des grands m&#233;dias, m&#234;me si pas tous, la quasi-absence de pouvoir des journalistes non seulement sur le financement de leur entreprise, mais m&#234;me sur l'orientation &#233;ditoriale. Le seul pouvoir dont ils disposent, en derni&#232;re analyse, c'est la &#171; clause de conscience &#187;. La revendication des syndicats de journalistes, depuis des ann&#233;es, d'un statut juridique des r&#233;dactions pour qu'elles disposent d'un pouvoir collectif sur l'orientation du m&#233;dia, est encore une fois &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation d'Europe 1 montre, une fois de plus, que le CSA est un organisme fantoche et impuissant, parce qu'il est nomm&#233; quasiment directement par le pouvoir politique et qu'il intervient dans un cadre l&#233;gislatif qui limite consid&#233;rablement ses pouvoirs d'intervention car ses pouvoirs d'intervention sur la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias remontent &#224; une loi qui date de 1986, c'est &#224; dire d'avant la mont&#233;e en puissance d'Internet, des cha&#238;nes en continu, etc. Depuis, du c&#244;t&#233; des forces politiques, c'est &#171; silence radio &#187;, si j'ose dire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais ajouter plusieurs choses sur cette affaire. La quasi-fusion entre CNews et Europe 1 n'est pas finie ! Et il y a d&#233;j&#224; d'autres proies dans le groupe Lagard&#232;re. Je ne garantis pas qu'elles finiront entre les mains de Bollor&#233;, mais il y a aussi &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Journal du Dimanche&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les journalistes se mobilisent contre les actions destructrices de Bollor&#233;, on trouve parmi eux de sacr&#233;s personnages. Pascal Praud par exemple, qui d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Quand vous &#234;tes dans une entreprise, vous devez une fid&#233;lit&#233; sans faille &#224; la direction. Il n'y a pas de marge de man&#339;uvre. Si vous n'&#234;tes pas content, vous partez&lt;/i&gt;. &#187; Pas mal non, comme &#233;loge de la servilit&#233; ? Ce qui va de pair avec le cynisme et le carri&#233;risme d'une Laurence Ferrari. Je rappelle qu'elle fut une des non-gr&#233;vistes lors de la longue gr&#232;ve d'I-T&#233;l&#233; en 2016. Et quand Adrien Quatennens lui dit que CNews est une cha&#238;ne qui promeut l'extr&#234;me-droite, elle lui r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Je ne vous laisserai pas dire &#231;a. C'est enti&#232;rement faux ! C'est insulter tout le travail d'une r&#233;daction, avec des choix &#233;quilibr&#233;s politiquement, qui travaille 24h sur 24, 7 jours sur 7. Je suis fi&#232;re de travailler ainsi&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Sources : Pascal Praud, dans Le Parisien du 27 juin &#224; propos du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; En clair, pour se d&#233;fausser, elle se d&#233;clare solidaire des gens qui se soumettent aux diktats de Bollor&#233; ou de la direction (soit parce qu'ils int&#233;riorisent les pr&#233;tendues valeurs de l'entreprise, soit parce qu'il faut bien qu'ils gagnent leur vie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;En moins de deux ans on a vu la cha&#238;ne CNews changer enti&#232;rement de positionnement, et se radicaliser politiquement jusqu'&#224; devenir un des principaux canaux de l'extr&#234;me-droite. Qu'est-ce que &#231;a vous inspire ? Avez-vous souvenir d'une pareille situation par le pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Non. C'est la premi&#232;re fois que je vois une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision et une radio passer compl&#232;tement sous la coupe de chefferies d'extr&#234;me-droite. Mais il faut comprendre pourquoi &#231;a se passe ainsi. Ces cha&#238;nes vivent de leur audience. Par cons&#233;quent, s'il y a une audience qu'ils peuvent, &#224; la fois, entretenir et cr&#233;er pour des id&#233;es d'extr&#234;me-droite ; il y a un cr&#233;neau &#224; occuper et CNews l'occupe. On connaissait d'&#233;normes inf&#233;odations de m&#233;dias &#224; des orientations politiques, &#171; en toute ind&#233;pendance &#187;, mais &#224; ce point, dans l'audiovisuel, non. C'est assez original !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#192; l'approche de la pr&#233;sidentielle de 2022 la situation dans l'actionnariat des m&#233;dias est encore plus concentr&#233;e qu'en 2017. De quelle fa&#231;on cela va peser une fois de plus sur la sinc&#233;rit&#233; du scrutin ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#234;tre nuanc&#233;. Est-ce que &#231;a va peser sur la sinc&#233;rit&#233; de la campagne &#233;lectorale ? &#199;a ne fait aucun doute. Il y a eu des pr&#233;c&#233;dents et il y aura des suites. Est-ce que &#231;a aura un impact sur les &#233;lecteurs ? C'est une autre affaire. Les m&#233;dias ne sont pas tout-puissants ! Ils sont parfois trop puissants mais les publics ne sont pas des &#233;ponges. Les m&#233;dias usent et abusent de leur pouvoir mais leur pouvoir n'est pas absolu, comme le montre quelques &#233;pisodes particuli&#232;rement glorieux : par exemple, la quasi-totalit&#233; des m&#233;dias avait fait campagne pour le &#171; oui &#187; lors du r&#233;f&#233;rendum constitutionnel de 2005 et les publics n'ont pas suivi, le &#171; non &#187; a &#233;t&#233; largement majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les m&#233;dias ont un pouvoir redoutable, qui s'est v&#233;rifi&#233; r&#233;cemment, qui est un pouvoir de cadrage des campagnes &#233;lectorales. Les m&#233;dias peuvent essayer de dire ce qu'il faut penser. Ce n'est pas s&#251;r qu'ils aient le pouvoir de le prescrire autant qu'ils le souhaiteraient. En revanche, ils ont le pouvoir de prescrire ce &#224; quoi il faut penser. Quand ils m&#232;nent campagne en expliquant, par exemple, que la s&#233;curit&#233; et l'immigration sont les sujets majeurs, quasi uniques dans notre pays, ils cr&#233;ent une atmosph&#232;re qui est propice au d&#233;veloppement des id&#233;es de droite et d'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Que pensez-vous des propos du journaliste de France 2 Laurent Delahousse au moment des r&#233;sultats du premier tour des &#233;lections r&#233;gionales et d&#233;partementales, critiquant la recherche consum&#233;riste de l'audimat de la part des cha&#238;nes d'info en continu qui ne font plus, en r&#233;alit&#233;, de l'information ?&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;D'abord, c'est amusant venant de Laurent Delahousse, qui s'est plusieurs fois signal&#233; par sa complaisance et son r&#244;le de brosse &#224; reluire quand il interroge des responsables politiques. Mais par contre, &#231;a souligne &#224; quel point, dans le bilan des &#233;lections r&#233;gionales, les m&#233;dias sont rest&#233;s absolument silencieux sur leur propre r&#244;le. C'est absolument fascinant. Les raisons de l'abstention sont multi-causales. On a tout invoqu&#233;. La m&#233;t&#233;o ensoleill&#233;e, ; le divertissement cons&#233;cutif &#224; la fin du confinement ; l'opacit&#233; du r&#244;le des d&#233;partements et des r&#233;gions ; la faiblesse des responsables politiques. Mais pour mettre en question le r&#244;le qu'ont jou&#233; les m&#233;dias, dont je redis qu'on ne sait pas &#224; quel point il a &#233;t&#233; d&#233;terminant, silence ! Je n'ai rep&#233;r&#233; que trois occurrences : les d&#233;clarations de Laurent Delahousse, ce qui est en mati&#232;re de critique des m&#233;dias, je le rappelais &#224; l'instant, une &#233;minence bien connue ; un entretien, plus int&#233;ressant je l'avoue, avec Thomas Sotto, cet autre guerrier de l'audiovisuel, et un article de France info interrogeant des sociologues sur le r&#244;le jou&#233; par les m&#233;dias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Sources : Laurent Delahousse, lors de la soir&#233;e &#233;lectorale sur France 2. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce n'est pas la premi&#232;re fois, ni la derni&#232;re, je le crains : la mise en sc&#232;ne de ces &#233;lections a eu pour particularit&#233; d'&#234;tre politicienne, tacticienne et sondagi&#232;re. De quoi a-t-on parl&#233; ? En r&#233;alit&#233;, les yeux &#233;taient fix&#233;s sur l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2022, les probabilit&#233;s de voir des forces politiques se positionner de fa&#231;on int&#233;ressante pour le second tour de l'&#233;lection ; on a parl&#233; du jeu des alliances dans la pr&#233;sentation des candidatures ; et comment&#233; &#224; n'en plus finir des sondages. Est-ce qu'on a parl&#233; des projets en pr&#233;sence, des programmes, des propositions, etc. ? Pratiquement pas. Or, un journalisme un peu ind&#233;pendant serait capable de laisser une place &#224; la polyphonie des arguments. Cela ne devrait pas difficile, puisque les journalistes pr&#233;tendent &#234;tre p&#233;dagogues, de dire quels sont les projets en pr&#233;sence, d'expliquer ce qu'ils proposent dans les domaines qui rel&#232;vent des comp&#233;tences des r&#233;gions ou des d&#233;partements. De l'exposer, sinon avec objectivit&#233;, du moins avec un minimum d'&#233;quilibre. Cela n'a pas &#233;t&#233; du tout fait. On a eu droit &#224; quelques d&#233;bats sur des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, sur BFM et surtout sur LCI. Plus quelques d&#233;bats sur des r&#233;gionales de France 3. Mais ce sont des d&#233;bats dans des formats o&#249; il est absolument impossible d'exposer clairement les propositions en pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a eu, en guise de &#171; d&#233;cryptage &#187; &#8211; c'est le mot &#224; la mode -, le &#171; d&#233;cryptage &#187; des sondages. Et l&#224;, on a atteint des sommets ! &#201;ni&#232;me fiasco des sondages. R&#233;ponse des sondeurs (je simplifie &#224; peine) : &#171; Si les sondages se sont tromp&#233;s, c'est la faute des sond&#233;s. Ils ont menti, ils ont trich&#233;. &#187;. Et si ce n'est pas la faute des sond&#233;s, &#171; c'est de la faute des &#233;lecteurs &#187;. Mais il y a plus dr&#244;le et plus scandaleux encore. Les journalistes qui &#171; d&#233;cryptent &#187; se sont int&#233;ress&#233;s &#224; l'&#233;chec des sondages. Ils ont demand&#233; aux sondeurs de donner des explications. Mais en omettant ce petit d&#233;tail : c'est que les sondages sont command&#233;s par les m&#233;dias ! Autrement dit, ils ont interrog&#233; les sondeurs sur les erreurs qu'ils ont commises, alors que ce sont les m&#233;dias eux-m&#234;mes qui commandent les sondages. Dans le genre grotesque, mais significatif, on peut difficilement faire mieux. Mais encore plus beau : c'est qu'une fois pass&#233;es les &#233;lections, on recommence, avec toutes les hypoth&#232;ses pour la pr&#233;sidentielle. Aucune le&#231;on n'a &#233;t&#233; tir&#233;e de ce journalisme hippique, qui con&#231;oit les &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales comme des courses de petits chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 2021 : CNews est mis en demeure par le CSA pour non-respect du pluralisme de prise de parole, 36% des intervenants politiques en plateau &#233;tant d'extr&#234;me-droite (Source : CSA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Dans les journaux &lt;/i&gt;Le Monde&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;Lib&#233;ration&lt;i&gt;, les actionnaires ont annonc&#233; la cr&#233;ation de &#171; fondations &#187;, dans le but de sanctuariser l'ind&#233;pendance des r&#233;dactions. Est-ce une mesure efficace ou de la poudre aux yeux ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que &#231;a ressemble beaucoup &#224; de la poudre de perlimpinpin si on ne donne pas un statut juridique aux r&#233;dactions, en les dotant d'un pouvoir qui soit un pouvoir sur l'orientation &#233;ditoriale, et des pouvoirs sur la nomination des actionnaires et des responsables de r&#233;daction. Il y a des m&#233;dias qui sont all&#233;s en ce sens, mais que peut faire une r&#233;daction quand on lui met le couteau sous la gorge et qu'on lui dit : &#171; Ou bien tu acceptes tel actionnaire, ou bien on va &#234;tre oblig&#233; de mettre la cl&#233; sous la porte &#187; ? Elle peut faire gr&#232;ve pendant un certain temps, mais d'une mani&#232;re ou d'une autre, elle sera amen&#233;e &#224; c&#233;der. Sans un pouvoir effectif, que ce soit &#171; par le haut &#187; avec une modification radicale de la l&#233;gislation encadrant la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias ; et &#171; par le bas &#187; avec un pouvoir conf&#233;r&#233; aux r&#233;dactions et aux salari&#233;s des m&#233;dias (car dans un m&#233;dia, il n'y a pas que des journalistes). Sinon, la situation est sans issue. De toute fa&#231;on, une ind&#233;pendance totale est un r&#234;ve absolu. &#199;a n'existe pas. Cependant, il peut exister une ind&#233;pendance relative, qui permet collectivement aux r&#233;dactions de ne pas &#234;tre &#224; la merci des conditions de financement de leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QG&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Quelles pourraient &#234;tre les trois premi&#232;res mesures &#224; instaurer pour garantir un paysage m&#233;diatique sain ?&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Je vais r&#233;pondre dans l'ordre o&#249; &#231;a me vient &#224; l'esprit. Premi&#232;rement, transformer radicalement le CSA en Conseil national des m&#233;dias, de tous les m&#233;dias ; et de le constitutionnaliser. Une telle institution serait compos&#233;e, non pas par le pouvoir ex&#233;cutif, mais par &#233;lection &#224; la proportionnelle de journalistes et de salari&#233;s des m&#233;dias, et d'autre part de repr&#233;sentants politiques. Elle serait dot&#233;e non pas d'un pouvoir croupion, mais d'un pouvoir &#233;tendu de contr&#244;le &#224; l'ensemble de l'univers m&#233;diatique. On ne peut pas faire comme si Internet n'existait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la constitution d'un service public de l'information et de la culture ayant une absolue priorit&#233; en ce qui concerne son financement. Financer &lt;i&gt;Valeurs poubelles&lt;/i&gt;, ce n'est pas &#231;a qui garantit la d&#233;mocratie dans le monde des m&#233;dias. Troisi&#232;mement, limiter les concentrations dans les m&#233;dias et ne pas attribuer de m&#233;dia &#224; des propri&#233;taires qui d&#233;pendent de march&#233;s publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, j'en ai d&#233;j&#224; parl&#233;, accorder un statut juridique aux r&#233;dactions et &#224; tous salari&#233;s des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Jonathan Baudoin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources : Pascal Praud, dans &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; du 27 juin &#224; propos du licenciement S&#233;bastien Thoen pour une parodie de&#8230; Pascal Praud. Laurence Ferrari, lors de la &#171; matinale &#187; de CNews du 17 juin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Sources : Pascal Praud, dans &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; du 27 juin &#224; propos du licenciement S&#233;bastien Thoen pour une parodie de&#8230; Pascal Praud. Laurence Ferrari, lors de la &#171; matinale &#187; de CNews du 17 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Sources : Laurent Delahousse, lors de la soir&#233;e &#233;lectorale sur France 2. Entretien avec Thomas Sotto publi&#233; par &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; le 1er juillet 2021. Sur France info &#171; Abstention aux &#233;lections r&#233;gionales : quelle est la responsabilit&#233; des m&#233;dias ? &#187;, article publi&#233; le 28 juin 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un microcosme m&#233;diatico-politique ferm&#233; sur lui-m&#234;me</title>
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		<dc:date>2024-11-16T09:37:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; l'occasion des &#233;lections r&#233;gionales de 2010. Entretien.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L129xH150/un_microcosme_mediatico-politique-7d442.jpg?1731756623' class='spip_logo spip_logo_right' width='129' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'occasion des &#233;lections r&#233;gionales. Entretien &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/social-et-economie/elections-regionales-2010/henri-maler-un-microcosme-mediatico-politique-ferme-sur-lui-meme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; le 4 mars 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sommes en pleine campagne des r&#233;gionales. Pourquoi est-il si peu question, dans la presse, des projets politiques et des propositions des listes en lice ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on peut observer dans les scrutins nationaux est amplifi&#233;. Envahis par les sondages et leurs commentaires, la plupart des m&#233;dias &#8211; souvent m&#234;me les m&#233;dias locaux &#8211; se d&#233;sint&#233;ressent des projets r&#233;gionaux en raison de la primaut&#233; accord&#233;e aux jeux politiciens, d'une personnalisation outranci&#232;re de la campagne &#233;lectorale, de la focalisation sur l'issue du second tour et, par cons&#233;quent, de l'atrophie de la confrontation politique au b&#233;n&#233;fice des partis dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quelle logique ob&#233;it la personnalisation de la vie politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficilement &#233;vitable, la personnalisation politique par porte-parole interpos&#233;s est accentu&#233;e par le pr&#233;sidentialisme qui s&#233;vit &#224; tous les &#233;chelons des institutions. Mais cette personnalisation politique est d&#233;multipli&#233;e par la personnalisation m&#233;diatique, construite par un journalisme en qu&#234;te de personnages, souvent coproduits par les acteurs politiques eux-m&#234;mes. Cette personnalisation-l&#224; culmine avec ce que l'on appelle la &#171; peopolisation &#187; : la confusion entre les stars du show-biz et les porte-&#172;parole politiques, doubl&#233;e de la traque de leur intimit&#233;. Pour justifier ces avatars relativement r&#233;cents de la &#171; soci&#233;t&#233; du spectacle &#187;, les chefferies &#233;ditoriales et commerciales des principaux m&#233;dias invoquent les go&#251;ts des publics. Cette justification dissimule mal leur d&#233;mission devant le tout-commercial et la qu&#234;te &#224; courte vue des audiences maximales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains grands m&#233;dias assurent que le d&#233;bat politique &#171; n'int&#233;resse &#187; pas les citoyens. Les Fran&#231;ais sont-ils donc &#224; ce point d&#233;politis&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faudrait-il s'entendre sur ce qu'on d&#233;signe par &#171; politique &#187;. L'exp&#233;rience de la politique varie en fonction des pr&#233;f&#233;rences partisanes, mais elle est surtout socialement diff&#233;renci&#233;e. Or les sommets du microcosme m&#233;diatique sont prisonniers d'une exp&#233;rience qui r&#233;duit la politique &#224; ses cuisines : cette politique politicienne qui suscite le rejet de nombreux citoyens. Au point que ceux-ci, souvent, ne reconnaissent plus comme politique ce qui l'est vraiment, &#224; commencer par les solutions &#224; apporter aux probl&#232;mes sociaux auxquels ils sont confront&#233;s. Le d&#233;bat politique tel qu'il est construit par les m&#233;dias (avec le concours de nombreux responsables politiques) alimente ce pr&#233;tendu d&#233;sint&#233;r&#234;t que l'on attribue souvent &#224; des replis ou &#224; des aspirations individualistes, voire au triomphe du consum&#233;risme. Mais peut-&#234;tre faudrait-il s'interroger sur l'&#233;volution de plus en plus consum&#233;riste du journalisme lui-m&#234;me, en d&#233;pit de ce que nombre de journalistes souhaitent encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de la m&#233;thode des &#171; panels &#187; fa&#231;on TF1, avec des &#171; vraies gens &#187; rempla&#231;ant les journalistes politiques dans le r&#244;le de l'intervieweur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; m&#233;thode &#187; r&#233;sulte d'une double &#233;volution : de la t&#233;l&#233;vision et de la politique. Le passage d'une t&#233;l&#233;vision qui d&#233;livre des messages devant des r&#233;cepteurs r&#233;put&#233;s passifs &#224; une t&#233;l&#233;vision qui sollicite et simule l'implication des t&#233;l&#233;spectateurs a eu pour effets de privil&#233;gier les talk-shows, de m&#233;langer politique et divertissement et de mettre en sc&#232;ne des ersatz d'agora d&#233;mocratique, notamment en construisant des &#171; panels &#187;. La politique a suivi, en adoptant, du moins parmi les gouvernants et ceux qui aspirent &#224; le devenir, les techniques de cette t&#233;l&#233;vision. Cette emprise des talk-shows, des &#171; panels &#187; et du m&#233;lange des genres est d&#233;sormais inscrite dans des strat&#233;gies politiques qui adoptent les recettes et les sc&#233;narios de la t&#233;l&#233;vision. Nicolas Sarkozy est &#224; la politique ce que les bateleurs de TF1 sont &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le dernier sarkoshow sur TF1 a c&#233;l&#233;br&#233; leur rencontre et nous a offert un double simulacre de proximit&#233;, entre Nicolas Sarkozy et le peuple et entre TF1 et &#171; ses &#187; t&#233;l&#233;spectateurs. Cette &#233;mission ent&#233;rine une d&#233;faite du journalisme politique, c'est vrai, mais celle du journalisme politique passionn&#233; par les conflits souvent subalternes qui agitent le microcosme m&#233;diatico-politique et beaucoup moins par les probl&#232;mes sociaux dont ce microcosme, souvent ferm&#233; sur lui-m&#234;me, est cens&#233; se pr&#233;occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer la fermeture que vous venez d'&#233;voquer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs processus concourent &#224; cette fermeture : la proximit&#233; des origines sociales et des trajets scolaires, la convergence des formes de perception de la vie politique et sociale qui r&#233;sulte, pour une part, de cette proximit&#233;, la formation dispens&#233;e dans les hautes &#233;coles du journalisme, l'enfermement du journalisme politique dans une &#171; sp&#233;cialit&#233; &#187; coup&#233;e du journalisme social ou de ce qu'il en reste : les trop rares enqu&#234;tes sociales, pr&#233;sent&#233;es comme des mod&#232;les du journalisme id&#233;al, ne sont, &#224; bien des &#233;gards, que des cache-mis&#232;re du journalisme r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En refusant les r&#232;gles du jeu m&#233;diatique, avec sa cohorte de petites phrases et ses formats calibr&#233;s, un responsable politique serait immanquablement effac&#233; des &#233;crans. A-t-il d'autres choix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative n'est pas entre le boycott impuissant et la soumission r&#233;sign&#233;e. Les responsables politiques, du moins ceux qui se pr&#233;valent de la contestation de l'ordre social existant, devraient tirer quelques cons&#233;quences de ce simple constat : les m&#233;dias dominants sont, en d&#233;pit de la r&#233;sistance de nombreux journalistes, une composante de cet ordre social. Contester les m&#233;dias dans les m&#233;dias, transgresser ce que vous appelez les &#171; r&#232;gles du jeu &#187;, assumer le conflit au sein m&#234;me des ar&#232;nes m&#233;diatiques ne vous condamne pas &#224; la marginalit&#233;. Aussi r&#233;tifs soient-ils &#224; la critique, les responsables des m&#233;dias ne peuvent pas censurer purement et simplement ceux qui refusent de leur &#234;tre asservis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Rosa Moussaoui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contestation de l'ordre m&#233;diatique et contestation de l'ordre social</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Contestation-de-l-ordre-mediatique-et-contestation-de-l-ordre-social.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Contestation-de-l-ordre-mediatique-et-contestation-de-l-ordre-social.html</guid>
		<dc:date>2024-09-20T13:17:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien paru dans&lt;i&gt; L'Anticapitaliste&lt;/i&gt; l'hebdomadaire du NPA&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/appel_acrimed-4f3f8.jpg?1726837633' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un entretien paru dans le n&#176; 221 de &lt;i&gt;L'Anticapitaliste&lt;/i&gt;, hebdomadaire du NPA, le 12 d&#233;cembre 2013 et reproduit &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Contestation-de-l-ordre-mediatique-et-contestation-de-l-ordre-social-entretien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt; (Action-Critique-M&#233;dias)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pour les lecteurs de &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L'Anticapitaliste, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;peux-tu rappeler ce qu'est Acrimed (Action-Critique-M&#233;dias), dont tu es le principal animateur depuis sa cr&#233;ation en 1996 ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique avait &#233;t&#233; extr&#234;mement d&#233;favorable aux gr&#233;vistes et &#224; tous ceux qui s'opposaient au plan Jupp&#233;, et il nous avait sembl&#233; n&#233;cessaire de proposer un outil qui pourrait produire en continu une critique des m&#233;dias dominants, fondant des propositions pour leur transformation. Cet outil ne consiste pas simplement dans les d&#233;bats que nous organisons ou que nous animons, dans un site Internet (cr&#233;&#233; en 1999) et &lt;i&gt;M&#233;diacritique(s)&lt;/i&gt;, notre magazine trimestriel imprim&#233; (depuis 2011). Acrimed est une association militante. Elle associe des journalistes et des salari&#233;s des m&#233;dias, des chercheurs et des universitaires et des acteurs de la contestation sociale et politique en g&#233;n&#233;ral. Elle s'efforce de jouer un r&#244;le de relais militant entre tous ceux qui ont int&#233;r&#234;t &#224; ce que la gauche de transformation sociale (&#171; la gauche de gauche &#187;, comme nous le disons sans plus de pr&#233;cision pour ne vexer personne&#8230;), non seulement n'oublie pas la question des m&#233;dias, mais en fasse une question authentiquement politique. C'est par exemple dans ce but qu'Acrimed avait &#233;t&#233; &#224; l'initiative des &#201;tats g&#233;n&#233;raux pour le pluralisme, qui s'&#233;taient tenus en 2006 et avaient permis de faire converger ces diff&#233;rents acteurs (avec le soutien d'organisations politiques de gauche dont la LCR &#224; l'&#233;poque).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-ce que les anticapitalistes, et plus largement tous ceux qui ne se satisfont pas du monde tel qu'il va, devraient s'int&#233;resser &#224; la question sp&#233;cifique des m&#233;dias ? En quoi cette question est-elle importante pour une gauche qui aspire &#224; transformer radicalement la soci&#233;t&#233; ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est parce qu'ils croient trop souvent que les m&#233;dias dominants sont tout-puissants que les contestataires n&#233;gligent ce front de critique et de lutte. Ils se laissent alors tout &#224; la fois s&#233;duire et intimider par la puissance d'endoctrinement id&#233;ologique qu'ils pr&#234;tent &#224; ces m&#233;dias. Ils se laissent s&#233;duire au point de se borner &#224; tenter de les instrumentaliser pour faire conna&#238;tre - ce qui est parfaitement l&#233;gitime - leurs propositions et leurs actions. Et ils se laissent intimider au point de renoncer &#224; critiquer les m&#233;dias dans les m&#233;dias et de renvoyer aux lendemains qui chantent les combats pour leur transformation. Comme s'il n'y avait rien &#224; faire d'autre tant qu'ils n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;mocratiquement appropri&#233;s ou socialis&#233;s. Mais pour qu'ils le soient ou, du moins pour que cette perspective soit comprise et cr&#233;dible, encore faut-il ne rien l&#226;cher d&#232;s maintenant. Se soumettre aux m&#233;dias dominants exclusivement pour y trouver une place &#8211; parfois dans des conditions d&#233;plorables &#8211; c'est &#224; la fois poursuivre une efficacit&#233; qui peut &#234;tre illusoire et entretenir une d&#233;mobilisation regrettable sur l'enjeu qu'ils repr&#233;sentent. C'est leur conc&#233;der un pouvoir sur les contestataires qu'ils n'ont pas forc&#233;ment quand on assume les conflits avec les tenanciers des pires &#233;missions, les chefferies &#233;ditoriales et les nouveaux chiens de garde de l'ordre m&#233;diatique et social existant. C'est aussi abandonner les journalistes, souvent pr&#233;caires, et leurs syndicats &#224; leur isolement. C'est enfin adopter une attitude elle-m&#234;me instrumentale &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias du tiers-secteur dont l'existence est une critique en acte des m&#233;dias dominants, au lieu de faire vraiment cause commune avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est cette critique dont vous dites qu'elle est radicale, intransigeante et ind&#233;pendante ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est ind&#233;pendante parce qu'elle n'est soumise ou subordonn&#233;e &#224; aucune force ou pouvoir, &#233;conomique, m&#233;diatique et politique. Mais elle est politique, parce que la question des m&#233;dias est une question politique qui fait corps avec la question d&#233;mocratique, de quelque fa&#231;on qu'on entende celle-ci. Elle est radicale, parce qu'elle s'efforce de prendre la question des m&#233;dias &#224; la racine ou aux racines. Et les racines, ce sont les formes d'appropriation des m&#233;dias et, notamment, la formation et les conditions de travail des journalistes qui en d&#233;coulent, les rapports de pouvoir qui r&#232;gnent dans les entreprises m&#233;diatiques : des entreprises qui sont &#224; bien des &#233;gards des entreprises comme les autres et souvent pires que bien d'autres. Elle est intransigeante parce qu'elle ne se laisse ni s&#233;duire ni intimider, pr&#233;cis&#233;ment. Pour en savoir plus, nous lire, participer &#224; nos d&#233;bats et nous rejoindre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le contexte actuel de crise capitaliste qui plonge des millions de gens dans le ch&#244;mage et la pauvret&#233;, est-ce que la critique des m&#233;dias ne devient pas un luxe ? Autrement dit, en quoi est-il important selon toi de maintenir une critique des m&#233;dias dominants ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas aveugles au point d'&#234;tre exclusivement polaris&#233;s par la question des m&#233;dias consid&#233;r&#233;e isol&#233;ment. Et il est vrai que l'ampleur de la crise &#233;conomique, sociale et &#233;cologique est telle qu'elle sollicite des mobilisations prioritaires. Prioritaires, mais pas exclusives, les autres &#233;tant secondaires, comme on parlait il y a plusieurs ann&#233;es de &#171; fronts secondaires &#187; quand on s'en d&#233;sint&#233;ressait. C'est le contraire qui est vrai : la critique des m&#233;dias est en fait d'autant plus importante en p&#233;riode de crise que s'accro&#238;t la n&#233;cessit&#233;, pour les classes dominantes, de faire accepter des politiques d'aust&#233;rit&#233; potentiellement impopulaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que tu pourrais donner quelques exemples ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias ont r&#233;cemment d&#233;couvert qu'il existait en France des manifestations inqui&#233;tantes de racisme. Et ce sont souvent ces m&#234;mes m&#233;dias (pas tous) dont la x&#233;nophobie et l'islamophobie font le lit du racisme ou qui en sont les formes dissimul&#233;es. Il n'emp&#234;che : ils s'indignent du racisme et pr&#233;tendent en d&#233;couvrir les causes. Ce faisant, comme le dit le titre de l'un de nos articles, &#171; les suspects m&#232;nent l'enqu&#234;te &#187;. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, mais il faudrait distinguer car les m&#233;dias ne constituent pas un bloc indiff&#233;renci&#233;, ils adoptent comme des &#233;vidences ce qui pr&#233;cis&#233;ment fait probl&#232;me : La Dette (mais sans gu&#232;re se soucier de ses origines), Les Imp&#244;ts (mais sans gu&#232;re se pr&#233;occuper des principales in&#233;galit&#233;s et du financement des service publics), L'Europe (toujours &#224; amender, mais toujours dans le m&#234;me sens), La Souplesse (et peu importe ses cons&#233;quences sociale), etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu disais pourtant que les m&#233;dias ne sont pas tout-puissants&#8230; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'imposent pas &#224; tous ce qu'il faut penser : leurs usagers ne sont pas des &#233;ponges. Mais ils imposent leur ordre du jour (leur agenda) et la fa&#231;on l&#233;gitime de poser les questions. Ils exercent des pouvoirs et non un pouvoir : pouvoir de stigmatisation (ou de cons&#233;cration), pouvoir d'intimidation (ou de r&#233;duction au silence), pouvoir de cadrage des probl&#232;mes (et donc des solutions), pouvoir d'incitation (ou de dissuasion), etc. Ils n'exercent pas ces pouvoirs ind&#233;pendamment de l'action des autres pouvoirs sociaux. Mais quand ces pouvoirs s'exercent dans le m&#234;me sens, ils sont les auxiliaires de toutes les formes de domination sociale et politique. La contestation de l'ordre m&#233;diatique dominant est une composante de la contestation de l'ordre social existant. Non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par L&#233;o Carvalho&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Appel pour une action d&#233;mocratique sur le terrain des m&#233;dias (1996)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Appel-pour-une-action-democratique-sur-le-terrain-des-medias-1996.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Appel-pour-une-action-democratique-sur-le-terrain-des-medias-1996.html</guid>
		<dc:date>2024-09-11T16:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; l'origine l'Association Action-Critique-M&#233;dias (Acrimed).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Acrimed-+.html" rel="tag"&gt;Acrimed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/appel_acrimed-4f3f8.jpg?1726837633' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; la suite du mouvement social de novembre-d&#233;cembre 1995, &#233;tait lanc&#233; l'appel suivant, r&#233;dig&#233; par Henri Maler et Yvan Jossen (d&#233;c&#233;d&#233; le 1er ao&#251;t 2007) sur la base duquel s'est constitu&#233; l'Association (Action-Critique-M&#233;dias (Acrimed)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acrimed &#171; Maison fond&#233;e en 1996 par Henri Maler et Compagnie &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Appel pour une action d&#233;mocratique sur le terrain des m&#233;dias&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Nous soussign&#233;s, citoyens, responsables associatifs, politiques et syndicaux, intellectuels et chercheurs, journalistes, voulons r&#233;agir &#224; la mani&#232;re d&#233;testable dont la plupart des r&#233;dactions des grands m&#233;dias rendent compte de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement social de novembre et d&#233;cembre 1995 a donn&#233; lieu &#224; des tentatives intol&#233;rables d'&#233;touffer la voix des acteurs sociaux (en affectant de leur donner la parole), de d&#233;naturer leurs aspirations, d'effacer leurs propositions en les soumettant au verdict de pr&#233;tendus experts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persuad&#233;s que la d&#233;mocratie court un grand risque quand la population est priv&#233;e de la possibilit&#233; de se faire entendre et comprendre dans les grands m&#233;dias, en particulier lorsque la situation sociale est tendue et la n&#233;cessit&#233; du d&#233;bat plus vive ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persuad&#233;s que l'exigence de d&#233;mocratie dans les m&#233;dias est d&#233;terminante dans la lutte pour instaurer une soci&#233;t&#233; respectueuse de l'&#233;galit&#233; effective des droits de toutes et de tous ; Nous d&#233;non&#231;ons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; l'appropriation de la plupart des grands m&#233;dias par les puissances financi&#232;res et politiques qui s'en servent sans compter pour permettre &#224; &#034;ceux d'en haut&#034; d'imposer leurs valeurs et leurs d&#233;cisions &#224; &#034;ceux d'en bas&#034; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; l'h&#233;g&#233;monie des discours convenus et conformes, parfois &#224; plusieurs voix mais toujours &#224; sens unique (sur Maastricht, la monnaie unique, les gr&#232;ves, les plans Jupp&#233;, etc.) ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; les multiples d&#233;rives de l'information que nombre de journalistes sont les premiers &#224; constater et &#224; condamner (transformation de l'information en spectacle et du spectacle en information) ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; la subordination fr&#233;quente des journalistes &#224; une logique qui les prive peu &#224; peu de leur ind&#233;pendance r&#233;dactionnelle et les transforme en simples auxiliaires d'une machine dont les priorit&#233;s &#233;chappent aux exigences de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous appelons &#224; soutenir toute action qui se donne pour objectifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; de conduire une r&#233;flexion critique sur le statut et le r&#244;le des m&#233;dias, sur les techniques de manipulation des discours et des images, sur les conditions d'un effectif contr&#244;le d&#233;mocratique des m&#233;dias ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; d'obtenir l'acc&#232;s aux m&#233;dias de tous les acteurs sociaux, en particulier des sans voix et des exclus ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; de mener en commun avec les associations, partis, syndicats, notamment les syndicats de journalistes, toutes les actions qui permettent de promouvoir la d&#233;fense et le d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie dans les m&#233;dias, l'un des enjeux majeurs de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pourquoi nous apportons notre soutien &#224; la fondation de l'association &#034;Action Critique M&#233;dias&#034;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une population en &#233;tat d'ex-communication permanente, un pays qui ne peut plus (se) communiquer par le moyen des m&#233;dias, et c'est la d&#233;mocratie qui d&#233;p&#233;rit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Liste des signataires au 30 mars 1996&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;Jean AMBLARD (journaliste), Tony ANDREANI (universitaire), Michel ANDRILLON (journaliste), Pierre ANDRILLON (journaliste), Gilbert ANDRUCCIOLI (Agora TSF), Patricia BAREAU (journaliste), Agn&#232;s BEAUDEMONT (journaliste, SNJ), Richard BEAUDEMONT (architecte), Fran&#231;oise BEAUVAIS (journaliste), Anastasia BECCHIO (Celsa), Vicky BERARDI (Agora TSF), Jacques BIDET (universitaire), Antoine BILLIOTTET, Aygline BONZON (Celsa), Franck BOULOT (journaliste), R&#233;mi BOUTON (journaliste), Alain BROSSAT (universitaire), Samantha CAGICA (Celsa), Sophie CHABOT (journaliste), Patrick CHAMPAGNE (sociologue), Bernard CHARLOT (universitaire), Pierre-Emmanuel CHARON (journaliste), Pierre-Alain CO&#207;C (pr&#233;s. Conf. nat. des radios libres), Marie-Agn&#232;s COMBESQUE (journaliste), Antoine COMTE (avocat), Sophie CREPON (journaliste), Olivier DA LAGE (journaliste), R&#233;gis Debray (&#233;crivain, m&#233;diologue), Fran&#231;ois DIOT (aum&#244;nier &#233;coles journalistes), Philippe DONNAES (journaliste), Mounir DRIDI (r&#233;alisateur), Dominique DUAULT (retrait&#233;, journaliste), C. DURRUTI (&#233;crivain), Paul EUZIERE (FTH), Jean-Fran&#231;ois EVENO (journaliste), Jeanne FAVRET-SAADA (anthropologue), Jean FERRAT, Yves FR&#201;MION, Daniel GENTOT (journaliste), Christophe GIRARD (journaliste, SNJ), St&#233;phane GRAVIER (Agora TSF), Nicolas GUERBE (Celsa), C&#233;cile JAURES (Celsa), Yvan JOSSEN (journaliste), Emmanuel JOUANNE (&#233;crivain), Sophie JOUBERT (Celsa), Georges LABICA (universitaire), Vania LARBRISSEAU (journaliste), Tugdual LE BORU (Celsa), Jo&#235;l LE TENSORER (TSF 98), Jean-Marc LEVENT, Kate LEWIN (journaliste), Fran&#231;ois Long&#233;rinas (journaliste), Gu&#233;na&#235;lle LOUIS (Celsa), Henri MALER (enseignant), Eric MARQUIS (journaliste, SNJ), Alain MARTY (journaliste), Virginie MOREAU (Celsa), Olivier MOREL (CNRL), Dominique OTTAVI (Agora TSF), Pierre OTTO-BRUC (radiologue), Fran&#231;oise PAICHER (journaliste), Aline PAILLER (journaliste, d&#233;put&#233;e europ&#233;enne), Marie PAIRE (Celsa), Nicole PARROT (journaliste), Marina PAUGAM (journaliste), Charles PIAGET (AC !), Elisabeth PINTO (journaliste), Hel&#232;ne PUISIEUX (universitaire), Guillaume QU&#201;VAREC (Celsa), Yvon QUINIOU (enseignant), St&#233;phanie QUILLET (Celsa), Maurice RAJSFUS, Dani&#232;le RENON (journaliste), Vanessa RIPOCHE (Celsa), Andr&#233; SCANDAUF (Agora TSF), Jacques SONCIN (journaliste, SNJ-CGT), Lucien STEINKEY, Mohamed TABI (ESJ), Jean-Fran&#231;ois TEALDI (journaliste, vice-pr&#233;s. Org. int. journalistes), Thierry TEMIME (journaliste), Anne THIRIET (Celsa), Enzo TRAVERSO (universitaire), Dominique VOYNET.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Acrimed &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Maison-fondee-en-1996-par-Henri-Maler-et-Compagnie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Maison fond&#233;e en 1996 par Henri Maler et Compagnie &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>O&#249; en est la critique des m&#233;dias ?</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Ou-en-est-la-critique-des-medias.html</link>
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		<dc:date>2024-09-11T15:24:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Critiquer les m&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt; n&#176;61&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Critiquer-les-medias-+.html" rel="tag"&gt;Critiquer les m&#233;dias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Acrimed-+.html" rel="tag"&gt;Acrimed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/appel_acrimed-2-2dd1a.jpg?1726837619' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt; n&#176;61. Propos recueillis par Samira Ouardi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Mouvements : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pouvez-vous revenir, en guise d'introduction, sur l'histoire de votre association ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler :&lt;/strong&gt; Acrimed a pour origine l'appel de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes, lanc&#233; lors du mouvement social de novembre et d&#233;cembre 1995. Au sein du collectif qui a r&#233;dig&#233; et anim&#233; cet appel est venue l'id&#233;e de constituer un observatoire des m&#233;dias en r&#233;action au traitement du mouvement social, notamment par les m&#233;dias audiovisuels. Il faudra attendre la fin de la gr&#232;ve et du mouvement pour que l'id&#233;e se concr&#233;tise sous la forme d'un nouvel appel, largement sign&#233;. En avril 1996, l'association &#233;tait fond&#233;e. Elle a commenc&#233; son activit&#233; dans un contexte marqu&#233; par la parution, quelques mois plus tard, de l'essai de Pierre Bourdieu &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; et de l'ouvrage de Serge Halimi sur une fraction tr&#232;s particuli&#232;re du monde des journalistes : &lt;i&gt;Les nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt;. Un certain type de critique des m&#233;dias &#233;tait relanc&#233; dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Au d&#233;part c'est donc un &#171; observatoire &#187; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Oui, c'&#233;tait une des id&#233;es. Mais l'objectif principal &#233;tait de s'organiser pour &#171; une action d&#233;mocratique sur le terrain des m&#233;dias &#187;, ainsi que le dit le titre m&#234;me de l'appel fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alors que veut dire &#171; critique &#187; dans &#171; Action-critique-m&#233;dias &#187; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Il faut d'abord dire que lorsque nous avons cr&#233;&#233; l'association, nous n'avons voulu ni nous situer dans une filiation critique particuli&#232;re, ni nous borner &#224; honorer la vocation critique des sciences sociales&#8230; Nous avons imm&#233;diatement d&#233;ploy&#233; &#171; une activit&#233; critique &#187; &#224; partir d'une id&#233;e simple : une critique effective des m&#233;dias doit &#234;tre une critique &#171; radicale &#187;, c'est-&#224;-dire qui prend les choses &#224; la &#171; racine &#187;, comme le dit Marx. Et pour nous, la &#171; racine &#187;, en ce qui concerne les m&#233;dias, ce sont les formes d'appropriation des m&#233;dias, les logiques &#233;conomiques, politiques et sociales dont ils d&#233;pendent et dont d&#233;pendent les conditions de travail des journalistes, les formes et la hi&#233;rarchie de l'information, les modalit&#233;s du d&#233;bat m&#233;diatique, etc. Bref, l'ensemble des structures et des d&#233;terminations qui gouvernent, de fa&#231;on diversifi&#233;e, l'orientation des m&#233;dias et l'activit&#233; des journalistes. Et &#171; critique &#187; veut dire &#224; la fois examen et contestation, tr&#232;s simplement. Cet examen et cette contestation nous les exer&#231;ons avec pour objectif de travailler &#224; une transformation de l'ordre m&#233;diatique existant, de peser en faveur de cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut insister sur le fait que nous sommes une association militante, nous &#171; militons &#187; pour une transformation de l'espace m&#233;diatique et de ses structures. Du c&#244;t&#233; de certains chercheurs et universitaires qui se pr&#233;sentent parfois comme &#171; contestataires &#187;, on pr&#233;tend juger nos productions &#224; l'aune des travaux en histoire des m&#233;dias, en &#233;conomie des m&#233;dias, sociologie des m&#233;dias. Comme s'il suffisait de r&#233;citer une bibliographie pour s'acquitter du devoir d'intervenir dans la m&#234;l&#233;e. Or ce que nous faisons c'est descendre dans l'ar&#232;ne (et parfois dans la rue) pour partager la critique des m&#233;dias avec ceux qui peuvent agir en faveur de la transformation de l'ordre m&#233;diatique. Et nous le faisons en adossant cette activit&#233; aux savoirs qui permettent de saisir les structures et les d&#233;terminations sociales qui gouvernent le microcosme m&#233;diatique. Par cons&#233;quent, nous prenons appui sur &#171; toutes &#187; les analyses qui permettent de nourrir et d'outiller cette d&#233;marche. Une chose est de r&#233;pliquer chaque fois que des imb&#233;cillit&#233;s sont &#233;nonc&#233;es &#224; propos d'auteurs comme Pierre Bourdieu ou Noam Chomsky ; autre chose serait d'en faire des r&#233;f&#233;rences absolues, exclusives et indiscutables. La sociologie de Pierre Bourdieu est l'une de nos r&#233;f&#233;rences, mais comme le sont d'autres auteurs et d'autres courants de sciences sociales. Quant &#224; Noam Chomsky, je vais faire un aveu : j'ai lu &lt;i&gt;La fabrication du consentement&lt;/i&gt; (qui aurait pu me servir de point d'appui depuis longtemps&#8230;) il y a deux mois seulement&#8230; Heureusement, d'autres adh&#233;rents d'Acrimed l'avaient lu avant moi. Ce que nous faisons c'est de l'&#233;conomie, de la sociologie, de l'histoire des m&#233;dias &#171; &#224; l'&#233;tat pratique &#187;. Mais pour &#234;tre adh&#233;rent d'Acrimed, on n'est pas oblig&#233; de s'inscrire dans une seule filiation et d'exhiber un titre universitaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Quelles sont alors les formes de cette critique qui pour vous est une pratique ? Quels moyens avez-vous choisi pour agir ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Je voudrais revenir d'abord sur cette id&#233;e que nous faisons de la sociologie &#171; &#224; l'&#233;tat pratique &#187;. &#201;videmment, l'&#233;valuation, l'observation et la critique des m&#233;dias que nous pratiquons sont nourries de la lecture et de la connaissance des travaux de sciences sociales. Mais pour nous &#171; informer sur l'information &#187;, comme nous le disons, cela consiste d'abord &#224; analyser &#171; sur le vif &#187; quelle information est produite et comment elle est produite. Notre vocation n'est pas d'engranger un corpus en vue de la r&#233;daction d'une th&#232;se &#8211; bien que notre travail puisse &#234;tre mobilis&#233; par des &#233;tudiants et des chercheurs. Ces analyses, faites &#171; sur le vif &#187; (cette pr&#233;cision est importante), ont vocation &#224; &#234;tre mises &#224; la disposition des publics les plus larges possible. Pour cela, il faut sortir de l'enceinte universitaire et &#171; transgresser les limites de la biens&#233;ance acad&#233;mique &#187;, comme le disait Bourdieu. Sortir du huis clos des conf&#233;rences de r&#233;daction, aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; une forme d'action. Comme l'est l'animation de notre site qui b&#233;n&#233;ficie d'une tr&#232;s large audience. Nous essayons de rendre l&#233;gitime une critique &#171; externe &#187; des m&#233;dias qui ne se soucie pas de plaire et de complaire. Et de jouer un r&#244;le d'aiguillon. Je crois que nous l'avons correctement jou&#233; jusqu'ici. Le d&#233;samor&#231;age de la critique des m&#233;dias par des &#233;missions de radio ou de t&#233;l&#233;vision (&#224; chaque cha&#238;ne la sienne&#8230;) n'entame pas la l&#233;gitimit&#233; de notre critique, bien au contraire. En tout cas, la critique externe que nous pratiquons, m&#234;me si elle d&#233;frise les chefferies &#233;ditoriales (et quelques pseudo-experts) est de mieux en mieux accueillie, sans avoir pour autant &#233;mouss&#233; son tranchant. Il existe en particulier de nombreux journalistes et syndicats de journalistes qui d&#233;sormais travaillent avec nous, d&#232;s que cela est possible et cela m&#234;me s'ils peuvent &#234;tre en d&#233;saccord avec nous sur certains points. Nous avons ainsi contribu&#233;, il me semble, &#224; faire en sorte que ces journalistes et leurs syndicats se pr&#233;occupent d'une critique publique non seulement des conditions d'exercice de leur m&#233;tier, mais &#233;galement du contenu m&#234;me de l'information. Ils l'auraient sans doute fait sans nous, mais je crois que nous avons jou&#233; un r&#244;le d'acc&#233;l&#233;rateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre forme d'action : les d&#233;bats. C'est une forme d'action parce qu'il est crucial de faire de la question des m&#233;dias l'objet de d&#233;bats publics. Les intervenants d'Acrimed, ainsi que ceux du &lt;i&gt;Plan B&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; (qui concourent efficacement, dans des registres diff&#233;rents du n&#244;tre &#224; la critique des m&#233;dias), ont anim&#233; des centaines de d&#233;bats publics, je dis bien des centaines, organis&#233;s par nous-m&#234;mes ou en liaison avec des associations, notamment ATTAC ou les &#171; Amis du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; &#187;, des universit&#233;s d'&#233;t&#233;, des formations politiques. Nous l'avons fait pour que la question des m&#233;dias redevienne ce qu'elle avait cess&#233; d'&#234;tre : une question politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous avons essay&#233; de favoriser des convergences. Nous l'avons fait par exemple &#224; l'occasion du forum social de Paris Saint-Denis en 2003. Nous avons, dans le m&#234;me esprit, jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans l'impulsion et la tenue d'&#171; &#201;tats g&#233;n&#233;raux pour le pluralisme &#187;, qui n'ont pas eu un &#233;norme &#233;cho m&#233;diatique mais qui ont eu un r&#244;le important car ils ont &#233;t&#233; un moment de rencontre entre des acteurs qui jusque-l&#224; ne se parlaient pas : associations de critique des m&#233;dias, syndicats de journalistes, m&#233;dias du tiers secteur qui, &#224; l'occasion des sessions de ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux, ont &#233;labor&#233; des plateformes significatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit &#224; travers ces &#201;tats g&#233;n&#233;raux ou de fa&#231;on ind&#233;pendante, nous avons jou&#233; un r&#244;le dans l'interpellation des forces politiques et dans la relance de quelque chose qui avait disparu : des rapports de discussions, parfois conflictuelles, entre des associations de critique, des syndicats de journalistes et les m&#233;dias associatifs, mais aussi avec les diff&#233;rentes forces politiques, qui, toutes, &#224; commencer par les forces politiques de gauche, toutes tendances confondues, avaient v&#233;ritablement d&#233;sert&#233; la question des m&#233;dias pendant plusieurs d&#233;cennies. Pour parler comme certains &#233;conomistes, on constate aujourd'hui &#171; quelques signes de reprise &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres modes d'action, il faut admettre qu'une association comme Acrimed est d'abord une &#171; association passerelle &#187; qui essaie de favoriser des actions communes, mais ne dispose que de peu de moyens d'action de masse autonomes. Par exemple, un appel &#224; manifester contre les menaces qui p&#232;sent sur l'AFP, lanc&#233; par nous et nous seuls, a peu de chances d'&#234;tre tr&#232;s efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous parlez de &#171; remettre &#187; la question des m&#233;dias au centre du d&#233;bat public, d'en &#171; refaire &#187; un probl&#232;me politique. L&#224;-dessus plusieurs questions s'imposent : quand les m&#233;dias ont-ils cess&#233; d'&#234;tre une pr&#233;occupation politique ? Pourquoi ? Et quels &#233;l&#233;ments font, en 1995, qu'il y a une urgence &#224; r&#233;investir cette question ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Nous n'avons pas tout de suite pris la mesure du vide politique qui entourait la question des m&#233;dias. C'est notre propre activit&#233; qui nous l'a rendu de plus en plus &#233;vident : depuis des d&#233;cennies, les forces politiques que l'on qualifie parfois de &#171; progressistes &#187;, qu'elles se r&#233;clament ou non de la gauche du gouvernement, ont multipli&#233; les d&#233;robades et les reculades, les silences et les capitulations. Le dernier programme coh&#233;rent de transformation des m&#233;dias, venu de forces de gauche &#8211; j'ai dit &#171; coh&#233;rent &#187;, je n'ai pas dit &#171; valide &#187;&#8230; &#8211; c'est le &#171; programme commun &#187; d'union de la Gauche en 1972. On peut aller plus loin et souligner que les gouvernements de gauche, sous la pr&#233;sidence de Mitterrand, ont &#233;t&#233; des acteurs importants d'une phase essentielle dans la privatisation des m&#233;dias en France : ce n'est pas un gouvernement de gauche qui a privatis&#233; TF1 en 1986, mais c'est un gouvernement de gauche qui, en confiant la 5 et Canal Plus &#224; des propri&#233;taires priv&#233;s, a pour partie l&#233;gitim&#233; par avance la privatisation de TF1. On n'a, d'ailleurs, pas fini de mesurer les cons&#233;quences d'une politique qui a min&#233; pour longtemps la perspective d'un service public de l'information et de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous avez &#233;voqu&#233; les diverses formes que rev&#234;t d&#233;sormais la critique des m&#233;dias. Est-ce que sa g&#233;n&#233;ralisation ne banalise pas la v&#244;tre ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Je ne crois pas. Sans m&#234;me parler de la critique m&#233;diatique des m&#233;dias dans les m&#233;dias dominants, je crois que la n&#244;tre se distingue des autres formes de critique des m&#233;dias existantes dans l'espace public sur deux versants : le versant explicatif et le versant politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre critique ne consiste pas seulement &#224; d&#233;noncer des d&#233;rapages, des erreurs, des &#171; emballements &#187;, ou des personnes mais, en partant de ce qui est visible (mais qu'il faut rendre visible) et nommable (mais qu'il ne faut pas craindre de nommer), &#224; chercher &#224; mettre en &#233;vidence les logiques &#233;conomiques, sociales et politiques qui sont &#224; l'&#339;uvre. Par exemple, les relations de connivence ne rel&#232;vent pas seulement de relations strictement personnelles : celles-ci renvoient &#224; des proximit&#233;s sociales rep&#233;rables et &#224; des formes de &#171; corruption structurelle &#187;, comme les d&#233;signait Bourdieu dans une alliance de mots apparemment antinomiques. On nous reproche parfois de pratiquer une critique &lt;i&gt;ad hominem&lt;/i&gt;. Encore faut-il s'entendre sur ce que l'on entend par l&#224;. M&#234;me quand nous ne l&#233;sinons pas sur les traits satiriques, nous refusons une critique qui s'efforcerait d'invalider un argument en s'en prenant aux caract&#233;ristiques physiques ou psychologiques de celui qui le soutient. Mais en quoi serait-il mals&#233;ant de prendre &#224; partie des personnes, non pour ce qu'elles sont individuellement, mais pour ce qu'elles r&#233;v&#232;lent ou repr&#233;sentent socialement ? Nous pouvons donner le sentiment d'avoir des &#171; t&#234;tes de turc &#187;, mais elles ne sont jamais que des cibles vis&#233;es en raison des rapports de pouvoir et de domination qu'elles illustrent et confortent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question je voudrais insister sur l'&#233;tonnant paradoxe suivant : quand on fait la critique du microcosme m&#233;diatique, de ses diff&#233;renciations, mais aussi de ses structures, il se trouve toujours de bons esprits pour d&#233;noncer le caract&#232;re &#171; abstrait &#187; de cette critique ; mais quand on nomme ceux qui occupent des positions d&#233;termin&#233;es au sein de ce microcosme, on nous dit &#171; vous prenez &#224; partie des individus &#187;. Et dans les deux cas, quelques idiots utiles nous attribuent une &#171; th&#233;orie du complot &#187; : la lutte contre le conspirationnisme imaginaire, vari&#233;t&#233; molle de la lutte contre l'antis&#233;mitisme imaginaire, permet &#224; peu de frais de se dispenser de toute critique effective des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu a fait les frais de ce double discours (trop &#171; abstrait &#187;, trop &#171; concret &#187;), m&#234;me dans son travail de sociologue. Quand il d&#233;crit, dans &lt;i&gt;Homo academicus&lt;/i&gt;, un espace de positions sociales, on lui reproche d'avoir dissimul&#233; des personnes derri&#232;re une analyse &#171; abstraite &#187;. Et quand dans &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, pour essayer de rendre compte d'un certain nombre de pratiques, de position sociales, de rapports de pouvoir, il nomme des individus pr&#233;cis, de grands moralistes lui reprochent d'avoir perdu toute d&#233;cence. Et bien nous refusons cette fausse pudeur qui tol&#232;re &#233;ventuellement la d&#233;nonciation des rapports de domination, mais &#224; condition de ne pas nommer ceux qui occupent les positions dominantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour ce qui concerne le versant explicatif de notre critique. Et puis il y a son versant politique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Avant de revenir sur ce versant politique, une derni&#232;re question sur votre critique : Y a-t-il des positions analytiques qui ont chang&#233; pour vous depuis votre constitution ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Je crois qu'il y a des questions sur lesquelles nous sommes plus vigilants que nous ne l'&#233;tions initialement. Nous avons un plus grand souci de distinguer la critique des pratiques m&#233;diatiques et la critique des positions politiques correspondantes. Ce que nous critiquons &#224; travers une prise de position politique ce n'est pas ou pas prioritairement la prise de position en elle-m&#234;me, mais la pratique journalistique qui la sous-tend : les d&#233;faillances souvent graves de l'information ou le d&#233;faut de pluralisme des d&#233;bats, par exemple. Notre critique ne rel&#232;ve pas de la contre-propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous avons travaill&#233; &#224; une meilleure prise en compte des conditions de travail des journalistes. Il nous est arriv&#233; d'&#233;pingler des journalistes, alors qu'ils n'&#233;taient pas ma&#238;tres de ce qu'ils faisaient. Les meilleurs &#8211; ils existent&#8230; - sont, dans certaines conditions, capables du pire. Nous t&#226;chons d&#233;sormais d'&#234;tre plus attentifs aux effets des conditions de production de l'information et d'essayer de distinguer le plus finement possible ce qui rel&#232;ve du choix &#233;ditorial assum&#233; par le journaliste de ce qui rel&#232;ve des conditions g&#233;n&#233;rales de production de l'information. Critiquer le travail des journalistes est une source de conflits et de malentendus permanents avec nombre d'entre eux. Mais nous l'assumons. Critiquer les journalistes, c'est s'exposer &#224; une r&#233;plique, souvent hargneuse, selon laquelle on n'y &#171; conna&#238;t rien &#187;, parce qu'on n'a pas &#171; les mains dans le cambouis &#187;. C'est &#224; la fois banal et faux. Banal, car c'est la rh&#233;torique habituelle du &#171; professionnel &#187;, qui r&#233;siste &#224; tout effort d'objectivation en mettant en avant que lui &#171; sait de quoi il parle &#187;. Et c'est oublier un peu vite que nous b&#233;n&#233;ficions de l'exp&#233;rience des nombreux journalistes qui sont membres de notre association ou qui nous &#233;crivent. Nous essayons de tirer parti, &#224; &#233;gale dignit&#233;, des savoirs professionnels, des savoirs militants et des savoirs scientifiques. C'est notre originalit&#233; : ni syndicat de journalistes, ni association de contestataires, ni d&#233;partement du CNRS. Ou, plut&#244;t, les trois &#224; la fois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Si je comprends bien, en quinze ans d'existence environ, vous avez contribu&#233; &#224; changer le contexte politique de questionnement sur les m&#233;dias. Qu'est-ce qui, selon vous, a permis, en termes de formats d'action, ce premier accomplissement ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Nous avons eu la prudence de penser que les actions de masse ne pouvaient relever de la seule activit&#233; d'Acrimed. Et pas seulement, comme je l'ai dit, parce que nous n'en avons pas v&#233;ritablement les forces. Nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; consid&#233;rer que pour passer &#224; l'action il fallait contribuer &#224; la constitution de r&#233;seaux d'action et soutenir des actions dont nous ne pouvions &#234;tre les seuls acteurs. En particulier, nous avons pris soin de ne pas court-circuiter les principaux acteurs collectifs : ni les principaux syndicats de journalistes et plus g&#233;n&#233;ralement le mouvement syndical et les associations de lutte (car pour nous la critique des m&#233;dias ne concerne pas que les journalistes), ni les forces politiques (en les interpellant et en entretenant avec elles des rapports de discussion et de confrontation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons que cette ligne d'action doit &#234;tre poursuivie. Cela a &#233;videmment &#233;t&#233; couronn&#233; d'un succ&#232;s in&#233;gal et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il existe beaucoup de publics qui se sentent concern&#233;s, beaucoup moins qui se sentent mobilisables. Ensuite, il faut souligner que nous venons de tr&#232;s loin : la plupart des mouvements contestataires ont avec les m&#233;dias un rapport purement instrumental. Autrement dit, ils ne se posent, lorsqu'il s'agit des m&#233;dias, que la question suivante &#171; comment s'en servir ? &#187;, sans m&#234;me s'interroger sur les moyens de s'en servir sans leur &#234;tre asservis. Combien de contestataires contestent les m&#233;dias quand ils interviennent dans les m&#233;dias ? Combien consid&#232;rent qu'une ar&#232;ne d&#233;mocratique doit &#234;tre conflictuelle et qu'il ne faut pas se d&#233;rober aux conflits avec certains journalistes ou sur certaines pratiques journalistiques ? Combien mettent en cause les strat&#233;gies &#233;conomiques des propri&#233;taires des m&#233;dias ou du pouvoir politique, ou les orientations &#233;ditoriales adopt&#233;es par un certain nombre de m&#233;dias qui se d&#233;fendent d'&#234;tre de parti pris ? Combien contestent les formats des &#233;missions dans lesquelles il leur arrive de passer ? Fort peu et tr&#232;s rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tout de m&#234;me, ces questions de cadrage m&#233;diatique, de contraintes formelles et de structures de pouvoir probl&#233;matiques au sein des m&#233;dias, sont des questions qui font l'objet de discussions internes au mouvement social. La preuve, vous &#234;tes intervenus dans les forums sociaux, dans lesquels il y avait des axes sp&#233;cifiques qui concernaient ces questions&#8230;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; C'est vrai, et nous ne pr&#233;tendons &#224; aucun monopole. Nous n'oublions pas, par exemple, l'existence de cette critique en acte qu'est la critique port&#233;e par les m&#233;dias du tiers secteur et par de nombreux sites sur Internet : elle est indispensable &#224; la revitalisation d&#233;mocratique de l'espace m&#233;diatique. Nous les soutenons et les consid&#233;rons comme une composante &#224; part enti&#232;re d'une lutte commune. C'est pourquoi nous nous sommes r&#233;jouis de la pr&#233;sence de certains d'entre eux dans le cadre des &#201;tats G&#233;n&#233;raux pour le pluralisme, notamment, pour que la confrontation soit possible avec les syndicats de journalistes et que nous puissions converger (ou diverger) ensemble. Et nous sommes d'ailleurs l'un de ces m&#233;dias : le site d'Acrimed est un m&#233;dia ind&#233;pendant, associatif et autog&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; votre question, le probl&#232;me ce n'est pas que les mouvements contestataires s'interrogent sur les formats. L'important c'est qu'on ne peut pas faire de la question des m&#233;dias une question politique sans modifier son rapport aux m&#233;dias. Tant que des associations, des syndicats, des forces politiques, sous couvert de faire entendre leurs positions dans les m&#233;dias, se taisent sur la question des m&#233;dias, tant qu'ils croient que leur silence sur cette question est le prix &#224; payer pour disposer de tribunes m&#233;diatiques, la critique des m&#233;dias est occult&#233;e. Bien s&#251;r, nous n'avons pas l'intention de prescrire &#224; qui que ce soit le comportement &#224; adopter vis-&#224;-vis des m&#233;dias. En la mati&#232;re, nous faisons seulement deux propositions simples aux acteurs collectifs : tout d'abord, nous proposons une analyse du champ de bataille m&#233;diatique, car c'est un champ de bataille ; ensuite nous les incitons &#224; traiter cet espace comme un champ de bataille, c'est-&#224;-dire de ne pas se soumettre &#224; tous les diktats du cirque m&#233;diatique et de ne pas oublier de critiquer les m&#233;dias dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; la fois d&#233;concertant et triste que la question des m&#233;dias n'ait &#233;t&#233; pos&#233;e dans les m&#233;dias, lors de la derni&#232;re pr&#233;sidentielle, que par Fran&#231;ois Bayrou. Et qu'il ait fallu attendre le conflit qu'il a introduit lui-m&#234;me avec les m&#233;dias, pour des raisons de positionnement tactique sans doute, mais peut-&#234;tre aussi pour de vraies raisons politiques, pour que le Parti socialiste et sa candidate r&#233;animent une proposition qui a &#233;t&#233; faite dix fois depuis 1972 et &#224; chaque fois oubli&#233;e quand la gauche est parvenue au pouvoir : en finir avec les liaisons dangereuses entre les m&#233;dias et les groupes qui b&#233;n&#233;ficient de march&#233;s publics. On est en droit d'attendre d'eux non qu'ils r&#233;ussissent, mais au moins qu'ils tentent d'accomplir ce qu'ils proposent. Jusqu'alors, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous &#234;tes engag&#233;s dans ces actions depuis bient&#244;t quinze ans. Alors, au-del&#224; de la remise en d&#233;bat de la question m&#233;diatique, la situation de l'espace m&#233;diatique a-t-elle, de votre point de vue, chang&#233; depuis 1995 ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Oui et non. Commen&#231;ons par le r&#244;le des &#171; nouveaux chiens de gardes &#187; : l'analyse de Serge Halimi, publi&#233;e en 1997, d&#233;crit une situation qui n'a pas boug&#233;. La quarantaine de journalistes qui occupent une place disproportionn&#233;e dans le d&#233;bat public et d&#233;limitent le p&#233;rim&#232;tre des questions dicibles et la fa&#231;on de les poser, sont toujours l&#224;. L'arrogance de ces &#171; prescripteurs d'opinion &#187; a culmin&#233; en 2005 lors du r&#233;f&#233;rendum sur le trait&#233; constitutionnel europ&#233;en. Ces serviteurs du pluralisme an&#233;mi&#233; et des pens&#233;es dominantes semblent inamovibles. Dans le m&#234;me temps, la situation globale des m&#233;dias a beaucoup chang&#233; : leur financiarisation s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e, la r&#233;volution num&#233;rique b&#233;n&#233;ficie d'abord aux groupes les plus puissants, en m&#234;me temps qu'elle fragilise la presse &#233;crite g&#233;n&#233;raliste, le secteur public est appauvri, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. Et l'&#233;cart ne cesse de se creuser entre les sommit&#233;s de la profession et les soutiers de l'information, de plus en plus pr&#233;caris&#233;s. Les premi&#232;res se croient ind&#233;pendantes, parce que, ajust&#233;es &#224; leur fonction, elles font &#171; spontan&#233;ment &#187; ce que leur fonction leur prescrit. Les seconds confondent trop souvent la relative ind&#233;pendance individuelle dont ils jouissent et la d&#233;pendance collective qui est la leur. Encore cette relative ind&#233;pendance n'existe-t-elle pas partout et seulement pour ceux qui b&#233;n&#233;ficient d'emplois stables. Et, dans tous les cas, les journalistes ne vivent pas en &#233;tat d'apesanteur sociale, et comme dans tous les m&#233;tiers, ils compensent souvent leur d&#233;pendance sociale par des mythes professionnels : l'ind&#233;pendance n'est alors que l'un d'eux, parfois m&#234;me parmi les journalistes les plus pr&#233;caires convaincus de faire le plus beau m&#233;tier du monde. C'est assez dire qu'il est moins facile qu'il n'y para&#238;t d'introduire des grains de sable dans la &#171; machine &#187;&#8230; sans changer la &#171; machine &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Voil&#224; pour ce qui n'a pas chang&#233; voire qui n'a cess&#233; d'empirer, qu'est ce qui a chang&#233; alors ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Ce qui a chang&#233; c'est notamment le d&#233;veloppement de la critique des m&#233;dias sous diverses formes. On la trouve partout : des &#171; m&#233;diateurs &#187; pr&#233;sents dans un certain nombre de m&#233;dias, aux &#233;missions de d&#233;cryptage (qui ne d&#233;cryptent presque rien) ou sur la vie des m&#233;dias (qui en r&#233;alit&#233; sont des &#233;missions sur les &lt;i&gt;people&lt;/i&gt; m&#233;diatiques)&#8230; Bref il n'y a pas un m&#233;dia qui n'ait sa rubrique ou son &#233;mission dans laquelle il pr&#233;tend &#171; analyser &#187; les m&#233;dias. C'est trop souvent (mais pas toujours&#8230;) la version marchande de la critique des m&#233;dias et elle est florissante. &#192; c&#244;t&#233; de cette critique m&#233;diatique des m&#233;dias, on a vu appara&#238;tre, notamment sur Internet, une critique des m&#233;dias multiforme, constitu&#233;e ind&#233;pendamment de la n&#244;tre ou, plus ou moins ouvertement en &#233;cho ou en opposition &#224; celle que nous pratiquons, notamment &#224; travers des blogs et certains sites ind&#233;pendants. Et c'est tr&#232;s bien. M&#234;me &#171; Arr&#234;t sur image &#187; dont la critique sur France 5 ne d&#233;passait gu&#232;re les limites du simple d&#233;cryptage plut&#244;t complaisant est devenu plus corrosif en passant sur la toile. Simplement cette critique-l&#224; souffre, &#224; nos yeux, de deux faiblesses qui permettent de penser que nous avons toujours un r&#244;le sp&#233;cifique &#224; jouer. Tout d'abord, elle a en g&#233;n&#233;ral (ce n'est pas toujours le cas) une faible teneur explicative. Mais surtout, elle n'a, sauf exception, aucune ambition politique. Enfin, il y a une derni&#232;re cat&#233;gorie de critique des m&#233;dias qui s'est d&#233;velopp&#233;e. Je pense aux initiatives &#224; l'articulation de la critique des m&#233;dias et de la proposition de transformation des m&#233;dias : &#171; l'Appel de la colline &#187; impuls&#233; par &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; ou &#171; les Assises du journalisme &#187; impuls&#233;es par J&#233;r&#244;me Bouvier notamment. Ce sont souvent des initiatives dont nous ne partageons pas ou pas totalement les objectifs et les modalit&#233;s. Mais elles sont le signe que &#231;a bouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ce d&#233;veloppement de la critique des m&#233;dias sous des formes diverses a-t-il transform&#233; le rapport qu'entretenait avec elle le mouvement social ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M :&lt;/strong&gt; Sur ce point, il me semble que la situation est tr&#232;s contradictoire : je crois qu'aujourd'hui il y a une prise de conscience de l'importance de la question m&#233;diatique ; mais malheureusement cette prise de conscience ne s'est pas suffisamment traduite en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord pour une mauvaise raison : le rapport instrumental aux m&#233;dias dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233; perdure. Une association comme Attac a beaucoup &#339;uvr&#233; en faveur du d&#233;bat public que nous avons (avec d'autres&#8230;) men&#233; sur la question des m&#233;dias. Les r&#233;unions publiques auxquelles nous avons particip&#233; ont souvent &#233;t&#233; organis&#233;es par des comit&#233;s d'Attac ou dans le cadre des universit&#233;s d'&#233;t&#233; d'Attac. Pourtant il a &#233;t&#233; quasiment impossible d'obtenir d'Attac une prise de position publique claire sur la question des m&#233;dias. Il est pour le moins &#233;trange qu'une association qui lutte contre la mondialisation lib&#233;rale se d&#233;robe ainsi car les m&#233;dias ne sont pas des proies, mais des acteurs de cette mondialisation, et ils n'en sont pas les observateurs, mais les propagandistes. On pourrait dire cela d'autres forces contestataires : quand Olivier Besancenot va chez Drucker en pleine &#171; r&#233;forme &#187; sarkozyste de l'audiovisuel public, il s'efforce de donner la parole &#224; des salari&#233;s que l'on n'entend jamais dans ce genre d'&#233;mission, mais il ne dit pas un mot du fait qu'il parle sur une cha&#238;ne menac&#233;e dans ses moyens et son r&#244;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le maintien de ce genre d'attitude est fond&#233; sur une surestimation de la puissance des m&#233;dias. C'est d'ailleurs la croyance dans le pouvoir des m&#233;dias qui alimente le pouvoir des m&#233;dias. Bref, les forces politiques et le mouvement social dans leur ensemble (il y a bien s&#251;r des exceptions) c&#232;dent au pouvoir d'intimidation des m&#233;dias, c'est-&#224;-dire &#224; l'id&#233;e selon laquelle la m&#233;diatisation est l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif, en toutes circonstances, pour faire conna&#238;tre ses id&#233;es, ses luttes et ses propositions ; or c'est le cas parfois mais pas toujours. Et surtout &#231;a l'est beaucoup moins souvent qu'on ne le dit : il suffit d'avoir quelques connaissances en sociologie de la r&#233;ception pour en &#234;tre convaincu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, m&#234;me si l'importance de la question m&#233;diatique est apparue progressivement &#224; ceux qui ne la consid&#233;raient pas jusque-l&#224;, la crise &#233;conomique, sociale et &#233;cologique a pris, depuis plus d'un an, une telle ampleur qu'elle est devenue, plus que jamais, la priorit&#233; qui oriente les mobilisations des acteurs du mouvement social. Il ne faudrait pas que cela se transforme en alibi&#8230; C'est dire, en toute modestie, l'importance de notre existence car nous sommes les seuls &#224; porter, sur le terrain des m&#233;dias, une critique &#224; la fois intransigeante, le cas &#233;ch&#233;ant virulente, explicative et de dimension politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Mais en quoi consiste ce &#171; versant politique &#187; que vous avez plusieurs fois &#233;voqu&#233; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Critiquer non pour le plaisir, mais pour rendre sensible la n&#233;cessit&#233;, voire l'urgence de transformations de l'ordre m&#233;diatique existant. Nous avons fait des propositions en ce sens que l'on n'aura sans doute pas le temps de d&#233;tailler au cours de cet entretien. Quelques-unes d'entre elles ont &#233;t&#233; mises en discussion dans des syndicats, des associations ou des forces politiques, et parfois reprises. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, on ne peut que se f&#233;liciter chaque fois que, avec ou sans nous, des propositions sont &#224; nouveau clairement formul&#233;es. Encore faut-il que ces propositions ne soient pas purement d&#233;coratives, mais fassent l'objet d'actions et de mobilisations en leur faveur. Que tous les acteurs collectifs s'en emparent. Qu'elles se nourrissent d'une critique rigoureuse et sans complaisance. Qu'elles soient formul&#233;es &#171; dans l'air toujours agit&#233; de la contestation &#187; (pour piquer &#224; Foucault l'une de ses formules). Sinon, elles resteront des chiffons de papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Si je comprends bien, la priorit&#233; maintenant ce n'est plus de diffuser la critique des m&#233;dias mais de contribuer &#224; impulser un mouvement social de transformation des m&#233;dias, un mouvement transversal. Dans cette perspective, quid de l'international ? Puisque les m&#233;dias sont des acteurs de la mondialisation cette lutte ne doit-elle pas &#234;tre transnationale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; C'est vrai. Mais une remarque g&#233;n&#233;rale d'abord : ce que fait ou ne fait pas une association, surtout quand elle est constitu&#233;e comme la n&#244;tre exclusivement de b&#233;n&#233;voles qui ont d'autres engagements, n'est pas toujours une question d'orientation, mais de forces. Cela explique en particulier que nous n'ayons pas vraiment d&#233;velopp&#233; notre action en dehors de l'hexagone. Difficult&#233; suppl&#233;mentaire : en dehors des &#201;tats-Unis, il y a, en g&#233;n&#233;ral, tr&#232;s peu d'&#233;quivalents d'Acrimed, se d&#233;diant exclusivement &#224; une critique ind&#233;pendante et externe. Et quand ils existent ou ont exist&#233; nous avons eu des difficult&#233;s &#224; entrer en contact avec eux. Cela dit, il existe &#233;videmment partout des formes ou des instances de critique des m&#233;dias, particuli&#232;rement dans les pays o&#249; cette critique est tr&#232;s directement une composante des conflits sociaux et politiques. Mais il est vrai que l'absence d'action internationale concert&#233;e se fait particuli&#232;rement sentir &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, alors que la r&#233;orientation des politiques m&#233;diatiques peut difficilement se faire exclusivement &#224; l'&#233;chelle nationale. Les syndicats de journalistes en sont conscients, mais cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Bref, vous dites que ce qui freine l'efficacit&#233; de la critique des m&#233;dias comme projet politique c'est le manque de force g&#233;n&#233;ral du mouvement social.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;H. M. :&lt;/strong&gt; Oui. Mais aussi les r&#233;ticences &#224; s'en emparer. Pendant des d&#233;cennies, quand ils se sont battus, les journalistes et les salari&#233;s des m&#233;dias l'ont fait de mani&#232;re isol&#233;e, comme si la question des m&#233;dias ne concernait qu'eux. Alors que dans tous les autres secteurs publics ou d'enjeu public, les luttes ont d&#233;pass&#233; les acteurs centraux : que ce soit pour les transports, l'h&#244;pital, l'enseignement, ou derni&#232;rement la Poste. Or tant que la question des m&#233;dias n'est pas une question dont s'emparent tous les acteurs contestataires de la vie sociale et politique, on n'est pas &#224; la hauteur des enjeux. Le jour o&#249; cela arrivera peut-&#234;tre qu'on dissoudra Acrimed&#8230; &#8226;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Guerre de Libye : Quand la propagande d&#233;figure le d&#233;bat public </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Guerres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Suivisme des grands m&#233;dias&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Sur-les-medias-.html" rel="directory"&gt;Sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Guerres-+.html" rel="tag"&gt;Guerres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH132/guerre_de_libye-5a9f8.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rappels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Jeudi 17 mars 2011 Le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations Unies se prononce pour l'instauration d'une zone d'exclusion dans le ciel libyen. Le conseil autorise &#233;galement &lt;i&gt;&#034;toutes les mesures n&#233;cessaires&#034;&lt;/i&gt; &#8211; ce qui signifie, en langage diplomatique, des actions militaires &#8211; pour assurer la protection des populations civiles face &#224; l'arm&#233;e de Kadhafi.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Samedi 19 mars 2011 Les &#201;tats-Unis, la France et le Royaume-Uni lancent des raids a&#233;riens pour stopper la r&#233;pression de la r&#233;volte. Ces frappes stoppent les forces pro-Kadhafi qui &#233;taient aux portes de Benghazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/medias/entretiens/quand-la-propagande-defigure-le-debat-public&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entretien publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 4 avril 2011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les premi&#232;res observations recueillies par Acrimed sur le traitement m&#233;diatique de cette guerre en Libye ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler. &lt;/strong&gt;Avant m&#234;me que ne commencent les bombardements, on a assist&#233; &#224; une v&#233;ritable exaltation guerri&#232;re. D&#232;s le vote de la r&#233;solution de l'ONU, la plupart des sites des quotidiens et des hebdos, impatients, nous pr&#233;venaient : &#171; Le compte &#224; rebours a commenc&#233;. &#187; Il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que le petit monde des grands m&#233;dias s'est f&#233;licit&#233; de la perspective des bombardements sur la Libye, semblant oublier qu'une guerre est avant tout. une guerre. Entre les journalistes qui bombent le torse et ceux qui, &#224; d&#233;faut de rev&#234;tir leur treillis, se mettent &#224; parler comme les militaires, rien ne nous est &#233;pargn&#233;. Une rh&#233;torique va-t'en guerre soutenue par une fi&#232;vre chauvine sur le r&#244;le de &#171; la France &#187;. Qui a &#171; frapp&#233; la premi&#232;re &#187;, pouvait-on lire &#224; la une de la plupart des quotidiens, le lendemain des premiers bombardements. Cocorico, c'est la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une guerre pr&#233;sent&#233;e comme indispensable. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; In&#233;vitable et indiscutable. Or, qu'on la soutienne ou la r&#233;prouve - que l'on pense que l'intervention militaire &#233;tait n&#233;cessaire (pour emp&#234;cher les forces arm&#233;es de Kadhafi d'&#233;craser la r&#233;volte &#224; Benghazi) ou au contraire que l'on devait et pouvait l'&#233;viter -, on est en droit d'attendre des m&#233;dias qu'ils ne soient pas le service apr&#232;s-vente du minist&#232;re de la D&#233;fense, reprenant la moindre de ses informations et le moindre de ses termes, sans aucune distance critique. C'est &#224; peine si les principaux m&#233;dias osent parler de &#171; guerre &#187;, alors que des centaines de missiles ont &#233;t&#233; tir&#233;s d&#232;s les premiers jours. Ils &#233;voquent, non des bombardements, mais des &#171; frappes &#187; : des frappes &#171; cibl&#233;es &#187;, nouvel avatar des &#171; frappes chirurgicales &#187;. On nous montre, &#224; grand renfort d'images fournies par l'arm&#233;e elle-m&#234;me, le haut degr&#233; de pr&#233;cision et de technologie de &#171; nos &#187; armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, cette gu&#232;re soul&#232;ve au moins quelques questions. Quelle place a &#233;t&#233; accord&#233;e aux divergences ? Le pluralisme des avis et analyses sur cette intervention a-t-il &#233;t&#233; respect&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; Dans leur emballement, la plupart des m&#233;dias ont &#171; oubli&#233; &#187; de commencer par poser ces questions. Et quand des questions partielles ont surgi, apr&#232;s l'euphorie des premiers jours (sur les dissensions, le commandement, les objectifs), les interrogations sur la n&#233;cessit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; de cette guerre qui ne dit pas son nom - pr&#233;sent&#233;e, au fond, comme une op&#233;ration humanitaire, et non comme une intervention militaire - &#233;taient devenues &#171; hors sujet &#187;. On nous a r&#233;p&#233;t&#233; jusqu'&#224; la naus&#233;e que cette op&#233;ration &#233;tait soutenue par la &#171; communaut&#233; internationale &#187;. Les gouvernements de la Chine, l'Inde, la Russie, l'Allemagne, le Br&#233;sil. ont fait part de leurs r&#233;serves ? Ce n'est pas un probl&#232;me, puisqu'ils se sont abstenus ! D'autres se sont d&#233;clar&#233;s franchement hostiles. Qu'importe : la &#171; communaut&#233; internationale &#187; existera sans eux. Plut&#244;t que d'informer sur leurs arguments et de tenter de les comprendre, avant de soutenir ou de r&#233;prouver leurs positions, on a trait&#233; tous les r&#233;fractaires par le m&#233;pris. Quant aux arguments de ceux qui, en France m&#234;me, &#233;mettent des objections sur le fond ou s'opposent &#224; cette guerre-l&#224;, ils ont &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s, dans les meilleurs des cas, dans les &#171; tribunes libres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer ce traitement m&#233;diatique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler.&lt;/strong&gt; On peut &#234;tre tent&#233; d'expliquer ce traitement par le poids des marchands d'armes dans le paysage m&#233;diatique fran&#231;ais. Le cas du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, propri&#233;t&#233; de Serge Dassault, qui fournit l'arm&#233;e fran&#231;aise (et qui a aussi vendu des avions &#224; Kadhafi) est presque caricatural. Mais ce serait un raccourci. Ce qui domine, c'est le suivisme des grands m&#233;dias &#224; l'&#233;gard de la pr&#233;tendue &#171; communaut&#233; internationale &#187;, des institutions politiques et militaires, et de l'unanimisme des partis dominants en France m&#234;me. Cette d&#233;f&#233;rence institutionnelle se nourrit des croyances partag&#233;es, sinon par tous les journalistes, du moins par les chefferies &#233;ditoriales. D&#232;s lors, la propagande menace de d&#233;vorer l'information et de d&#233;figurer le d&#233;bat public&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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