<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Convoiter l'impossible</title>
	<link>http://athena.henri-maler.fr/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.henri-maler.fr/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Convoiter l'impossible</title>
		<url>https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L144xH190/siteon0-0bf5e.jpg?1726251026</url>
		<link>http://athena.henri-maler.fr/</link>
		<height>190</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Marx, l'utopie, l'histoire, le communisme, etc. (entretien)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Marx-l-utopie-l-histoire-le-communisme-etc-entretien.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Marx-l-utopie-l-histoire-le-communisme-etc-entretien.html</guid>
		<dc:date>2024-11-01T16:40:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-l-utopie-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L88xH150/marx_l_utopie_l_histoire-5f53c.jpg?1730493526' class='spip_logo spip_logo_right' width='88' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; propos de &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;. Entretien t&#233;l&#233;phonique paru le 27 f&#233;vrier 1996 dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; sous le titre &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/-/-/henri-maler-lhistoire-na-pas-de-but&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'histoire n pas de but &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Votre ouvrage &#171; Convoiter l'impossible &#187; porte en sous-titre : &#171; L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx &#187;. Ainsi pour vous, une place imaginaire - celle de l'utopie - n'est pas n&#233;cessairement une place vide. Pourquoi cette place inoccup&#233;e serait-elle destin&#233;e &#224; le rester toujours, vous demandez-vous d&#232;s les premi&#232;res pages&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cela vaut pour l'utopie de Marx lui-m&#234;me. J'ai tendance &#224; penser que Marx est davantage responsable des erreurs qui ont &#233;t&#233; commises en son nom par ce qu'il n'a pas dit que par ce qu'il a dit. Marx critique dans l'utopie des prescriptions doctrinaires : la volont&#233; d'imposer au mouvement r&#233;el des finalit&#233;s, des formes d'existence de la soci&#233;t&#233; qui ne reposeraient pas sur les tendances de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me. Cette critique n'a rien perdu de son actualit&#233;. Par contre, il ne dit pratiquement rien sur l'autre versant de l'utopie, celui des perfections imaginaires. Or, quand on analyse la fa&#231;on dont s'est construite sa conception de l'histoire et du communisme, on d&#233;couvre que dans son &#339;uvre courent des fantasmes qui rel&#232;vent de perfections imaginaires : une soci&#233;t&#233; totalement r&#233;concili&#233;e avec elle-m&#234;me, capable d'une ma&#238;trise absolue sur elle-m&#234;me. Une chose est l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; contr&#244;lant consciemment ses processus de socialisation et d'individuation, une autre est l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; qui, une fois d&#233;faits le f&#233;tichisme de la marchandise et, d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, certaines formes historiques d'ali&#233;nation humaine, acc&#233;derait &#224; la transparence de ses propres rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'utopie, dites-vous, prend la politique &#224; rebours. Elle est &#224; la fois le concept n&#233;gateur de la strat&#233;gie et porteur d'une autre strat&#233;gie. En la&#239;cisant ainsi l'utopie, croyez-vous tordre le cou &#224; toutes les lectures qui font de Marx le p&#232;re d'une conception de l'histoire organis&#233;e en vue d'une fin pr&#233;&#233;tablie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je conc&#232;de qu'une critique de l'ali&#233;nation ne peut se faire que dans la perspective d'une soci&#233;t&#233; d&#233;sali&#233;n&#233;e, une soci&#233;t&#233; rendue &#224; une certaine transparence et promise par le cours m&#234;me de l'histoire. Ce qu'on a appel&#233; le messianisme de Marx a fini par hypoth&#233;quer en partie sa critique du capitalisme et la perspective strat&#233;gique du communisme. Je pense surtout &#224; l'approche proprement philosophique, dans les &#339;uvres de jeunesse, d'un prol&#233;tariat qui serait la dissolution en actes de la soci&#233;t&#233; existante, un prol&#233;tariat qui serait tout &#224; la fois l'agent fondamental de l'&#233;mancipation et la pr&#233;figuration de la soci&#233;t&#233; future. (Certes, au fil des &#339;uvres suivantes, le prol&#233;tariat n'est plus d&#233;fini par son exclusion de la soci&#233;t&#233;, mais par son inclusion dans les rapports de production.) Je pense aussi &#224; la critique du f&#233;tichisme de la marchandise qui est prise dans l'hypoth&#232;se d'une soci&#233;t&#233; qui l'aurait aboli avant que cette abolition ne soit donn&#233;e pour certaine. Je crois que l'&#233;volution de Marx n'a pas compl&#232;tement supprim&#233; les ambigu&#239;t&#233;s originelles qui d&#233;coulent &#224; la fois de la critique des utopies qui le pr&#233;c&#232;dent et de sa propre utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#234;tre reconnaissant &#224; Althusser de nous avoir appris &#224; lire Marx rigoureusement, &#224; consid&#233;rer que sa pens&#233;e avait une histoire, que sa v&#233;rit&#233; ne se trouvait pas au d&#233;but. M&#234;me si je ne pense pas que la v&#233;rit&#233; de Marx se trouve &#224; la fin. Ce n'est pas la peine de chercher le &#171; vrai Marx &#187; parce que sa pens&#233;e - faite de continuit&#233;s et de discontinuit&#233;s - est en perp&#233;tuel mouvement. Ses tensions internes sont tr&#232;s f&#233;condes et les probl&#232;mes irr&#233;solus, parce qu'ils sont irr&#233;solus, sont porteurs d'avenir et d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;En ne cherchant pas &#224; restituer un &#171; vrai Marx &#187;, vous affirmez votre volont&#233; de vous inspirer de sa pens&#233;e pour la faire vivre aujourd'hui. Peut-on, dans ces conditions, sauver son id&#233;e du communisme et n'en retenir en m&#234;me temps que les outils o&#249; chacun - &#233;conomiste, historien, philosophe - puiserait le n&#233;cessaire pour ses grandes recherches ou ses petits bricolages ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout le monde fait r&#233;f&#233;rence &#224; Marx d&#232;s lors qu'il travaille s&#233;rieusement dans les domaines de l'histoire, de l'&#233;conomie, ou de la philosophie. Ce que je veux contester, c'est l'id&#233;e qu'on pourrait lire Marx comme s'il n'&#233;tait pas communiste. Comme si c'&#233;tait chez lui une opinion priv&#233;e. Je pense, au contraire, qu'il n'y a rien de fondamental dans la pens&#233;e de Marx qui ne soit lisible en dehors de cette option. Je sais bien que cela fait tr&#232;s chic aujourd'hui de se r&#233;f&#233;rer &#224; un Marx en faisant l'impasse sur son communisme. Je propose au contraire de prendre le communisme de Marx au s&#233;rieux parce que c'est cela qui structure la r&#233;alit&#233; de sa pens&#233;e. Je lui pose simplement la question : ton utopie est-elle la bonne ? Il y a dans la pens&#233;e du p&#232;re fondateur une critique de l'utopie qui est utile, mais courte. Aujourd'hui, le sauvetage du communisme de Marx passe par un bilan critique de son communisme, et pas seulement par la r&#233;cup&#233;ration de trois ou quatre outils d'analyse. Marx est notre contemporain parce que les probl&#232;mes qu'il a pos&#233;s sont de notre temps. Ce qui est compl&#232;tement moderne chez lui, c'est le rapport de la critique &#224; son objet : c'est l'id&#233;e que la science n'est pas simplement un savoir positif et que l'on peut &#234;tre &#224; la fois critique et scientifique. Mais on ne peut dissocier le projet communiste de Marx de la critique - toujours &#224; actualiser - qui le fonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;La pens&#233;e de Marx est n&#233;e au carrefour de l'&#233;conomie politique anglaise, de la philosophie id&#233;aliste allemande et du socialisme utopique fran&#231;ais. Ces sources se sont vite transform&#233;es en obstacles. Et ce qu'il a &#233;t&#233; convenu un temps d'appeler &#171; le socialisme scientifique &#187; s'est constitu&#233; en opposition &#224; ce qui lui a donn&#233; naissance. Quel enseignement peut-on en tirer sur le rapport que peut entretenir la pens&#233;e de Marx avec notre &#233;poque ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La pens&#233;e de Marx s'est tr&#232;s vite transmise &#224; l'int&#233;rieur d'une forteresse. Cela a &#233;t&#233; le marxisme stalinis&#233;, qui est tr&#232;s vite devenu une orthodoxie de r&#233;f&#233;rence, avec ses petites dissidences et ses petites contradictions. En face de cela, les oppositions au stalinisme qui faisaient r&#233;f&#233;rence &#224; Marx ont toujours &#233;t&#233; tent&#233;es de construire des orthodoxies alternatives et de dresser un &#171; vrai Marx &#187; contre le &#171; faux &#187;. J'esp&#232;re que ce temps est d&#233;pass&#233; et que nous sommes entr&#233;s dans une phase ou les marxismes sont n&#233;cessairement h&#233;r&#233;tiques. Le retard pris par le marxisme-forteresse explique que celui-ci ait &#233;t&#233; relativement impuissant &#224; se mesurer aux savoirs qui lui &#233;taient contemporains. La pens&#233;e de Marx, pour rester vivante, doit apprendre &#224; critiquer et int&#233;grer des pens&#233;es qui lui sont pour une part ext&#233;rieures et qui, en tout cas, ont refus&#233; d'entrer dans le d&#233;bat pi&#233;g&#233; de l'orthodoxie. Je pense ici &#224; Michel Foucault, Gilles Deleuze, Pierre Bourdieu, Jacques Derrida, pour m'en tenir aux plus connus parmi les Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Vous affirmez &#224; plusieurs reprises que l'histoire n'a pas l'Homme pour d&#233;miurge. Ne serait-ce pas une critique implicite de la vieille formule selon laquelle ce sont les hommes qui font l'histoire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comme toute formule de Marx, il faut savoir &#224; quoi s'oppose l'id&#233;e que &#171; les masses font l'histoire &#187;. Sans cela, elle peut induire toutes les variantes de populisme. Il y a dans l'&#339;uvre de Marx un moment o&#249; il rompt avec l'id&#233;e d'une histoire automate. Son ami Engels l'explique dans cette formule : &lt;i&gt;&#171; L'histoire ne fait rien. &#187;&lt;/i&gt; C'est une prise de distance par rapport &#224; toutes les conceptions d'une histoire qui serait &#224; elle-m&#234;me son propre moteur. La variante la plus r&#233;pandue est celle des philosophies du progr&#232;s aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles. En r&#233;alit&#233;, l'histoire ne fait rien parce que ce sont les hommes qui font l'histoire, et qu'ils la font sur la base de conditions h&#233;rit&#233;es et dans un rapport contradictoire. De la m&#234;me fa&#231;on, ce n'est pas la g&#233;n&#233;ralit&#233; &#171; homme &#187; qui fait l'histoire, ce sont les hommes, c'est-&#224;-dire les masses. Ces masses, selon Marx, ne sont pas ind&#233;termin&#233;es. Ce sont des individus d&#233;finis par leur position dans les rapports sociaux. On peut aussi bien dire que ce sont les conflits qui font l'histoire. Car il ne s'agit pas des individus en dehors de leurs conflits, de leurs contradictions, de leurs combats. Pour moi, Marx est le penseur qui nous invite &#224; placer le conflit social - toujours complexe &#224; analyser - au centre de l'intelligibilit&#233; de l'histoire. Cela ne signifie pas que ce fil conducteur nous procure une autoroute balis&#233;e d'avance. L'idol&#226;trie des masses n'a jamais fait avancer d'un pas suppl&#233;mentaire une politique d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;D'autant plus qu'au d&#233;part, la mise en mouvement des masses prend souvent appui sur la haine de classe...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est vrai. Mais il existe toute une pens&#233;e lib&#233;rale ou de droite, de Gustave Lebon &#224; Fran&#231;ois Furet, qui voit essentiellement dans le mouvement des masses le mouvement de la haine et du ressentiment. Comme si, du c&#244;t&#233; des classes dominantes, il n'y avait que lucidit&#233;, rationalit&#233; et int&#233;r&#234;ts bien compris. C'est quand m&#234;me un peu court. Mais, dans l'hostilit&#233; de la classe dominante, il y a, toujours possible, la logique du bouc &#233;missaire. L'id&#233;al communiste, lui, s'enracine dans l'oppression - qu'il faut conjurer et abolir. Mais il peut porter aussi la marque de cette oppression. Nietzsche, auquel je fais r&#233;f&#233;rence dans mon livre, montre comment l'id&#233;al peut &#234;tre habit&#233; par le ressentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une utopie cr&#233;atrice habite le changement social lui-m&#234;me. Il suffit de faire r&#233;f&#233;rence &#224; certains d&#233;bats qui ont eu lieu dans des piquets de gr&#232;ve pendant le mouvement de d&#233;cembre : ils n'ont pas simplement discut&#233; du plan Jupp&#233;. Ils ont aussi discut&#233; de ce qui, au-del&#224; de leurs aspirations les plus imm&#233;diates, les plus urgentes, relevait de leurs r&#234;ves inassouvis. Si on n'a pas r&#233;ellement chang&#233; le monde dans les piquets de gr&#232;ve, tout ce qui correspondait aux potentialit&#233;s d'&#233;mancipation inscrites dans la r&#233;alit&#233; a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Quel effort accomplir pour que la pens&#233;e de Marx se prolonge dans une pens&#233;e de la lib&#233;ration humaine ? Affirmer que le communisme est &#171; le mouvement qui abolit l'&#233;tat de choses actuel &#187; donne-t-il &#224; ce dernier un contenu positif suffisant ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a au moins trois types de d&#233;finitions du communisme chez Marx. En premier lieu, la soci&#233;t&#233; sans classe et sans Etat. Ensuite, la ma&#238;trise consciente de la socialisation, en particulier par la socialisation effective des moyens de production. Enfin - et cela est pour moi le plus important - une association o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous. C'est &#224; la fois une norme sociale et un id&#233;al moral : celui de la libert&#233; individuelle et universelle. Et je pense qu'aujourd'hui il faut r&#233;affirmer avec force que le communisme est un id&#233;al, mais un id&#233;al branch&#233; sur le mouvement r&#233;el. Ce n'est pas l&#224; une simple formule. Toute l'&#339;uvre de Marx consiste &#224; montrer que si le communisme n'est pas un id&#233;al abstrait, c'est n&#233;anmoins un id&#233;al en prise avec le processus r&#233;el. La dialectique permet de le saisir : le capitalisme r&#233;alise, sous des formes destructrices, des potentialit&#233;s &#233;mancipatrices. Le communisme se propose comme l'utopie concr&#232;te de l'accomplissement de ces potentialit&#233;s : une soci&#233;t&#233; o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici se situe la question des mod&#232;les. Il y a, selon moi, mod&#232;le et mod&#232;le. Si on veut dire qu'un communisme, quand il se constitue par r&#233;f&#233;rence &#224; une patrie du socialisme - surtout quand elle si peu socialiste -, c'est une vraie catastrophe, il n'y a pas de probl&#232;me. Mais on ne peut pas penser totalement sans mod&#232;le. Marx nous dit : voici quel est le menu de l'avenir ; en nous disant : il est interdit d'en donner les recettes. L'id&#233;e-force, c'est que les constructions abstraites et arbitraires, les soci&#233;t&#233;s imagin&#233;es, les utopies au mauvais sens du terme, cela ne fonctionne pas. Mais on est oblig&#233; aujourd'hui de dire : pour tel contenu, voici quelles formes politiques, sociales, juridiques sont envisageables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Est-ce que cela ne revient pas &#224; enfermer le mouvement des peuples dans un sc&#233;nario qui les prive de leur initiative historique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le risque existe. Mais prenons par exemple la question de l'Europe. On peut se mettre d'accord sur une formule : il faut une Europe sociale, citoyenne, &#233;cologique. Mais un vrai projet europ&#233;en, ce serait non seulement un projet qui pr&#233;ciserait le contenu d'une Europe &#233;mancip&#233;e, mais aussi qui s'efforcerait d'en esquisser les formes sociales, juridiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx r&#233;cuse les inventions individuelles et arbitraires des penseurs g&#233;niaux. Mais l'invention collective ? Je ne crois pas qu'il puisse y avoir une invention de l'utopie d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de l'utopie. Cela signifie reb&#226;tir le mouvement social, les perspectives politiques, autour d'une pens&#233;e effective des formes possibles, en l'&#233;tat actuel des choses, d'un avenir &#233;mancip&#233;. Quand Marx se d&#233;fend de proposer des formes, il expose sa pens&#233;e &#224; toutes les d&#233;figurations. &#171; Contr&#244;le conscient de la production &#187; peut aussi bien signifier planification bureaucratique que f&#233;d&#233;ralisme fond&#233; sur les coop&#233;ratives. Les deux mod&#232;les coexistent chez Marx. Esquisser les formes d'un avenir possible : il faut remettre &#231;a en chantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Pourquoi la loi est-elle toujours tendancielle chez Marx ? Et, qui plus est, contradictoire et historique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais r&#233;pondre que c'est parce que le mouvement du capital est dialectique. Mais cela serait un peu lapidaire. La loi est toujours tendancielle parce que la tendance est &#224; la dynamique du syst&#232;me ce que la loi est &#224; sa structure. La loi est tendancielle, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle est historique et d&#233;pend par cons&#233;quent des antagonismes de classes. Mais, sur le r&#244;le des luttes de classes, Marx est, dans &#171; le Capital &#187;, passablement ambigu. Par exemple, la l&#233;gislation sur la diminution de la dur&#233;e du travail est pr&#233;sent&#233;e tant&#244;t comme le r&#233;sultat du d&#233;veloppement m&#234;me de la production capitaliste, tant&#244;t comme un effet de la lutte des classes, tant&#244;t comme un m&#233;lange des deux. Dans le premier cas, la lutte des classes permet seulement de mettre le point sur le &#171; i &#187; d'une d&#233;cision qui aurait d&#251;, de toute fa&#231;on, &#234;tre prise en dehors d'elle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Que d&#233;signez-vous par &#171; dialectique de la possibilit&#233; et de l'effectivit&#233; &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx ne c&#232;de pas &#224; l'illusion d'une histoire automate. Mais il arrive souvent qu'il nous pr&#233;sente une histoire tut&#233;laire : une histoire qui veillerait &#224; ce que l'action des hommes - certes dot&#233;e de toute son efficacit&#233; - arrive &#224; un heureux d&#233;nouement. Il d&#233;montre la n&#233;cessit&#233; de la possibilit&#233; du communisme et reste tent&#233; en permanence d'affirmer la n&#233;cessit&#233; de son av&#232;nement in&#233;luctable - la n&#233;cessit&#233; de son effectivit&#233;. Contrairement &#224; ce que l'on affirme couramment, Marx ne pr&#234;te aucun but &#224; l'histoire : il montre simplement que &#171; tout se passe comme si l'histoire avait cr&#233;&#233; les conditions du communisme &#187;. Mais on peut glisser facilement de cette formule &#224; une autre : &#171; tout se passe comme si l'histoire avait pour but le communisme &#187;. L'histoire ne fait rien, l'histoire n'a pas de but. Elle ne se propose pas non plus (et ne nous propose pas) de faire table rase du pass&#233;. Mais si &#171; abolir &#187; veut dire que, pour b&#233;n&#233;ficier de tout le potentiel d'&#233;mancipation cr&#233;&#233; par le d&#233;veloppement du capitalisme, il est possible et souhaitable d'abolir son potentiel de destruction, il va de soi, pour moi, que le capitalisme lui-m&#234;me doit &#234;tre aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien t&#233;l&#233;phonique r&#233;alis&#233; par &lt;strong&gt;Arnaud Spire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Communisme, utopie : un pari, un id&#233;al, une invention </title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Communisme-utopie-un-pari-un-ideal-une-invention.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Communisme-utopie-un-pari-un-ideal-une-invention.html</guid>
		<dc:date>2024-08-23T09:58:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Marx et la libert&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment, malgr&#233; l'histoire stalinis&#233;e et massacrante du vingti&#232;me si&#232;cle et ses quelques prolongements au vingt-et-uni&#232;me, prendre le communisme - l'utopie concr&#232;te - au s&#233;rieux ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-liberte-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la libert&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH112/arton3-a9b02.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Communisme &#187; : le mot lui-m&#234;me est peut-&#234;tre irr&#233;m&#233;diablement corrompu par l'histoire stalinis&#233;e et massacrante du vingti&#232;me si&#232;cle et ses quelques prolongements au vingt-et-uni&#232;me. Pourtant, quand on veut prendre le communisme de Marx au s&#233;rieux, comment ne pas garder ce mot, ne serait-ce que provisoirement ? C'est en effet de ce communisme-l&#224; dont il est question ici, mais pour marquer, en quelque sorte de l'int&#233;rieur, quelques ruptures, &#224; commencer par celle qui, pour ce communisme revisit&#233;, revendique, &#224; contresens de son emploi par Marx, le terme d'utopie. Derni&#232;re version d'un texte r&#233;dig&#233; en 1996 et d'un exercice d'auto-plagiat achev&#233; en 2013&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;dig&#233; dans une premi&#232;re version en 1996 (&#224; l'occasion d'un entretien publi&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/interventions/communisme-autrement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site de &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; le 29 avril 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Le communisme autrement ? &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx n'a cess&#233; de soutenir, avec raison, que le communisme ne relevait pas d'un pari arbitraire (pris au hasard de l'histoire et dans son dos), d'un id&#233;al dogmatique (invit&#233; &#224; s'imposer &#224; la r&#233;alit&#233;), d'une invention doctrinaire (confi&#233;e au g&#233;nie individuel d'un fondateur ou d'un guide). Le communisme, pourtant, n'est pas un mouvement livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, qui dispenserait de tout projet et de toute rupture. Ce projet repose sur un pari, expose un id&#233;al suppose une invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le communisme &#8211; l'utopie concr&#232;te - repose sur un pari. &lt;/strong&gt;Un pari, et non un souhait (qui n'engage &#224; rien) ou un destin (qui nous engage malgr&#233; nous) : aucune histoire automate ou tut&#233;laire n'en garantit l'accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2. Ce pari est n&#233;cessaire. &lt;/strong&gt;C'est un pari n&#233;cessaire, et non pas un pari arbitraire. Ce n'est pas un pari arbitraire, pris sur simple d&#233;cret et livr&#233; au hasard : un pari qui pourrait &#234;tre pris &#224; n'importe quel moment de l'histoire. L'utopie, mais concr&#232;te, n'est ni la dotation de sens qui sauverait le monde de l'insignifiance, ni le trajet balis&#233; qui conduirait au but sans qu'il soit n&#233;cessaire de le choisir. C'est un pari n&#233;cessaire, dans la mesure o&#249; sont r&#233;unies les conditions qui permettent de le tenir, si ce n'est, &#224; coup s&#251;r, de le gagner. C'est un pari n&#233;cessaire, pour peu que l'on admette que les d&#233;sastres historiques subis au nom du communisme le furent d'abord contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2. Ce pari est strat&#233;gique - &lt;/strong&gt;Ce pari n'est pas m&#233;taphysique, mais strat&#233;gique. C'est un pari sur une action collective qui s'empare des potentialit&#233;s inscrites au c&#339;ur du mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s humaines, mais qui, contrari&#233;es, forment l'envers de leur morne ou sinistre reproduction. Un pari sur une action collective qui s'empare des possibilit&#233;s disruptives qui minent sourdement l'ordre &#233;tabli, et dont les charges explosives doivent &#234;tre allum&#233;es. Un pari sur les r&#233;bellions, parfois infimes, toujours plurielles, jamais ultimes : parce qu'elles ne prennent pas imm&#233;diatement leur sens en fonction d'un assaut massif qui forme pourtant l'horizon de leur efficacit&#233; ; parce qu'elles ne s'ordonnent pas spontan&#233;ment autour d'une contradiction centrale qui fournit souvent le principe de leur intelligibilit&#233; ; parce qu'elles ne prennent pas leur sens en fonction d'une n&#233;gation finale et fatale, bien qu'elles aspirent &#224; &#234;tre fatales &#224; la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le communisme propose un id&#233;al - &lt;/strong&gt;Le communisme - l'utopie, mais concr&#232;te - n'est pas un r&#234;ve (car le r&#234;ve &#233;veill&#233; lui-m&#234;me n'est, &#224; tout prendre, qu'une fa&#231;on de dormir debout) ou une promesse (car la promesse suppose une histoire tut&#233;laire qui s'en porterait garant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gardiens d'un marxisme orthop&#233;dique se pr&#233;parent peut-&#234;tre &#224; r&#233;citer l'increvable citation selon laquelle &lt;i&gt;&#171; le communisme n'est pas un &#233;tat de choses qu'il convient d'&#233;tablir, un id&#233;al auquel la r&#233;alit&#233; devra se conformer, mais le mouvement &lt;/i&gt;r&#233;el&lt;i&gt; qui abolit l'&#233;tat actuel des choses.&lt;/i&gt; &#187;. Mais, cette phrase n'a gu&#232;re le sens que les chasseurs d'id&#233;al, en la mutilant, lui attribue trop souvent. Le communisme n'est pas un id&#233;al ind&#233;pendant des conditions de sa r&#233;alisation, mais il existe un id&#233;al communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1 Cet id&#233;al est historique - &lt;/strong&gt;Le communisme expose un id&#233;al (car on ne se dirige vers un but que soutenu par un id&#233;al), mais un id&#233;al branch&#233; sur le r&#233;el. Cet id&#233;al n'est pas une lumi&#232;re diffus&#233;e par une plan&#232;te imaginaire (un id&#233;al, comme le dit Marx, sur lequel la r&#233;alit&#233; devrait se modeler) ; cet id&#233;al n'est pas l'ombre port&#233;e de la r&#233;alit&#233; existante (un suppl&#233;ment d'&#226;me destin&#233; &#224; rehausser le r&#233;alisme gestionnaire). Mais le communisme ne vaut que par l'id&#233;al qui le soutient et qu'il vise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al n'a pas &#224; subir l'&#233;preuve d'une fondation transcendantale qui, ant&#233;rieure &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; o&#249; il tenterait de s'incarner, se pulv&#233;riserait au contact du r&#233;el. Cet id&#233;al repose sur la n&#233;gation concr&#232;te et potentielle de la domination. Le communisme est donc, &#224; la fois, le mouvement r&#233;el (et actuel) de sa virtualit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement. Il est cet id&#233;al parce qu'il est ce mouvement. Quel id&#233;al ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al, il ne suffit pas d'en proclamer l'existence, faute de pouvoir en d&#233;terminer les fondements ; mais il n'est pas souhaitable d'en rechercher les fondements, s'ils ne doivent fonder aucun contenu. &#192; une &#233;thique des fondements formels, Marx oppose, souvent silencieusement, une &#233;thique des fondations r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;thiques du fondement - je pense particuli&#232;rement aux fondations contractuelles ou proc&#233;durales que nous proposent Rawls ou Habermas - n'&#233;chappent au relativisme que parce qu'elles se soustraient &#224; l'histoire : au risque de ne jamais la retrouver. Une &#233;thique des fondations historiques peut &#233;chapper aux pi&#232;ges du relativisme, pour peu qu'elle repose sur une valeur qui permette de relativiser le relativisme. Mais quelle valeur ou quel id&#233;al ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne saurait &#234;tre &#233;videmment un souverain bien : ni le bonheur ni la vertu. Aucune &#233;thique de la vie bonne ne peut fonder une politique morale. Cette valeur ne saurait &#234;tre non plus la justice ou l'&#233;galit&#233;, du moins consid&#233;r&#233;es pour elles-m&#234;mes. Tout ordre social comporte ses propres normes de justice et d'&#233;galit&#233; : on ne peut r&#233;aliser celles-ci qu'en se soumettant &#224; celui-l&#224;. Marx ne critique pas le capitalisme au nom de la justice. Marx ne propose pas comme bases normatives de sa critique et de son projet la justice ou l'&#233;galit&#233;, mais la libert&#233;. Ou, si l'on veut, une juste et &#233;gale libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. Cet id&#233;al est libertaire - &lt;/strong&gt;L'id&#233;al communiste repose donc sur la perspective d'une lib&#233;ration qui n'a de sens que comme accomplissement de la libert&#233;. Les fondements rationnels de cette perspective se confondent avec les racines historiques. Car la libert&#233; s'enracine : dans les mouvements, historiquement situ&#233;s, contre toutes les formes, toujours renouvel&#233;es, d'exploitation et d'oppression. Cette libert&#233; est donc toujours une valeur relative, et cependant universelle : historiquement situ&#233;e, et cependant universalisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien cette universalisation de la libert&#233; que Marx propose quand, du principe de la libert&#233; pour la constitution d'une communaut&#233;, il d&#233;gage ainsi la port&#233;e &lt;i&gt; : &#171; une association o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;&lt;/i&gt;. Le communisme de Marx est tout entier compris dans cette maxime du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; : une maxime qui conjugue un id&#233;al moral et une norme sociale. C'est un id&#233;al, parce que port&#233;e par le mouvement historique, cette &#233;mancipation individuelle n'est r&#233;elle que comme une virtualit&#233;. C'est un id&#233;al moral, parce que la libert&#233; ainsi comprise est un id&#233;al universalisable, qui est peut-&#234;tre le seul id&#233;al qui le soit indiscutablement. Mais surtout, cet id&#233;al se conjugue avec une norme sociale qui prend la libert&#233; de chacune et de chacun comme mesure des transformations de la soci&#233;t&#233; et de l'&#233;mancipation de toutes et de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pas n'importe quelle libert&#233; : &#224; la libert&#233; lib&#233;rale, r&#233;tract&#233;e sur elle-m&#234;me, n&#233;gative et d&#233;fensive, retranch&#233;e derri&#232;re le droit, repli&#233;e sur la vie priv&#233;e, on peut opposer, pour d&#233;passer celle-l&#224; sans l'annuler, la libert&#233; libertaire : ouverte &#224; la socialit&#233; des &#233;gaux, positive et propulsive, lest&#233;e des moyens mat&#233;riels de son accomplissement, ouverte sur toutes les dimensions de l'existence sociale. Une libert&#233;-puissance : &lt;i&gt;&#171; Le d&#233;veloppement des forces humaines comme fin en soi &#187;&lt;/i&gt;, dont Marx parle dans &lt;i&gt;Le Capital. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le communisme suppose une invention - &lt;/strong&gt;Le communisme &#8211; l'utopie, mais concr&#232;te - n'est ni un simple mouvement livr&#233; &#224; lui-m&#234;me ni un but assign&#233; par une histoire providentielle. Il ne nous attend pas, pr&#233;form&#233;, au terme d'un voyage organis&#233; qui nous d&#233;couvrirait, sans que nous ayons &#224; le dessiner, le paysage o&#249; nous devrions s&#233;journer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1. Un invention projective - &lt;/strong&gt;Le communisme n'est pas un tournesol tourn&#233; vers l'avenir radieux. Ce n'est pas non plus, contrairement &#224; une m&#233;taphore insistante de Marx, un rejeton qui attend, dans les flancs du capitalisme, l'heure de sa d&#233;livrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme n'est pas une promesse, mais un projet. Ce projet en appelle un faisceau de possibilit&#233;s contrari&#233;es, mais d'ores et d&#233;j&#224; r&#233;elles et agissantes : une gerbe de possibilit&#233;s disruptives qui s'opposent &#224; l'ordre &#233;tabli et en l&#233;zardent les assises. Ce sont-elles que, sous le nom de communisme, Marx a prospect&#233;, du moins quand il a tent&#233; de d&#233;tecter, dans les contradictions du capitalisme et dans les conditions de son d&#233;passement, non la pr&#233;vision d'un avenir in&#233;luctable, mais des allusions &#224; un avenir possible : des allusions qui, charg&#233;es d'histoire, changent avec elle ; des allusions dont le contenu se modifie sans cesse et, avec lui, les projets de son accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est vrai du contenu de l'&#233;mancipation l'est ou devrait l'&#234;tre &#233;galement de ses formes. Sans doute est-il p&#233;rilleux de s'adonner &#224; l'anticipation doctrinaire des formes de l'avenir ; mais on ne peut pourtant laisser &#224; une histoire fantomatique le soin d'accomplir ce que l'invention collective des hommes est dispens&#233;e de concevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;fendre de &lt;i&gt;&#171; formuler des recettes pour les marmites de l'avenir &#187; &lt;/i&gt;et encore plus de les prescrire, comme le soutient une autre increvable citation de Marx, est de bon conseil. Mais c'est aussi le formidable alibi d'une d&#233;mission qui n'est pas d&#233;nu&#233;e de cons&#233;quences : abandonner au d&#233;veloppement de l'histoire ou &#224; une phase ult&#233;rieure de la science la d&#233;couverte des formes ad&#233;quates au contenu de l'&#233;mancipation, c'est pratiquement prendre le risque de voir ces formes d&#233;naturer le contenu. C'est un moindre bilan que l'on peut tirer du stalinisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.2. Une invention d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes (dont le nom, malencontreusement, sugg&#232;re un avenir trac&#233; d'avance) et les mod&#232;les (dont l'&#233;vocation, douloureusement, rappelle un pass&#233; d&#233;sastreux) ont mauvaise r&#233;putation. &#192; cong&#233;dier : les mod&#232;les &#224; copier (incarn&#233;s par d'imaginaires patries du socialisme) et les mod&#232;les &#224; appliquer (fabriqu&#233;s par de z&#233;l&#233;s techniciens de l'&#233;mancipation). Mais le refus de toute anticipation et de toute prescription doctrinaires des formes de l'avenir ne dispense pas de les esquisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La projection des formes de l'appropriation sociale et celle des formes du pouvoir public ne peut &#234;tre renvoy&#233;e, comme certaines formules de Marx l'ont laiss&#233; penser, &#224; l'&#339;uvre opaque de l'histoire (ou au travail souterrain de la science), ni remises aux lendemains de l'action. Ces formes doivent faire l'objet de projets, discut&#233;s, eux aussi, &#224; partir des virtualit&#233;s agissantes, contrari&#233;es ou d&#233;figur&#233;es inscrites &#224; la surface ou au revers des soci&#233;t&#233;s existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun projet communiste ou utopique, aussi fermement arrim&#233; soit-il &#224; la terre ferme des conditions de son accomplissement, ne peut se porter garant de l'innocuit&#233; des recettes qui bouilliront dans les marmites de l'avenir. Et c'est parce que la d&#233;tection du contenu potentiel de l'&#233;mancipation n'ouvre sur aucune certitude de son accomplissement, que ce projet impose de d&#233;tecter, et le cas &#233;ch&#233;ant d'inventer les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de cet accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette invention ne peut &#234;tre que collective, et non pas individuelle. L'invention dont il s'agit n'est pas une invention doctrinaire et solitaire, mais une invention prospective et d&#233;mocratique : il n'y pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir. Le pain est sur la planche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Convoiter l'impossible ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceux qui objectent d'avance que ce communisme - cette utopie, mais concr&#232;te -, n'offre &#224; l'action politique qu'un pari st&#233;rile, un id&#233;al superflu, une invention improbable, il faut r&#233;pondre : ce pari est efficace, cet id&#233;al est indispensable, cette invention est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pari efficace ?&lt;/strong&gt; Le pari sur le communisme ne renvoie pas aux lendemains qui chantent. Il dicte une action concr&#232;te qui n'est ni passivement suspendue &#224; l'attente du grand soir, ni m&#233;caniquement subordonn&#233;e &#224; la perspective de la r&#233;volution. Ce pari conditionne des refus irr&#233;ductibles. Mais ces refus ne sont pas de simples t&#233;moignages : ils inscrivent leurs effets dans la r&#233;alit&#233;. Ils &#233;branlent les formes de pens&#233;e qui ne sont dominantes que parce qu'elles cimentent la domination. Ils inscrivent la puissance des r&#233;sistances et des luttes dans le corps de la moindre r&#233;forme partielle, quand ils ne pr&#233;parent pas des r&#233;formes radicales. Ils sont r&#233;alistes, parce qu'ils ne laissent aucun r&#233;pit aux gestionnaires du r&#233;el. Ils produisent des effets tactiques sur lesquels peuvent embrayer des projets strat&#233;giques. Ce communisme rebelle, non seulement r&#233;pond aux urgences du pr&#233;sent, mais donne leurs chances &#224; des virtualit&#233;s d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un id&#233;al conflictuel ?&lt;/strong&gt; De quelque fa&#231;on que l'on tourne et retourne les valeurs en pr&#233;sence et les &#233;thiques qui pr&#233;tendent les refonder, quels que soient les chevauchements, les brouillages ou les emprunts, une fracture morale, sociale, politique court sous la surface des grands d&#233;bats insignifiants et des petits affrontements rituels. Elle dessine encore et pour longtemps, une ligne de partage entre deux conceptions &#233;thiques et politiques de la d&#233;mocratie : celle qui vit repli&#233;e dans son cantonnement lib&#233;ral et celle qui tente de se d&#233;ployer vers un horizon libertaire. Et cette ligne de partage distribue les partisans en deux camps qui admettent bien des transfuges : d'un c&#244;t&#233; ceux qui, par go&#251;t du laisser-faire ou du pr&#234;t-&#224;-penser, s'&#233;merveillent (ou se r&#233;signent) &#224; l'id&#233;e de vivre dans un monde o&#249; l'affairement d&#233;sordonn&#233; de quelques-uns serait, au mieux, la condition du d&#233;veloppement mutil&#233; de tous les autres ; et, d'un autre c&#244;t&#233;, ceux qui traquent la virtualit&#233; utopique d'une libert&#233; de chacune et de chacun gag&#233;e sur la libert&#233; de toutes et de tous. Convoiter l'impossible, c'est convoiter cette libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une invention possible ?&lt;/strong&gt; L'invention d&#233;mocratique d'un avenir utopique est-elle possible, sans retomber dans les orni&#232;res doctrinaires ? Peut-on reformuler, en des termes nouveaux, les questions lancinantes du programme et du parti, sans succomber au mirage d'un avenir trac&#233; d'avance et sans tomber dans le pi&#232;ge d'une avant-garde nimb&#233;e par cet avenir ? Car si l'on confie l'utopie &#224; un ma&#238;tre strat&#232;ge, comment pourrait-on &#233;viter la d&#233;gradation de la strat&#233;gie en technologie impuissante et/ou la confiscation de l'utopie par une bureaucratie mena&#231;ante ? Comment concilier d&#233;mocratie et strat&#233;gie ? Questions bonnes &#224; ressasser par toutes celles et tous ceux qui risquent des r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;dig&#233; dans une premi&#232;re version en 1996 (&#224; l'occasion d'un entretien publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Futur ant&#233;rieur&lt;/i&gt; en avril 1997 et comme contribution &#224; un colloque intitul&#233; &#171; Chim&#232;res et utopies &#187; et tenu la m&#234;me ann&#233;e), puis repris &#224; l'occasion du 150e anniversaire du Manifeste communiste, ce texte ponctue, sous une forme tr&#232;s ramass&#233;e, la critique interne que de l'&#339;uvre de Marx que j'ai commise sous forme d'une th&#232;se soutenue en 1992 et publi&#233;e en deux livres : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx &lt;/i&gt;(L'Harmattan, 1994) et &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt; (Albin Michel, octobre 1995). Ce m&#234;me texte, revu et corrig&#233;, a servi de base &#224; une intervention lors du colloque &#171; Puissances du communisme &#187;, organis&#233; par la Soci&#233;t&#233; Louise-Michel les 22 et 23 janvier 2010 &#224; l'Universit&#233; Paris 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avec Marx, malgr&#233; Marx : la question de l'utopie [1998]</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Avec-Marx-malgre-Marx-la-question-de-l-utopie-1998.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Avec-Marx-malgre-Marx-la-question-de-l-utopie-1998.html</guid>
		<dc:date>2024-06-10T10:03:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Utopie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des utopies cong&#233;di&#233;es &#224; l'utopie revendiqu&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Utopie-+.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-l-utopie-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/la_question_de_l_utopie-d71c3.jpg?1726251026' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contribution &#224; la Rencontre internationale tenue &#224; Paris du 13 au 16 mai 1998, &lt;i&gt;La Manifeste communiste 150 ans apr&#232;s.&lt;/i&gt; Publi&#233;e dans &lt;i&gt;Le Manifeste communiste aujourd'hui&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions de l'Atelier, 1998, p. 245-253, sous le titre &#171; La questions de l'utopie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titres modifi&#233;s pour cette publication&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des utopies d&#233;mises &#224; l'utopie promise&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une critique inaugurale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, en 1848, ne se borne pas &#224; opposer au spectre du communisme, un manifeste du parti lui-m&#234;me, il oppose ce manifeste &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt; aux versions doctrinaires du socialisme et du communisme : le passage consacr&#233; au &#171; socialisme et communisme critiques et utopiques &#187; ponctue cette critique g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette contribution - qu'on veuille bien m'en excuser - se borne &#224; reprendre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour s'en convaincre il suffit de comparer la version finale du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; aux projets qui pr&#233;c&#232;dent l'intervention de Marx. Cette comparaison fait ressortir deux traits essentiels auxquels peuvent &#234;tre rapport&#233;s toutes les modifications partielles : la fon&#172;dation historique du communisme et l'&#233;valuation critique des formes utopiques du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233;, l'actualit&#233;, le contenu du communisme comme exclusivement fond&#233;s sur le mouvement historique, alors que le premier projet (Le &lt;i&gt;Projet de Profession de foi communiste&lt;/i&gt;) - amend&#233; d&#233;j&#224; partiellement par sur ce point celui d'Engels&lt;i&gt; (&lt;/i&gt;Les&lt;i&gt; Principes du communisme&lt;/i&gt;) - pr&#233;sente encore le communisme, &#224; la fa&#231;on des conceptions doctrinaires et utopiques, comme une doctrine reposant exclusi-vement sur des principes invent&#233;s &#224; l'&#233;cart de l'histoire. La pr&#233;sentation de Marx est donc, par elle-m&#234;me, une r&#233;futation des utopies qui, en m&#234;me temps, fonde et introduit leur compr&#233;hension historique et critique expos&#233;e dans les quelques pages qui les concernent directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que la pr&#233;sence de ces quelques pages constitue une innova&#172;tion au regard des versions initiales. Certes, l'instruction des dirigeants de la Ligue pr&#233;voyait de d&#233;finir la &lt;i&gt;&#171; position concernant les partis sociaux et communistes &#187;.&lt;/i&gt; Mais les cibles n'&#233;taient pas claire&#172;ment d&#233;sign&#233;es. Et le projet d'Engels s'en tenait &#224; une d&#233;nonciation des socialismes r&#233;actionnaires et du socialisme bourgeois. La r&#233;daction par Marx d'une critique des formes critico-utopiques du socialisme (r&#233;duite d'ailleurs par rapport au plan dont il nous a laiss&#233; le brouillon) n'est pas, par cons&#233;quent, une simple adjonction reprise des th&#232;ses figurant dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie &lt;/i&gt; : elle prolonge une lutte externe &#224; la Ligue des Justes qu'elle parach&#232;ve en la r&#233;p&#233;tant sur le plan interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction du nouveau passage rev&#234;t donc &#171; le sens tr&#232;s pr&#233;&#172;cis d'un acte de politique int&#233;rieure &#187;, comme le dit Martin Buber avant de souligner avec justesse que, pour Marx, &#171; le concept utopique &#233;tait la derni&#232;re fl&#232;che et la plus ac&#233;r&#233;e qu'il d&#233;cocha dans cette lutte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Buber, Utopie et socialisme, Aubier Montaigne, 1977, p. 17. &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le proc&#233;d&#233; de Marx prend alors tout son sens : l'&#233;valuation ambivalente des fondateurs sert la d&#233;nonciation sans nuances des successeurs. L'&#233;loge des dimensions critiques et des fonctions r&#233;volutionnaires &#171; &#224; bien des &#233;gards &#187; des th&#233;ories de Saint-Simon, Owen et Fourier d&#233;gage alors d'autant mieux ce qui, dans les utopies, pr&#233;pare l'inversion de leur sens et leur destin r&#233;actionnaire. Sous la continuit&#233; apparente des doctrines se joue la discontinuit&#233; de leur fonction : c'est pourquoi l'enlisement dans l'utopie doit faire place &#224; son d&#233;passement dont le Manifeste est pr&#233;cis&#233;ment le manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une critique ambivalente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique propos&#233;e par Marx dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; n'est pourtant qu'un moment qui r&#233;sume l'ensemble de son itin&#233;raire depuis 1843 et qui ne s'ach&#232;ve pas avec ce r&#233;sum&#233;. Quelles sont les principales figures de cette critique dont certains aspects seulement sont expos&#233;s dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx pourfend, dans les utopies, des &lt;i&gt;anticipations&lt;/i&gt; dogmatiques et des &lt;i&gt;prescriptions&lt;/i&gt; doctrinaires qui manquent le mouvement r&#233;el de l'histoire, voire qui s'opposent &#224; lui. Cette critique franchit un pas suppl&#233;mentaire quand Marx pourfend les &lt;i&gt;abstractions&lt;/i&gt; qui r&#233;sultent des anticipations dogmatiques et les &lt;i&gt;substitutions&lt;/i&gt; que trahissent les prescriptions doctrinaires : les abstractions de discours et de projets coup&#233;s du point de vue de la totalit&#233; sans lequel l'&#233;mancipation n'est ni pensable, ni r&#233;alisable ; les substitutions de l'utopique &#224; l'historique, de l'invention &#224; la r&#233;volution, de l'imaginaire au r&#233;el. Mais pour d&#233;noncer partialit&#233;s et substituts, il ne suffit pas d'indiquer qu'ils manquent ou remplacent la totalit&#233; et l'histoire : la logique de l'abstraction appelle sa r&#233;sorption ; la logique de la substitution appelle sa r&#233;version. Marx soutient alors que la r&#233;sorption des abstractions passe par le point de vue de la totalit&#233; qui peut &#234;tre th&#233;oriquement acquis, mais surtout pratiquement conquis : par la dictature du prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le Manifeste : &#171; la domination politique du prol&#233;tariat &#187;.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il soutient que la r&#233;version des substitutions est inscrit dans le mouvement r&#233;el de l'histoire qui substitue le processus r&#233;volutionnaire &#224; l'invention doctrinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, parvenu &#224; ce point, le trajet de la critique marxienne nous entra&#238;ne sur un sol de plus en plus mouvant, puisque Marx n'h&#233;site pas &#224; affirmer que c'est l'histoire elle-m&#234;me qui permet, non seulement de prononcer le d&#233;passement th&#233;orique de l'utopie, mais surtout de promettre sa d&#233;ch&#233;ance historique. Cette promesse d'absorption de l'utopie par l'histoire n'est pourtant que le revers d'impens&#233;s plus inqui&#233;tants encore. En effet, la critique d&#233;tecte dans l'utopie la logique des substitutions dont elle d&#233;pend en fonction de la logique de la r&#233;volution qui les d&#233;fait : au risque de d&#233;valuer le r&#244;le de l'imaginaire et de l'invention collectifs et les fonctions du programme et de la strat&#233;gie. De m&#234;me, et peut-&#234;tre surtout, la critique s'exerce sur les partialit&#233;s dogmatiques et chim&#233;riques &#224; partir du point de vue de la totalit&#233;, mais d'une totalit&#233; promise, conjointement, &#224; sa compr&#233;hension th&#233;orique et &#224; son renversement pratique : au risque de r&#233;introduire, &#224; la faveur de cette conjonction et de cette promesse, une nouvelle utopie : une utopie promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de l'&#233;tablir, on peut partir de deux constats qui introduisent deux questions. Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe en g&#233;n&#233;ral des perfections imaginaires, et partant impossible &#224; atteindre et/ ou des prescriptions doctrinaires, qui sont impossibles &#224; accomplir. Or Marx retient le second sens et n&#233;glige le premier. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, &#233;t&#233; s&#233;duit par des mirages ? Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe encore des v&#339;ux exauc&#233;s avant d'avoir &#233;t&#233; accomplis, parce qu'ils sont consign&#233;s dans des syst&#232;mes cadenass&#233;s ou d&#233;pos&#233;s dans une histoire r&#233;v&#233;l&#233;e. Ici Marx retient le premier sens et n&#233;glige le second. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, c&#233;d&#233; &#224; des promesses ? Ce sont ces mirages et ces promesses dont on peut tenter de d&#233;tecter la pr&#233;sence et de comprendre les effets, mais - &#233;videmment - pour d&#233;nouer des &#233;quivoques, et non pour enterrer le communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet examen critique ne peut &#234;tre propos&#233; dans les limites de ces quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des utopies cong&#233;di&#233;es &#224; l'utopie revendiqu&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse de l'utopie que Marx invite &#224; d&#233;mettre ou de celle que lui-m&#234;me incite &#224; promettre, l'utopie ne peut &#234;tre enferm&#233;e dans son concept p&#233;joratif. Marx, on le sait, s'efforce de penser l'unit&#233; des deux versants de l'utopie sous l'expression de &#171; socialisme et communisme critico-utopiques &#187;. Le second segment du qualificatif invalide l'utopie, le premier valide la critique, pourtant tout aussi ambivalente que l'utopie qu'elle fonde ou accompagne. &#192; sa fa&#231;on, Marx reconna&#238;t que l'utopie ne peut &#234;tre d&#233;finie par ses limites. Que dit-il au fond des formes utopiques du socialisme et du communisme ? Qu'en elles coexistent la poursuite d'impossibilit&#233;s absolues et la d&#233;tection d'impossibilit&#233;s relatives. L'utopie peut se donner des objectifs incompatibles avec les traits invariants de l'humanit&#233; ou avec le cours in&#233;vitable de son histoire. Elle peut aussi, et parfois en m&#234;me temps, convoiter ce qui n'est rendu impossible que par l'ordre social existant : un faisceau de possibilit&#233;s contrari&#233;es, mais d'ores et d&#233;j&#224; r&#233;elles et agissantes ; une gerbe de possibilit&#233;s disruptives, qui s'opposent &#224; l'ordre &#233;tabli et en l&#233;zardent les assises. C'est donc bien de l'investigation du possible dont il est question dans l'examen de l'utopie et de sa critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pourquoi la d&#233;nonciation de l'utopie, quand elle se concentre sur ses tares, en manque compl&#232;tement le sens ou l'intention. L'utopie ne peut &#234;tre emprisonn&#233;e dans un genre, sous pr&#233;texte qu'elle aurait mauvais genre. C'est une fonction qui franchit en permanence les fronti&#232;res du genre et ne se laisse pas enfermer dans ses impasses. L'utopie est pr&#233;sente dans le mouvement de son propre d&#233;passement. A la p&#233;riph&#233;rie ou au centre de la tradition marxiste, toute une lign&#233;e d'auteurs s'est efforc&#233;e de penser ce mouvement. Il faut continuer, sans se dissimuler que le vocable d'utopie, surcharg&#233; par des interpr&#233;tations divergentes et des &#233;valuations contradictoires, ne diffuse pas une lumineuse clart&#233;. Mais l'abandonner, c'est abandonner le combat dont il est l'enjeu. D'ailleurs, la situation n'est pas franchement meilleure, apr&#232;s le d&#233;sastre stalinien, quand il est question du &#171; communisme &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tour par Marx invite &#224; proposer, tr&#232;s g&#233;n&#233;ral encore, une sorte de recentrage. Avant que nous ne soyons replong&#233;s &#224; nouveau, dans un profond sommeil marxologique, peut-&#234;tre est-il encore temps d'offrir en p&#226;ture aux d&#233;tenteurs d'orthodoxie et aux d&#233;tecteurs de contresens, quelques entremets, mais g&#233;n&#233;reusement &#233;pic&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait alors se risquer &#224; dire ceci : l'utopie - le communisme - n'a de sens que comme pari, comme invention, comme id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pari, une invention, un id&#233;al&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; un pari&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; C'est un pari, et non un souhait (qui n'engage &#224; rien) ou un destin (qui nous engage malgr&#233; nous). L'utopie, mais concr&#232;te, n'est ni le suppl&#233;ment d'&#226;me qui permettrait d'assaisonner le r&#233;alisme gestionnaire (ou la dotation de sens qui sauverait le monde de l'insignifiance), ni le trajet balis&#233; qui conduirait au but sans qu'il soit n&#233;cessaire de le choisir. L'utopie est un pari, parce qu'aucune histoire tut&#233;laire n'en garantit l'accomplissement. Mais c'est un pari n&#233;cessaire : un pari n&#233;cessaire, et non pas un pari arbitraire. Ce n'est pas un pari arbitraire, livr&#233; &#224; un hasard incalculable ou &#224; une libert&#233; impond&#233;rable. C'est un pari n&#233;cessaire, dans la mesure o&#249; sont r&#233;unies les conditions qui permettent de le tenir, si ce n'est, &#224; coup s&#251;r, de le gagner. C'est un pari n&#233;cessaire, pour peu que l'on admette que les d&#233;sastres historiques subis au nom du communisme le furent d'abord contre lui. Face &#224; un capitalisme devenu plan&#233;taire, il est &#224; la fois rationnel et indispensable de parier sur l'impossible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre l'expression de Ren&#233; Sh&#233;rer : Pari sur l'impossible, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;une invention&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; C'est une invention, et non pas un but (fix&#233; d'avance) ou un mouvement (livr&#233; &#224; lui-m&#234;me). L'utopie, mais concr&#232;te, ne nous attend pas, pr&#233;form&#233;e, au terme d'un voyage que nous serions contraint d'accomplir ; elle ne se confond pas avec un itin&#233;raire qui nous d&#233;couvrirait, sans que nous ayons &#224; le dessiner, le paysage o&#249; nous devrions s&#233;journer. L'utopie est une invention, parce qu'elle ne figure sur aucune carte. Mais c'est une invention collective : une invention collective, et non pas individuelle. Ce n'est pas une invention doctrinaire (abandonn&#233; au g&#233;nie de quelque penseur ou guide individuel), mais une invention d&#233;mocratique. L'utopie est une invention, parce qu'il n'y pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;un id&#233;al&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; L'utopie, mais concr&#232;te, n'est pas un r&#234;ve (car le r&#234;ve &#233;veill&#233; n'est, &#224; tout prendre, qu'une fa&#231;on de dormir debout) ou une promesse (car la promesse suppose une histoire tut&#233;laire qui s'en porterait garant). L'utopie est un id&#233;al (car on ne se dirige que vers un id&#233;al), mais un id&#233;al branch&#233; sur le r&#233;el. Plus exactement, l'utopie ne vaut que par l'id&#233;al qui la soutient et qu'elle vise. Cet id&#233;al n'a pas &#224; subir l'&#233;preuve d'une fondation transcendantale qui, ant&#233;rieure &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; o&#249; il tenterait de s'incarner, se pulv&#233;riserait au contact du r&#233;el. Cet id&#233;al n'est pas l'ombre port&#233;e de la r&#233;alit&#233; existante, mais sa n&#233;gation concr&#232;te et potentielle. Le communisme est donc, &#224; la fois, le mouvement r&#233;el (et actuel) de sa virtualit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement. Il est cet id&#233;al parce qu'il est ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore vague, &#233;videmment. Mais cela vaut-il la peine de pr&#233;ciser, quand le flagrant d&#233;lit de l&#232;se-Marx serait d&#233;j&#224; &#233;tabli ? Nous connaissons tous cette chansonnette dont il serait inutile d'entonner les couplets, puisqu'il suffit de ressasser le refrain : le communisme ne serait que le mouvement r&#233;el qui abolit l'ordre social existant. Et les gardiens d'un marxisme orthop&#233;dique se pr&#233;parent peut-&#234;tre &#224; r&#233;citer la litanie des Marxady - le r&#233;pertoire de citations qui permettent &#224; chacun de r&#233;diger ses propres psaumes. Marxady l'a dit : &#171; Le communisme n'est pas un id&#233;al &#187;. Et il est vrai que l'utopie n'est pas un id&#233;al auquel la r&#233;alit&#233; devrait, de gr&#233; ou de force, se plier. Pourtant, il existe un id&#233;al communiste. Faudrait-il se borner &#224; le comprendre comme l'expression d'un mouvement r&#233;el qui aurait absorb&#233; toute vis&#233;e &#233;thique ? Marxady l'a dit : &#171; le communisme n'est pas une invention &#187;. Et il est vrai que l'utopie n'est pas une invention que le g&#233;nie individuel pourrait forger, avant de tenter, avec quelques sectaires, de l'imposer. Pourtant, les aspirations collectives se cristallisent dans des projets et parfois des cr&#233;ations. Faudrait-il les comprendre seulement comme des exp&#233;riences doctrinaires, comme il arrive que Marx le proclame ? Marxady l'a dit : &#171; le communisme n'est pas un pari &#187;. Et il est vrai que l'utopie n'est pas un pari que l'audace aventuri&#232;re tenterait pour snober le cours de l'histoire. Mais il n'est ni la derni&#232;re avenue de l'histoire, ni le terme oblig&#233; d'une path&#233;tique alternative entre lui-m&#234;me et la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut se demander alors quels sont cet id&#233;al, cette invention et ce pari - et pr&#233;ciser un peu : cet id&#233;al est libertaire, cette invention est projective, ce pari est strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un id&#233;al libertaire, une invention projective, un pari strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; un id&#233;al libertaire&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; Le communisme est un id&#233;al, ou plut&#244;t suppose un id&#233;al et repose sur une &#233;thique. Cette &#233;thique, il ne suffit pas d'en proclamer l'existence, faute de pouvoir en d&#233;terminer les fondements ; mais il n'est pas souhaitable d'en rechercher les fondements, s'ils ne doivent fonder aucun contenu. Deux questions permettent peut-&#234;tre d'ouvrir la voie : &#224; une &#233;thique des fondements formels ne pourrait-on pas opposer une &#233;thique des fondations r&#233;elles ? Et &#224; une &#233;thique du bien, une &#233;thique de la libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;thiques du fondement - je pense particuli&#232;rement aux fondations contractuelles ou proc&#233;durales que nous proposent Rawls ou Habermas - n'&#233;chappent au relativisme que parce qu'elles se soustraient &#224; l'histoire : au risque de ne jamais la retrouver. Une &#233;thique des fondations historiques peut &#233;chapper aux pi&#232;ges du relativisme, pour peu qu'elle repose sur une valeur qui permette de relativiser le relativisme. Les &#233;thiques du bien, qu'elles parlent le langage du bonheur ou de la vertu, du devoir ou de la puissance sont des &#233;thiques qui, priv&#233;es ou publiques, ne peuvent s'ouvrir sur aucune politique morale. Seule le peut une &#233;thique de la libert&#233;, mais pas n'importe qu'elle libert&#233;. Une &#233;thique de la libert&#233; qui n'a pas besoin d'&#234;tre fond&#233;e, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle s'enracine. Car elle s'enracine : dans l'oppression qu'il s'agit de combattre ou de conjurer. Elle peut &#234;tre historiquement situ&#233;e, et cependant universalisable - relative, et cependant universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi : formellement d&#233;finie, et cependant socialement identifiable. Kant lorsqu'il s'effor&#231;ait de d&#233;finir le principe de la libert&#233; pour la constitution d'une communaut&#233;, le d&#233;finissait ainsi : la libert&#233; pour chacun de chercher le bonheur dans la voie qui lui semble, &#224; lui, &#234;tre la bonne, pourvu qu'elle puisse coexister avec la libert&#233; d'autrui. Il semble que l'on ne saurait mieux dire. Mais un tel principe reste suspendu en l'air quand il n'est pas inscrit dans le mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s et de l'histoire. Pourtant, de cette formule, on peut d&#233;gager ainsi la port&#233;e sociale : &#171; le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;. Ce sera, dans cet entretien, ma principale citation orthodoxe, car le communisme de Marx est tout entier compris dans cette maxime du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; : une maxime o&#249; se conjugue un id&#233;al moral et une norme sociale. C'est un id&#233;al, parce que port&#233;e par le mouvement historique, cette &#233;mancipation individuelle n'est r&#233;elle que comme une virtualit&#233;. C'est un id&#233;al moral, parce que la libert&#233; ainsi comprise est un id&#233;al universalisable, qui est peut-&#234;tre le seul qui le soit indiscutablement. Mais surtout, cet id&#233;al se conjugue avec une norme sociale : celui d'une soci&#233;t&#233; qui prend la libert&#233; de chacune et de chacun comme mesure de ses progr&#232;s - une soci&#233;t&#233; qui doit &#234;tre collectivement et d&#233;mocratiquement invent&#233;e, car elle peut &#234;tre invent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie - le communisme - est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; une invention projective.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Le communisme est un invention, mais une invention qui proc&#232;de de virtualit&#233;s dont elle pr&#233;pare et devance l'actualisation. La d&#233;tection du contenu potentiel de l'&#233;mancipation, non seulement n'ouvre sur aucune promesse de son accomplissement, mais impose d&#233;tecter, et le cas &#233;ch&#233;ant d'inventer les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de cet accomplissement. Pourtant, Marx ne cesse de d&#233;noncer les inventions doctrinaires, propos&#233;es par de pr&#233;tendus g&#233;nies individuels : les inventeurs de syst&#232;mes, qui &#233;rigent les particularit&#233;s de leur invention en programme d'avenir. A l'invention individuelle et doctrinaire, Marx oppose la production historique et r&#233;volutionnaire.. Mais dans sa raideur pol&#233;mique, un tel discours manque un point essentiel : la r&#233;version de la substitution doctrinaire ne suppose pas que l'on s'en remette au cours de l'histoire (quand ce n'est pas au processus &lt;i&gt;naturel &lt;/i&gt;de la r&#233;volution dont parle - une seule fois, mais une fois de trop - l'ami Engels). Les probl&#232;mes que se pose l'humanit&#233; ne sont pas ind&#233;pendants de la possibilit&#233; de les r&#233;soudre ; mais il n'est pas vrai que les solutions sont int&#233;gralement donn&#233;es avec les probl&#232;mes : ces solutions doivent &#234;tre invent&#233;es. Ces inventions peuvent ne pas &#234;tre arbitraires et doctrinaires, pour peu qu'elles restent enracin&#233;es dans le champ des possibilit&#233;s concr&#232;tes, utopiquement ouvert par le changement social. Ces inventions sont indispensables. La r&#233;flexion sur les &lt;i&gt;mod&#232;les&lt;/i&gt; peut les favoriser, du moins s'il est vrai que ces mod&#232;les peuvent se distinguer des mod&#232;les incarn&#233;s par d'imaginaires patries du socialisme ou des mod&#232;les fabriqu&#233;s par de z&#233;l&#233;s techniciens de l'&#233;mancipation - les mod&#232;les &#224; copier et les mod&#232;les &#224; appliquer. Tant que la recherche th&#233;orique prend le pas sur toute activit&#233; pratique, c'est que les conditions de la transformation qu'elles visent ne sont pas r&#233;unies. Mais, on ne peut pas - on ne peut plus - affirmer (comme il arrive &#224; Marx de le faire), que l'absence de r&#233;flexion sur l'avenir, au sein du mouvement social lui-m&#234;me, est un signe de maturit&#233;. Tant que cette r&#233;flexion fait d&#233;faut, c'est que les forces d'&#233;mancipation demeurent livr&#233;es &#224; un mouvement historique qui reste soustrait &#224; leur emprise. Sans doute est-il p&#233;rilleux de s'abandonner &#224; l'anticipation doctrinaire des formes de l'avenir. Mais abandonner au d&#233;veloppement de l'histoire ou &#224; une phase ult&#233;rieure de la science la d&#233;couverte des formes ad&#233;quates au contenu de l'&#233;mancipation, c'est pratiquement prendre le risque de voir ces formes d&#233;naturer le contenu. C'est un moindre bilan que l'on peut tirer du stalinisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie est une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;pari strat&#233;gique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; A quoi reconna&#238;t-on l'utopie abstraite ou doctrinaire, lorsqu'on ne se borne pas &#224; la d&#233;finir par le genre litt&#233;raire ou philosophique qui la contiendrait tout enti&#232;re ? Simplement &#224; ce qu'elle exclut tout possibilit&#233; d'ajuster au but qu'elle vise les moyens de l'atteindre. Onirique ou h&#233;ro&#239;que, r&#234;veuse ou ardente, repli&#233;e sur elle-m&#234;me ou d&#233;ploy&#233;e dans l'action, l'utopie chim&#233;rique exclut tout projet strat&#233;gique. C'est &#224; Marx surtout que l'on doit d'avoir trac&#233; les contours, mais souvent effac&#233;s par la promesse, d'une utopie strat&#233;gique. Parier strat&#233;giquement sur l'utopie, c'est parier sur une action collective qui s'empare des potentialit&#233;s inscrites au c&#339;ur du mouvement r&#233;el des soci&#233;t&#233;s humaines, mais qui, contrari&#233;es, forment l'envers ou le revers au revers de leur morne ou sinistre reproduction. C'est parier sur une action collective qui s'empare des possibilit&#233;s disruptives qui minent sourdement l'ordre &#233;tabli, et dont les charges explosives doivent &#234;tre allum&#233;es. C'est parier sur les r&#233;bellions, parfois infimes, toujours plurielles, jamais ultimes : parce qu'elles ne prennent pas imm&#233;diatement leur sens en fonction d'un assaut massif qui forme pourtant l'horizon de leur efficacit&#233; ; parce qu'elles ne s'ordonnent pas spontan&#233;ment autour d'une contradiction centrale qui fournit parfois le principe de leur intelligibilit&#233; ; parce qu'elles ne prennent pas leur sens en fonction d'une n&#233;gation finale et fatale, bien qu'elles aspirent &#224; &#234;tre fatales &#224; la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ceux qui objectent d'avance que l'utopie n'offre &#224; l'action politique qu'un pari st&#233;rile, un id&#233;al superflu, une invention improbable, il faut r&#233;pondre que ce pari est efficace, que cet id&#233;al est indispensable, que cette invention est possible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pari efficace ? Un id&#233;al indispensable ? Une invention possible ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Un pari efficace &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ?&lt;/strong&gt; Le pari sur l'utopie, quand il est rationnel et qu'elle est concr&#232;te, ne nous renvoie pas aux lendemains qui chantent. Il dicte une action concr&#232;te qui n'est ni passivement suspendue &#224; l'attente du grand soir, ni m&#233;caniquement subordonn&#233;e &#224; la perspective de la r&#233;volution. Ce pari conditionne des refus irr&#233;ductibles. Mais ces refus ne sont pas de simples t&#233;moignages : ils inscrivent leurs effets dans la r&#233;alit&#233;. Ils &#233;branlent les formes de pens&#233;e qui, parce qu'elles cimentent la domination, font partie de sa r&#233;alit&#233;. Ils inscrivent la puissance des r&#233;sistances et des luttes dans le corps de la moindre r&#233;forme partielle, quand ils ne pr&#233;parent pas des r&#233;formes radicales. Ils sont r&#233;alistes, parce qu'ils ne laissent aucun r&#233;pit aux gestionnaires du r&#233;el. Ils produisent des effets strat&#233;giques sur lesquels peuvent embrayer des projets strat&#233;giques. L'utopie rebelle, non seulement r&#233;pond aux urgences du pr&#233;sent, mais donne leurs chances &#224; des virtualit&#233;s d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Un id&#233;al indispensable ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; De quelque fa&#231;on que l'on tourne et retourne les valeurs en pr&#233;sences et les &#233;thiques qui pr&#233;tendent les refonder, quels que soient les chevauchements, les brouillages ou les emprunts, une fracture morale, sociale, politique court sous la surface des grands d&#233;bats insignifiants et des petits affrontements barbares. Elle dessine encore et pour longtemps, une ligne de partage entre deux conception &#233;thiques et politiques de la d&#233;mocratie : celle qui vit repli&#233;e dans son cantonnement lib&#233;ral et celle qui tente de se d&#233;ployer vers un horizon libertaire. Et cette ligne de partage distribue les partisans en deux camps qui admettent bien des transfuges : d'un c&#244;t&#233; ceux qui, par go&#251;t du laisser-faire ou du pr&#234;t-&#224;-penser, s'&#233;merveillent (ou se r&#233;signent) &#224; l'id&#233;e de vivre dans un monde o&#249; l'affairement d&#233;sordonn&#233; de quelques-uns serait, au mieux, la condition du d&#233;veloppement mutil&#233; de tous les autres ; et, d'un autre c&#244;t&#233;, ceux qui traquent la virtualit&#233; utopique d'une libert&#233; de tous qui tendrait &#224; co&#239;ncider avec la libert&#233; de chacun. Convoiter l'impossible, c'est convoiter cette libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Une invention possible ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; L'invention d&#233;mocratique d'un avenir utopique est-elle possible, sans retomber dans les orni&#232;res doctrinaires ? Les formes d'un avenir utopiques peuvent-elles &#234;tre esquiss&#233;es et les dispositifs de sa conqu&#234;te peuvent-ils &#234;tre cr&#233;&#233;s ? Peut-on reformuler, en des termes nouveaux, les questions lancinantes du programme et du parti, sans succomber au mirage d'un avenir trac&#233; d'avance et sans tomber dans le pi&#232;ge d'une avant-garde nimb&#233;e par cet avenir ? Questions bonnes &#224; ressasser avant de risquer des r&#233;ponses...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NB. Cette intervention est, pour une part, un exercice d'auto-plagiat de passages d'autres articles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous-titres modifi&#233;s pour cette publication&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette contribution - qu'on veuille bien m'en excuser - se borne &#224; reprendre (parfois litt&#233;ralement) et &#224; r&#233;sumer (souvent sch&#233;matiquement) une partie de mes contributions ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Buber, &lt;i&gt;Utopie et socialisme&lt;/i&gt;, Aubier Montaigne, 1977, p. 17. &#171; La derni&#232;re fl&#232;che &#187; : il est vrai - on ne l'a sans doute pas assez soulign&#233; - que Marx ne qualifie pas d' &#171; utopiques &#187; les formes initiales du socialisme et du communisme avant 1847, dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le &lt;i&gt;Manifeste &lt;/i&gt; : &#171; la domination politique du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet examen critique ne peut &#234;tre propos&#233; dans les limites de ces quelques pages. Il n'en est pas moins indispensable. &#192; titre d'indices, on peut relever, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, deux th&#232;mes qui courent en filigrane de toute l'argumentation et la soutiennent : le contenu du communisme semble encore inscrit dans l'&#234;tre m&#234;me du prol&#233;tariat (sans propri&#233;t&#233;, sans famille, sans patrie) ; la n&#233;cessit&#233; du communisme est fond&#233;e sur une compr&#233;hension historique qui en justifie non seulement la n&#233;cessaire possibilit&#233;, mais aussi la n&#233;cessaire effectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour reprendre l'expression de Ren&#233; Sh&#233;rer : &lt;i&gt;Pari sur l'impossible&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Vincennes, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avec Marx, malgr&#233; Marx : convoiter l'impossible (1993)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Avec-Marx-malgre-Marx-convoiter-l-impossible-1993.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Avec-Marx-malgre-Marx-convoiter-l-impossible-1993.html</guid>
		<dc:date>2023-02-06T20:04:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des utopies cong&#233;di&#233;es &#224; l'utopie convoit&#233;e (R&#233;sum&#233; d'une recherche universitaire, destin&#233; &#224; la revue &lt;i&gt;Chim&#232;res&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-l-utopie-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L102xH150/arton75-cf2d2.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Air du temps : le soulagement et la r&#233;signation contemplent la table rase des marxismes. Mais la pens&#233;e de Marx n'est pas d&#233;finitivement enterr&#233;e sous les gravats du Mur de Berlin ou seulement visitable dans son Mus&#233;e. Elle vaut, sinon le retour, du moins le d&#233;tour. J'en propose un, parmi d'autres possibles, dans un r&#233;cent travail universitaire, qui s'efforce de soumettre l'&#339;uvre de Marx &#224; une critique interne, et, dans cet esprit, de prendre la critique marxienne des utopies pour fil conducteur d'une critique de l'utopie marxienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter l'impossible - critique marxienne de l'utopie et critique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je r&#233;sume ici quelques r&#233;sultats de ce parcours pour les lecteurs de &lt;i&gt;Chim&#232;re&lt;/i&gt;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chim&#232;res, hiver 1992-1933, n&#176;18, janvier1993, p.147-173. [Typographie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . H.M.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;/i&gt;
&lt;center&gt; * * * &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gauvain, reviens sur terre. Nous voulons r&#233;aliser le possible.&lt;br class='autobr' /&gt; - Commencez par ne pas le rendre impossible.&lt;br class='autobr' /&gt; - Le possible se r&#233;alise toujours.&lt;br class='autobr' /&gt; - Pas toujours. Si l'on rudoie l'utopie, on la tue. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Hugo, &lt;i&gt;Quatre-vingt treize&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; * * * &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quand on consent &#224; d&#233;faire le commentaire classique et &#224; refaire l'itin&#233;raire de la critique marxienne de l'utopie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le trac&#233; et les figures de la critique marxienne de l'utopie ont &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les impens&#233;s de cette critique laissent entrevoir les impens&#233;s utopiques de la th&#233;orie qui la fonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx pourfend, dans les utopies, des substitutions doctrinaires et des abstractions dogmatiques : substitutions de l'utopique &#224; l'historique, de l'invention &#224; la r&#233;volution, de l'imaginaire au r&#233;el ; abstractions de discours et de projets, coup&#233;s du point de vue de la totalit&#233; sans lequel l'&#233;mancipation n'est ni pensable, ni r&#233;alisable. La r&#233;version des substitutions par le d&#233;ploiement de l'auto-&#233;mancipation prol&#233;tarienne et la r&#233;sorption des abstractions par la perspective d'une r&#233;volution totale permettent de prononcer le d&#233;passement th&#233;orique de l'utopie et de promettre sa d&#233;ch&#233;ance historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la critique d&#233;tecte dans l'utopie la logique des substitutions dont elle d&#233;pend en fonction de la logique de la r&#233;volution qui les d&#233;fait : au risque de d&#233;valuer le r&#244;le de l'imaginaire et de l'invention collectifs et les fonctions du programme et de la strat&#233;gie. De m&#234;me, et peut-&#234;tre surtout, la critique s'exerce sur les partialit&#233;s dogmatiques et chim&#233;riques &#224; partir du point de vue de la totalit&#233;, mais d'une totalit&#233; promise, conjointement, &#224; sa compr&#233;hension th&#233;orique et &#224; son renversement pratique : au risque de r&#233;introduire, &#224; la faveur de cette conjonction et de cette promesse, une nouvelle utopie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. L'utopie promise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La lecture de la totalit&#233; de l'&#339;uvre, inform&#233;e de la critique marxienne de l'utopie, permet alors de mettre &#224; jour les dimensions n&#233;gativement utopiques de la pens&#233;e de Marx et, en particulier, de cerner les figures qui permettent de transf&#233;rer l'utopie d&#233;mise au c&#339;ur d'une utopie promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Utopie contre utopie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'utopie h&#233;rit&#233;e est le revers, dans les &#339;uvres de 1844-1845, d'&lt;strong&gt;une utopie r&#233;v&#233;l&#233;e&lt;/strong&gt;, qui se fonde sur la dialectique d'une r&#233;alisation de l'essence humaine dans des formes d'existence qui lui soient ad&#233;quates&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est cette &#171; utopie anti-utopique &#187;, pour reprendre sa propre expression, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dialectique ob&#233;it &#224; un implacable encha&#238;nement. Parce qu'elle doit promet l'ad&#233;quation de l'existence humaine &#224; son essence, l'&#233;mancipation humaine doit &#234;tre &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt; : c'est-&#224;-dire tout &#224; la fois &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (surmontant la totalit&#233; des ali&#233;nations),&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; (surmontant l'ali&#233;nation de la totalit&#233; des hommes) et&lt;i&gt; int&#233;grale &lt;/i&gt;(surmontant la totalit&#233; des ali&#233;nations de chaque individu)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;mancipation est donc totale en un triple sens. Elle culmine dans une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce que cette &#233;mancipation est la r&#233;alisation historique de l'essence humaine, elle ne peut &#234;tre qu'ultime : l'ach&#232;vement d'une &#233;mancipation totale ne laisse aucune t&#226;che d'&#233;mancipation devant elle. Parce que l'unit&#233; de l'essence et de l'existence en constitue l'effectivit&#233;, l'&#233;mancipation, pour &#234;tre achev&#233;e, doit &#234;tre &lt;i&gt;parfaite&lt;/i&gt; : elle sera accomplie dans une soci&#233;t&#233; dans une soci&#233;t&#233; rendue &#224; l'immanence, &#224; l'omnipotence et &#224; la transparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surmonter l'ali&#233;nation de l'essence humaine, parvenue &#224; son comble dans les formes d'existence du prol&#233;tariat revient &#224; surmonter la s&#233;paration entre essence et existence. Ce qui suppose le retour &#224; l'unit&#233; de tout ce qui est s&#233;par&#233;, le d&#233;passement des oppositions par leur r&#233;conciliation, la pr&#233;sence de l'essence dans l'existence : &lt;i&gt;une parfaite immanence&lt;/i&gt;. Le retour des forces ali&#233;n&#233;es &#224; leurs sujets cr&#233;ateurs et le d&#233;passement de toutes les scissions qui font des hommes des &#234;tre domin&#233;s par leurs propres cr&#233;ations impliquent que les hommes placent toutes les forces qui jusqu'alors les dominaient sous leur propre contr&#244;le : &lt;i&gt;une parfaite omnipotence&lt;/i&gt;. La pr&#233;sence immanente de l'essence dans l'existence, de la nature sociale de l'homme dans ses formes d'existence sociale, et la puissance omnipotente des hommes sur leurs relations permettent d'instaurer la lisibilit&#233; de l'essence dans l'existence : &lt;i&gt;une parfaite transparence&lt;/i&gt;. Immanence, omnipotence, transparence : Marx reconduit ainsi les illusions des petites et des grandes utopies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cette r&#233;alisation de l'essence humaine, promise par un processus de n&#233;gation de la n&#233;gation qui se confond avec le communisme, repose sur une n&#233;gation utopique de l'ali&#233;nation : le sujet de cette n&#233;gation, le prol&#233;tariat, parce qu'il est dissolution de la soci&#233;t&#233; existante et n&#233;gation de toute humanit&#233; est appel&#233; &#224; incarner, car il l'incarne d&#233;j&#224; &#224; travers sa situation et son combat, une &#233;mancipation totale, ultime et parfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or la fondation du communisme par Marx (1845-1848) laisse subsister, dans le communisme de Marx, &lt;strong&gt;une utopie effac&#233;e&lt;/strong&gt;, plut&#244;t que d&#233;pass&#233;e, dont les dimensions n&#233;gativement utopiques ne sont jamais totalement abolies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, la dialectique historique n'est-elle plus, dans les derni&#232;res &#339;uvres, la dialectique de la r&#233;alisation de l'essence humaine, qui, parvenue au comble de son ali&#233;nation, engendre la n&#233;gation de sa n&#233;gation. En revanche, elle se laisse en partie comprendre comme &lt;i&gt;la n&#233;cessit&#233; pour le capitalisme d'engendrer, par le truchement de la n&#233;cessaire n&#233;gation de son essence, des rapports sociaux conformes &#224; ...l'essence humaine&lt;/i&gt; : l'absence du concept n'en abolit pas le r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique des rapports intimes qui d&#233;finissent l'essence du capitalisme livre les conditions d'intelligibilit&#233; de la structure et de la dynamique de ce dernier. Mais, parce que cette dialectique co&#239;ncide avec la dialectique de la n&#233;gativit&#233;, elle permet d'esquisser, d'un m&#234;me mouvement, une d&#233;&#172;monstration selon laquelle l'essence du mode de production capitaliste pr&#233;cipite sa propre n&#233;gation : parce que cette essence est-elle-m&#234;me contradictoire et se manifeste &lt;i&gt;sous forme de contradictions qui appellent leur r&#233;solution et sous formes d'inversions qui appellent leur r&#233;version&lt;/i&gt; par l'abolition du mode de production capitaliste lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces appels ne rel&#232;vent pas, ou pas seulement, d'un jugement &#233;thique. Contradictions et inversions, dans la perspective de Marx, ne sont moralement condamnables, que dans la mesure o&#249; elles le sont historiquement : c'est-&#224;-dire que leur d&#233;passement est devenu possible. La soudure entre une critique explicative et une critique normative est r&#233;alis&#233;e par la dialectique de l'essence du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'&lt;i&gt;essentialisme m&#233;thodologique&lt;/i&gt; qui fonde la critique jet sur la compr&#233;hension de sa dialectique interne se double d'un &lt;i&gt;essentialisme critique&lt;/i&gt; qui parach&#232;ve sa condamnation en le confrontant &#224; un mod&#232;le sous-jacent de r&#233;alisation de l'essence humaine. Un tel mod&#232;le ne disqualifie pas a priori comme non-scientifique la critique qui s'en r&#233;clame. Elle ne le devient, et ne devient du m&#234;me coup n&#233;gativement utopique, qu'avec la promesse de d'actualisation de ce mod&#232;le. Or, Marx ne peut pr&#233;senter un dispositif normatif comme &lt;i&gt;rigoureusement immanent&lt;/i&gt; &#224; l'histoire sans &#234;tre tent&#233; d'en certifier la r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception de Marx laisse alors &lt;i&gt;transpara&#238;tre,&lt;/i&gt; mais pas plus, les figures initiales de l'utopie promise : immanence, transparence et omnipotence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En effet, la r&#233;version n&#233;cessaire de tout le mode de production capitaliste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Au risque que l'utopie soit &#224; son comble, celui des perfections imaginaires&lt;/i&gt; que stigmatise le concept classique de l'utopie. Perfections qui, sans doute, restent f&#233;condes quand il ne s'agit que d'armer la critique de l'ordre social existant et d'&#233;prouver les potentialit&#233;s que contrarie son maintien, mais qui cessent de l'&#234;tre, quand la promesse de leur r&#233;alisation tient lieu de d&#233;passement des raccourcis de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'utopie persiste sur des points plus d&#233;cisifs encore. La d&#233;monstration marxienne de la n&#233;cessit&#233; du communisme affecte la critique qui devrait en fonder &lt;i&gt;la possibilit&#233; et neutralise la strat&#233;gie qui devrait permettre de le r&#233;aliser : utopie contre strat&#233;gie&lt;/i&gt;. Et le contenu du communisme dont pr&#233;tend r&#233;pondre la d&#233;monstration de sa n&#233;cessit&#233;, parce qu'il est promis par l'histoire, devance la prospection des formes qui devrait l'actualiser et&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;neutralise l'histoire qui devrait le fonder :&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;utopie contre histoire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Utopie contre strat&#233;gie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie classique n'est pas volontariste : elle est vell&#233;itaire. Quand elle n'est pas purement optative, elle veut se r&#233;aliser, et quand elle n'est pas purement onirique, elle s'y emploie, le cas &#233;ch&#233;ant, avec une r&#233;solution, parfois h&#233;ro&#239;que, qui peut donner le change. Mais son principe est toujours d'&#234;tre prudente sur les moyens qui, &#224; ses yeux, la menacent et que l'utopie a pr&#233;cis&#233;ment pour fonction de contourner : la politique, surtout quand elle appelle une r&#233;volution, et la strat&#233;gie, surtout quand elle d&#233;signe la guerre. Qu'elle l'avoue ou qu'elle la taise, c'est son aversion pour la strat&#233;gie qui d&#233;finit l'utopie : &lt;i&gt;l'utopie est un refus ou un simulacre de strat&#233;gie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en se d&#233;tournant de l'histoire et de sa g&#233;ographie que l'utopie contourne la strat&#233;gie : l'utopie est une achronie et une atopie. Achronie qui fait appel &#224; une histoire imaginaire contre l'histoire r&#233;elle, plut&#244;t qu'&#224; une histoire contrari&#233;e. Atopie qui fait appel &#224; une terre imaginaire contre les nations arm&#233;es, plut&#244;t qu'&#224; un combat plan&#233;taire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces distinctions m&#233;riteraient d'&#234;tre approfondies pour &#234;tre confront&#233;es &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, l'utopie se soustrait aux contraintes strat&#233;giques, parce qu'elle pr&#233;tend, &#224; l'&#233;cart de l'histoire, &lt;i&gt;d&#233;duire&lt;/i&gt; des t&#226;ches des fins qu'elle invente et &lt;i&gt;produire&lt;/i&gt; les moyens d'atteindre ces fins. C'est cet ang&#233;lisme que Marx r&#233;cuse, en soutenant que l'histoire pose elle-m&#234;me les fins qu'elle valide en produisant les moyens de les atteindre. En est-on quitte avec l'utopie pour autant ? On peut en douter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, Marx, en posant que la fin est donn&#233;e avec les moyens de l'atteindre, s'&#233;pargne d'avoir &#224; ordonner les moyens en vue d'une fin : en quoi consiste pr&#233;cis&#233;ment la strat&#233;gie, qui suppose l'invention th&#233;orique et l'agencement pratique de moyens effectifs. C'est de la strat&#233;gie dont on se d&#233;tourne, certes, en imaginant des moyens imaginaires en vue d'une fin qui ne l'est pas moins : au risque de s'abandonner ainsi aux formes classiques de l'utopie. Mais on ne se d&#233;tourne pas moins de la strat&#233;gie en enfouissant la strat&#233;gie dans l'histoire : au risque de s'adonner alors &#224; une forme nouvelle de recours &#224; l'utopie. Or l'&#339;uvre de Marx en t&#233;moigne, quand la strat&#233;gie ne menace pas l'utopie, l'utopie efface la strat&#233;gie&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effacement de la strat&#233;gie signale l'utopie du genre st&#233;rile. &#192; suivre Marx, les objectifs strat&#233;giques sont l'expression d'une n&#233;cessit&#233; historique qui ne se borne pas &#224; les faire surgir, mais les absorbe. La strat&#233;gie requise n'est jamais que l'expression de la n&#233;cessit&#233; comprise. Au point qu'histoire et strat&#233;gie se confondent, et que le discours strat&#233;gique &#233;nonce dans la langue de la pratique ce que le discours historique exprime dans la langue de la th&#233;orie. Le vocabulaire des t&#226;ches politiques est la transposition de la connaissance du mouvement r&#233;el : les mots d'ordre ne sont jamais que des traductions. Et si le mouvement r&#233;el reste en de&#231;&#224; des promesses de son accomplissement, les mots d'ordre ne sont que des rappels &#224; l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;coniser une strat&#233;gie qui ne serait pas compl&#232;tement enferm&#233;e dans les tendances n&#233;cessaires de l'histoire, ce serait reconna&#238;tre que si le capitalisme produit n&#233;cessaire&#172;ment la possibilit&#233; de son abolition, il n'en garantit pas n&#233;cessairement l'ex&#233;cution. Mais, du m&#234;me coup, si la strat&#233;gie d&#233;pend encore de conditions n&#233;cessaires, elle n'est plus index&#233;e sur la n&#233;cessit&#233; historique des effets de ces conditions. La strat&#233;gie qui repose sur la n&#233;cessit&#233; historique du possible ne peut se pr&#233;valoir de la n&#233;cessit&#233; historique de son effectivit&#233;. Une strat&#233;gie de la d&#233;livrance qui se bornerait &#224; abr&#233;ger l'histoire d'une promesse s'abolit dans l'histoire utopique sur laquelle on pr&#233;tend la fonder. L'histoire r&#233;elle impose, au contraire, que l'&#233;mancipation soit strat&#233;giquement pens&#233;e dans ses formes et son contenu, sans que l'on puisse s'en remettre &#224; l'histoire pour les d&#233;couvrir. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que Marx s'interdit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Utopie contre histoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les constructions de l'utopie classique, ses formules et ses pilules, ses plans et ses tableaux, tournent le dos &#224; l'histoire et dispensent d'y d&#233;couvrir les conditions de r&#233;alisation de l'utopie. Mais en remettant &#224; l'histoire le soin de r&#233;soudre sa propre &#233;nigme, Marx d&#233;place l'utopie n&#233;gativement comprise sans la d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, chez Marx, la tentative de d&#233;monstration de la n&#233;cessit&#233; historique du communisme, en posant la n&#233;cessit&#233; de son contenu, ne m&#233;connait pas que des conditions de sa r&#233;alisation sont requises : ainsi se trouve d&#233;pass&#233;e l'utopie abstraite. Mais, tel est l'effet d'une dialectique n&#233;gativement utopique, qu'elle prend en charge &lt;i&gt;la promesse de la r&#233;alisation de l'essence dans l'existence et/ou du contenu dans la forme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ainsi que lorsqu'elle ne promet pas que l'essence humaine trouvera les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme de Marx est fond&#233; sur la &lt;strong&gt;promesse de l'av&#232;nement de son contenu&lt;/strong&gt; : la certitude de l'av&#232;nement d'une nouvelle organisation de la production fond&#233;e sur l'association des producteurs ; la certitude d'un d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat contemporain de l'&#233;mergence de cette association. Or, &#224; supposer que les r&#232;gles qui devraient pr&#233;sider au fonctionnement d'une soci&#233;t&#233; communiste soient correctement d&#233;duites de la critique du capitalisme, dans laquelle elles sont d&#233;j&#224; impliqu&#233;es, rien ne prouve qu'elles puissent s'imposer : il ne s'agit donc que d'un exercice de d&#233;tection - utopique dans le meilleur sens -, sur les possibles lat&#233;raux et contrari&#233;s. Or, la certitude de l'av&#232;nement du contenu dispense d'en anticiper les formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, et surtout, la promesse de l'av&#232;nement de ce contenu est confort&#233;e par la&lt;strong&gt; &lt;i&gt; promesse de l'av&#232;nement de formes &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;qui lui soient ad&#233;quates. Ainsi, la critique l&#233;gitime de l'invention des formes de l'avenir en l'absence des conditions qui en rendent possible le contenu a pour revers, dans l'&#339;uvre de Marx, une r&#233;v&#233;lation du contenu de l'avenir en l'absence des formes qui y conduisent. Il devient alors possible de certifier la r&#233;solution des contradictions du capitalisme par et dans le communisme sans avoir &#224; se prononcer sur leur forme, et donc sur leur possibilit&#233; m&#234;me. La th&#233;orie peut et doit se limiter &#224; l'enregistrement de formes qui seraient octroy&#233;es par l'histoire elle-m&#234;me, sans recours &#224; leur invention collective par les hommes. C'est ainsi que Marx interpr&#232;te les coop&#233;ratives, formes enfin trouv&#233;es de la socialisation du travail, et la Commune, forme enfin trouv&#233;e de la dictature du prol&#233;tariat : formes apparaissantes, pr&#233;sent&#233;es comme accomplissement d'une promesse. Du m&#234;me coup, sans &#234;tre annul&#233;e, c'est la n&#233;cessaire d&#233;tection de ces formes qui menace d'&#234;tre futilis&#233;e. Or, celles-ci non seulement d&#233;terminent le contenu, mais ne peuvent &#234;tre trouv&#233;es qu'&#224; condition d'&#234;tre d&#233;couvertes, et, le cas &#233;ch&#233;ant, invent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;&#172;marche, qui permet en droit de se sous&#172;traire aux prescriptions doctrinaires, rel&#232;ve d'une utopie au carr&#233;. Elle pr&#233;suppose que la forme viendra d'elle m&#234;me r&#233;soudre les probl&#232;mes, avec d'autant plus de facilit&#233; qu'une soci&#233;t&#233; ren&#172;due &#224; sa transparence l&#232;ve par d&#233;finition les obstacles qui r&#233;sultent de l'opacit&#233; des formes sociales. La d&#233;n&#233;gation des difficult&#233;s &#224; r&#233;soudre conforte l'interdit de rechercher les formes ad&#233;quates de l'&#233;mancipation et d'en &#233;prouver le contenu &#224; travers elles : &#224; charge pour l'histoire de se porter garant de l'innocuit&#233; des recettes qui seront pr&#233;par&#233;es dans les marmites de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pris au pi&#232;ge de sa propre critique de l'utopie, Marx succombe &#224; une &lt;i&gt;utopie promise&lt;/i&gt; ; en mettant en &#339;uvre, pourtant, mais silencieusement, une &lt;i&gt;utopie requise&lt;/i&gt;, dont le trac&#233; exige un nouveau concept de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. L'utopie requise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation de l'utopie n'en &#233;puise pas le sens, pas plus qu'il n'&#233;puise le sens de l'&#339;uvre de Marx. Sa valorisation suppose un concept positif qui peut &#234;tre reconstruit de deux fa&#231;ons : par d&#233;tournement de l'usage optatif et retournement de l'usage n&#233;gatif. La premi&#232;re op&#233;ration suppose que du genre litt&#233;raire ou philosophique soit d&#233;gag&#233; une m&#233;thode th&#233;orique ; la seconde op&#233;ration que soit reconnue la distinction entre le concept absolu et le concept relatif de l'utopie. L'utopie appara&#238;t alors comme une m&#233;thode d'investigation des possibilit&#233;s lat&#233;rales &#224; l'histoire (d'o&#249; &#233;merge le concept d'une simulation utopique) et d'exploration des possibilit&#233;s contrari&#233;es par l'histoire (d'o&#249; &#233;merge le concept d'une dialectique utopique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le possible lat&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parce que l'utopie appartient aux &#171; Paysages du souhait &#187; , selon l'heureuse expression de Bloch, le concept d'utopie est indissociable d'un usage optatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi arrive-t-il que, malgr&#233; les tares et les p&#233;rils de l'utopie, la critique lib&#233;rale et/ou r&#233;formatrice tente de r&#233;habiliter la fonction de l'esp&#233;rance, et d'attribuer ou d'arracher &#224; l'utopie &lt;strong&gt;une fonction heuristique&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter alors de d&#233;couvrir sous l'illusoire, l'op&#233;ratoire, il est n&#233;cessaire d'&#233;tablir une distinction entre le genre utopique et la m&#233;thode utopique qui conf&#232;re au genre une relative unit&#233;. Ainsi, &#224; la suite d'Andr&#233; Lalande, Raymond Ruyer tente de circonscrire un mode utopique qu'il d&#233;finit comme &#171; exercice mental sur les possibles lat&#233;raux &#187; , apparent&#233; aux proc&#233;d&#233;s ordinaires de l'invention scientifique. Mais l'utopiste &#224; la diff&#233;rence de la savante triche avec les r&#232;gles de son propre jeu. Aussi est-on invit&#233; &#224; &#233;tablir une claire d&#233;marcation entre les simulacres qui d&#233;rogent &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233; et les simulations qui lui ob&#233;issent, car c'est faire injustice &#224; l'utopie litt&#233;raire, comme le souligne Alexandre Cioranescu, de lui appliquer des crit&#232;res logiques, dont la litt&#233;rature ne peut que s'affranchir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Lalande, &#171; Les Utopies et la m&#233;thode utopique &#187; (cours de 1917-1918), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste, pourtant que la m&#233;thode utopique telle qu'elle s'exerce selon ses modalit&#233;s litt&#233;raires, invite &#224; penser son usage selon des modalit&#233;s scientifiques : celles &lt;i&gt;d'une simulation op&#233;ratoire, distincte du simulacre litt&#233;raire, mais aussi de la simulation exp&#233;rimentale ou technique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ainsi que Maurice de Gandillac propose de concevoir l'&#339;uvre de Thomas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors la critique radicale qui prend le relais, et invite &#224; d&#233;couvrir, malgr&#233; les abstractions et les impasses de l'utopie, sa &lt;strong&gt;fonction &#233;mancipatrice&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que l'utopie positivement comprise soit oppos&#233;e &#224; Marx ou repens&#233;e dans Marx, c'est &#224; l'esp&#233;rance qu'est attribu&#233;e la f&#233;conde la f&#233;condit&#233; de l'utopie, dont les fruits peuvent &#234;tre cueillis par un retour aux utopistes et/ou un recours &#224; l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;retour aux utopistes&lt;/i&gt; permettrait de d&#233;couvrir dans les pr&#233;curseurs de Marx les pr&#233;curseurs de son d&#233;passement. La remise en question de l'autorit&#233; du marxisme - et en particulier du marxisme qui s'arroge une position de monopole th&#233;orique et pratique en la gageant sur sa critique de l'utopie - passe alors par la r&#233;habilitation de la diversit&#233; du mouvement socialiste, et, partant, des utopistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ainsi que Martin Buber tente de r&#233;&#233;valuer l'apport des utopistes du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un tel renouvellement manque rarement de se r&#233;clamer de Fourier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur Fourier, voir particuli&#232;rement les travaux de Ren&#233; Sch&#233;rer, notamment : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, il ne suffit pas de solliciter les apports des utopistes : encore faut-il pr&#233;ciser ce que ces apports doivent &#224; l'utopie. Et reconstruire, &#224; travers les utopies, &lt;i&gt;un concept positif de l'utopie, fond&#233; non plus sur le simple enregistrement, mais sur le d&#233;tournement de son usage optatif.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;recours &#224; l'utopie&lt;/i&gt;, qui vient ainsi au premier plan, d&#233;signe alors le bon usage du Principe Esp&#233;rance. Ce dernier invite au partage entre les diverses formes de l'utopie pour autant qu'&#224; travers elles, s'effectue le passage de l'abstrait au concret. En effet, que l'utopie s'abandonne aux simulacres inoffensifs ou aux promesses miraculeuses, ses solutions ne se confondent pas totalement avec les simulations que souvent elles recouvrent : l'utopie n'est pas toujours aussi abstraite qu'elle le para&#238;t ou condamner &#224; le rester, comme le soulignent, parmi les principaux repr&#233;sentants du &#171; nouvel esprit utopique &#187; (pour reprendre l'expression de Miguel Abensour), ceux qui tentent de retenir la le&#231;on de Marx pour r&#233;habiliter l'utopie, malgr&#233; ses abstractions et ses impasses, et l'informer de ses t&#226;ches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une &#233;tude r&#233;cente de diverses vari&#233;t&#233;s du &#171; nouvel esprit utopique &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernst Bloch est, sans nul doute, celui qui a port&#233; le plus loin cette d&#233;marche qui oppose au concept n&#233;gatif de l'utopie &#171; le concept de principe utopique pris dans le bon sens du terme&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; .C'est tr&#232;s clairement qu'il expose le double sens du concept d'utopie et prend parti pour le second : &#171; La repr&#233;sentation et les pens&#233;es de l'intention prospective (...) sont utopiques (...) dans le sens d&#233;sormais d&#233;fendable du r&#234;ve vers l'avant, de l'anticipation en g&#233;n&#233;ral. En vertu de quoi la cat&#233;gorie de l'Utopique poss&#232;de donc &#224; c&#244;t&#233; de sons sens habituel, cet autre sens qui, loin d'&#234;tre n&#233;cessairement abstrait ou d&#233;tourn&#233; du monde, est au contrairement centralement pr&#233;occup&#233; du monde : celui de la marche naturelle des &#233;v&#233;nements. &#187; Telle est l'utopie concr&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, Le Principe Esp&#233;rance, t. 1 p.14 et p.20. Bloch inscrit d&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pourquoi Bloch ne s'oppose pas &#224; Marx au nom de l'utopie mais propose de replacer Marx dans la perspective de l'utopie : pr&#233;cis&#233;ment dans le cadre de l'exercice de la fonction utopique de l'Esp&#233;rance. &lt;i&gt;C'est ce passage &#224; l'utopie concr&#232;te qui sauve et accomplit l'utopie : c'est le comble de l'utopie qui constitue son d&#233;passement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce passage suppose que les possibilit&#233;s lat&#233;rales &#224; l'histoire soient comprises comme des possibilit&#233;s contrari&#233;es par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le possible contrari&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devait revenir aux utopistes eux-m&#234;mes, suivis de quelques po&#232;tes, non seulement de d&#233;masquer dans le concept conservateur de l'utopie le concept d'une d&#233;fense de l'ordre social &#233;tabli, mais de proc&#233;der &#224; une r&#233;habilitation o&#249; l'utopie n'est plus ni dogme ni chim&#232;re, mais d&#233;signe les tentatives de transgression de cet ordre social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien qu'il se d&#233;fie du terme, l'utopiste l'emploie quelquefois. Ainsi Victor (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour insuffisante qu'elle soit cette r&#233;habilitation utopique ou po&#233;tique va &#224; l'essentiel : si le concept n&#233;gatif de l'utopie d&#233;signe ce qui para&#238;t irr&#233;alisable du point de vue de l'ordre social existant ou ce qui est rendu irr&#233;alisable par les d&#233;fenseurs de cet ordre,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;il suffit de retourner l'usage relatif du concept de l'utopie pour le revendiquer comme concept positif.&lt;/i&gt; L'utopie devient alors le concept d'une impossibilit&#233; r&#233;put&#233;e provisoire et relative : le concept, en d'autres termes, d'une possibilit&#233; diff&#233;r&#233;e et contrari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;habilitation du concept d'utopie passe alors par une distinction rigoureuse entre impossibilit&#233; absolue et impossibilit&#233; relative, que prennent en compte des auteurs comme Karl Mannheim ou Herbert Marcuse. Encore convient-il d'&#234;tre attentif aux &lt;i&gt;inflexions&lt;/i&gt; possibles de cette distinction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Distinction que reprend Miguel Abensour, en se r&#233;f&#233;rant &#224; Mannheim et &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept relatif de l'utopie en limite l'usage &#224; ce qui &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt; impossible du point de vue d'un ordre social donn&#233; - et qui &lt;i&gt;para&#238;t &lt;/i&gt;r&#233;alisable dans un autre ordre social. Tel est le sens pr&#233;valant de la distinction propos&#233;e dans la version de Mannheim : l'impossibilit&#233; et la possibilit&#233; dont il s'agit sont appr&#233;hend&#233;es dans la perspective des rapports entre des id&#233;es et la r&#233;alit&#233;, actuelle ou potentielle. Est utopique ce qui n'a pas sa place dans l'ordre social existant du point de vue des conceptions dominantes dans cet ordre social - mais qui pourrait avoir sa place rationnellement &#233;tablie dans un autre ordre social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les id&#233;es situationnellement transcendantes (c'est-&#224;-dire qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec cette accentuation le concept relatif de l'utopie reste essentiellement sp&#233;culatif : il d&#233;signe, en quelque sorte&lt;i&gt;, le possible contre-indiqu&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le possible, relativement utopique, n'est pas seulement une modalit&#233; de la connaissance, c'est aussi une modalit&#233; du r&#233;el : sa d&#233;tection rel&#232;ve d'une interpr&#233;tation du monde, tant qu'elle n'adopte pas le point de vue de sa transformation. Ce qui n'a pas sa place du point de vue th&#233;orique d'un ordre social donn&#233; devient alors ce qui ne trouve pas sa place en raison de l'opposition pratique de cet ordre social. Tel est le sens qui pr&#233;vaut dans la version propos&#233;e par Marcuse, o&#249; le concept relatif de l'utopie prend tout son sens : il d&#233;signe &lt;i&gt;ce qui est rendu impossible par un ordre social qui en inter&#172;dit la r&#233;alisation et qui serait possible dans un ordre social nouveau qui na&#238;trait d'une r&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Initialement, Marcuse semble n'admettre qu'un seul sens : &#171; Je crois qu'on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est alors, et alors seulement, qu'il d&#233;signe le &lt;i&gt;possible contrari&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet usage permettrait de lever l'ambigu&#239;t&#233; dont se paie, chez Marx, l'h&#233;ritage du concept n&#233;gatif (et conservateur) de l'utopie dont Marx accueille les effets, bien qu'il en r&#233;cuse la perspective. Dans une optique conservatrice, il s'agit d'&#233;touffer des &lt;i&gt;virtualit&#233;s actuelles&lt;/i&gt; (qui d&#233;passent la r&#233;alit&#233; donn&#233;e) en leur op&#172;posant le d&#233;cret de l'impossible, au nom de &lt;i&gt;possibilit&#233;s factuelles&lt;/i&gt; (qui n'exc&#232;dent jamais ce qui est d&#233;j&#224; l&#224;) ; il s'agit d'&#233;touffer toute th&#233;orie critique (qui cherche &#224; d&#233;plier le pr&#233;sent vers l'avenir) en lui opposant le label de doctrinaire, au nom d'un savoir positif (qui se borne &#224; replier l'avenir sur le pr&#233;sent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, toute l'&#339;uvre de Marx est une insurrection contre ces platitudes int&#233;ress&#233;es. D&#232;s lors le concept d'utopie dans son usage n&#233;gatif reste chez Marx en porte-&#224;-faux : l'ambivalence des utopies est dissimul&#233;e par un concept dont Marx est conduit en permanence &#224; corriger, en marge, l'inad&#233;quation. Tout n'est pas dogmatique et chim&#233;rique dans les utopies, sinon le d&#233;passement de l'utopie n'aurait aucun sens, n'ayant aucun fondement. L'utopie ne peut &#234;tre enferm&#233;e dans les limites que vise l'usage marxien du terme, parce qu'elle est tout enti&#232;re dans le mouvement qui franchit ces fronti&#232;res et rend possible le projet de son sauvetage. C'est &#224; cela que contribue, par del&#224; l'h&#233;ritage terminologique, toute la th&#233;orie de Marx et d'Engels. Si, comme on peut le penser, l'heureuse formule d'Adorno est vraie : &#171; Ils &#233;taient ennemis de l'utopie dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de sa r&#233;alisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th.W.Adorno, Dialectique n&#233;gative, Payot, p.252.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cet int&#233;r&#234;t qui exige de d&#233;livrer l'utopie disruptive de la dialectique sp&#233;culative qui l'enferme, dans l'&#339;uvre m&#234;me de Marx, dans une histoire tut&#233;laire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie disruptive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le filtrage de la th&#233;orie de Marx r&#233;v&#232;le que l'utopie promise (h&#233;ritage n&#233;glig&#233; des dimensions n&#233;gatives de l'utopie) coexiste avec une utopie requise (h&#233;ritage d&#233;valu&#233; des dimensions positives de l'utopie) : requise parce qu'elle est, non seulement effectivement impliqu&#233;e (et n&#233;gativement surd&#233;termin&#233;e), mais surtout potentiellement indiqu&#233;e (et positivement con&#231;ue)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les limites de cet article qui se donne pour objectif de proposer les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dualit&#233; de l'utopie renvoie &#224; celle du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, express&#233;ment reconnue par Marx dans la &lt;i&gt;lettre &#224; Engels du 7 d&#233;cembre 1867&lt;/i&gt; (sur laquelle Rubel a le premier, semble-t-il, attir&#233; l'attention). Parlant de lui-m&#234;me, il &#233;crit : &#171; Lorsqu'il d&#233;montre que la soci&#233;t&#233; actuelle, consid&#233;r&#233;e sous l'angle de l'&#233;conomie, est grosse d'un type social nouveau et sup&#233;rieur, il ne fait que r&#233;v&#233;ler, du point de vue social, le processus d'&#233;volution que Darwin a r&#233;v&#233;l&#233; dans le domaine de l'histoire naturelle. (...) En revanche la tendance subjective de l'auteur (que lui imposaient peut-&#234;tre sa position politique et son pass&#233;), c'est-&#224;-dire la fa&#231;on dont il se pr&#233;sente lui-m&#234;me ou dont il pr&#233;sente aux autres le r&#233;sultat ultime du mouvement actuel du processus social, n'a aucun rapport avec son analyse r&#233;elle. Si on pouvait entrer dans le d&#233;tail, on arriverait peut-&#234;tre &#224; montrer que son analyse &#034;objective&#034; r&#233;fute ses propres fantaisies &#034;subjectives&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maximilien Rubel, K. Marx, Essai de biographie intellectuelle (1&#232;re &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;. &#187; En d&#233;pit de la r&#233;f&#233;rence (tr&#232;s troublante) &#224; Darwin, et du partage (peu convaincant) entre objectivit&#233; et subjectivit&#233;, cette lettre est &#233;loquente : Marx semble admettre qu'il peut exister un d&#233;calage entre la d&#233;monstration de la possibilit&#233; d'un &#171; type social nouveau et sup&#233;rieur &#187; et la pr&#233;sentation de sa r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Marx le confirme : qu'il s'agisse de la n&#233;cessit&#233; ou du contenu de l'&#233;mancipation, elle fait appara&#238;tre de remarquables ambigu&#239;t&#233;s. Ainsi, Marx proc&#232;de &#224; une d&#233;monstration de la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; de la possibilit&#233;&lt;/i&gt; d'un nouvel ordre social en c&#233;dant &#224; la tentation d'une d&#233;monstration de la n&#233;cessit&#233; de l'effectivit&#233; de cet ordre social. De m&#234;me, Marx propose une &lt;i&gt;simulation hypoth&#233;tique&lt;/i&gt; du contenu du communisme, en c&#233;dant &#224; la tentation de le pr&#233;senter comme la &lt;i&gt;r&#233;solution historique&lt;/i&gt; d'une &#233;nigme. Or, &#224; condition de renoncer &#224; ces tentations, la dialectique, ferm&#233;e par une promesse, peut &#234;tre ouverte sur un horizon, et l'utopie, prisonni&#232;re d'une r&#233;v&#233;lation, d&#233;livr&#233;e de la tutelle d'une histoire automate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploration des possibilit&#233;s contrari&#233;es &lt;i&gt;interdit de cong&#233;dier la dialectique&lt;/i&gt;, quand seule sa fermeture est n&#233;gativement utopique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nos conclusions ne convergent donc que partiellement avec celles de Bernard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle invite, au contraire, &#224; proc&#233;der &#224; l'ouverture d'une &lt;i&gt;dialectique utopique&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; pr&#233;sente, mais &#224; l'&#233;tat latent, dans l'&#339;uvre de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le voir, notamment, dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; : quand Marx n'y c&#232;de pas &#224; la tentation d'abuser de la dialectique de la n&#233;cessit&#233;, il tente de d&#233;tecter, dans les conditions et les contradictions qui d&#233;terminent des tendances n&#233;cessaires, non des &lt;i&gt;pr&#233;visions&lt;/i&gt; du communisme, mais des &lt;i&gt;allusions&lt;/i&gt; au communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre une expression de Toni Negri qui montre de fa&#231;on convaincante (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;dialectique de la possibilit&#233;&lt;/i&gt; peut ainsi &#234;tre red&#233;ploy&#233;e : quand les conditions disruptives ne sont plus trait&#233;es comme des causes ; et, en particulier, quand le rapport entre les conditions objectives et les conditions subjectives pr&#233;sent&#233; en termes de compl&#233;mentarit&#233; in&#233;vitable, mais de compossibilit&#233; potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;dialectique de la n&#233;gativit&#233;&lt;/i&gt;, loin de devoir &#234;tre abandonn&#233;e, peut &#234;tre radicalis&#233;e et transform&#233;e, &#224; condition toutefois que la n&#233;gation d&#233;termin&#233;e ne soit plus consid&#233;r&#233;e comme fatale et univoque, mais comme virtuelle et plurielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &lt;i&gt;dialectique de l'utopie et de la strat&#233;gie&lt;/i&gt; reste alors &#224; inventer. Les conditions et les contradictions n'abolissent pas pour autant la n&#233;cessit&#233; d'une rupture dont elles ne d&#233;livrent pas la promesse : leurs concepts sont autant de concepts &lt;i&gt;strat&#233;giques&lt;/i&gt; disponibles pour une pratique transformatrice, et non des concepts &lt;i&gt;t&#233;l&#233;ologiques&lt;/i&gt; qui d&#233;livrent de son invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une dialectique utopique ainsi comprise permettrait de faire droit aux possibles r&#233;els qui minent l'ordre social existant et de red&#233;couvrir, sous le temps des n&#233;cessit&#233;s lin&#233;aires, le temps des virtualit&#233;s disruptives, qui appellent leur d&#233;tection et leur actualisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le temps des virtualit&#233;s est le temps des bifurcations, des embranchements, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'exploration de ces virtualit&#233;s qui interdit de r&#233;prouver tous les mod&#232;les, dont seule l'abstraction qui les coupe de toute d&#233;tection dialectique, est n&#233;gativement utopique. Elle invite, au contraire, &#224; recourir &#224; une &lt;strong&gt;simulation utopique&lt;/strong&gt; du d&#233;passement de l'ordre existant, dont la m&#233;thode est d&#233;j&#224; pr&#233;sente, mais d&#233;form&#233;e, sous les fictions abstraites des utopies classiques et, surtout, sous les pr&#233;visions du communisme de Marx : pour &#233;prouver les normes, d&#233;tecter les formes et proposer les id&#233;aux d'un changement de soci&#233;t&#233;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marx, il est vrai, rep&#232;re dans les syst&#232;mes utopiques les constructions arbitraires dont il d&#233;nonce les pr&#233;tentions, mais n&#233;glige dans les syst&#232;mes utopiques les simulations op&#233;ratoires dont il m&#233;prise l'existence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Buber, en revanche, propose de d&#233;m&#234;ler ce que la critique marxienne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Marx, pourtant, dans sa d&#233;marche m&#234;me, &lt;i&gt;traite les constructions qu'il r&#233;cuse comme des simulations&lt;/i&gt; qu'il &#233;prouve sur le terrain de l'&#233;laboration de sa propre th&#233;orie. Mais surtout, il recourt &#224; des &lt;i&gt;simulations silencieusement hypoth&#233;tiques&lt;/i&gt; que pourtant il s'interdit au nom des &lt;i&gt;solutions pr&#233;tendument historiques&lt;/i&gt; auxquelles il se fie. Ainsi, des simulations utopiques, emprunt&#233;es aux constructions qu'il r&#233;cuse ou incrust&#233;es dans les conceptions qu'il forge, hantent la th&#233;orie de Marx. D&#232;s lors, la promesse qui voue &#224; l'utopie les solutions qu'elle esquisse, dissimule des esquisses qui ne se confondent pas avec la promesse, et dont nous n'avons pas fini de capter l'h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avec et malgr&#233; Marx, il convient de r&#233;habiliter l'utopie positive &#224; la fois effective et potentielle, mobilis&#233;e et paralys&#233;e dans son &#339;uvre, et, au-del&#224; de Marx, de d&#233;velopper cette utopie, comme m&#233;thode th&#233;orique et comme projet politique de l'&#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proc&#233;der &#224; une d&#233;cantation de l'utopie et &#224; un inventaire des dimensions utopiques, f&#233;condes ou st&#233;riles, de l'&#339;uvre de Marx n'est qu'un modeste pr&#233;alable, quand c'est la totalit&#233; de sa critique du capitalisme qui devrait &#234;tre r&#233;&#233;valu&#233;e. Et pourtant...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Convoiter l'impossible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les urgences de l'histoire, invariablement, provoquent les impatiences de la critique. Au risque que soient confi&#233;es aux nu&#233;es d'une utopie st&#233;rile, p&#233;trie de r&#234;ves et de promesses, les r&#233;ponses inspir&#233;es par une critique press&#233;e de conclure. Ce n'est donc pas sans contradiction qu'on tenterait de le faire en l'absence de la critique radicale et concr&#232;te dont d&#233;pend l'utopie de bonne facture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la critique marxienne de l'utopie et la critique de l'utopie marxienne enseignent, sinon l'utopie concr&#232;te investie de l'esp&#233;rance d'une transformation du monde, du moins l'&#233;pure d'un bon usage du Principe Esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans l'utopie de bon aloi, le possible serait sans d&#233;fense : repli&#233; sur l'accessible par des savoirs et des pouvoirs aux semelles de plomb, renvoy&#233; &#224; l'improbable par des r&#234;ves et des promesses aux semelles de vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le possible, contrari&#233; par la violence, est &#233;galement menac&#233; par l'esp&#233;rance, quand celle-ci est convoqu&#233;e comme th&#233;rapie ou invoqu&#233;e comme eschatologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Utopie et th&#233;rapie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partage des positions adopt&#233;es face &#224; l'ordre social existant, entre les versions apolog&#233;tiques et les versions critiques, d&#233;cide des figures que prend la critique lib&#233;rale et/ou r&#233;formatrice de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous sa forme classique, la &lt;i&gt;d&#233;fense apolog&#233;tique&lt;/i&gt; qui garde les fronti&#232;res de l'ordre &#233;tabli, se bornait, dans sa critique des utopies, &#224; jouer alternativement sur deux tableaux, au gr&#233; des circonstances : tant&#244;t d&#233;plorant que le d&#233;sirable ne soit pas r&#233;alisable, tant&#244;t d&#233;plorant que l'ind&#233;sirable puisse tenter de se r&#233;aliser. Sous sa forme moderne, elle a chang&#233; de ton : elle impute &#224; l'utopie tout ce que, &#224; tort ou &#224; raison, elle condamne : d&#233;cr&#233;tant, pour solde de tout compte, que les utopies, h&#233;las, sont r&#233;alisables, et doivent r&#233;pondre toutes les horreurs commises au nom de la transgression de l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, la &lt;i&gt;contestation critique&lt;/i&gt; qui &#233;voque les mis&#232;res de l'ordre &#233;tabli se pla&#238;t &#224; proposer une critique balanc&#233;e des utopies. Dans ces versions qui soutiennent la d&#233;mocratie comme un moindre mal, se rencontrent le lib&#233;ralisme social et le socialisme lib&#233;ral. Ici, la d&#233;mocratie ne se propose pas comme la solution &#233;l&#233;gante et f&#233;conde du probl&#232;me social et politique : l'&#233;nigme enfin r&#233;solue de l'histoire humaine. C'est, au contraire, parce que l'histoire humaine est une &#233;nigme ind&#233;chiffrable et que le probl&#232;me social et politique est insoluble que la d&#233;mocratie s'impose : comme barri&#232;re &#224; toutes les tentatives - bonnes intentions dont l'enfer est pav&#233; - de d&#233;couvrir et de mettre en &#339;uvre une solution ultime. Pour tous, l'utopie d&#233;signe, non plus la solution chim&#233;rique d'un probl&#232;me r&#233;el, mais la r&#233;solution chim&#233;rique de probl&#232;mes insolubles. Les contradictions s'&#233;noncent alors comme autant de paradoxes : la d&#233;mocratie est &#224; la fois indispensable et illusoire ; l'utopie est &#224; la fois excessivement souhaitable et excessivement redoutable. La d&#233;fense apolog&#233;tique de l'ordre social &#233;tabli ne s'embarrassait pas - s'embarrasse pas - d'une telle mont&#233;e aux extr&#234;mes, qu'affectionne la d&#233;fense critique de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, celle-ci n'est pas uniforme : on trouve parmi ses repr&#233;sentants, des &lt;i&gt;sceptiques&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;tragiques&lt;/i&gt;. Alors que le sceptique se d&#233;robe aux contradictions, parce qu'elles sont les t&#233;moins d'une v&#233;rit&#233; d&#233;rob&#233;e, le tragique s'installe en leur c&#339;ur, parce qu'elles sont les expressions d'une v&#233;rit&#233; d&#233;chir&#233;e. Pour le sceptique, le paradoxe se r&#233;sout dans la r&#233;signation ; pour le tragique, le paradoxe s'exhibe dans l'oscillation. Le premier renonce &#224; l'utopie que le second sollicite encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous sa forme tragique, mais ostentatoire, la critique affecte de refuser de r&#233;sorber les contradictions dans une formule magique ou d&#233;senchant&#233;e. Le paradoxe tient dans l'affirmation d'une double v&#233;rit&#233; : l'utopie est indispensable ; l'utopie est insoutenable. Sans elle, les soci&#233;t&#233;s sont menac&#233;es de paralysie, voire d'agonie ; avec elle, les soci&#233;t&#233;s sont vou&#233;es &#224; l'asphyxie, voire &#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; des appels, d&#233;sesp&#233;r&#233;s ou inspir&#233;s, o&#249; se rejoignent le lib&#233;ralisme exalt&#233; et le socialisme r&#233;sign&#233;, &#224; la fonction de l'esp&#233;rance, r&#233;duite &#224; une fonction th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;ral intransigeant, comme il se pr&#233;sente lui-m&#234;me, E.M.Cioran peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme repr&#233;sentatif de cette attitude qui pr&#233;tend se tenir au centre des contradictions. La libert&#233; succombe au vide qu'elle exige, si les &lt;i&gt;&#171; divagations sur le futur &#187;&lt;/i&gt; ne viennent &#224; la rescousse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Principe de renouvellement des institutions et des peuples &#187;, telle est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais l'utopie est condamn&#233;e au d&#233;lire. L'esp&#233;rance qui la suscite et qu'elle suscite est la proie de la crainte qu'elle inspire. &#171; Nos r&#234;ves d'avenir sont d&#233;sormais in&#172;s&#233;parables de nos cauchemars &#187; , d&#233;clare Cioran pour juger de la r&#233;alit&#233; qui, au nom du communisme (de l'utopie selon l'auteur), s'est impos&#233;e dans les pays de l'Est de l'Europe, et qui a chang&#233; le sens de l'utopie : d&#233;sormais, le r&#234;ve d'utopie et le soup&#231;on d'utopie coexistent dans une tension permanente. &#192; la figure ancienne, mais persistante, de l'insupportable (qui appelait l'utopie comme promesse de d&#233;livrance) se superpose, sans l'annuler, la figure moderne, et mena&#231;ante, de l'insoutenable (qui d&#233;signe l'utopie comme pourvoyeuse de servitude). Mais cet exc&#232;s de lucidit&#233; que l'on doit, dit-on, au d&#233;sespoir, n'est trop souvent que la forme paroxystique de l'aveuglement : son style path&#233;tique en fait le contenu, et consigne le tragique dans la phrase. L'appel &#224; la fonction th&#233;rapeutique des utopies, comme rem&#232;de aux effets du r&#233;alisme, ne d&#233;passe gu&#232;re l'exhortation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialiste d&#233;chir&#233;, comme on va le comprendre, R&#233;gis Debray, sous une forme encore paradoxale, comprend l'utopie, comme p&#244;le d'une alternance entre orthodoxie et utopie : &#171; Ainsi alternent dans l'histoire d'une soci&#233;t&#233; dilatation utopique et contraction orthodoxe ; illimitations conceptuelles des fins et d&#233;limitation mat&#233;rielle des moyens d'existence ; diastole et systole du c&#339;ur social. &#187; . Impossible alors de se soustraire &#224; ce &#171; va-et-vient entre deux d&#233;&#172;lires, celui de l'imaginaire et celui de la r&#233;alit&#233; (...)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;gis Debray, Critique de la Raison politique, Gallimard, 1981, pp.420-421.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;C'est parce que l'utopie est condamn&#233;e au d&#233;lire que nous sommes condamn&#233;s &#224; l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libertaire occasionnelle, comme on va le voir, Jacqueline Russ, sous une forme d&#233;sormais aseptis&#233;e, finit par r&#233;duire l'utopie &#224; une potion d'air frais. Dans un premier ouvrage, Russ pla&#231;ait les utopies du 19&#232;me si&#232;cle en position de d&#233;passement des limites de Marx, et c&#233;l&#233;brait dans l'utopie &#171; le souffle de la pens&#233;e libertaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacqueline Russ, La pens&#233;e des pr&#233;curseurs de Marx, op.cit., p.262.&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, un second ouvrage reproduit presque int&#233;gralement les comptes rendus du premier, mais change leur titre et, surtout, leur interpr&#233;tation : les pr&#233;curseurs de Marx sont devenus les pr&#233;curseurs de De Gaulle, Edgar Faure, Mitterrand et Rocard. Dans l'utopie, on c&#233;l&#232;bre le souffle de l'esprit fran&#231;ais. Le souffle utopique ainsi compris est &#224; bout de souffle et se r&#233;duit &#224; ce courant d'air : &#171; L'homme a besoin d'utopie comme il a besoin d'oxyg&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacqueline Russ, Le socialisme utopique fran&#231;ais, Pour conna&#238;tre la pens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diagnostics contrast&#233;s, diff&#233;rents par leur teneur et leur valeur, convergent : &#233;loges de l'utopie &#233;quivalant &#224; sa condamnation ; appels &#224; l'imaginaire offerts en compensation ; th&#233;rapies par l'esp&#233;rance qui voudraient &#234;tre des th&#233;rapies de l'esp&#233;rance, sans avoir &#224; enseigner son objet et sa m&#233;thode. Th&#233;rapies qui invitent &#224; supporter le poids du r&#233;el en mimant sa transgression, quand l'utopie n'est curative que dans la mesure o&#249; elle est disruptive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur&lt;strong&gt; un&lt;/strong&gt; point, pourtant, Cioran et Debray visent juste : l'utopie peut &#234;tre trahie par sa propre Esp&#233;rance : quand sa vis&#233;e l'apparente &#224; l'eschatologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, et plus g&#233;n&#233;ralement sur l'actualit&#233; de l'utopie, se reporter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Utopie et eschatologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie, pays de nulle part, se propose, suivant l'&#233;tymologie forg&#233;e par Thomas More, comme utopie : pays du Bonheur. Cette r&#233;ponse &#224; l'appel du bonheur d&#233;signe le d&#233;sir dont proc&#232;de l'utopie comme esp&#233;rance. Car ce n'est qu'&#224; l'esp&#233;rance que l'on peut confier le bonheur. Sans doute tout r&#234;ve de bonheur n'est-il pas condamn&#233; &#224; l'utopie, mais le bonheur dont r&#234;vent les utopies g&#233;n&#233;ralement les condamnent, et, avec elles, l'esp&#233;rance qui les guide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand cette esp&#233;rance ne croit pas en elle-m&#234;me - Thomas More avoue cette incr&#233;dulit&#233; - elle ne d&#233;passe gu&#232;re le souhait, et ne se projette dans aucun temps, historique ou non, o&#249; elle pourrait s'incarner : telle est la raison pour laquelle elle ne peut et ne tente de s'&#233;tablir nulle part. Mais l'esp&#233;rance confiante en elle-m&#234;me cherche &#224; s'approprier le temps : ce futur de l'esp&#233;rance se nomme l'Avenir. Et le Bonheur tient dans l'Avenir la promesse de sa r&#233;alisation. L'utopie, sous cette forme, n'est alors que la fiction d'une promesse tenue : une promesse index&#233;e sur l'Esp&#233;rance et garantie par l'Imaginaire, un id&#233;al eu d&#233;monique de l'Imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cet avenir qui d&#233;fie l'histoire, sur ce bonheur qui la d&#233;tourne et l'ach&#232;ve, sur cette Esp&#233;rance qui la d&#233;passe et l'accomplit, Marx ne dit mot dans sa critique des utopies. Sans doute, le lecteur de Fourier n'est-il pas insensible aux jouissances d'une vie lib&#233;r&#233;e. Mais le disciple d'&#201;picure et de Prom&#233;th&#233;e - de celui qui rivalise avec les Dieux, en imitant leur Bonheur et de celui qui s'affronte avec les Dieux, en captant leur puissance - invite &#224; opter pour Prom&#233;th&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, la r&#233;conciliation de l'homme avec lui-m&#234;me est moins envisag&#233;e comme la mainmise sur son bonheur que comme la ma&#238;trise de son destin. L'homme n'est priv&#233; de la jouissance que dans la mesure o&#249; il est priv&#233; de la puissance : Fourier est plac&#233; sous la d&#233;pendance de Saint-Simon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme de Marx est alors hant&#233; par son propre spectre, et le fant&#244;me de l'Homme total finit par triompher du fantasme du bonheur commun. L'accomplissement eud&#233;monique du souverain bien laisse la place &#224; l'engendrement d&#233;miurgique de l'homme souverain. Et quand, dans le destin de ce communisme, le spectre s'empare des vivants, le Gosplan triomphe du Phalanst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux figures de l'utopie finissent alors par se s&#233;parer au point que, pour pro&#172;noncer ce divorce, l'utopie d&#233;miurgique se consacre comme science pour exclure l'utopie. Cette opposition illusoire se pr&#233;vaut d'une divergence radicale : si la conception eud&#233;monique d'un bonheur commun est index&#233;e sur l'imagination, la conception d&#233;miurgique d'un homme total est index&#233;e sur la raison ; et la cha&#238;ne imaginaire de l'esp&#233;rance, du bonheur, et de l'avenir fait place &#224; la cha&#238;ne rationnelle de la science, de la puissance et du futur. Mais, sous cette forme, on a troqu&#233; une utopie n&#233;gative contre une autre, &#233;crit un nouveau chapitre dans le livre des perfections imaginaires, qui doivent leur secr&#232;te complicit&#233; &#224; l'insatiable tentative de r&#233;soudre des contradictions insurmontables. Marx, on l'a vu, ne fait pas exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les contradictions ultimes de la condition humaine sont la terre natale des esp&#233;rances. Mais ce sont des esp&#233;rances sans rem&#232;des : l'aspiration au bonheur ne peut se r&#233;soudre en destination au bonheur et la r&#233;vocation de l'impuissance ne peut se r&#233;soudre dans la vocation &#224; la puissance. Les paradoxes, qui signalent des oppositions sans m&#233;diation, ne se laissent pas d&#233;nouer, mais l'on ne peut s'y soustraire. C'est pourquoi le r&#233;alisme qui tente de s'y d&#233;rober relance l'utopisme qui tente de les r&#233;sorber. La r&#233;signation appelle la compensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partialit&#233;s jumelles, comme le pessimisme et l'optimisme, entre lesquelles il serait aussi vain de choisir que de balancer : elles ne s'affrontent comme alternatives que dans la mesure o&#249; elles peuvent se jouer en alternance. Et la dialectique qui pr&#233;tend les d&#233;passer peut n'&#234;tre alors que l'apprentissage d'un morne scepticisme, insatisfait de tout, mais content de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partialit&#233;s jumelles, mais non &#233;quivalentes : du moins quant au pessimisme de la raison r&#233;pond l'optimisme de la volont&#233;, quand au r&#233;alisme avachi r&#233;pond l'utopisme inquiet : inquiet de trouver le chemin de la libert&#233; et de ne pas se laisser d&#233;router par des tentatives illusoires de surmonter des d&#233;chirements irr&#233;m&#233;diables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'imagination utopique, exil&#233;e dans son royaume, n'est pas ramen&#233;e &#224; son foyer quand la raison dialectique fait office d'ultime tentative de r&#233;conciliation de l'homme avec son destin. Les compensations utopiques, p&#233;tries de ressentiment, et les conciliations dialectiques, p&#233;n&#233;tr&#233;es d'absolu, sont alors encha&#238;n&#233;es &#224; une esp&#233;rance d&#233;cha&#238;n&#233;e, et conjuguent leurs aveuglements face aux &#233;vidences tragiques de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais renoncer &#224; cette esp&#233;rance n'est pas renoncer &#224; toute esp&#233;rance. L'abandon de l'utopie, au nom d'une irr&#233;m&#233;diable d&#233;r&#233;liction de l'homme, quand il n'est pas l'alibi d'un terne r&#233;alisme, n'est que la figure d'un scepticisme revenu de tout parce qu'il n'a rien os&#233;, et qui r&#233;clame pour lui la libert&#233; de laisser le monde &#224; ses turpitudes, pourvu que le monde lui en laisse l'exsangue libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'utopie, jamais ne laissera ce monde en sommeil, pour peu qu'elle ne trans&#172;forme pas le renoncement &#224; l'imaginaire en r&#233;signation au r&#233;el, qu'elle &lt;i&gt;connaisse&lt;/i&gt; sa propre esp&#233;rance et &lt;i&gt;sache&lt;/i&gt; convoiter l'impossible ; pour peu qu'elle sache renoncer &#224; la tentation de prendre l'histoire &#224; revers (d'en refondre la cr&#233;ation ou d'en achever le cours) pour se consacrer &#224; la tentative de briser le cercle qui l'enferme dans l'oppression et la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentative utopique, &#224; n'en pas douter, puisqu'elle place son horizon - mais un horizon qui n'est pas fatalement condamn&#233; &#224; se d&#233;rober sans cesse - au-del&#224; de l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est l'horizon utopique de notre convoitise : un horizon trac&#233; non par l'ultime esp&#233;rance d'un souverain bien, mais par la volont&#233; de transformer la mis&#232;re historique en malheur banal ; un horizon vis&#233; non par le d&#233;sir de doter les hommes d'un pouvoir absolu sur la nature et sur eux-m&#234;mes, mais par la volont&#233; de leur confier la libert&#233; de chercher le bonheur dans la voie qui leur semble &#234;tre la bonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formule de la libert&#233; dont Marx a d&#233;gag&#233; la port&#233;e sociale : &#171; &#192; la place de l'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association dans laquelle le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste du Parti communiste, &#233;d. Bilingue, &#201;ditions Sociales, p.89.&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convoiter l'impossible, c'est convoiter cette libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1991 - octobre 1992&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter l'impossible - critique marxienne de l'utopie et critique de l'utopie marxienne, &lt;/i&gt;Th&#232;se de Doctorat, Universit&#233; de Paris VIII, D&#233;partement de Sciences politiques, sous la direction de J.M.Vincent&lt;i&gt; (&#224; para&#238;tre)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Chim&#232;res&lt;/i&gt;, hiver 1992-1933, n&#176;18, janvier1993, p.147-173. [Typographie adopt&#233;e par la revue].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le trac&#233; et les figures de la critique marxienne de l'utopie ont &#233;t&#233; examin&#233;s par Miguel Abensour qui nous a ouvert une voie que nous avons, sans grande fid&#233;lit&#233;, emprunt&#233;e. Miguel. Abensour, &lt;i&gt;Les formes de l'utopie socialiste et communiste. Essai sur le communisme critique et l'utopie&lt;/i&gt;. Th&#232;se non publi&#233;e, 2 Vol., 1972, dont est extrait : &#171; L'histoire de l'utopie et le destin de sa critique &#187;, &lt;i&gt;Textures&lt;/i&gt; n&#176;6/7 (1973) et n&#176;8/9 (1974), et, r&#233;cemment, &#171; Marx : quelle critique de l'utopie ? &#187;, &lt;i&gt;Lignes&lt;/i&gt;, num&#233;ro 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est cette &#171; &lt;i&gt;utopie anti-utopique&lt;/i&gt; &#187;, pour reprendre sa propre expression, que vise la critique de Kolakowski, qui retient, pour le retourner contre Marx, un concept de l''utopie fond&#233; sur la th&#232;se d'une r&#233;alisation de l'essence humaine. Pourtant cette critique reste, &#224; nos yeux, tr&#232;s d&#233;faillante : elle n&#233;glige le concept marxien de l'utopie et revient en de&#231;&#224; de ses apports ; elle rabat toute la pens&#233;e de Marx sur ses formulations initiales au point de la traiter comme un bloc sans failles (et sans issue) ; elle lui pr&#234;te, enfin, des concepts qui ne sont pas les siens et l'interpr&#232;te selon une grille import&#233;e de l'ext&#233;rieur, qui d&#233;forme l'analyse des figures sp&#233;cifiques de cette pens&#233;e au point de rendre st&#233;rile sa discussion. Leszek Kolakowski, &lt;i&gt;L'esprit r&#233;volutionnaire, suivi de Marxisme : utopie et anti-utopie &lt;/i&gt;(1972, 1974), &#201;ditions Complexe, 1978, pp. 129-132 et &lt;i&gt;Histoire du marxisme&lt;/i&gt;, tome 1 : Les fondateurs, Marx, Engels et leurs pr&#233;curseurs (&#233;crit en 1968), Fayard, 1987, pp.598-610.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;mancipation est donc totale en un triple sens. Elle culmine dans une &#233;mancipation int&#233;grale : la r&#233;alisation de l'homme total en chaque individu singulier, rendue possible par la r&#233;sorption de la totalit&#233; des ali&#233;nations de la totalit&#233; des hommes par une &#233;mancipation &#224; la fois compl&#232;te et universelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En effet, la r&#233;version n&#233;cessaire de tout le mode de production capitaliste a les m&#234;mes cons&#233;quences que la r&#233;alisation n&#233;cessaire de l'essence humaine. L'&lt;i&gt;immanence&lt;/i&gt; qui d&#233;pend de l'abolition de toutes les s&#233;parations et de toutes les m&#233;diations qu'elles impliquent est promise avec la socialisation imm&#233;diate de toutes les fonctions de l'&#201;tat et la socialisation imm&#233;diate des forces productives (force de travail et moyens de production). L'&lt;i&gt;omnipotence&lt;/i&gt; qu'implique la domination totale des hommes sur les conditions de leur socialisation et de leur individuation est accomplie, en particulier, d&#232;s lors que les hommes dominent consciemment la r&#233;partition du travail et de ses produits. La &lt;i&gt;transparence&lt;/i&gt; suppose que la socialit&#233; de l'individu et des produits de son activit&#233; soit int&#233;gralement lisible dans ses modalit&#233;s : les bons de travail, notamment, y pourvoiront.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces distinctions m&#233;riteraient d'&#234;tre approfondies pour &#234;tre confront&#233;es &#224; celles que proposent Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d.de Minuit, 1992, pp.95-96 et 106 sq., et que Ren&#233; Sch&#233;rer a librement comment&#233; dans &#171; Philosophie et utopie &#187;, &lt;i&gt;Lignes&lt;/i&gt;, num&#233;ro 17, Octobre 1992, pp.66-87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ainsi que lorsqu'elle ne promet pas que l'essence humaine trouvera les formes ad&#233;quates &#224; son effectivit&#233;, elle promet que le contenu du communisme trouve (d&#233;j&#224; partiellement) ou trouvera (bient&#244;t n&#233;cessairement) les formes qu'appellent in&#233;luctablement sa r&#233;alisation immanente. D&#232;s lors, la promesse du contenu hypoth&#232;que la r&#233;flexion sur les formes, quand elle ne dispense pas de les d&#233;couvrir, voire de les inventer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Lalande, &#171; Les Utopies et la m&#233;thode utopique &#187; (cours de 1917-1918), r&#233;sum&#233; par l'auteur &lt;i&gt;in Dictionnaire technique de la Philosophie&lt;/i&gt;, p.1180. Pour &#233;tayer sa d&#233;monstration, Lalande se r&#233;f&#232;re notamment &#224; Auguste Comte et. Raymond Ruyer,&lt;i&gt; L'utopie et les utopistes&lt;/i&gt; (1950), Ed. G&#233;rard Montfort, 1988, chap. II, pp.9-26. Alexandre Cioranescu, &lt;i&gt;L'avenir du pass&#233;. Utopie et litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Paris, 1972, pp.24-29 et 39-47, notamment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ainsi que Maurice de Gandillac propose de concevoir l'&#339;uvre de Thomas More comme une &#171; &lt;i&gt;simulation anticipatrice&lt;/i&gt; &#187;, que l'auteur rapproche de &#171; &lt;i&gt;simulation op&#233;ratoire&lt;/i&gt; &#187; d&#233;finie par Auguste Comte. Maurice de Gandillac, &#171; L'utopie de More comme simulation anticipatrice &#187; in &lt;i&gt;Le discours utopique&lt;/i&gt; (collectif) 10-18, pp.9-20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ainsi que Martin Buber tente de r&#233;&#233;valuer l'apport des utopistes du XIXe si&#232;cle au projet d'un renouvellement tissulaire de la soci&#233;t&#233; et que Karl Korsh, lorsqu'il rompt, en 1951, avec le marxisme officiel, propose de replacer Marx &#171; &lt;i&gt; parmi les nombreux pr&#233;curseurs, fondateurs et continuateurs du mouvement socialiste de la classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;au nombre desquels figurent &#171; &lt;i&gt;les socialistes dits utopiques du temps de Thomas More au n&#244;tre&lt;/i&gt; &#187;. Martin Buber, &lt;i&gt;Utopie et socialisme&lt;/i&gt; (1950), 1977, Aubier Montaigne. Karl Korsh, &#171; Dix th&#232;ses sur le marxisme aujourd'hui &#187;, in &lt;i&gt;Marxisme et Philosophie&lt;/i&gt;, &#233;d. de Minuit, p.185-186.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur Fourier, voir particuli&#232;rement les travaux de Ren&#233; Sch&#233;rer, notamment : &lt;i&gt;Charles Fourier ou la contestation globale,&lt;/i&gt; Paris, Seghers, 1970, et, plus r&#233;cemment : &lt;i&gt;Pari sur l'impossible&lt;/i&gt;, Universit&#233; de Paris VIII. C'est d&#233;j&#224;, mais dans des versions plus faibles, &#224; une r&#233;vision fouri&#233;riste de Marx, qu'en appelaient, implicitement, Dominique Desanti, et, explicitement, Jacqueline Russ. Dominique Desanti, &lt;i&gt;Les Socialistes de l'Utopie&lt;/i&gt; Petite Biblioth&#232;que Payot, N&#176;190, 1971, p.308-309 et p.314. Jacqueline Russ&lt;i&gt;, La pens&#233;e des pr&#233;curseurs de Marx&lt;/i&gt; Pour conna&#238;tre la pens&#233;e de/Bordas, 1973, p.262. Voir &#233;galement pp.8-10, 91-92, 262 notamment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une &#233;tude r&#233;cente de diverses vari&#233;t&#233;s du &#171; nouvel esprit utopique &#187;, voir Michael L&#246;wy&lt;i&gt;, R&#233;demption et Utopie. Le juda&#239;sme libertaire en Europe centrale&lt;/i&gt;, Sociologie d'aujourd'hui/P.U.F, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch&lt;i&gt;, Le Principe Esp&#233;rance&lt;/i&gt;, t. 1 p.14 et p.20. Bloch inscrit d&#232;s lors les utopies sociales dans le vaste ensemble que constituent &#171; &lt;i&gt;Les &#233;pures d'un monde meilleur&lt;/i&gt; &#187; qui ne sont &#224; leur tour que le moment de la &lt;i&gt;&#171; construction&lt;/i&gt; &#187;. Les utopies sociales sont donc une forme particuli&#232;re d'un moment sp&#233;cifique d'exercice de la fonction utopique : c'est ce qu'indique la n&#233;cessaire distinction entre les utopies abstraites (elles- m&#234;mes partag&#233;es entre les utopies de l'ordre et les utopies de la libert&#233;) et l'utopie concr&#232;te qui les d&#233;passe. Ernst Bloch, &lt;i&gt;Le Principe Esp&#233;rance&lt;/i&gt; t.2. Les &#201;pures d'un monde meilleur, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien qu'il se d&#233;fie du terme, l'utopiste l'emploie quelquefois. Ainsi Victor Consid&#233;rant propose une esquisse de l'ordre social id&#233;al qu'il d&#233;signe comme &#171; &lt;i&gt;utopie d'un monde unitairement organis&#233;&lt;/i&gt; &#187;. V. Consid&#233;rant, &lt;i&gt;Destin&#233;es sociales&lt;/i&gt;, Paris, au bureau de la Phalange, 1834-1844, 3 vol. Le po&#232;te est moins r&#233;ticent. C'est ainsi que Victor Hugo, que l'on peut difficilement annexer au socialisme, l&#233;gitime un concept positif de l'utopie, comme le montre la citation plac&#233;e en exergue de cet article, ou encore celle-ci : &#171; La premi&#232;re phase du possible, c'est d'&#234;tre impossible.(...). Toutes les utopies d'hier sont toutes les industries de maintenant (...) &#187; Victor Hugo, &lt;i&gt;Paris&lt;/i&gt; (1867), Lausanne, 1947 p.64&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Distinction que reprend Miguel Abensour, en se r&#233;f&#233;rant &#224; Mannheim et &#224; Marcuse. Miguel Abensour Th&#232;se..&lt;i&gt;.op.cit&lt;/i&gt;., vol.2, pp.21-22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les id&#233;es situationnellement transcendantes (c'est-&#224;-dire qui d&#233;passent la situation donn&#233;e), Mannheim distingue les id&#233;ologies et les utopies, et, entre ces derni&#232;res celles qui sont absolument irr&#233;alisables et celles qui ne le sont que relativement. Pris dans son sens absolu, le concept d'utopie d&#233;signe les id&#233;es qui, par principe, ne peuvent pas &#234;tre r&#233;alis&#233;es. Pris dans son sens relatif, le terme d'utopie d&#233;signe des id&#233;es qui ne peuvent pas &#234;tre r&#233;alis&#233;es du point de vue de l'ordre social existant. C'est ce sens que Mannheim se propose d'adopter&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;en employant&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; le terme simplement au sens relatif, signifiant par l&#224; une utopie qui semble irr&#233;alisable seulement du point de vue d'un ordre social donn&#233; et d&#233;j&#224; existant &#187;. Mais c'est alors essentiellement le point de vue qui qualifie l'utopie : le concept absolu de l'utopie &#233;rige un point de vue relatif en point de vue absolu, alors que le concept relatif fait droit au caract&#232;re relatif du point de vue. Karl Mannheim, &lt;i&gt;Id&#233;ologie et utopie&lt;/i&gt; (1929), &#233;d. Marcel Rivi&#232;re, 1956, pp.130-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Initialement, Marcuse semble n'admettre qu'un seul sens : &#171; Je crois qu'on ne peut proprement parler d'utopie que dans ce sens, c'est-&#224;-dire quand un projet de transformation sociale contredit des lois scientifiques constat&#233;es et constatables. Seul un tel projet est utopique au sens strict, c'est-&#224;-dire extra-historique, encore que cet extra-historique ait sa limite historique. &#187; Herbert Marcuse, &lt;i&gt;La Fin de l'Utopie&lt;/i&gt;, Paris, 1958, pp.8-9. Mais &#224; cet usage du concept d'utopie, Marcuse en oppose ult&#233;rieurement un autre : &#171; ...L'adjectif &#034;utopique&#034; ne d&#233;signe plus ce qui &#034;n'a pas sa place, dans l'univers historique, mais plut&#244;t ce &#224; quoi la puissance des soci&#233;t&#233;s &#233;tablies interdit de voir le jour &#187;. Herbert Marcuse, &lt;i&gt;Vers la lib&#233;ration&lt;/i&gt; (1969), M&#233;diations/Deno&#235;l, 1972, p.14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th.W.Adorno, &lt;i&gt;Dialectique n&#233;gative&lt;/i&gt;, Payot, p.252.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans les limites de cet article qui se donne pour objectif de proposer les ruptures n&#233;cessaires, pour prendre la mesure des probl&#232;mes qui demeurent, l'actualit&#233; de la pens&#233;e de Marx ne peut faire l'objet que de quelques indications prospectives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maximilien Rubel, &lt;i&gt;K. Marx, Essai de biographie intellectuelle&lt;/i&gt; (1&#232;re &#233;d. :1957), nouvelle &#233;dition revue et corrig&#233;e, Marcel Rivi&#232;re et Cie, Paris, 1971, p.420.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nos conclusions ne convergent donc que partiellement avec celles de Bernard Chavance qui, en opposant dialectique rationnelle et dialectique utopique, ne retient, semble-t-il que la version nocive de la seconde, en privant la premi&#232;re de toute ouverture sur l'avenir. Bernard Chavance, &#171; La dialectique utopique du capitalisme et du communisme chez Marx &#187;, in &lt;i&gt;Marx en Perspectives&lt;/i&gt;, &#201;ditions des Hautes &#201;tudes en Sciences sociales, Paris, 1985, pp.121-134.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour reprendre une expression de Toni Negri qui montre de fa&#231;on convaincante les intensit&#233;s qui animent ces Manuscrits, et en particulier comment Marx fait ressortir au fond de chaque cat&#233;gorie l'antagonisme, au fond de chaque tendance la contradiction, et dans chaque contradiction la possibilit&#233; de la crise et l'allusion au communisme qu'elle in&#172;clut. Toni Negri, &lt;i&gt;Marx au-del&#224; de Marx&lt;/i&gt;, Christian Bourgois &#201;diteur, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le temps des virtualit&#233;s est le temps des bifurcations, des embranchements, des mutations improbables et n&#233;cessaires. Temps messianique, si l'on veut, que l'&#339;uvre de Benjamin invite &#224; explorer. Sur ce point, voir, notamment, Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Walter Benjamin, Sentinelle messianique &#224; la gauche du possible&lt;/i&gt;, Plon, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Buber, en revanche, propose de d&#233;m&#234;ler ce que la critique marxienne confond : &lt;i&gt;la &#171; fiction sch&#233;matique &#187; &lt;/i&gt;qui &#171; na&#238;t d'une imagination quasi-abstraite &#187; et se laisse d&#233;duire &#171; d'une th&#233;orie de l'homme, de ses capacit&#233;s et de ses besoins d&#233;duit un r&#233;gime de soci&#233;t&#233; (...) &#187;, et la &#171; planification organique &#187; qui trouve &#171; &lt;i&gt;son point de d&#233;part dans la r&#233;alit&#233; effective de la situation pr&#233;sente&lt;/i&gt; &#187;, et se fonde, plus pr&#233;cis&#233;ment, sur la d&#233;tection des &#171; (...) tendances qui agissent sur cette transformation, tendances encore cach&#233;es dans les pro&#172;fondeurs de la r&#233;alit&#233;, encore obscurcies par des tendances notoires et puissantes &#187;. Ainsi, Buber trace au sein m&#234;me des syst&#232;mes r&#233;put&#233;s abstraits la ligne de d&#233;marcation, ch&#232;re &#224; E.Bloch, entre utopie abstraite et utopie concr&#232;te. Mais surtout, il sugg&#232;re que l'exploration des possibles lat&#233;raux doit &#234;tre sous-tendue par une d&#233;tection des possibles contrari&#233;s. Martin Buber, &lt;i&gt;Utopie et socialisme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;. pp.31-32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Principe de renouvellement des institutions et des peuples &#187;, telle est l'utopie : &#171; &#192; la longue, la vie sans utopie devient irrespirable, pour la multitude du moins : sous peine de se p&#233;trifier, il faut au monde un d&#233;lire neuf &#187; Emil Cioran&lt;i&gt;, Histoire et Utopie&lt;/i&gt;, Id&#233;es/Gallimard, p.20-21. Aussi l'Occident doit-il &#171; reprendre les utopies que, par besoin de confort, il a abandonn&#233; aux autres &#187; et &#171; liquider ses d&#233;chets en s'imposant des t&#226;ches impossibles, oppos&#233;es &#224; ce bon sens affreux qui le d&#233;figure et le perd &#187; (p.25 et p.26-27). L'examen de la litt&#233;rature utopique confirme le jugement sur le r&#244;le des divagations sur le bonheur : &#171; Nous n'agissons que sous la fascination de l'impossible : autant dire qu'une soci&#233;t&#233; incapable d'enfanter une utopie et de s'y vouer est menac&#233;e de scl&#233;rose et de ruine &#187; (p.104). C'est ce que confirme, enfin, l'analogie entre la fonction de l'utopie pour les soci&#233;t&#233;s et la fonction de l'id&#233;e de mission pour les nations : &#171; (...) une soci&#233;t&#233; n'&#233;volue et ne s'affirme que si on lui sugg&#232;re ou lui inculque des id&#233;aux hors de proportion avec ce qu'elle est. L'utopie remplit dans la vie des collectivit&#233;s la fonction assign&#233;e &#224; l'id&#233;e de mission dans la vie des peuples &#187; (p.118).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;gis Debray, &lt;i&gt;Critique de la Raison politique&lt;/i&gt;, Gallimard, 1981, pp.420-421.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacqueline Russ, &lt;i&gt;La pens&#233;e des pr&#233;curseurs de Marx&lt;/i&gt;, op.cit., p.262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacqueline Russ, &lt;i&gt;Le socialisme utopique fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Pour conna&#238;tre la pens&#233;e de/Bordas, 1987, pp.5-6 et p.189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, et plus g&#233;n&#233;ralement sur l'actualit&#233; de l'utopie, se reporter &#224; l'article de Ren&#233; Sch&#233;rer, &#171; La formulation actuelle de l'utopie &#187;, &lt;i&gt;Chim&#232;res&lt;/i&gt;, num&#233;ro 9, Automne 1990 pp.113-136. Le d&#233;bat continue...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste&lt;/i&gt;, &#233;d. Bilingue, &#201;ditions Sociales, p.89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) </title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html</guid>
		<dc:date>2022-06-09T05:46:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-domination-politique-la-dictature-du-proletariat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L87xH150/arton70-10d51.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='87' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuel Marx Confrontation, PUF, 1998 (existe d&#233;sormais au format Kindlel). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Cher Jacques,&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Je me suis propos&#233; dans les pages que j'ai r&#233;dig&#233;es en compagnie de ton livre (dont je mentionne les pages entre parenth&#232;ses) d'engager une discussion : certainement pas de dresser un inventaire des divergences qui, si elles existent, ne peuvent appara&#238;tre qu'au terme (toujours provisoire) d'un &#233;change. Il m'est d'autant plus facile de ne pas pr&#233;juger d'&#233;ventuelles divergences que non seulement j'ai beaucoup appris en te lisant (ce qui n'est d&#233;j&#224; pas mal&#8230;), mais je suis assez convaincu des quatre id&#233;es-forces de ton livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le rapport probl&#233;matique entre d&#233;mocratie et r&#233;volution, particuli&#232;rement quand la r&#233;volution sociale est inscrite dans le processus de r&#233;volution permanente&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'importance de la distinction (du &#171; clivage &#187;) entre le continent et le monde anglo-saxon ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'importance des &#171; innovations &#187; d'Engels ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'ampleur des modifications introduites par l'interpr&#233;tation de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il me semble que Marx et Engels ne sont pas parvenus &#224; penser de fa&#231;on satisfaisante les formes de la domination politique du prol&#233;tariat et les formes de l'&#233;mancipation sociale. Ce ne sont &#233;videmment pas les d&#233;faillances des &#171; solutions &#187; propos&#233;es que je mets en question (et encore moins leur inactualit&#233; &#233;ventuelle), mais la fa&#231;on m&#234;me de poser les questions qui, si nous devions la reconduire, risquerait de nous abandonner &#224; nos impasses. Bref, la question que je te soumets est la suivante : avec quel Marx nous est-il encore possible de penser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand je dis Marx, j'entends bien, comme toi, Marx-Engels. Les ambigu&#239;t&#233;s ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit, il m'arrive souvent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de reprendre (&#224; ma fa&#231;on et sans toujours le signaler) ce que tu dis toi-m&#234;me : c'est &#233;videmment le moyen de m'approprier ton commentaire et non de te l'opposer selon une technique fort en usage qui consiste &#224; r&#233;p&#233;ter ce que dit un auteur, comme si on l'avait d&#233;couvert sans lui, et de faire valoir cette r&#233;p&#233;tition comme une objection. &lt;br class='manualbr' /&gt;- de remettre en chantier mes propres tentatives d'&#233;claircissement ant&#233;rieures : c'est bien s&#251;r un effort de les poursuivre et de les rectifier et non de t'opposer une v&#233;rit&#233; qui serait d&#233;pos&#233;e dans mes &#339;uvres incompl&#232;tes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auxquelles je me permets de te renvoyer - m&#234;me si je ne suis plus tout &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;I. La question initiale : D&#233;mocratie et R&#233;volution&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/ br&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une pens&#233;e fonci&#232;rement d&#233;mocratique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue avoir &#233;t&#233; initialement d&#233;rout&#233; par ton interrogation sur le caract&#232;re d&#233;mocratique ou pas de la pens&#233;e de Marx : l'alternative que tu exposes entre des interpr&#233;tations dont les pr&#233;suppos&#233;s m&#233;thodologiques eux-m&#234;mes me semblent inconciliables me semble peu pertinente. Non que cette confrontation soit sans int&#233;r&#234;t, bien &#233;videmment. Mais toute tentative d'arbitrage suppose une clarification conceptuelle et une clarification historique que je ne trouve pas toujours nettement indiqu&#233;es dans ton livre. On peut en effet soulever deux questions ou cette m&#234;me question sous deux angles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; quel concept de la d&#233;mocratie mesurer la pens&#233;e de Marx ? S'agit-il du concept marxien de d&#233;mocratie ? Il faudrait alors qu'il soit relativement stabilis&#233; : ce qui est loin d'&#234;tre s&#251;r. Ou s'agit-il d'un concept import&#233; de l'ext&#233;rieur ? Il faudrait alors qu'il soit identifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, me semble-t-il, fait travailler deux concepts distincts de la d&#233;mocratie : un concept philosophique et un concept politique qui reposent tous deux sur le principe de la souverainet&#233; du peuple. Selon le premier concept, la d&#233;mocratie, comprise comme autod&#233;termination du peuple, se confond avec l'essence communautaire de l'homme qui s'accomplit avec la vraie d&#233;mocratie : c'est lui qui est &#224; l'&#339;uvre dans le manuscrit de 1843 (&lt;i&gt;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions sociales, 1980.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ainsi que dans la lettre &#224; Ruge de mai 1843&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx-Engels, Correspondance, t. 1, &#201;ditions sociales,1978, p. 290-296.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le second concept, la d&#233;mocratie d&#233;signe une forme d'&#201;tat qui, dans le cas de l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne, conjugue le suffrage universel et la supr&#233;matie du pouvoir l&#233;gislatif qui en est issu. C'est cette d&#233;mocratie que vise Marx, je crois, quand, dans le manuscrit de 1843, il parle de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; quelle perspective historique mesurer cette &#233;valuation ? Aux formes de l'&#201;tat repr&#233;sentatif que Marx rencontre en 1842-1848 ou &#224; celles auxquelles son exp&#233;rience th&#233;orico-politique le confronte apr&#232;s 1848 ? Le contexte historique est en effet - comme tu le soulignes &#224; plusieurs reprises - d&#233;cisif. Et il n'est pas toujours possible d'&#233;tablir avec toute la clart&#233; souhaitable &#224; quelle d&#233;mocratie historiquement situ&#233;e il fait r&#233;f&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut cependant retenir les caract&#232;res sont ceux que tu recenses p. 37.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, je crois que pour mesurer Marx &#224; lui-m&#234;me, en une sorte de lecture interne, il faut parcourir syst&#233;matiquement son travail &#171; dans le sens de la marche &#187; (comme tu le fais pp. 301-304). Je partirai cependant, pour suivre ton texte, des th&#232;ses de 1847-1848 (quitte &#224; remonter la chronologie pour tenter de les &#233;clairer)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. D&#233;mocratie et domination politique du prol&#233;tariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels soutiennent, dans les &#233;crit de 1847-1848, que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie est appel&#233;e &#224; co&#239;ncider, directement ou indirectement, avec la domination politique du prol&#233;tariat. Ils ne se bornent pas, du moins dans un premier temps, &#224; affirmer que la premi&#232;re est favorable &#224; la seconde, mais que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie rend la domination du prol&#233;tariat &lt;i&gt;in&#233;luctable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Del&#224;, au moins, deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Premi&#232;re question : Qu'est-ce qui permet d'affirmer que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie peut co&#239;ncider avec la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Deuxi&#232;me question, donc : Qu'est-ce qui permet d'affirmer que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; co&#239;ncider avec la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Une cons&#233;quence possible de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la premi&#232;re question est comprise dans deux affirmations li&#233;es, que l'on peut cependant distinguer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La conqu&#234;te de la d&#233;mocratie consiste d'abord (et m&#234;me essentiellement) dans la conqu&#234;te du suffrage universel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette conqu&#234;te est tr&#232;s t&#244;t comprise par Marx comme essentiellement r&#233;volutionnaire. Dans la &lt;i&gt;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt; (que tu cites p. 15, note 4), l'exigence du suffrage universel co&#239;ncide avec l'exigence de dissolution conjointe de l'&#201;tat politique et de la soci&#233;t&#233; civile : une dissolution qui ferait place &#224; la &#171; vraie d&#233;mocratie &#187;. Dans la lettre &#224; Ruge de septembre 1843, la g&#233;n&#233;ralisation du syst&#232;me repr&#233;sentatif (je comprends : par l'extension du droit de suffrage) &#233;quivaut &#224; son d&#233;passement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx Engels, Correspondance, t.1 &#233;ditions sociales, , 1978, p. 299.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, la transformation de la soci&#233;t&#233; en une v&#233;ritable &#171; communaut&#233; &#187; : celle de l'&#201;tat d&#233;mocratique (par opposition &#224; l'&#201;tat politique), comme on peut le lire dans la lettre &#224; Ruge de mai 1843&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Correspondance t.1, op.cit., p. 291.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;mocratie-l&#224; ne tardera pas, au prix de modifications notables, &#224; prendre le nom de communisme. Dans cette perspective en effet l'&#233;mancipation politique n'est qu'une forme partielle de l'&#233;mancipation, mais que sa g&#233;n&#233;ralisation co&#239;ncide avec l'exigence de cette &#233;mancipation humaine (&lt;i&gt;Sur la Question juive&lt;/i&gt;), avant m&#234;me qu'il soit question de la domination du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La conqu&#234;te du suffrage universel - et plus g&#233;n&#233;ralement de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative - est favorable &#224; la domination du prol&#233;tariat (d&#232;s qu'il est question de celle-ci). Cette th&#232;se reste relativement constante, m&#234;me si Marx et Engels seront amen&#233;s &#224; pr&#233;ciser que le suffrage universel doit &#234;tre assorti des conditions sans lesquelles ce suffrage serait illusoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question des conditions du suffrage universel, je me r&#233;f&#232;re ici aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens conqu&#234;te de la d&#233;mocratie et domination politique du prol&#233;tariat sont li&#233;es, voire &#233;quivalentes. Tel est le sens, comme tu le rel&#232;ves, des positions de Marx et d'Engels de 1845 &#224; 1848 (p. 32-36, 302-304) et cela reste, pour l'essentiel inchang&#233; de 1848 &#224;1852 au moins (p. 309-316). : Marx et Engels ne cesseront de soutenir que la d&#233;mocratie (ou la R&#233;publique d&#233;mocratique) est la forme la plus favorable &#224; la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que la d&#233;mocratie soit favorable n'implique pas que la domination du prol&#233;tariat soit, avec sa conqu&#234;te, in&#233;luctable. C'est pourtant une th&#232;se qu'il arrive &#224; Marx et Engels de soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. Une cons&#233;quence n&#233;cessaire de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, quels que soient les moyens auxquels elle doive recourir, ne vise pas seulement &#224; conqu&#233;rir les conditions les plus favorables &#224; la domination du prol&#233;tariat, elle rend cette domination in&#233;luctable. C'est la th&#232;se que Marx et Engels soutiennent avant les r&#233;volutions de 1848 : &#171; Dans tous les pays civilis&#233;s la d&#233;mocratie a pour cons&#233;quence n&#233;cessaire la domination du prol&#233;tariat et cette domination est la premi&#232;re condition de toutes les mesures communistes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels, &#171; Les communistes et K. Heinzen &#187;, 3 et 4 octobre 1847 (que Texier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution &#171; commencera par &#233;tablir une Constitution d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire directement ou indirectement, la domination politique du prol&#233;tariat &#187;. &#171; C'est-&#224;-dire &#187; doit se comprendre non seulement comme une &#233;quivalence, mais comme une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable. C'est ce que confirme l'hypoth&#232;se la moins favorable : quand la domination r&#233;sultera &#171; indirectement &#187; de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie : &#171; Ce qui n&#233;cessitera peut-&#234;tre une seconde lutte, mais ne peut se terminer que par la victoire du prol&#233;tariat &#187; (Engels, &lt;i&gt;Les Principes du communisme&lt;/i&gt;, 1847&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que Texier cite p. 44-45 et p.304.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me th&#232;se que l'on retrouve plus tardivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi la question des formes de domination politique du prol&#233;tariat ne peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne le monde anglo-saxon, certains textes sugg&#232;rent que la conqu&#234;te du suffrage universel mettrait la classe ouvri&#232;re en position favorable (p. 314-315). D'autres sont plus affirmatifs : &#171; (&#8230;) suffrage universel est &lt;i&gt;synonyme&lt;/i&gt; de pouvoir politique pour la classe ouvri&#232;re d'Angleterre (&#8230;) Son r&#233;sultat &lt;i&gt;in&#233;vitable&lt;/i&gt; y est la supr&#233;matie politique de la classe ouvri&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les chartistes &#187;, New York Daily Tribune,, 25 ao&#251;t 1852. Cit&#233; par Texier p.22.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne le continent, ou du moins la France, les articles r&#233;unis sous le titre &lt;i&gt;Ls luttes de classe en France&lt;/i&gt;, ne laissent aucun doute sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;nonc&#233;s sont, me semble-t-il, sous-tendus par deux autres th&#232;ses (qui courent dans les textes de 1843 &#224; 1852, au moins) :&lt;br class='manualbr' /&gt;- selon la premi&#232;re, la monarchie constitutionnelle et/ou la r&#233;publique censitaire est la forme ad&#233;quate et ultime de la domination bourgeoise, notamment parce que cette forme d'&#201;tat r&#233;serve le pouvoir &#224; la bourgeoisie (et r&#233;alise ainsi une ad&#233;quation entre l'&#201;tat et la classe dominante) &lt;br class='manualbr' /&gt;- selon la seconde, la d&#233;mocratie est incompatible avec la domination bourgeoise, parce qu'elles sont intrins&#232;quement contradictoires, ainsi que Marx tente de le montrer dans &lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt; (p.311).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re conclusion provisoire&lt;/i&gt;. Ce que je veux sugg&#233;rer est relativement simple. Marx est pour son temps un grand penseur de la d&#233;mocratie. Mais s'il ne pose pas initialement la question des formes d&#233;mocratiques sp&#233;cifiquement ajust&#233;es &#224; la domination politique du prol&#233;tariat, ce n'est pas seulement par ce qu'il n'a pas encore pris la mesure de l'obstacle constitu&#233; par la machine bureaucratique (rectification de 1872), c'est parce qu'une m&#234;me conception de l'histoire le conduit &#224; penser &#224; la fois qu'une seule forme d'&#201;tat est pleinement ad&#233;quate &#224; la domination bourgeoise et qu'il n'y a pas lieu de r&#233;fl&#233;chir particuli&#232;rement &#224; la forme politique de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il me semble ind&#233;niable que la pens&#233;e de Marx est prisonni&#232;re des illusions de la R&#233;volution permanente, telle qu'il la pense apr&#232;s 1848 et des impr&#233;cisions du concept de dictature du prol&#233;tariat. C'est sur cette double but&#233;e que selon toi (si je t'ai bien compris) viendrait &#233;chouer provisoirement la pens&#233;e d&#233;mocratique de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. D&#233;mocratie et R&#233;volution permanente &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la r&#233;volution permanente, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela arrive souvent dans l'&#339;uvre de Marx et Engels, l'id&#233;e de r&#233;volution permanente appliqu&#233;e au passage de la domination de la bourgeoisie &#224; la domination du prol&#233;tariat appara&#238;t avant que la notion ne prenne cette signification. C'est ce que tu sugg&#232;res, si j'ai bien compris, quand tu cites (p. 321), le texte d'Engels qui envisage, en Allemagne et en France, la succession de deux luttes. Mais, outre les probl&#232;mes que tu analyses, deux autres que tu ne mentionnes pas (sauf distraction de ma part) m&#233;ritent qu'on si arr&#234;te : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la modalit&#233; de l'encha&#238;nement entre les deux &#233;tapes de la r&#233;volution ou de la transcroissance de la r&#233;volution ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quel est le statut du concept de r&#233;volution permanente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Une encha&#238;nement in&#233;vitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sous le concept de R&#233;volution permanente l'on d&#233;signe l'encha&#238;nement de deux &#233;tapes relativement distinctes ou la transcroissance de la premi&#232;re dans la seconde, cet encha&#238;nement et cette transcroissance sont compris comme in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que le concept de r&#233;volution permanente ne soit transpos&#233; de son &#171; usage historiographique &#187; &#224; son &#171; usage politique &#187;, la cause est entendue, du moins en ce qui concerne l'Allemagne. D&#232;s 1844, dans &lt;i&gt;l'Introduction &#224; la critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;, la th&#232;se de l'impossibilit&#233; d'une r&#233;volution purement politique en Allemagne, en raison de l'impuissance de la bourgeoisie, permet de postuler que le prol&#233;tariat prendra directement en charge l'&#233;mancipation humaine. La signification attribu&#233;e au soul&#232;vement des tisserands sil&#233;siens conforte cette affirmation. Et quand en 1847, Engels pr&#233;sente la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie comme une n&#233;cessit&#233; qui m&#232;ne, dans ce m&#234;me pays, indirectement &#224; la domination du prol&#233;tariat, il ne fait, me semble-t-il, que prolonger la th&#232;se ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeux sont faits : la r&#233;volution permanente traduit l'incapacit&#233; de la bourgeoisie soit de conqu&#233;rir la d&#233;mocratie soit d'asseoir sa domination sous cette forme d'&#233;tat. Et cette &#233;quivoque est confort&#233;e par la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Strat&#233;gie politique ou processus historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;c&#232;de permet de l'entrevoir : la r&#233;volution permanente n'est pas le concept d'une strat&#233;gie politique, mais le concept d'un processus historique. La r&#233;volution permanente n'est pas une strat&#233;gie : non seulement le terme de &#171; strat&#233;gie &#187; est absent du vocabulaire de Marx (comme il l'est &#224; son &#233;poque du vocabulaire politique), mais la perspective correspondante est comme neutralis&#233;e. La notion de r&#233;volution permanente n'est pas celui d'une strat&#233;gie requise, mais d'une histoire promise. L'imp&#233;ratif strat&#233;gique est d&#233;vor&#233; par la n&#233;cessit&#233; historique. La r&#233;volution permanente est l'objet d'une &#171; d&#233;claration &#187; (p. 322) et non d'une prescription.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;me conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Si le probl&#232;me sur lequel tu fais porter tout le poids de ton argumentation - le devenir des institutions d&#233;mocratiques conquises lors du premier moment - reste irr&#233;solu, c'est, me semble-t-il, parce que la n&#233;cessit&#233; historique qui se porte garant de l'unit&#233; du processus dispense de le poser. Expression de la n&#233;cessit&#233; historique et d&#233;claration de son processus, la r&#233;volution permanente est porteuse d'un contenu qui trouvera sa forme, et non d'un objectif qui exige de la penser : la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. D&#233;mocratie et dictature du prol&#233;tariat &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la dictature du prol&#233;tariat, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de dictature du prol&#233;tariat, aussi rare que soit son emploi, fonctionne dans une si grande vari&#233;t&#233; de registres qu'il y tout lieu de douter qu'il soit un v&#233;ritable concept. C'est une formule alg&#233;brique redoutable susceptible de recevoir (chez Marx d&#233;j&#224;, pour ne rien dire de la post&#233;rit&#233;) les significations les plus diverses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le flou qui r&#232;gne ici dans l'&#339;uvre de Marx et Engels n'a rien d'artistique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques remarques, sous forme - une fois encore - de deux questions : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quel est le statut du concept de dictature du prol&#233;tariat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la signification du concept de dictature du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.1. Concept strat&#233;gique ou concept t&#233;l&#233;ologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est d'admettre que le statut de la perspective de la dictature du prol&#233;tariat est loin d'&#234;tre limpide puisque ce concept se pr&#233;sente &#224; la fois comme un concept strat&#233;gique (qui renvoie &#224; un objectif indispensable) et comme un concept t&#233;l&#233;ologique (qui renvoie &#224; un avenir in&#233;luctable)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut lire dans ton livre des exemples de cette dualit&#233; des &#233;nonc&#233;s entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il indique une cible et certifie qu'elle sera atteinte. Comment et sous quelle forme ? Cela devient &#233;videmment secondaire, surtout, quand on se demande, comme tu le fais, quelle est la compr&#233;hension exacte de ce concept ambigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.2. Concept &#171; substantiel &#187; ou concept &#171; nu &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la fois un concept distinctif (qui oppose &#224; la signification ultime de la domination politique de la bourgeoisie la signification transitoire de la domination politique du prol&#233;tariat) et un concept normatif (qui renvoie aux conditions d'exercice de la domination politique du prol&#233;tariat). Du moins est-ce ainsi que je comprends la distinction que tu proposes (p. 22, 143, 327-328) entre le concept substantiel (qui renvoie au contenu socio-politique de cette domination) et le concept nu (qui renvoie &#224; sa modalit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier concept - le concept &#171; substantiel &#187; - se laisse potentiellement rabattre sur celui de supr&#233;matie ou de domination politique que l'on trouve dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; et dans d'autres textes (p. 22). Mais il laisse ouverte au moins une alternative : domination exclusive ou pas ? Le second concept &#8211; le concept &#171; nu &#187; - referme cette alternative (note 19 p. 40) : Que serait une &lt;i&gt;dictature&lt;/i&gt; exerc&#233;e conjointement par plusieurs classes ? Mais il en ouvre au moins deux autres : dictature centralis&#233;e ou pas ? Dictature violente ou non ? Entre ces deux &#171; p&#244;les &#187;, un usage pol&#233;mique. Ainsi dans &lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt;, le concept de dictature du prol&#233;tariat est &#224; plusieurs reprises associ&#233;/oppos&#233; &#224; celui de dictature de la bourgeoisie. Le terme de dictature semble alors d&#233;signer une domination exclusive et la notion de &#171; dictature de classe &#187; appel&#233; &#224; rendre compte de la domination exclusive d'une classe contre toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Troisi&#232;me conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Le &#171; concept &#187; de dictature du prol&#233;tariat ne propage que de maigres lueurs. Mais cela ne tient pas seulement, me semble-t-il, &#224; sa propre obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si la n&#233;cessit&#233; historique qui se porte garant de l'&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat laisse ouvertes toutes les possibilit&#233;s s'agissant de son contenu pr&#233;cis, il n'y pas lieu de s'&#233;tonner qu'elle dispense de s'interroger pr&#233;cis&#233;ment et pr&#233;alablement sur la forme que pourrait prendre cette dictature. De l&#224; des impr&#233;cisions qui ne seront jamais totalement dissip&#233;es, non seulement sur les modalit&#233;s d'exercice, mais surtout sur la forme et le contenu de cette dictature :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- sur la forme : apr&#232;s les textes ant&#233;rieurs aux r&#233;volutions de 1848 qui pr&#233;cisent que la forme de la domination politique (et non de la dictature) sont des formes d&#233;mocratiques, il faut attendre &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (qui pourtant ne parle pas de dictature) pour que la forme soit enfin &#233;voqu&#233;e et l' &#171; Introduction &#187; d'Engels de 1891 pour qu'une forme soit attribu&#233;e explicitement &#224; la dictature du prol&#233;tariat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- sur le contenu : dans tous les cas, il semble bien que le contenu de cette forme d&#233;signe la classe politiquement dominante et non son &#339;uvre d'&#233;mancipation sociale, &#224; l'exception notable cette fois de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (o&#249; le concept lui-m&#234;me est absent) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- sur la forme d'un contenu : dans tous les cas le &#171; concept &#187; n'est jamais connect&#233; directement au contenu social de la transformation r&#233;volutionnaire et tr&#232;s tardivement &#224; son contenu politique (ou institutionnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien, une fois encore : ce qui est en question, ce ne sont pas des approximations ou des erreurs d'appr&#233;ciation, mais la structure d'une argumentation qui rend difficilement pensable ce qu'elle s'efforce de penser.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;II. La question d&#233;cisive : La forme de la domination politique&lt;/center&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Ta question initiale - que deviennent les conqu&#234;tes de l'&#233;tape d&#233;mocratique lors de la phase ult&#233;rieure ? - gagne &#233;videmment en consistance (du moins, &#224; mes yeux) quand, apr&#232;s l'avoir rappel&#233;e, tu pr&#233;cises : &#171; La question, c'est que, avec ou sans violence, il importe qu'on sache quelle est la forme politique du bouleversement socialiste &#187; (p. 164). D&#232;s lors que le probl&#232;me est formul&#233; en ces termes, je peux mettre mon travail &#224; l'&#233;preuve du tien (et r&#233;ciproquement) et relancer ma propre r&#233;flexion. Sans annexions forc&#233;es : du moins je le crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc le point de d&#233;part suivant : la question de la d&#233;mocratie chez Marx d&#233;pend moins de la question des modalit&#233;s de la r&#233;volution (ou de la prise du pouvoir) - violente ou pacifique - que de la question des formes d'exercice de la domination politique (ou de la dictature) du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se posent alors les questions suivantes : Les r&#233;ponses de Marx-Engels sont-elles satisfaisantes ? Sinon, pourquoi ? Et plus pr&#233;cis&#233;ment : quelles sont les apories ou les but&#233;es de leur mode de raisonnement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu soutiens qu'il existe chez Marx une v&#233;ritable pens&#233;e des institutions. Mais force est de constater, me semble-t-il, que si l'on trouve chez Marx une analyse critique des institutions de l'&#201;tat moderne (et des outils qui permettraient d'approfondir et de pr&#233;ciser cette analyse), il n'en va pas de m&#234;me en ce qui concerne les formes d'exercice de la domination politique du prol&#233;tariat et des formes politiques de l'&#233;mancipation sociale. &#192; deux r&#233;serves pr&#232;s (si l'on excepte les quelques indications que l'on peut trouver dans les textes contemporains du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;), deux tentatives d&#233;cisives, il est vrai : l'analyse de la Commune de Paris ; les propositions d'Engels sur la R&#233;publique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or non seulement ces analyses sont tardives, mais elles demeurent fort probl&#233;matiques. Elles sont tardives : tu en conviens toi-m&#234;me quand tu &#233;cris que &#171; le vide formel catastrophique qu'on reproche au marxisme en mati&#232;re d'institutions politiques a disparu &#187; (p. 162) &#8230; en 1891. Elles sont probl&#233;matiques : et cela tient moins &#224; leur impr&#233;cision ou &#224; leur inach&#232;vement (p. 162), qu'&#224; la place qui leur est accord&#233;e et &#224; la structure de l'argumentation qui les sous-tend. Tu mentionnes toi-m&#234;me les probl&#232;mes (il est difficile de te prendre en flagrant d&#233;lit de n&#233;gligence&#8230;), mais il me semble que tu ne leur accordes pas toute l'importance qu'ils m&#233;ritent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux questions se posent alors :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pourquoi la question des formes politiques de la dictature du prol&#233;tariat sont-elles si longtemps n&#233;glig&#233;es ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Dans quelle mesure cette question, quand elle est trait&#233;e, l'est-elle de fa&#231;on ad&#233;quate ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Quand le contenu l'emporte sur la forme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. La forme longtemps n&#233;glig&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Les embard&#233;es de la critique de l'utopie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;tecter dans la critique des utopies par Marx, deux critiques des anticipations de l'avenir, souvent enchev&#234;tr&#233;es, mais potentiellement distinctes : une critique de l'anticipation imaginaire du contenu (en l'absence des conditions historiques qui le rendent r&#233;alisable) et une critique de l'anticipation doctrinaire des formes (quand ces formes sont prescrites en dehors du mouvement historique qui pourrait les faire na&#238;tre). Tout le poids de la critique de Marx porte pr&#233;cis&#233;ment sur ces prescriptions doctrinaires, qu'il s'agisse des formes sociales de l'&#233;mancipation ou sur des formes politiques de l'&#233;mancipation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les anticipations utopiques, Cong&#233;dier, op.cit. ,pp. 145-167.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'invention doctrinaire individuelle, Marx oppose imm&#233;diatement la production historique immanente : du m&#234;me coup la d&#233;tection th&#233;orique des formes possibles devient une exigence subalterne et l'invention collective de ces formes un processus impensable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le &#171; court-circuit &#187; op&#233;r&#233; par Marx dans sa critique de l'invention et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout ce passe comme si Marx se laissait emporter par sa critique (l&#233;gitime) de formes utopiques du socialisme et du communisme au-del&#224; de ce qu'exige cette critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tu mentionnes toi-m&#234;me deux des textes o&#249; le refus de l'anticipation semble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette remarque serait insuffisante, si on ne la rapportait pas &#224; une seconde &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;La tentation de la promesse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx tente de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme (la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la dictature du prol&#233;tariat, de la transition et du communisme), en c&#233;dant &#224; la tentation d'en promettre la n&#233;cessaire effectivit&#233; : il s'agit d'une &#233;quivoque majeure, lourde de cons&#233;quences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; J'ai beaucoup donn&#233; &#171; , comme dirait notre ami Artous, pour relever et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier de celle-ci : si l'histoire se porte garant de ce que l'action des hommes (et non l'histoire elle-m&#234;me) &#8230; ne manquera pas d'accomplir, il devient secondaire de r&#233;fl&#233;chir aux formes de cet avenir promis et inutile, voire n&#233;faste d'en attribuer la pr&#233;paration et l'accomplissement &#224; une invention collective des acteurs de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire tut&#233;laire, port&#233;e par une dialectique de la r&#233;alisation de l'essence, travaille d'abord dans le sens de la domination bourgeoise, dont Marx et Engels ne cessent de scruter la forme ad&#233;quate et ultime. Il est vrai qu'ils ne cessent de s'interroger sur la trajectoire, diff&#233;renci&#233;e selon les pays, des formes de domination politique de la bourgeoisie : les formes d'&#201;tat propres &#224; cette domination. Mais quelle que soit la pertinence - et elle est grand e- de leurs analyses concr&#232;tes de ces formes de domination, elle est souvent prisonni&#232;re d'une conception de l'histoire qui en mine la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut se borner, me semble-t-il, &#224; relever comme l'effet de simples &#171; flirts &#187; avec la dialectique h&#233;g&#233;lienne, l'insistance d'une th&#233;matique de la forme ad&#233;quate et ultime de la domination politique de la bourgeoisie o&#249; celle-ci, parvenue &#224; son terme et &#224; son comble, pr&#233;parerait d'elle-m&#234;me son renversement. Or tout se passe comme si Marx et Engels ne cessaient de tenter de rep&#233;rer cette forme ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D&#232;s le manuscrit de 1843 (&lt;i&gt;la Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;) , Marx con&#231;oit l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne comme la forme ultime de l'ali&#233;nation politique et la R&#233;publique comme la n&#233;gation de l'ali&#233;nation dans le cadre de l'ali&#233;nation. En cons&#233;quence, la monarchie constitutionnelle et/ou la R&#233;publique censitaire est bien le comble de l'ali&#233;nation et de l'ad&#233;quation de l'&#201;tat &#224; la domination bourgeoisie : au point que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie politique ou de la R&#233;publique d&#233;mocratique, en niant cette ali&#233;nation et cette ad&#233;quation, sera ult&#233;rieurement pr&#233;sent&#233;e comme forme le cadre de la domination du prol&#233;tariat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Puis, comme le montrent certaines formulations que tu rel&#232;ves, Marx et Engels pensent la R&#233;publique d&#233;mocratique comme la forme ad&#233;quate et ultime de la domination bourgeoise et, donc parce qu'elle est ultime, la forme ad&#233;quate &#224; la bataille ultime entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie (p. 101, 105-108) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, l'Empire appara&#238;t comme la forme ultime de la domination bourgeoisie qui voit se dresser face &#224; elle son antith&#232;se : la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser que cette figure du raisonnement - l'anticipation du contenu de l'&#233;mancipation qui dispense d'anticiper sur les formes qui permettraient de l'accomplir - ne correspond qu'&#224; une provisoire de la pens&#233;e de Marx-Engels, comme le sugg&#232;re Engels (p. 161). Mais on en trouve l'expression tr&#232;s tardivement, bien au-del&#224; des rectifications d'Engels, ainsi que tu le rel&#232;ves toi-m&#234;me (p. 154-155) quand Engels reprend &#224; son compte l'affirmation de Bovio selon laquelle &#171; la nuova sotanza, la nuova idea si creera da stessa la forma et la produrra dal proprio fondo &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels, &#171; Le socialisme en Allemagne &#187;, 1892, article que Texier analyse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. La forme enfin trouv&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;De la forme enfin trouv&#233;e &#8230; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mes yeux, le point le plus discutable de ton livre, du point de vue m&#234;me des questions que tu soul&#232;ves, tient, me semble-t-il, dans le d&#233;faut de prise en compte d&#233;taill&#233;e de l'analyse de Marx dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;. J'y reviendrai plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte g&#233;nial - adjectif r&#233;serv&#233; &#224; un usage tr&#232;s s&#233;lectif - est en m&#234;me temps, &#224; mes yeux, un texte paradoxal : Marx pense enfin la forme politique de l'&#233;mancipation du travail, mais sur fond d'une argumentation qui la rend impensable, puisque cette forme surgit comme une antith&#232;se de la forme r&#233;put&#233;e ultime de la domination bourgeoise (et de la mont&#233;e en puissance de la bureaucratie) : l'Empire. L&#224; encore, je ne crois pas qu'il s'agisse d'un simple &#171; flirt &#187; avec la dialectique &#8230; ou alors c'est un flirt tr&#232;s pouss&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit., p. 249-252.&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;&#8230; &#192; la forme introuvable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que Marx, apr&#232;s 1872, n'a pas poursuivi le travail entrepris avec l'analyse de la Commune de Paris. 1872-1885 : 13 ans de silence sur la forme de la domination politique du prol&#233;tariat, c'est long !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu rel&#232;ves toi-m&#234;me que dans la &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt; la forme enfin trouv&#233;e &#171; n'est pas rappel&#233;e &#187; (p. 143). En revanche, si tu soulignes la port&#233;e de la question soulev&#233;e par Marx sur les fonctions de l'&#201;tat qui se maintiendront dans une soci&#233;t&#233; communiste, tu omets de signaler que Marx, dans ce m&#234;me texte, se refuse &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#224; se prononcer sur ces fonctions, comme il se refuse &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#224; se prononcer sur les formes de la dictature du prol&#233;tariat (p. 144)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit. ,p. 252-254&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces refus me semblent fond&#233;s sur une conception de l'histoire qui, sous couvert d'asc&#232;se anti-utopique, laisse sans doute &#171; ouvert le champ des possibles &#187;, mais un &#171; champ des possibles &#187; trop ouvert, y compris aux pires d'entre eux (note 8, p. 172).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Quand la forme est enfin red&#233;couverte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les remarques qui pr&#233;c&#232;dent ne sont pas totalement d&#233;nu&#233;es de fondement, elles incitent &#224; infl&#233;chir quelque peu les interrogations sur les &#171; innovations &#187; d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;crirais plus aujourd'hui exactement ce que j'&#233;crivais en 1992 avant de t'avoir lu. Aux &#171; d&#233;robades de Marx &#187; ne succ&#232;dent pas, &#224; proprement parler, les &#171; reculades d'Engels &#187; sur lesquelles je m'interrogeais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit., p. 254-256.&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : plut&#244;t &#171; deux pas en avant, un pas en arri&#232;re &#187;. En effet, ce que ton commentaire invite &#224; comprendre, ce sont plut&#244;t des tentatives d'Engels de penser une tactique politique qui ne soit pas imm&#233;diatement index&#233;e sur une n&#233;cessit&#233; historique in&#233;luctable et de r&#233;fl&#233;chir &#224; des formes politiques ad&#233;quates sans se d&#233;fausser sur une promesse de mariage al&#233;atoire entre la perspective g&#233;n&#233;rale de l'&#233;mancipation et les circonstances historiques particuli&#232;res. Force est de constater qu'Engels pose - enfin ! - les probl&#232;mes d'une strat&#233;gie et d'une tactique ajust&#233;es &#224; des circonstances historiques saisies &#224; un niveau suffisant de g&#233;n&#233;ralit&#233;, et non &#224; une histoire g&#233;n&#233;reuse qui, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre automate, remplirait des fonctions tut&#233;laires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce passe comme si Engels tentait de relever le d&#233;fi suivant : comment repenser la forme de la domination politique du prol&#233;tariat dans un cadre th&#233;orique et historique diff&#233;rent de celui que Marx mettait en &#339;uvre dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. D'une R&#233;publique d&#233;centralis&#233;e &#224; l'autre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs rectifications jalonnent la red&#233;couverte de la forme de la dictature du prol&#233;tariat. Je commence par une rectification que je crois d&#233;cisive et que tu ne mentionnes pas comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;La rectification de 1884 (pp. 246-248) &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte Marx &lt;/i&gt;affirmait d&#233;j&#224; que &#171; le renversement de la R&#233;publique parlementaire contient en germe le triomphe de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui &#171; perfectionne d'abord le pouvoir parlementaire, pour pouvoir le renverser ensuite &#187; et qui &#171; ce but une fois atteint, (&#8230;) perfectionne le pouvoir ex&#233;cutif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, &#201;ditions sociales, p. 124.&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; poursuit dans le droit fil de ce raisonnement en affirmant que le r&#233;gime imp&#233;rial est &#171; la seule forme de gouvernement possible &#224; une &#233;poque o&#249; la bourgeoisie avait d&#233;j&#224; perdu - et la classe ouvri&#232;re n'avait pas encore conquis - la capacit&#233; de gouverner la nation &#187;. Ainsi, &#171; le r&#233;gime imp&#233;rial est (&#8230;) la forme ultime de ce pouvoir d'&#201;tat &#187; que la soci&#233;t&#233; bourgeoise a fait na&#238;tre et qui a permis &#224; la bourgeoisie d'asservi le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'instauration de la IIIe R&#233;publique et sa stabilisation mettent en &#233;vidence des ressources insoup&#231;onn&#233;es. La bourgeoisie semble avoir plus d'un tr&#233;sor politique dans son sac. La R&#233;publique parlementaire n'appara&#238;t plus comme une forme d'&#201;tat transitoire. Engels pr&#233;sente alors l'Empire comme une exception &#224; la r&#232;gle : ce raisonnement n'est gu&#232;re convaincant, mais il a au moins l'avantage de replacer la IIIe R&#233;publique dans une histoire moins &#171; dialectique &#187; et plus ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;La rectification de 1885 ?&lt;/i&gt; (p. 111-113)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rectification de 1885 invite &#224; r&#233;&#233;valuer la th&#232;se de la poursuite par la R&#233;volution fran&#231;aise de &#171; l'&#339;uvre commenc&#233;e par la monarchie absolue &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 18 Brumaire, op.cit., p. 125.&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est en effet d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quitte &#224; me montrer plus tatillon que n&#233;cessaire, je crois utile de signaler qu'il n'est pas tout &#224; fait exact qu'Engels &#171; r&#233;vise compl&#232;tement &#187; la th&#232;se ant&#233;rieure &#187;. (p. 110). En effet, c'est dans le cours m&#234;me de la r&#233;daction de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; que l'on peut suivre une s&#233;rieuse &#233;volution, en deux essais de r&#233;daction avant la r&#233;daction finale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guerre civile en France 1871, Editions sociales, 1972. Cette &#233;dition est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je r&#233;sume, au lieu de citer int&#233;gralement comme il faudrait le faire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le premier essai de r&#233;daction pr&#233;sente la constitution d'un appareil d'&#201;tat centralis&#233; comme l'&#339;uvre de la monarchie absolue et affirme que la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise a poursuivi l'&#339;uvre entreprise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 209-210.&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le second essai de r&#233;daction souligne au contraire que la R&#233;volution fran&#231;aise, en balayant les places fortes locales du f&#233;odalisme, &#171; &lt;i&gt;pr&#233;para socialement&lt;/i&gt; le terrain pour la superstructure d'un pouvoir d'&#201;tat centralis&#233; (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 257, C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- La r&#233;daction finale reprend &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me id&#233;e mais, au lieu d'effacer le r&#244;le du premier Empire (comme dans les versions pr&#233;c&#233;dentes), elle souligne que &#171; l'&#233;difice de l'&#201;tat moderne fut &lt;i&gt;&#233;difi&#233;&lt;/i&gt; sous le premier Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 39. C'est moi qui souligne..&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;cision n'annule en rien la valeur de la &#171; rectification &#187; d'Engels : elle permet au contraire de cerner ce qui fait son originalit&#233; : une &#233;bauche d'analyse des formes d'auto-administration pendant la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c)&lt;i&gt; La rectification de 1891&lt;/i&gt; (p. 127-136)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que pour prendre la mesure de cette &#171; rectification &#187;, il faut commencer par indiquer l'importance qu'il faut accorder &#224; l' &#187; Introduction &#187; &#224; &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233;e la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;L' &#171; Introduction &#187; &lt;/i&gt;&#224; &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur la question qui nous occupe, trois points doivent &#234;tre signal&#233;s (que tu ne mets pas assez en valeur, me semble-t-il, dans ton propre commentaire, pp. 142). D'abord, l'effacement de la dialectique des formes d'&#201;tat propos&#233;e par Marx est &#8211; implicitement &#8211; confirm&#233;. Ensuite, l'insistance sur la destruction de l'ancien appareil d'&#201;tat et les mesures antibureaucratiques reprend, ne serait-ce que partiellement l'analyse de Marx. Enfin, la mise en parall&#232;le de la f&#233;d&#233;ration des communes et de la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives esquiss&#233;e par Marx est sugg&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel semble donc sauvegard&#233;. Mieux : la d&#233;marche d'Engels, s'agissant des &#201;tats-Unis, me para&#238;t beaucoup plus tranch&#233;e que tu ne l'indiques. Je la lis ainsi : m&#234;me dans la R&#233;publique d&#233;mocratique la plus d&#233;centralis&#233;e et la moins militaris&#233;e, la bureaucratie politique est tellement envahissante qu'elle doit &#234;tre neutralis&#233;e/abolie par l'adoption de deux mesures essentielles retenues par la Commune de Paris : le suffrage universel appliqu&#233; &#224; toutes les responsabilit&#233;s, la r&#233;tribution limit&#233;e des &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233;e &#224; l' &#171; Introduction &#187;, la &lt;i&gt;critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt; appara&#238;t comme notablement en retrait. Aucune des innovations de la Commune, &#224; commencer par celles qu'Engels met en valeur la m&#234;me ann&#233;e, ne figure dans cette critique : ni les mesures antibureaucratiques sp&#233;cifiques de la Commune, ni la mise en parall&#232;le de la f&#233;d&#233;ration des communes et de la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives. Que signifie alors la r&#233;f&#233;rence exclusive &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ? Elle prolonge et conforte sans doute la rectification de 1885 qui lui a ouvert la voie, mais relativise du m&#234;me coup la nouveaut&#233; et la port&#233;e de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ce retrait ? Deux explications sont concevables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- une explication tactique : le retrait se justifierait par les particularit&#233;s de la situation allemande et les t&#226;ches sp&#233;cifiques des communistes allemands. En Allemagne et pour les communistes de ce pays, l'&#233;tablissement d'une R&#233;publique d&#233;mocratique constituerait un progr&#232;s d&#233;cisif, du moins si cette R&#233;publique r&#233;pondait aux deux conditions pos&#233;es par Engels : &#171; la revendication de la concentration de tout le pouvoir politique dans les mains de la repr&#233;sentation du peuple &#8221;, la d&#233;centralisation sur le mod&#232;le de la R&#233;volution fran&#231;aise. Mais l'absence de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la Commune de Paris ne peut pas s'expliquer uniquement par le sens des opportunit&#233;s et de la tactique, la prudence ou le r&#233;alisme. Reste alors une seconde explication&lt;br class='manualbr' /&gt;- une explication th&#233;orique : la sous-estimation de la port&#233;e strat&#233;gique du &#171; mod&#232;le &#187; de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Tout se passe comme si, paradoxalement, la rectification de 1872 &#233;tait &#224; la fois renforc&#233;e et affaiblie par les rectifications d'Engels. Elle est renforc&#233;e dans la mesure o&#249; la n&#233;cessit&#233; de briser la machine bureaucratique de l'&#201;tat est confirm&#233;e, sans qu'il soit n&#233;cessaire de faire r&#233;f&#233;rence &#224; l'Empire (et &#224; son antith&#232;se ultime) ; elle est affaiblie dans la mesure o&#249; la R&#233;publique de 1792 et la Commune de Paris sont donn&#233;es comme essentiellement identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de la rectification est &#224; la fois historique et th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Sur le plan historique, tout se passe comme si Engels inscrivait la Commune de Paris comme terme d'une p&#233;riode historique ouverte par la R&#233;volution fran&#231;aise, alors que Marx dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; la pr&#233;sente comme ouverture d'une nouvelle p&#233;riode historique. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Sur le plan th&#233;orique, tout se passe comme si Engels inscrivait la Commune de Paris dans une logique d'ach&#232;vement de la R&#233;volution fran&#231;aise, alors que Marx l'inscrit dans une logique de mont&#233;e en puissance de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Cette rectification th&#233;orique &#233;quivaut &#224; une op&#233;ration &#224; somme nulle (ou &#224; un jeu de qui perd gagne) : ce qui est gagn&#233; en rupture avec la dialectique tut&#233;laire d'une R&#233;volution poussant &#224; son comble une ali&#233;nation politique avant de se poser en antith&#232;se de sa propre n&#233;gation est partiellement perdu au &#171; b&#233;n&#233;fice &#187; d'une histoire lin&#233;aire qui efface la sp&#233;cificit&#233; des insurrections prol&#233;tariennes du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation entre les deux textes de 1891 laisse penser que la 1&#232;re R&#233;publique et la Commune sont &#233;quivalentes par leur forme comme par leur contenu : toutes deux sont des formes de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. 2. Des formes &#233;quivalentes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique communale et la R&#233;publique d&#233;mocratique &#171; d&#233;bureaucratis&#233;e &#187; apparaissent d&#232;s lors comme deux formes &#233;quivalentes, mais tr&#232;s exactement dans la mesure o&#249; la Commune est pens&#233;e comme une variante de la R&#233;publique d&#233;mocratique inaugur&#233;e sous la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse des formes d'auto-administration pendant la R&#233;volution est confirm&#233;e, semble-t-il, par l'historiographie contemporaine. Et, bien qu'Engels ne recoure pas &#224; cette hypoth&#232;se, il est vraisemblable qu'une certaine continuit&#233; dans la composition de classe de la Commune et dans l'esprit des Communards permette de pr&#233;senter la Commune elle-m&#234;me comme une reprise de la R&#233;volution fondatrice. La r&#233;interpr&#233;tation de la Commune de Paris comme confirmation/ach&#232;vement de l'&#339;uvre de la R&#233;volution est sans doute partiellement ad&#233;quate historiquement, mais laisse perdre la nouveaut&#233; de l'exp&#233;rience de la Commune. L&#224; o&#249; Marx tente de penser une forme nouvelle du pouvoir public, Engels parle de donner une forme nouvelle au vieux pouvoir d'&#201;tat (p. 125)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, rien ne justifie qu'Engels puisse &#233;crire, sans autre pr&#233;cision significative, que la R&#233;publique d&#233;mocratique est &#171; la forme sp&#233;cifique de la dictature du prol&#233;tariat, comme l'a montr&#233; la grande R&#233;volution fran&#231;aise &#187;, surtout si l'on ne retient du &#171; mod&#232;le &#187; de la 1&#232;re R&#233;publique que la d&#233;centralisation administrative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour faire bonne mesure, la confrontation avec le texte de 1847 montre que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelle est, en effet, cette R&#233;publique d&#233;bureaucratis&#233;e &#224; laquelle songe Engels ? Force est de constater, si l'on s'en tient aux extraits que tu cites, qu'Engels met en avant l'autonomie administrative qui r&#233;sulte d'une d&#233;centralisation de l'appareil d'&#201;tat. (p. 124-125). Il en va de m&#234;me des textes suivants (p.134-135). C'est encore le rapport centralisation/d&#233;centralisation qui vient au premier plan dans la pr&#233;face de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (p. 140)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, si la Commune est &#171; la forme enfin trouv&#233;e &#187; - une formule qui pr&#234;te &#224; discussion - c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne se borne pas &#224; r&#233;activer des formes anciennes. C'est pour cette raison qu'il renouvelle une critique d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;e dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; et reprise, sous une autre forme, dans &lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt; : &#171; C'est en g&#233;n&#233;ral le sort des formations historiques enti&#232;rement nouvelles d'&#234;tre prises &#224; tort pour la r&#233;plique des formes anciennes (&#8230;) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples qui suivent cette citation sont multiples et Marx ne se r&#233;f&#232;re que partiellement &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ; mais c'est pour sugg&#233;rer pr&#233;cis&#233;ment que la Commune est irr&#233;ductible &#224; la d&#233;centralisation girondine. Au regard des connaissances historiques dont fait &#233;tat Engels (et du savoir historique acquis depuis), c'est peu. D'autres aspects de la R&#233;volution fran&#231;aise pourraient plaider en faveur de la th&#232;se d'une reprise par la Commune d'une exp&#233;rience ant&#233;rieure. Marx p&#234;cherait-il par ignorance ? C'est possible, mais je crois plut&#244;t que s'il ne r&#233;f&#232;re pas le sens de la Commune &#224; la p&#233;riode de la R&#233;volution fran&#231;aise, c'est notamment parce qu'il essaie de cerner la nouveaut&#233; de la Commune ou, plus exactement, ce qui fait sa nouveaut&#233; : elle n'est pas seulement une forme d&#233;centralis&#233;e de la R&#233;publique d&#233;mocratique, mais la forme d&#233;mocratique de la R&#233;publique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la &#171; rectification &#187; d'Engels menace d'engloutir quelques particularit&#233;s de la Commune que Marx essaie de mettre en &#233;vidence. Parmi les principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord la Commune est &#224; la fois la forme de la prise du pouvoir et la forme de son exercice : elle est la &#171; forme positive de la R&#233;volution contre l'Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guerre civile en France, op.cit., premier essai de r&#233;daction, p. 208.&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; la forme sous laquelle la classe ouvri&#232;re prend le pouvoir politique (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., deuxi&#232;me essai de r&#233;daction, p. 256.&#034; id=&#034;nh3-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, la Commune n'est pas une simple forme d'administration : elle n'est pas n'importe quel &#171; gouvernement du peuple par lui-m&#234;me &#187;, mais souligne Marx &#171; le peuple agissant pour lui-m&#234;me et par lui-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., premier essai de r&#233;daction, p. 192.&#034; id=&#034;nh3-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, elle est la forme politique de l'&#233;mancipation du travail : une forme politique ajust&#233;e &#224; son contenu social, au moins potentiel. Cette &#233;mancipation dont Marx d&#233;crit les premi&#232;res mesures ; ce contenu social dont il pr&#233;sente la forme comme une libre f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives. Ce dernier point me semble le plus important : ce qui fait la force de l'analyse de Marx, c'est qu'il essaie dans ce texte (et pour la premi&#232;re fois) de penser &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; la forme ad&#233;quate de la domination politique de la classe ouvri&#232;re et la forme ad&#233;quate de son &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on tenir pour &#233;quivalentes l'exp&#233;rience de la 1&#232;re R&#233;publique et l'exp&#233;rience de la Commune ? Il existe de s&#233;rieuses raisons d'en douter. Mais ce qui est certain (&#224; mes yeux...), c'est que le soubassement th&#233;orique de la r&#233;flexion d'Engels est en retrait par rapport aux aspects les plus f&#233;conds du texte de Marx, en d&#233;pit de la dialectique illusoire qui le menace de caducit&#233;. En tout cas la r&#233;flexion d'Engels sur les formes de la dictature du prol&#233;tariat ne repose pas sur des fondements assur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.3. Une &#233;nigme r&#233;solue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'en convaincre ais&#233;ment quand on constate que, non seulement l' &#171; innovation audacieuse &#187; de 1891 ne r&#232;gle pas compl&#232;tement la question, mais surtout qu'elle n'exclut pas les r&#233;gressions ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Elle ne r&#232;gle pas compl&#232;tement la question&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la pr&#233;tendue forme sp&#233;cifique de la dictature de prol&#233;tariat comme le contenu social auquel elle se rapporte sont fort peu sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Une forme sp&#233;cifique qui l'est fort peu : Engels, dans la &lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;, ne se borne pas &#224; prendre pour r&#233;f&#233;rence la forme de la 1&#232;re R&#233;publique : il tente de d&#233;couvrir la g&#233;n&#233;ralit&#233; de cette forme sp&#233;cifique. Non seulement il se r&#233;f&#232;re &#224; la 1&#232;re R&#233;publique fran&#231;aise et &#224; l'Am&#233;rique qui, selon lui, ont d&#233;montr&#233; &#171; comment on peut se passer de la bureaucratie &#187;, mais confirme cette d&#233;monstration par son extension, comme le &#171; montrent encore aujourd'hui le Canada, l'Australie et les autres colonies anglaises &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme d'Erfurt, &#201;ditions sociales, p. 105.&#034; id=&#034;nh3-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De proche en proche, c'est une version faible de la bureaucratie (limit&#233;e aux autorit&#233;s qui &#233;manent du gouvernement central) et donc de la d&#233;bureaucratisation qu'Engels est amen&#233; &#224; pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si Engels prend soin de distinguer la R&#233;publique d&#233;mocratique contemporaine de la &#171; grande R&#233;volution fran&#231;aise &#187; et la &#171; R&#233;publique fran&#231;aise d'aujourd'hui &#187; - &#171; l'Empire sans empereur &#187; -, il pr&#233;sente cependant cette derni&#232;re comme la forme la plus favorable &#224; une transition pacifique et graduelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme d'Erfurt, op.cit., p. 105 et 101.&#034; id=&#034;nh3-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce n'est plus le contenu de la d&#233;bureaucratisation, mais son processus qui tend &#224; perdre toute sp&#233;cificit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un contenu sp&#233;cifique qui l'est fort peu : Engels n'h&#233;site pas &#224; pr&#233;senter la 1&#232;re R&#233;publique (au m&#234;me titre que la Commune) comme la forme sp&#233;cifique de la dictature du prol&#233;tariat. Sans doute, cette id&#233;e n'est-elle pas totalement nouvelle, ainsi que tu le rappelles, sous la plume d'Engels. Mais elle est historiquement et th&#233;oriquement fort douteuse et, en tout cas, fort co&#251;teuse. La domination &#233;ph&#233;m&#232;re de la Montagne et l'incursion, plus fragile encore, des &#171; sans-culottes &#187; ne livrent quand m&#234;me pas le contenu socio-politique d'une forme qui a pr&#233;valu plus longtemps. En tout cas, &#224; la diff&#233;rence notable de la Commune de Paris, ce n'est pas cette forme m&#234;me qui se pr&#233;sentait comme la forme de l'&#233;mancipation du travail ! Que dire alors de cette forme qui transcende &#224; ce point tout contenu socio-politique sp&#233;cifique que l'on peut la rep&#233;rer, en dehors de tout processus r&#233;volutionnaire, dans les R&#233;publiques constitu&#233;es du monde anglo-saxon o&#249; elles sont les formes de l'exploitation du travail et de l'oppression des peuples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Elle n'exclut pas les r&#233;gressions&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive ainsi qu'Engels laisse entendre que le prol&#233;tariat peut exercer sa domination sans briser si peu que ce soit l'ancien appareil d'&#201;tat et/ou que la domination politique du prol&#233;tariat trouvera n&#233;cessairement sa forme : Ou il s'emparera d'une forme toute faite, ou il d&#233;couvrira une forme promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la forme toute faite : &#171; La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique &lt;i&gt;toute faite&lt;/i&gt; pour la faite pour la domination du prol&#233;tariat &#187; (p. 147). Tu n'esquives pas la difficult&#233;. Mais cet &#233;loge de la IIIe R&#233;publique est pour le moins &#233;tonnant. Tu opposes, &#224; juste titre, ce texte &#224; la formulation de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, mais ton commentaire me semble &#224; peine moins &#171; laxiste &#187; que le texte de la lettre (p. 148-149) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la forme promise : &#171; la nuova sotanza, la nuova idea si creera da stessa la forma et la produrra dal proprio fondo &#187;. (p. 156 et 388), selon l'affirmation de Bovio qu'Engels reprend &#224; son compte. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la r&#233;ponse d'Engels &#224; Giovanni Bovio (un texte que tu m'as fait d&#233;couvrir&#8230;) est un mod&#232;le de r&#233;ponse &#8230; &#224; c&#244;t&#233; de la question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette fa&#231;on d'&#233;luder la question pos&#233;e ressemble d'ailleurs beaucoup &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je crois qu'il faut &#234;tre plus s&#233;v&#232;re (th&#233;oriquement, s'entend) que tu ne l'es (p. 155-157) quand tu fais &#233;tat d' &#171; une certaine insatisfaction &#187; : les motifs que tu invoques (et que je partage) nous renvoient, une fois encore aux embard&#233;es d'une critique de l'utopie qui se pr&#233;vaut d'une conception de l'histoire irrecevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion provisoire&lt;/i&gt; - Il n'est que partiellement vrai que &#171; dans les derni&#232;res ann&#233;es du si&#232;cle, Engels red&#233;couvre l'importance de la forme, en politique tout particuli&#232;rement &#187; (p. 344).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce qu'il n'est pas s&#251;r que cette d&#233;couverte soit vraiment une red&#233;couverte : cela supposerait que dans une p&#233;riode ant&#233;rieure cette r&#233;flexion sur les formes (&#224; l'exception remarquable de la Commune de Paris) ait &#233;t&#233; amorc&#233;e. C'est encore ce que tu laisses entendre quand tu dis qu'ils transforment profond&#233;ment leur th&#233;orie de la forme &#233;tatique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat (p. 126) : ce n'est, &#224; la rigueur admissible, que si l'on consid&#232;re que le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; et les textes qui l'entourent proposaient avec la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie une v&#233;ritable th&#233;orie de la forme &#233;tatique n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parce qu'il n'est pas s&#251;r qu'elle se fonde sur un bilan compl&#232;tement satisfaisant des racines th&#233;oriques des n&#233;gligences ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* La question cruciale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui en derni&#232;re analyse - et par-del&#224; les motifs d&#233;j&#224; invoqu&#233;s - fait probl&#232;me ? C'est, me semble-t-il, que la forme politique de la domination du prol&#233;tariat est ou devrait &#234;tre en m&#234;me temps la forme politique de son &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle forme de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) peut &#234;tre une forme d'&lt;i&gt;&#233;mancipation &lt;/i&gt;(sociale) ? &#192; cette question l'histoire ne r&#233;pond pas, car l'histoire est muette. Et elle restera en d&#233;pit de toutes nos tentatives de la faire bavarder sans recours &#224; la th&#233;orie. En revanche, les voies d&#233;sastreuses emprunt&#233;es par l'histoire relancent, comme le montre ton bouquin, nos interrogations. Voici celles par lesquelles je termine ici : Pourquoi Marx et Engels ne parviennent-ils pas &#224; poser dans leur juste rapport la question du contenu et des formes de la R&#233;volution sociale et la question (seconde) de ses moyens ? Pourquoi Marx et Engels ne sont-ils pas parvenus &#224; penser &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; les formes politiques et les formes sociales de l'&#233;mancipation ? N'est-ce pas parce qu'il y a quelque chose qui cloche dans leur fa&#231;on m&#234;me de poser et d'aborder ces questions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PS&lt;/strong&gt; (2022&lt;/strong&gt; : Jacques Texier est d&#233;c&#233;d&#233; le 13 janvier 2011. Je veux dire ici, par-del&#224; la qualit&#233; de son activit&#233; th&#233;orique, quel amical interlocuteur il fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;source&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; &lt;/source&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment &#224;&lt;i&gt; Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels.&lt;/i&gt; Ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution : Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actuel Marx Confrontation, PUF, 1998 (existe d&#233;sormais au format Kindlel). Je renvoie en g&#233;n&#233;ral aux pages correspondantes, m&#234;me quand il s'agit de textes de Marx et Engels. &#192; quelques exceptions pr&#232;s qui, sauf indication contraire, se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parues aux &#201;ditions sociales..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand je dis Marx, j'entends bien, comme toi, Marx-Engels. Les ambigu&#239;t&#233;s ou les contradictions qui percent ou s'affichent dans leurs propos ne peuvent pas &#234;tre mis au compte d'une divergence majeure entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Auxquelles je me permets de te renvoyer - m&#234;me si je ne suis plus tout &#224; fait d'accord avec moi-m&#234;me - , ne serait-ce que pour all&#233;ger ce texte d&#233;j&#224; fort long&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994 ; &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1995. Abr&#233;viations : respectivement, &lt;i&gt;Cong&#233;dier&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions sociales, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx-Engels, Correspondance, t. 1, &#201;ditions sociales,1978, p. 290-296.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut cependant retenir les caract&#232;res sont ceux que tu recenses p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 24, 32-46, 54-57. Sur le r&#244;le du suffrage universel dans la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants : note 4, p. 15, 22, 25, 309-316.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx Engels, Correspondance, t.1 &#233;ditions sociales, , 1978, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Correspondance t.1, op.cit., p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;Sur la question des conditions du suffrage universel, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 22, 67-73 + notes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels, &#171; Les communistes et K. Heinzen &#187;, 3 et 4 octobre 1847 (que Texier traduit et cite partiellement p. 38-39).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que Texier cite p. 44-45 et p.304.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi la question des formes de domination politique du prol&#233;tariat ne peut pas &#234;tre correctement pos&#233;e si on ne l&#232;ve pas l'&#233;quivoque qui p&#232;se sur la n&#233;cessit&#233; des institutions d&#233;mocratiques : s'agit-il des conditions les plus favorables &#224; la domination politique du prol&#233;tariat &#8230;(p.69) ou des conditions qui la rendent in&#233;luctable (sans m&#234;me qu'il soit souhaitable d'en penser et d'en transformer les formes) ? Telle est l'ambigu&#239;t&#233; majeure du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; (et des textes qui l'entourent).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les chartistes &#187;, &lt;i&gt;New York Daily Tribune&lt;/i&gt;,, 25 ao&#251;t 1852. Cit&#233; par Texier p.22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la r&#233;volution permanente, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 16, 17, 46-48, 319-323.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la dictature du prol&#233;tariat, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p.16, 17-18, 85, 325-326&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le flou qui r&#232;gne ici dans l'&#339;uvre de Marx et Engels n'a rien d'artistique, d'autant qu'il s'accro&#238;t quand on tente de le dissiper en s'appuyant sur la distinction entre le continent et le monde anglo-saxon (comme tu le signales, notamment p. 22).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut lire dans ton livre des exemples de cette dualit&#233; des &#233;nonc&#233;s entre l'indispensable et l'in&#233;luctable, voir respectivement p. 23 d'une part et p. 22, 39, 45. Voir &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; pp. 231-232 (et Antoine Artous , &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique, &lt;/i&gt;&#233;ditions Syllepse, p. 277-278).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les anticipations utopiques, &lt;i&gt;Cong&#233;dier&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit. ,&lt;/i&gt;pp. 145-167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le &#171; court-circuit &#187; op&#233;r&#233; par Marx dans sa critique de l'invention et sur ses cons&#233;quences : &lt;i&gt;Cong&#233;dier, op.cit.,&lt;/i&gt; p.196 et &lt;i&gt;Convoiter, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 339-341. Curieusement, la notion m&#234;me d'invention revient avec insistance sous ta plume, alors que Marx la r&#233;cuse. D'abord, quand tu &#233;voques, &#224; propos des innovations politiques d'Engels, l'invention d'une nouvelle tactique (p. 102, 103, 104) ; ensuite quand tu &#233;voques l'invention des formes politiques (p. 124, 163, 164). Je crois que, malgr&#233; Marx, Texier a raison&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tu mentionnes toi-m&#234;me deux des textes o&#249; le refus de l'anticipation semble porter trop loin (p. 19-20), mais je ne comprends pas quelles cons&#233;quences tu en tires exactement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; J'ai beaucoup donn&#233; &#171; , comme dirait notre ami Artous, pour relever et analyser cette &#233;quivoque et ses cons&#233;quences. Sur l'&#233;quivoque elle-m&#234;me voir par ex. &lt;i&gt;Convoiter,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 151-182. Tu rel&#232;ves toi-m&#234;me (ce n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres du r&#244;le attribu&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; historique), que le finalisme historique que pr&#233;suppose l'id&#233;e d'une classe in&#233;luctablement conduite &#224; remplir une mission conforme &#224; son essence mine le discours de Marx et Engels. (p. 70-71, p. 86-87). Comme preuve &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, d'une &#233;quivoque (qui existe chez Marx lui-m&#234;me), le texte remarquable d'Engels (que tu m'as fait conna&#238;tre) o&#249; il tente de la lever &#8211; parce qu'il en mesure les effets politiquement d&#233;sastreux - &#224; propos des tendances n&#233;cessaires de l'histoire (p. 75-82)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels, &#171; Le socialisme en Allemagne &#187;, 1892, article que Texier analyse pages 153-163. La citation de Bovio figure p. 156 et p. 388.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 249-252.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter, &lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit. ,&lt;/i&gt;p. 252-254&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 254-256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France 1871&lt;/i&gt;, Editions sociales, 1972. Cette &#233;dition est &#171; accompagn&#233;e des travaux pr&#233;paratoires de Marx &#187; et donc des deux essais de r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 209-210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 257, C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 39. C'est moi qui souligne..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour faire bonne mesure, la confrontation avec le texte de 1847 montre que l'on peut justifier l'existence d'une dictature du prol&#233;tariat sous la 1&#232;re R&#233;publique, tant&#244;t par la centralisation &#224; laquelle elle aurait eu recours (1847), tant&#244;t par la d&#233;centralisation (1891). Tu rel&#232;ves les textes correspondants, sans relever l'&#233;tonnante plasticit&#233; de l'interpr&#233;tation qui reste la m&#234;me sous des signes totalement oppos&#233;s. Comment d&#232;s lors affirmer qu'Engels &#171; ne fait que reprendre une vieille id&#233;e &#187; ? (p. 133).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France, op.cit.,&lt;/i&gt; premier essai de r&#233;daction, p. 208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; deuxi&#232;me essai de r&#233;daction, p. 256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., premier essai de r&#233;daction&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 105 et 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette fa&#231;on d'&#233;luder la question pos&#233;e ressemble d'ailleurs beaucoup &#224; la r&#233;ponse du m&#234;me Engels sur le sens de la dialectique de la n&#233;gation de la n&#233;gation expos&#233;e dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; : dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;ring,&lt;/i&gt; il multiplie les tentatives d'explications qui finissent par s'annuler&#8230;C'est du moins ce que je crois : &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 176-180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html</guid>
		<dc:date>2022-06-09T05:40:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-domination-politique-la-dictature-du-proletariat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-le-deperissement-de-l-Etat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L100xH150/arton71-b2c51.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;Emancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir en fin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Syllepse, 1999. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;Cher Tony, &lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu ton livre (dont je mentionne les pages entre parenth&#232;ses) en m'imposant les m&#234;mes &#171; r&#232;gles &#187; que celles que j'ai &#233;voqu&#233;es en pr&#233;ambule du texte que j'ai consacr&#233; au livre de Jacques Texier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici-m&#234;me&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : engager une discussion sans pr&#233;juger d'&#233;ventuelles divergences politiques ; mettre mes fragments d'analyse &#224; l'&#233;preuve des tiens (et r&#233;ciproquement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il existe des recoupements avec les th&#232;mes abord&#233;s &#224; l'occasion de la discussion du livre de Texier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je n'y reviens que pour r&#233;sumer mon propos ant&#233;rieur, pr&#233;ciser ou compl&#233;ter. J'ajoute que j'ai choisi de discuter ton bouquin en me limitant &#224; la fin et en ne convoquant ce qui pr&#233;c&#232;de que dans la mesure o&#249; tu le r&#233;investis dans la quatri&#232;me partie : au-del&#224; du capitalisme. J'ai parfois compl&#233;t&#233; par des remarques sur tes autres contributions : &#171; Emancipation sociale et formes politiques. Quelques &#233;l&#233;ments pour poursuivre la discussions &#187; (ESFP) et &#171; Sur la repr&#233;sentation politique &#187; (SRP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Pr&#233;ambule : histoire et strat&#233;gie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du capitalisme : le communisme. Comment atteindre cet &#171; au-del&#224; &#187; ? Marx - je commence par des banalit&#233;s- tente de fonder l'encha&#238;nement de multiples n&#233;cessit&#233;s : n&#233;cessit&#233; de la lutte politique de classes, n&#233;cessit&#233; de la conqu&#234;te politique du pouvoir, n&#233;cessit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat, n&#233;cessit&#233; de la transition au communisme, n&#233;cessit&#233; de deux phases du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quelles n&#233;cessit&#233;s s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes apparemment d'accord, pour reprendre tes propres termes, sur l'existence d'une &#171; tendance &#224; dissoudre le moment strat&#233;gique dans le simple d&#233;voilement d'une n&#233;cessit&#233; historique &#187; (ESFP)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est aux &#233;quivoques des &#233;nonc&#233;s de Marx sur la n&#233;cessit&#233; historique que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et cela vaut aussi bien pour la transformation de la lutte &#233;conomique en lutte politique que pour la poursuite de la lutte des classes jusqu'&#224; la dictature du prol&#233;tariat et pour la p&#233;riode de transition que couvre cette dictature. Quelques remarques compl&#233;mentaires cependant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la lutte politique de classes. Tu soutiens qu'il existe chez Marx un &#171; changement de statut de la lutte politique &#187;. J'avoue ne pas percevoir ce changement. Il me semble qu'il faut distinguer deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la question de la lutte pour l'&#233;mancipation politique qui, depuis la lettre &#224; Ruge de septembre 1843 ou &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt; au moins, est toujours pr&#233;sent&#233;e par Marx comme un moment n&#233;cessaire de la lutte pour l'&#233;mancipation sociale, alors que l'&#233;mancipation politique est comprise comme une forme inachev&#233;e de l'&#233;mancipation humaine ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la question de la lutte politique pour la conqu&#234;te du pouvoir qui, depuis les &lt;i&gt;Gloses marginales critiques sur l'article de Ruge&lt;/i&gt;, est comprise comme un &#171; moment constitutif &#187;, pour reprendre ta propre expression, de la lutte pour l'&#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux aspects sont &#233;troitement li&#233;s, sans qu'il y ait, du moins &#224; mes yeux, le moindre &#171; changement de statut de la lutte politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution permanente et de la dictature du prol&#233;tariat. Tu commences par &#233;tablir que le concept de dictature du prol&#233;tariat d&#233;signe un objectif strat&#233;gique et que le concept de r&#233;volution permanente (provisoirement associ&#233; au pr&#233;c&#233;dent) d&#233;signe un processus historique (p. 277-280). On peut douter d'un tel d&#233;doublement. Je crois au contraire que la port&#233;e strat&#233;gique du concept de dictature du prol&#233;tariat est lourdement grev&#233;e par sa pr&#233;sentation comme issue in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la transition (sous dictature du prol&#233;tariat). Tu ne te prononces pas directement sur cette question, mais je crois n&#233;cessaire de pr&#233;ciser deux points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Marx n'&#233;voque qu'une seule transition : la transition au communisme pour lequel il distingue deux phases. Mais la premi&#232;re phase est d&#233;j&#224; communiste. Ce n'est pas une simple querelle de mots (transition, phase) mais une question de fond. La th&#233;orie de la double transition, en particulier quand on isole sous le nom de socialisme une &#233;tape interm&#233;diaire dot&#233;e de caract&#232;res stables (et de surcro&#238;t r&#233;alisable dans un seul pays) est une &#171; innovation &#187; th&#233;orique fort dangereuse.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Marx est fort discret sur les t&#226;ches politiques sp&#233;cifiques de cette phase de transition. Sans doute parce que la n&#233;cessit&#233; historique se porte garant de leur accomplissement. Si la transition est une transition vers la premi&#232;re phase du communisme, c'est le communisme de cette premi&#232;re phase qui comme vis&#233;e strat&#233;gique (et non comme fatalit&#233; historique, une fois encore) doit orienter la transition. Acceptons avec Marx et Engels d'&#234;tre prudents sur les recettes destin&#233;es aux marmites de l'avenir : on peut au moins indiquer quels plats on envisage de faire cuire. Acceptons, avec Marx et Engels, de laisser l'histoire ouverte aux al&#233;as et aux circonstances : on peut au moins indiquer &#224; quoi les circonstances peuvent &#234;tre favorables ou d&#233;favorables et, pour faire face aux obstacles, quels projets ces obstacles peuvent compromettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que la domination politique du prol&#233;tariat doive compter avec ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une transition aveugle sur son but immanent ne rendrait gu&#232;re tr&#232;s lucide : ne resteraient que des tactiques sans strat&#233;gie, au mieux borgnes, au pire aveugles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re remarque pr&#233;alable : L&#233;nine, plus que tout autre, s'est efforc&#233; de donner une consistance strat&#233;gique aux indications de Marx sur le parti communiste, la lutte politique, la dictature du prol&#233;tariat, la socialisation de la production, la transition au communisme. Ce qui ne signifie nullement &#8211; cela devrait aller de soi &#8211; que cette strat&#233;gie ait &#233;t&#233; ad&#233;quate. Mais de quels outils disposons-nous pour en juger ? Evidemment pas d'un code de proc&#233;dure mis &#224; la disposition du tribunal de l'histoire que l'on &#233;rige &#224; la h&#226;te une fois la d&#233;faite av&#233;r&#233;e. Une strat&#233;gie ad&#233;quate n'est pas n&#233;cessairement une strat&#233;gie victorieuse. Encore faut-il, en revanche, tenter d'&#233;valuer en quoi et comment une strat&#233;gie peut concourir &#224; la d&#233;faite de ceux qui la mettent en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc &#224; examiner - en reprenant le fil de ton livre - ce qui se passe au-del&#224; de la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Retours sur la dictature de prol&#233;tariat et d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Sur la Commune et la dictature du prol&#233;tariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir retenu l'interpr&#233;tation strat&#233;gique de la dictature du prol&#233;tariat qui est, en d&#233;pit des ambigu&#239;t&#233;s des textes de Marx, la seule recevable, tu passes directement &#224; l'examen de la port&#233;e de l'analyse marxienne de la Commune comme &#171; nouvelle forme de repr&#233;sentation du corps social &#187; (p. 280-285, r&#233;sum&#233; dans SRP, p. 10-11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Sur la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historicit&#233; de &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; une fois reconnue, tu fais valoir, &#224; son propos, deux n&#233;gligences des commentateurs :&lt;br class='manualbr' /&gt;- la n&#233;gligence de la &#171; nature de la structure territoriale de base &#187; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la n&#233;gligence du &#171; nouveau mode de repr&#233;sentation politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point s'&#233;claire par le second qui est d'abord mis en discussion. Tu soutiens que la Commune n'est pas seulement une forme d'auto-administration d&#233;centralis&#233;e (comme la R&#233;publique girondine ou le &#171; self-government &#187; anglais), mais une &#171; r&#233;organisation de l'espace socio-politique &#224; travers une nouvelle forme de repr&#233;sentation du corps social &#187; (p. 281-282). Ainsi, la critique de l'ind&#233;pendance de l'&#201;tat n'est pas seulement une critique de l'excroissance bureaucratique, mais aussi une critique de la repr&#233;sentation politique moderne. Mais, sur ce dernier versant, les le&#231;ons de la Commune ont pour effet ou pour r&#233;sultat, non d'esquisser une forme de d&#233;mocratie directe, mais de d&#233;tecter un nouveau mode de repr&#233;sentation (p. 282)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels en sont, de ce point de vue et selon toi, les principaux caract&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord, ce &#171; gouvernement de la classe ouvri&#232;re &#187; repose sur &#171; une base territoriale unifi&#233;e socialement &#187;. La cons&#233;quence, pour toi, est imm&#233;diate : l'espace d&#233;fini par l'exercice du suffrage universel reposant sur cette homog&#233;n&#233;it&#233; sociale est d'embl&#233;e en rupture avec l'abstraction politique moderne. (p. 282-283) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, ce nouveau mode de repr&#233;sentation prend la forme d'un syst&#232;me pyramidal qui permet, selon des modalit&#233;s sp&#233;cifiques, d' &#171; assurer la pr&#233;sence de l'unit&#233; socio-politique de base en tant que telle dans le mouvement de la repr&#233;sentation, au sein de la pyramide elle-m&#234;me &#187;, notamment par l'exercice du mandat imp&#233;ratif (p. 283).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai, comme tu le soulignes, que la structure pyramidale de la repr&#233;sentation que Marx &#233;voque dans son analyse de la Commune n'a gu&#232;re attir&#233; l'attention des commentateurs. Mais ton interpr&#233;tation ne me para&#238;t pas compl&#232;tement satisfaisante. Pour deux ordres de raison :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier motif d'insatisfaction : tu pr&#234;tes &#224; Marx des arguments et des conceptions qui me semblent &#233;trangers &#224; son texte et &#224; sa d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Il est vrai que la Commune est une forme politique territoriale. Mais Marx ne dit nulle part que si elle constitue une forme ad&#233;quate &#224; l'&#233;mancipation du travail, c'est parce qu'elle repose sur une base sociale homog&#232;ne ou relativement homog&#232;ne. C'est peut &#234;tre un fait. Mais ce fait n'est pas invoqu&#233; comme tel (voir SRP, p. 11).&lt;br class='manualbr' /&gt;- Il est vrai que la Commune est une forme politique qui contribue &#224; r&#233;sorber la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat. Mais il me semble que l'id&#233;e d'un &#171; encastrement du politique dans le social &#187; est &#233;trang&#232;re &#224; Marx et, en tout cas, fort &#233;quivoque. Ce que tu vises ainsi serait plus rigoureusement exprim&#233;, me semble-t-il, sous la forme suivante : la repr&#233;sentation n'est plus la repr&#233;sentation abstraite (obtenue par abstraction) des individus isol&#233;s (et domin&#233;s) de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise, mais la repr&#233;sentation concr&#232;te des producteurs associ&#233;s. Ou du moins tend &#224; le devenir, d&#232;s lors que la soci&#233;t&#233; devient une soci&#233;t&#233; o&#249; tous sont producteurs et, &#224; ce titre, &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me motif d'insatisfaction : ta pr&#233;sentation de la rupture introduite/rep&#233;r&#233;e par Marx ne me para&#238;t pas aussi claire que tu le dis. Je crois qu'il faut distinguer deux fils dans ton argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; suivre le premier, la rupture se situerait essentiellement au niveau de &lt;i&gt;la forme politique de la repr&#233;sentation&lt;/i&gt; : la structure pyramidale du pouvoir. Tu pr&#233;sentes la forme du f&#233;d&#233;ralisme de la Commune telle que Marx l'analyse comme une &#171; rupture avec la repr&#233;sentation politique moderne &#187;. (Voir &#233;galement SRP, p. 5-7, 10-11). La structure pyramidale du pouvoir, dont seul le premier &#233;chelon repose sur l'&#233;lection au suffrage universel, est en rupture avec les formes historiquement prises avec la repr&#233;sentation politique moderne. Si cette structure pyramidale fait probl&#232;me, ce n'est pas seulement en raison du sort limit&#233; qu'elle r&#233;serve au suffrage direct, mais surtout parce que la rupture fondamentale ne se situe pas &#224; ce seul niveau, mais dans l'articulation les formes de la domination politiques appel&#233;es &#224; devenir le &#171; pouvoir public &#187; des producteurs associ&#233;s et les formes de socialisation, essentiellement coop&#233;ratives, appel&#233;es &#224; r&#233;aliser l'association des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_- &#192; suivre le second fil de ton argumentation, en revanche, la rupture se situerait pr&#233;cis&#233;ment au niveau du &lt;i&gt;contenu social de l'&#233;mancipation&lt;/i&gt; (et donc de la &#171; repr&#233;sentation &#187;) : l'association des producteurs, pr&#233;cis&#233;ment. La rupture consiste alors dans le fait, comme tu l'&#233;cris dans une de tes contributions (SRP p. 5-7), que la &#171; repr&#233;sentation directe &#187; du social &lt;i&gt;se traduit, entre autres&lt;/i&gt;, par la structure pyramidale du pouvoir &#187; (soulign&#233; par moi). Mais, justement, ce que Marx n'&#233;claire pas, c'est le rapport qui existe entre la Commune et les coop&#233;ratives, entre la f&#233;d&#233;ration des communes de bases et la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives, entre la forme du pouvoir public et la forme de l'appropriation sociale. S'agit-il d'une seule et m&#234;me forme, comme le pr&#233;conise le mutuellisme proudhonien que tu invoques &#224; ce propos ? Ou s'agit-il de formes distinctes, comme on peut le penser d&#232;s lors que le pouvoir public n'a pas seulement pour fonction de coordonner la production et la r&#233;partition et d'absorber, du niveau local au niveau international, la mise en &#339;uvre de la production socialis&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il ne me semble pas que l'essentiel de la rupture tienne &#224; la forme de repr&#233;sentation adopt&#233;e ou trouv&#233;e. La rupture avec la repr&#233;sentation politique d&#233;pend de son rapport avec l'association des producteurs. Autrement dit, quand la repr&#233;sentation est reconduite &#224; un pr&#233;suppos&#233; social nouveau, elle change de sens et devient simple proc&#233;dure : la repr&#233;sentation politique fait place &#224; la d&#233;l&#233;gation contr&#244;l&#233;e. Voir plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'analyse de Marx laisse ouvertes plusieurs questions et notamment celles-ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La domination politique du prol&#233;tariat doit-elle se passer du suffrage universel ? Autrement dit, doit-elle r&#233;server le droit de vote aux seuls producteurs ? La question est d'importance, car il ne revient pas au m&#234;me de pr&#233;senter la limitation du droit de suffrage et d'&#233;ligibilit&#233; comme une mesure d'exception (dict&#233;e par les exigences de la lutte contre les repr&#233;sentants des anciennes classes dominantes) ou d'une mesure de transition (adopt&#233;e pour reconduire d'embl&#233;e l'&#233;lection &#224; un statut de producteur &#224; vocation universelle) : ce qui me para&#238;t pour le moins fort p&#233;rilleux. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Les formes politiques de la domination du prol&#233;tariat doivent-elles &#234;tre identiques aux formes de son &#233;mancipation sociale ? En d'autres termes, les formes communales-r&#233;publicaines sont-elles ou non distinctes des formes coop&#233;ratives ? Le pouvoir public en g&#233;n&#233;ral se confond-il avec l'association de producteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu poursuis ton travail de d&#233;chiffrement, en soulignant que l'analyse de Marx, en d&#233;pit de la rupture qu'elle introduit avec &#171; la probl&#233;matique moderne de la repr&#233;sentation politique &#187;, va conna&#238;tre un &#171; destin peu compr&#233;hensible &#187;, dont t&#233;moigne l'&#233;volution d'Engels (p. 283-284). Reste alors &#224; examiner les &#171; suites &#187; au sein de la 2e Internationale et dans l'&#339;uvre de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. De Marx &#224; L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu tentes alors d'&#233;clairer par les circonstances historiques le sort que L&#233;nine r&#233;serve au texte de Marx : L&#233;nine &#171; ne rend pas compte de ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; du syst&#232;me de repr&#233;sentation d&#233;crit pas Marx &#187;. Sa lecture rel&#232;ve de &#171; ce que l'on pourrait appeler un radicalisme d&#233;mocratique &#187;. (p. 285-287). Mais, second volet de cette lecture, L&#233;nine comprend les fonctions de l'&#201;tat comme des fonctions &#233;conomiques qui ne prennent pas en compte l'existence du despotisme d'usine. (p. 287-288).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tu examines les particularit&#233;s du pouvoir des soviets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le syst&#232;me des soviets, voir &#233;galement SRP, p. 7, 11-12.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (&#8230;) Parenth&#232;ses, pour marquer l'inach&#232;vement, et non la d&#233;robade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Sur le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, je ne suis pas rigoureusement l'ordre de ton expos&#233;.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;matique du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat - de l'&#201;tat politique ou &#201;tat de classe, de l'&#201;tat politique s&#233;par&#233; ou &#201;tat de la bourgeoisie - est une th&#233;matique constante dans l'&#339;uvre de Marx. Condition et cons&#233;quence de l'&#233;mancipation humaine, ce d&#233;p&#233;rissement d&#233;signe un processus dont l'abolition de l'&#201;tat serait la cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Un point aveugle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat est &#224; la fois un point focal et un point aveugle. Tu soutiens qu'il s'agit surtout d'un point aveugle. Et tu recours, sauf erreur de ma part, &#224; deux arguments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le premier argument repose sur la structure th&#233;orique de l'argumentation : en recourant &#224; une analyse transhistorique de l'&#201;tat, Marx et Engels manqueraient - au moins partiellement - ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; de l'&#201;tat moderne et donc, si je t'ai bien compris, ce qui est ind&#233;passable dans cet &#201;tat.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le second argument repose sur une contradiction majeure de l'argumentation : le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat pr&#233;sent&#233; comme &#233;quivalent au passage du gouvernement des hommes &#224; l'administration des choses serait technocratique et passerait par pertes et profit l'analyse du despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point, je crois que la perspective transhistorique fait effectivement probl&#232;me : moins peut-&#234;tre parce qu'elle tend &#224; dissoudre l'analyse sp&#233;cifique de l'&#201;tat moderne, mais surtout parce qu'elle pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233; du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat comme un r&#233;sultat n&#233;cessaire, dans le cadre d'une analyse qui conjoint une n&#233;cessit&#233; logique (si l'&#201;tat est n&#233; de la division de la soci&#233;t&#233; en classe, la suppression de cette division engendre logiquement la disparition de l'&#201;tat) et une n&#233;cessit&#233; dialectique o&#249; se lit une version affaiblie de la dialectique de la n&#233;gation et de sa n&#233;gation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les effets de la &#171; &#171; th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat &#187;, pour reprendre son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tout cas, je souscris &#224; la question que tu poses : comment comprendre le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat, non en fonction d'une approche transhistorique (et tautologique) sur l'&#201;tat et l'existence des classes, mais en fonction &#171; des tendances et contradictions pr&#233;sentes au sein m&#234;me du capitalisme &#187; (p. 295). ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second point, je crois &#233;galement que l'on ne peut que souscrire &#224; ton argumentation s'agissant de la p&#233;nombre technocratique qui enveloppe l'id&#233;e d'une administration des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quand &#171; le pouvoir public perd son caract&#232;re politique &#187;, cela ne saurait impliquer, en toute rigueur, qu'il &#171; fait place &#224; l'administration des choses &#187; ou &#224; &#171; l'administration de la production &#187; (p. 291-292)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quand la coop&#233;rative assure partiellement la rel&#232;ve de la repr&#233;sentation, il devient indispensable de prendre en compte les effets de la division du travail ? (p. 292-293).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai simplement qu'il me semble que l'on peut radicaliser ton analyse. Ce qui n'est pas pens&#233; dans le processus de d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat, c'est non seulement son rapport avec le d&#233;p&#233;rissement du despotisme d'usine, mais &#233;galement avec l'ensemble des rapports et des techniques de pouvoir qui sous-tendent l'existence de l'&#201;tat et son r&#244;le (et qui menacent pas cons&#233;quent de reconduire les rapports de domination). L'apport de Foucault sur ce point est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, c'est au rapport entre la forme de la domination politique appel&#233;e &#224; se transformer en pouvoir public et la forme de l'&#233;mancipation appel&#233;e &#224; se r&#233;aliser en association des producteurs que nous sommes renvoy&#233;s. &#192; ce titre, m&#234;me si je ne suis pas totalement convaincu par ta pr&#233;sentation, il faut reprendre ta comparaison des formulations divergentes de Marx et Engels : entre celles qui reposent sur &#171; l'&#233;quivalence entre &#233;tatisation et disparition de l'&#201;tat &#187; et celles qui distinguent la r&#233;organisation sur une base locale (les coop&#233;ratives) et &#171; la centralisation des moyens de production &#187; (p. 294-295).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est cette reprise que je propose dans l' &#171; essai &#187; qui suit cette lecture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, comme dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent, tu examines les &#171; suites &#187; de la question du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat chez L&#233;nine et dans la r&#233;volution russe (p. 297-309). (&#8230;) Parenth&#232;ses, pour marquer l'inach&#232;vement, et non la d&#233;robade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question d&#233;cisive : faut-il, en raison des obscurit&#233;s de la perspective du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat (et de son renversement d&#233;sastreux dans le cours de la r&#233;volution russe) renoncer &#224; cette perspective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Un point focal &#8211; Clarification pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx nous a laiss&#233; en h&#233;ritage et surtout en jach&#232;re des analyses et des concepts inachev&#233;es, &#233;quivoques et parfois peu acceptables. &#192; nous de poursuivre, de remettre en culture et de faire le tri. Mais ce travail se heurte d'embl&#233;e &#224; une difficult&#233;, somme toute banale, qui est cependant la source des plus grandes confusions : faire la part entre le vocabulaire et les concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vocabulaire de Marx est parfois devenu pour nous peu utilisable, alors m&#234;me que les conceptions correspondantes peuvent s'av&#233;rer valides et/ou f&#233;condes. Ainsi, quand Marx distingue &#171; l'&#201;tat politique &#187; (ou, plus bri&#232;vement encore, l'&#201;tat) et le &#171; pouvoir public &#187;, nous risquons, &#224; tout moment, de charger ces termes d'un contenu (d'un &#171; d&#233;not&#233; &#187; ou d'un &#171; connot&#233; &#187;, pour faire plus chic) qui alt&#232;re leur concept. Pouvoir &#171; public &#187; laisse penser que son antonyme est un pouvoir ou un espace &#171; priv&#233; &#187;, comme le sont la famille ou la propri&#233;t&#233;, alors que pour Marx ce pouvoir &#171; public &#187; s'oppose d'abord &#224; l'&#201;tat politique et repose sur le d&#233;passement de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise, domin&#233;e par l'int&#233;r&#234;t &#171; priv&#233; &#187;. Mais avec l' &#171; &#201;tat politique &#187;, l'affaire ne se pr&#233;sente pas mieux. Sans l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat sugg&#232;re que la soci&#233;t&#233; est imm&#233;diatement rendue &#224; elle-m&#234;me, dans une parfaite immanence : cette tentation existe chez Marx, mais seulement &#224; l'&#233;tat de (coupable&#8230;) tentation. Avec l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat politique, laisse penser que c'est le politique, comme instance ou pratique de coordination de la vie sociale qui dispara&#238;t : cette tentation qui renvoie cette coordination &#224; une simple administration &#171; des choses &#187; existe chez Marx, mais une fois encore seulement &#224; l'&#233;tat de (coupable&#8230;) tentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant - et c'est le plus important - les conceptions elles-m&#234;mes sont (relativement) claires. L'&#201;tat d&#233;signe l'institution qui exerce des fonctions sociales diverses, mais prises dans le rapport de domination entre les gouvernants et les gouvern&#233;s. &#171; Politique &#187; est l'adjectif qui correspond &#224; ce rapport de domination et le distingue, du moins en droit, des autres relations d'oppression et/ou d'exploitation sociales. Cet &#201;tat ou &#201;tat politique peut cristalliser ou exercer le rapport de domination sous deux formes : sous la forme d'une intrication (voire m&#234;me d'une fusion) entre le rapport de domination politique et les rapports d'oppression sociale, soit sous forme d'une s&#233;paration &#224; la fois entre d'une part les acteurs institutionnels du rapport de domination et le rapport de domination lui-m&#234;me et d'autre part les rapports d'oppression ou d'exploitation proprement sociales : tel est l'&#201;tat politique s&#233;par&#233;, non par parce qu'il existe une institution particuli&#232;re, mais parce que les acteurs du rapport de gouvernement et ce rapport de gouvernement sont s&#233;par&#233;s des acteurs et des rapports d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment garder, quitte &#224; les mettre en discussion, les conceptions sans entretenir la confusion s&#233;mantique ? On pourrait mettre &#231;a aux voix. Je d&#233;cide de fa&#231;on autocratique de garder provisoirement les termes sans perdre de vue les conceptions correspondantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Vers une r&#233;vision ?&lt;/strong&gt; &#8211; C'est que l'ensemble de tes remarques convergent en direction d'une critique et d'une r&#233;vision fondamentales : la n&#233;cessit&#233; de faire droit - contre Marx lui-m&#234;me - &#224; une conception de l'&#201;tat moderne qui permette de repenser les rapports entre d&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Retours sur l'&#201;tat moderne et la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit, guid&#233; par le seul souci de relever d'&#233;ventuelles &#233;quivoques et de v&#233;rifier notre compr&#233;hension r&#233;ciproque, je prends le risque d'adopter une pr&#233;sentation un tantinet &#171; scolaire &#187; (et d'enfoncer peut-&#234;tre des portes ouvertes&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Ali&#233;nation et abstraction politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage (&#224; ma fa&#231;on, bien s&#251;r), quelques arguments fondamentaux de ta lecture du manuscrit de 1843 , dit &#171; manuscrit de Kreuznach &#187; : &lt;i&gt;Critique du droits politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;. Mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. De l &#8216;ali&#233;nation &#224; l'abstraction politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'abstraction politique, dans les premiers textes de Marx, est prise dans une probl&#233;matique de l'ali&#233;nation inspir&#233;e par Feuerbach. Est-ce une raison suffisante pour l'abandonner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Ali&#233;nation et abstraction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait le cas si Marx - comme le laissent penser certains commentateurs - se bornait &#224; reconduire la probl&#233;matique de Feuerbach et pensait l'ali&#233;nation comme un simple produit de l'ali&#233;nation de la conscience et/ou comme un simple ph&#233;nom&#232;ne d&#233;nu&#233; de consistance. Or pour Marx l'ali&#233;nation est comprise d'embl&#233;e comme le processus et le r&#233;sultat du devenir &#233;tranger de l'activit&#233; sociale des sujets r&#233;els, socialement d&#233;finis, et des produits de cette activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ali&#233;nation culmine dans l'abstraction qui caract&#233;rise l'&#201;tat moderne. Mais cette abstraction qui domine les hommes n'est pas une simple fum&#233;e. L'abstraction est pens&#233;e par Marx comme un processus et un r&#233;sultat dot&#233;s d'une efficace qui lui est propre. Du m&#234;me coup, la vie imaginaire du citoyen est une forme de sa vie r&#233;elle. Et cette abstraction r&#233;elle - imaginaire parce qu'elle est r&#233;elle - se v&#233;rifie par les deux traits qui caract&#233;risent l'&#201;tat moderne : la repr&#233;sentation et la bureaucratie. En cons&#233;quence, Marx analyse la repr&#233;sentation politique, non comme une d&#233;l&#233;gation de volont&#233;s individuelles, mais comme une organisation de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise. Une organisation par et dans la s&#233;paration, constitutive - au sens fort - de l'&#201;tat politique moderne. La forme politique d'un contenu. Jusque-l&#224;, il me semble que je me tiens au plus pr&#232;s de ce que tu &#233;cris dans son bouquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose alors est la suivante : Cette s&#233;paration/abstraction peut-elle &#234;tre surmont&#233;e, et comment ? Et, dans la foul&#233;e (si j'ose dire&#8230;), la repr&#233;sentation politique moderne peut-elle &#234;tre /doit-elle &#234;tre abolie ? Si j'ai bien compris, ta r&#233;ponse est la suivante : elle doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e, mais non supprim&#233;e ; le moment de l'abstraction politique doit &#234;tre maintenu et refondu. Et c'est l&#224;, me semble-t-il, que les choses se compliquent. Pourquoi ? Parce que, pour des raisons politiquement compr&#233;hensibles, tu prends le risque d'oublier en cours de route ce que tu exposes toi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Abstraction et abstraction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute mise en &#233;quivalence - dans un rapport d'&#233;galit&#233; et d'in&#233;galit&#233; - repose sur une abstraction pens&#233;e ou r&#233;elle. En ce premier sens, qui est aussi un sens faible, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence des &#234;tres humains en qualit&#233; de citoyens, abstraction faite de toutes leurs particularit&#233;s personnelles et sociales. Les droits politiques &#233;gaux et leur exercice sont la r&#233;alisation de cette abstraction. Leur universalisation, sous la forme notamment du suffrage universel, est l'universalisation de cette abstraction r&#233;elle. En ce sens, il existe un &#171; moment n&#233;cessaire de l'abstraction dans la d&#233;termination de la citoyennet&#233; &#187;. Ou, ce qui revient (presque) au m&#234;me, il est clair que &#171; l'abstraction citoyenne est un moment constitutif de la d&#233;mocratie &#187;. (SRP, p. 8 et p. 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas cette abstraction-l&#224; ou plut&#244;t l'abstraction sous cette forme g&#233;n&#233;rale que vise Marx quand il critique l'abstraction politique : c'est, plus exactement et plus fortement, l'abstraction sous sa forme sp&#233;cifiquement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction politique n'existe comme telle - comme &#233;galisation r&#233;elle, mais abstraite ou comme communaut&#233; r&#233;elle, mais illusoire - que par et dans son opposition avec le pr&#233;suppos&#233; dont elle est issue &#8211; dont l'&#201;tat politique s'abstrait : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf erreur de ma part, l'abstraction n'est pas seulement telle parce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce deuxi&#232;me sens, qui est le sens fort du concept marxien, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence qui s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; &lt;i&gt;et s'oppose &#224; lui&lt;/i&gt;. Elle est proprement politique en raison de la s&#233;paration qui la produit et de la contradiction qui en r&#233;sulte. Le propos de Marx est de d&#233;passer cette contradiction. Elle est proprement politique dans l'exacte mesure o&#249; elle s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; sans l'abolir. Le propos de Marx est de viser &#224; l'abolition du pr&#233;suppos&#233; de l'abstraction, et &lt;i&gt;en ce sens&lt;/i&gt; d'en finir avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, la critique de l'abstraction politique est indissociable de la critique de l'&#233;mancipation politique : ce qui est encore latent dans le manuscrit de 1843 devient explicite dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;. Les limites de l'&#233;mancipation politique sont inscrites dans son incapacit&#233; d'agir sur son pr&#233;suppos&#233;. Mieux : l'&#233;mancipation politique se confond avec le maintien de son pr&#233;suppos&#233;. &#171; C'est parce que l'individu n'est pas libre que la soci&#233;t&#233; s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; cette abstraction d'elle-m&#234;me que constitue l'abstraction politique. Avec l'abrogation politique du cens, non seulement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est pas abolie, elle est elle-m&#234;me pr&#233;suppos&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, &#233;ditions, Aubier, p. 71-77.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'abstraction politique ainsi comprise n'est pas une simple mise en &#233;quivalence mais l'effet d'une dissociation r&#233;elle, d'une scission (Spaltung) entre l'&#201;tat politique et la soci&#233;t&#233; civile. Et c'est comme expression philosophique de ce processus d'abstraction que Marx cite et critique Rousseau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, op.cit., p. 122-123. De m&#234;me, l'abstraction marchande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'abstraction politique, l'&#201;tat s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. Il pr&#233;sente une communaut&#233; illusoire, mais r&#233;elle de citoyens abstraits qui pr&#233;suppose l'absence de toute communaut&#233; v&#233;ritable ou - ce qui revient au m&#234;me- l'existence de la guerre de tous contre tous. Une communaut&#233; politique qui repose sur le d&#233;chirement civil. Mais il ne faut pas oublier en cours de route que c'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise que l'&#201;tat s'abstrait, comme tu le soulignes fort justement dans ton article de &lt;i&gt;L'Homme et la Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; : &#171; Ce mouvement d'abstraction qui caract&#233;rise la politique moderne est &#224; prendre aux deux sens du terme : l'&#201;tat se s&#233;pare (s'abstrait) de la soci&#233;t&#233; civile et produit l'abstraction du citoyen &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Artous, &#171; Marx, L'&#201;tat moderne et la sociologie de l'&#201;tat &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce processus d'abstraction est indissociable de son pr&#233;suppos&#233;. Et c'est ce processus (plus que l'&#201;tat moderne) qui &#171; produit &#187; le citoyen abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisation de cette abstraction r&#233;elle n'est pas vide de contenu et, en ce sens tr&#232;s &#233;troit, formelle ou purement formelle. Elle est la forme d'un contenu, mais d'un contenu qui r&#233;side en dehors d'elle : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. Le d&#233;passement de cette abstraction r&#233;elle ou de cette universalit&#233; abstraite ne peut pas s'effectuer par la r&#233;alisation d'un universel concret &#171; incarn&#233; &#187; (SRP, p. 9, ESFP, p.2), si par l&#224; on entend la figure du prol&#233;tariat ( quand Marx lui fera r&#233;f&#233;rence). En revanche, l'association du prol&#233;tariat, &#224; condition de ne pas la comprendre comme l'universalisation de la condition de prol&#233;taire (reconduisant le salariat et l'exploitation) est bien le fondement d'une r&#233;sorption de l'abstraction/s&#233;paration constitutive de la &#171; modernit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisation de l'abstraction politique sous la forme de l'universalisation du droit de suffrage est-elle, pour Marx en 1843, &#171; synonyme de dissolution de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise au profit de la &#171; vraie d&#233;mocratie &#187; ? (ESFP). Les formulations de Marx sur ce point sont tr&#232;s ambigu&#235;s ( l'une affirme une dissolution de fait, l'autre l'exigence de cette dissolution), et en tout cas provisoires. L'universalisation du droit de suffrage est &#171; la contradiction non cach&#233;e &#187;, et donc l'exigence de sa dissolution : tr&#232;s exactement, l'exigence d'une r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment de l'abstraction (au sens faible) ne peut pas &#234;tre supprim&#233;, mais la forme politique de cette abstraction (au sens fort) est bien appel&#233; &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. De l'abstraction &#224; la repr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que le processus d'abstraction caract&#233;ristique de l'&#201;tat politique moderne est un processus d'abstraction de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise : une communaut&#233; imaginaire (mais r&#233;elle) qui r&#233;sulte du d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile et donc de l'absence de v&#233;ritable communaut&#233; sociale, celle- l&#224; m&#234;me que Marx dans le manuscrit de 1843 et dans une lettre de la m&#234;me &#233;poque d&#233;signe comme &#171; d&#233;mocratie v&#233;ritable &#187; ou r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;De la contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut y insister : Marx ne se borne pas &#224; enregistrer la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat (comme Hegel), mais il la pr&#233;sente comme une &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt; (&#224; la fois expos&#233;e et d&#233;ni&#233;e par Hegel). Et la critique de Hegel par Marx peut-&#234;tre pr&#233;sent&#233;e ainsi : Hegel tente de surmonter cette s&#233;paration par des m&#233;diations qui reconduisent la contradiction sans la r&#233;soudre. La repr&#233;sentation politique des corporations est exemplaire de cette tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e. La repr&#233;sentation politique moderne, qui pousse l'abstraction &#224; son comble (et dont le suffrage universel est l'expression) vaut reconnaissance de cette contradiction irr&#233;solue : la revendication du suffrage universel se pr&#233;sente alors comme exigence de d&#233;passement de cette contradiction : d&#233;passement de l'ali&#233;nation dans le cadre de l'ali&#233;nation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit de 1843 et lettre &#224; Ruge de septembre 1843.&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, d'ailleurs le combat pour la R&#233;publique d&#233;mocratique comme forme la plus favorable &#224; la lutte du prol&#233;tariat prolonge pour une large part ces premi&#232;res indications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;De la superstition&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la critique de Marx franchit un pas suppl&#233;mentaire (qui tire les cons&#233;quences des critiques ant&#233;rieures) avec la critique de la superstition politique dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation politique - l'abstraction-repr&#233;sentation moderne - est prisonni&#232;re de son pr&#233;suppos&#233; : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. La superstition politique consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; croire que la volont&#233; politique arc-bout&#233;e aux formes modernes de l'&#201;tat (et donc aux formes modernes de la repr&#233;sentation) peut soit constituer une forme d'&#233;mancipation ultime doit s'en remettre aux formes d'&#201;tat qui r&#233;sultent de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise pour transformer, voire r&#233;volutionner celle-ci. Bref, l'&#201;tat moderne qui r&#233;sulte de l'abstraction et constitue cette abstraction m&#234;me ne peut agir r&#233;ellement sur son pr&#233;suppos&#233;. C'est donc d'un m&#234;me mouvement qu'il convient de d&#233;passer la forme moderne de l'abstraction et la soci&#233;t&#233;-civile dont elle r&#233;sulte. De cela, si je t'ai bien compris, tu peux ais&#233;ment convenir : hic Rhodus, hic salta. Je doute fort que Marx et Engels nous proposent les moyens ad&#233;quats &#224; ce franchissement. Mais ils n'&#233;ludent pas le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question devient alors : quelle est la forme de repr&#233;sentation ad&#233;quate &#224; l'&#233;mancipation sociale qui ne reconduise pas l'abstraction propre &#224; la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise ? Car il y a repr&#233;sentation et repr&#233;sentation&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Repr&#233;sentation et repr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que, pour Marx, une forme quelconque de repr&#233;sentation est n&#233;cessaire en un sens tr&#232;s pr&#233;cis : contrairement &#224; une simplification abusive, Marx n'oppose &lt;i&gt;jamais &lt;/i&gt;&#224; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative une hypoth&#233;tique d&#233;mocratie directe, du moins s'agissant de la forme de domination politique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Rousseau ou Marx ?- De la repr&#233;sentation abstraitement-universelle &#224; la repr&#233;sentation concr&#232;tement- particularis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'ali&#233;nation politique dans les &#233;crits de 1843-1844 est nettement diff&#233;rente et d&#233;marqu&#233;e de celle de Rousseau. Rousseau critique dans la repr&#233;sentation une ali&#233;nation des volont&#233;s individuelles. Marx critique dans la repr&#233;sentation une ali&#233;nation de l'homme g&#233;n&#233;rique &#8211; de l'essence sociale de l'homme. Quand Rousseau critique la repr&#233;sentation comme impensable s&#233;paration entre l'homme et sa volont&#233;, Marx la critique comme r&#233;elle s&#233;paration entre l'homme social et le citoyen. Ali&#233;nation de la volont&#233; ou ali&#233;nation de la socialit&#233; : la diff&#233;rence est d&#233;cisive. En effet, la critique de Rousseau se r&#233;sout dans le concept de volont&#233; g&#233;n&#233;rale ; la critique de Marx dans la perspective de la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule d&#233;mocratie directe pensable avec Marx (mais &#224; contresens d'autres mod&#232;les de socialisation de la production pr&#233;sents dans son &#339;uvre) est la d&#233;mocratie de la production &#224; l'&#339;uvre dans les coop&#233;ratives, pour peu qu'elles se g&#233;n&#233;ralisent et se f&#233;d&#232;rent apr&#232;s la prise du pouvoir. &lt;i&gt;Mais cela change tout&lt;/i&gt; : car le maintien d'un &#171; pouvoir public &#187; - f&#251;t-il repr&#233;sentatif - n'est plus fond&#233; alors sur le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile ; il n'est plus &#224; proprement parler une abstraction de ce d&#233;chirement. Il ne se pr&#233;sente pas comme l'universel en acte, mais comme moment particulier, reconnu et reconnaissable comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.Tocqueville ou Marx ?- De la repr&#233;sentation comme contradiction &#224; la repr&#233;sentation comme proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx critique la repr&#233;sentation politique parce qu'elle reconduit la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233;-civile et l'&#201;tat et l'organise. Autrement dit, la repr&#233;sentation politique reconduit la domination qui est impliqu&#233;e dans cette s&#233;paration. Mais il ne critique pas toute forme de &#171; repr&#233;sentation &#187;. L&#224; nous rencontrons les obstacles s&#233;mantiques qui obscurcissent la clarification conceptuelle. Le terme de repr&#233;sentation reconduit le sens associ&#233; &#224; la repr&#233;sentation politique. Bien que le terme de d&#233;l&#233;gation soir connot&#233; n&#233;gativement comme d&#233;l&#233;gation/accaparement du pouvoir, c'est peut-&#234;tre celui qui est le moins mauvais pour marquer la rupture entre des d&#233;put&#233;s et des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation politique n'a jamais &#233;t&#233; ni en droit ni en fait un simple &#171; reflet &#187; du peuple et de sa souverainet&#233;. Ni en droit : la plupart des conceptions th&#233;oriques de la repr&#233;sentation en font un m&#233;canisme de s&#233;lection qui, intentionnellement ou pas, se traduisent par l'attribution de fonction de domination. Ni en fait : parce que la repr&#233;sentation remplit largement le r&#244;le que ses th&#233;oriciens lui attribuent : s&#233;lectionner les gouvernants et donc les dominants. Et c'est ce r&#244;le qui d&#233;cide aussi bien de la nature du mode de d&#233;signation (l'&#233;lection plut&#244;t que le tirage au sort), que du mode de fonctionnement. La repr&#233;sentation politique est la forme de cons&#233;cration/dissimulation de la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est repr&#233;sent&#233; politiquement &#8211; le citoyen abstrait &#8211; est construit par le m&#233;canisme m&#234;me de la repr&#233;sentation politique. Ce qui est repr&#233;sent&#233; ce n'est jamais, l'individu concr&#232;tement socialis&#233; - les individus socialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que serait une &#171; repr&#233;sentation &#187; non- politique ? Ce ne serait plus, &#224; proprement parler une &#171; repr&#233;sentation &#187;, dont les r&#232;gles de formation et de fonctionnement (le suffrage et le parlement) requi&#232;rent, voire fa&#231;onnent les &#171; repr&#233;sent&#233;s &#8221;. Ce serait une exposition du peuple : une mise sur sc&#232;ne de sa volont&#233;. Une auto-d&#233;termination ou, plus exactement, un moment particulier de son auto-d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction de la repr&#233;sentation change de sens avec la r&#233;appropriation. La repr&#233;sentation cesse d'&#234;tre l'expression et la mise en forme d'une contradiction irr&#233;solue, mais une proc&#233;dure de d&#233;signation. Une modalit&#233; particuli&#232;re de l'auto-d&#233;termination du peuple qui a ressaisi ou qui est en train de ressaisir le contr&#244;le de la socialisation, notamment par la r&#233;appropriation des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat et entre les travailleurs et les moyens de production ne peut pas &#234;tre totalement supprim&#233;e : la soci&#233;t&#233; reposant enti&#232;rement sur elle-m&#234;me et le travailleur individuel recouvrant imm&#233;diatement la propri&#233;t&#233; de ses moyens de production. En revanche, le moment d&#233;mocratique du pouvoir public peut devenir un moment particulier de la communaut&#233; v&#233;ritable. Et cette communaut&#233; v&#233;ritable peut &#234;tre b&#226;tie autour de l'appropriation collective des moyens (et des conditions) de la production. Plus exactement l'association des producteurs ressoude les travailleurs et les moyens de production et se donne une d&#233;termination particuli&#232;re sous la forme d'un pouvoir public qui en est l'&#233;manation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? C'est une autre affaire. ..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'Etat et la politique. &lt;/i&gt;Ci-dessus.&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;.&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions Syllepse, 1999. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est aux &#233;quivoques des &#233;nonc&#233;s de Marx sur la n&#233;cessit&#233; historique que l'on peut rapporter les &#233;quivoques sur la temporalit&#233; historique. Tu soulignes &#224; plusieurs reprises que Marx semble prisonnier d'une conception lin&#233;aire du processus et de la temporalit&#233; historiques. J'en suis d'accord, mais il me semble que non seulement ce n'est pas la seule repr&#233;sentation qui existe chez Marx, mais surtout que sur ce versant, les &#233;nonc&#233;s d&#233;pendent de la structure de l'argumentation et notamment des figures de la dialectique qu'elle met en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que la domination politique du prol&#233;tariat doive compter avec ses adversaires, seuls les na&#239;fs ou les cyniques qui croient aux r&#233;volutions sans tentatives de contre-r&#233;volution (quand ils se pr&#233;sentent comme des r&#233;volutionnaires) ou aux r&#233;formes sans contre-r&#233;formes (quand ils s'avouent plus ouvertement r&#233;formistes) excluent &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; toute contrainte et toute violence. Ce sont les m&#234;mes qui non seulement croient que le mouvement est tout, mais qui rangent les voiles par vent contraire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le syst&#232;me des soviets, voir &#233;galement SRP, p. 7, 11-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, je ne suis pas rigoureusement l'ordre de ton expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les effets de la &#171; &#171; th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat &#187;, pour reprendre son expression, voir quelques indications pr&#233;cieuses de Jean Robelin. Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, M&#233;ridiens-Klincksieck, 1989, chap. II et III, pp. 127-164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est cette reprise que je propose dans l' &#171; essai &#187; qui suit cette lecture du livre d'Antoine Artous., sous le titre &#171; D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) &#187;. Voir ici-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf erreur de ma part, l'abstraction n'est pas seulement telle parce qu'elle exclut un particulier parmi d'autres, mais parce qu'elle est abstraction du particulier comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;, &#233;ditions, Aubier, p. 71-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive, op.cit&lt;/i&gt;., p. 122-123. De m&#234;me, l'abstraction marchande et l'abstraction juridique ne sont pas de simples mises en &#233;quivalence, mais des processus r&#233;els indissociable de leurs pr&#233;suppos&#233;s. Le glissement du &#8220; sens fort &#8221; au &#8220; sens faible &#8221; de la notion d'abstraction est, ici encore, la source de dangereux contresens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Artous, &#171; &lt;i&gt;Marx, L'&#201;tat moderne et la sociologie de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187;, in &lt;i&gt;L'Homme et la soci&#233;t&#233;, &lt;/i&gt;n&#176; 136-137, 2000. Figures de l' &#171; auto-&#233;mancipation &#187; sociale, p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit de 1843 et lettre &#224; Ruge de septembre 1843.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html</guid>
		<dc:date>2022-06-09T05:38:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L108xH150/arton69-4c83b.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution comporte de s&#233;v&#232;res amputations qui seraient inexcusables si elle pr&#233;tendait proposer un expos&#233; complet : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle se tient dans les limites du commentaire des textes de Marx et d'Engels, avec tous les risques d'une ex&#233;g&#232;se repli&#233;e sur elle-m&#234;me et (provisoirement &#8230;) indiff&#233;rente aux &#233;laborations th&#233;oriques ult&#233;rieures ainsi qu'aux le&#231;ons th&#233;oriques que l'on pourrait extraire de l'histoire ou plut&#244;t d'une r&#233;flexion sur l'histoire. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle n'aborde la question de la socialisation de la production que dans la mesure o&#249; cette socialisation est indissociable de ses formes, sans remettre en discussion &#8211; du moins directement &#8211; ni la dynamique du capitalisme qui la rend possible et ni la perspective elle-m&#234;me. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Elle n'aborde, la question des formes de la socialisation que dans la mesure o&#249; elle est indissociable de la forme de la domination politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NB : je n'ai pas respect&#233; cette limite.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est de trouver une &#233;bauche de r&#233;ponse &#224; cette double question : Quelle forme de domination politique peut &#234;tre une forme d'&#233;mancipation sociale ? Quelles formes d'&#233;mancipation sociale peuvent &#234;tre mises en &#339;uvre sous la domination du prol&#233;tariat ? Autrement dit, j'essaie de traiter des rapports (&#233;nigmatiques) entre une forme de domination (politique) et les formes (sociales) d'&#233;mancipation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut poser cette question, comme le fait Jacques Texier comme celle des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant provisoirement de c&#244;t&#233; l'interpr&#233;tation controvers&#233;e de la Commune de Paris comme forme politique de la dictature du prol&#233;tariat et/ou de l'&#233;mancipation du travail, je ne retiendrai - pour que la discussion puisse se poursuivre, bien que des d&#233;saccords ou des incompr&#233;hensions subsistent sur les points jusqu'ici abord&#233;s - que le minimum consensuel sur la forme de domination politique elle-m&#234;me. J'ai pris le risque de ressasser des questions rebattues pour proc&#233;der &#224; une mise au point&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I. Trois questions pr&#233;alables&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La question de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Marx vise, dans le monde capitaliste qu'il voit se renforcer sous ses yeux, une double s&#233;paration o&#249; s'inscrivent la domination et l'exploitation :&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat est en m&#234;me temps la s&#233;paration entre l'individu concr&#232;tement socialis&#233; et le citoyen abstrait. Dans cette s&#233;paration sont inscrits les m&#233;rites et les limites de l'&#233;mancipation politique. Les m&#233;rites, car cette s&#233;paration met un terme &#224; l'unit&#233; de la domination politique et de l'oppression sociale, caract&#233;ristique de la relation f&#233;odale. Les limites, car l '&#233;mancipation politique, y compris dans ses formes les plus d&#233;mocratiques, s&#233;pare l'homme de lui-m&#234;me. Elle confie au citoyen abstrait &#224; une communaut&#233; r&#233;elle mais illusoire qui garantit des droits effectifs mais priv&#233;s de contenu. Et elle abandonne l'individu r&#233;el &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e, o&#249; il ne peut r&#233;aliser ses potentialit&#233;s. Autant dire sa libert&#233;. L'&#233;mancipation politique n'est donc pas le dernier mot de l'&#233;mancipation humaine. La &#171; vraie d&#233;mocratie &#187; suppose de surmonter la s&#233;paration : telle est la premi&#232;re conclusion de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons un peu. La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat s'enracine dans le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile. Marx pense d'abord se d&#233;chirement comme le r&#232;gne de l'homme &#233;go&#239;ste : la guerre de chacun contre tous. On sait que ce d&#233;chirement est pour lui, en v&#233;rit&#233;, domin&#233; par l'existence de classes non seulement distinctes ou in&#233;gales, mais antagonistes. Autant dire que cette premi&#232;re s&#233;paration s'enracine dans la seconde : la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production est synonyme d'appropriation priv&#233;e des moyens de production : priv&#233;e, c'est-&#224;-dire non pas (ou, pas seulement) individuelle, mais privative. Elle est priv&#233;e, parce les autres en sont exclus. Priv&#233;e, c'est-&#224;-dire exclusive : non seulement juridiquement mais effectivement exclusive. La propri&#233;t&#233; ou l'appropriation priv&#233;e, ce n'est pas une propri&#233;t&#233; ou une appropriation individuelle, purement juridique ou marchande, mais une propri&#233;t&#233; ou une appropriation dont les producteurs sont exclus : parce qu'ils n'exercent aucun pouvoir sur la finalit&#233; de la production, la r&#233;partition des produits, l'organisation de la production. Voil&#224; pourquoi appropriation exclusive et exploitation sont synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la double s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat et entre les travailleurs et les moyens de production sont inscrits la domination et l'exploitation que Marx, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; pr&#233;sente comme un double esclavage. Surmonter ces s&#233;parations - les d&#233;passer comme on le dit souvent, les abolir comme on le dit parfois - implique de les r&#233;sorber, faute de pouvoir totalement les supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple absorption du politique par le social. Il pense l'existence d'un pouvoir public, d&#233;barrass&#233; de toutes les fonctions oppressives et r&#233;pressives qui r&#233;sultent in&#233;vitablement de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques h&#233;sitations et ambigu&#239;t&#233;s, Marx ne propose pas de r&#233;aliser la libert&#233; de tous par la pure et simple r&#233;unification entre le travailleur et ses propres moyens de production. Il pense l'existence d'une appropriation collective et non exclusive des moyens de production, plac&#233;s directement sous le contr&#244;le des producteurs. Voil&#224; ce que signifie tr&#232;s exactement l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les conditions et les formes de cette double &#233;mancipation. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La question des formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en admettant qu'un programme ne saurait &#234;tre qu'une esquisse, une esquisse des formes politiques et des formes sociales de la transition au communisme - strat&#233;giquement n&#233;cessaires &#224; la transition au communisme - est indispensable. Il faut rompre radicalement avec la sous-estimation marxienne de cette question (quels que soient les rectificatifs apport&#233;s par Marx et Engels dans le cours de leur cheminement) et avec les pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques de cette sous-estimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en remettre au mariage al&#233;atoire entre une tendance immanente &#224; l'histoire et des circonstances historiques particuli&#232;res est th&#233;oriquement douteux et peut devenir politiquement d&#233;sastreux. En l'absence d'un projet fond&#233; sur l'esquisse des formes, il devient difficile de d&#233;m&#234;ler en th&#233;orie et en pratique ce que sont les formes impos&#233;es par les circonstances et les formes ad&#233;quates &#224; l'histoire : et notamment entre les reculs tactiques et les retraites strat&#233;giques, voire les reniements catastrophiques. Dans le cours de la r&#233;volution russe, L&#233;nine est sans doute celui qui, plus que tout autre, s'est efforc&#233; de faire la part entre les choix impos&#233;s par les circonstances particuli&#232;res et les options fond&#233;es sur le projet g&#233;n&#233;ral, mais au risque de voir les reculs impos&#233;s ou ent&#233;rin&#233;s miner le projet lui-m&#234;me : non seulement sa r&#233;alisation, mais m&#234;me sa conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#171; lacunes &#187; ou les &#171; erreurs &#187; ne sont pas totalement ind&#233;pendantes de l'h&#233;ritage : Marx et Engels &#233;prouvent des difficult&#233;s &#224; penser ensemble les formes de l'appropriation publique et les formes de l'appropriation coop&#233;rative et &#224; penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale. C'est ce que je voudrais mettre en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La question de la transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente d'abord comme transition d'une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par une organisation sociale &#233;chappant &#224; la volont&#233; des hommes &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; les hommes en ma&#238;trisant les conditions de la production, ma&#238;trisent leur propre socialisation. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; en des termes variables : d'une version faible qui &#233;voque un contr&#244;le conscient &#224; une version forte qui culmine dans une ma&#238;trise int&#233;grale. Dans tous les cas, le ressort de ce contr&#244;le et de cette ma&#238;trise est constitu&#233; par la planification. &#192; supposer qu'une telle planification ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette planification repose sur des conditions juridiques et politiques : l'instauration d'une propri&#233;t&#233; et d'une d&#233;lib&#233;ration publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition au communisme se pr&#233;sente ensuite comme transition d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la r&#233;sorption aussi compl&#232;te que possible de cette s&#233;paration. Ce passage peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;, en termes faibles, comme contr&#244;le du travailleur collectif sur le proc&#232;s de travail et l'organisation de la production ou, en termes forts, comme r&#233;appropriation individuelle des moyens de production. Dans tous les cas, le ressort de ce contr&#244;le collectif et de cette r&#233;appropriation individuelle est constitu&#233; par une forme de coop&#233;ration. &#192; supposer que cette coop&#233;ration ne comporte pas des traits intrins&#232;quement illusoires ou d&#233;sastreux, son contenu est indissociable de ses formes. Cette coop&#233;ration repose sur des conditions juridiques et politiques : l'attribution d'une pouvoir de d&#233;cision et de gestion fond&#233;e sur la d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, &#224; supposer qu'au terme de la transition le pouvoir public puisse n'&#234;tre qu'un moment particulier de l'association des producteurs, il ne peut exister imm&#233;diatement de fusion entre les formes politiques et les formes sociales. Quoi qu'il en soit &#233;galement, il n'existe pas de convergence spontan&#233;e entre la coordination de la production dans son ensemble et la coop&#233;ration productive dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de ce texte n'a d'autre ambition que de parcourir les d&#233;tours et d'examiner les recoins de l'argumentation de Marx et d'Engels sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;II. Figures de l'appropriation sociale&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble que l'on peut soutenir qu'il existe chez Marx et Engels deux pr&#233;sentations diff&#233;rentes des formes de l'appropriation sociale, en partie successives, en partie contemporaines. Ces formes, g&#233;n&#233;ralement distinctes, sont parfois donn&#233;e comme convergentes ; mais elles ne sont pas v&#233;ritablement pens&#233;es jusqu'au bout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin. (Jean Robelin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re figure de l'appropriation sociale - la forme sous laquelle peut et doit s'effectuer le processus de l'appropriation sociale &#8211; est &lt;i&gt;la figure &#233;tatique de l'appropriation&lt;/i&gt;. Elle appara&#238;t dans toute sa nettet&#233; dans &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt; qui pr&#233;conise, parmi les mesures imm&#233;diates prises par le prol&#233;tariat au pouvoir, la centralisation et l'appropriation &#233;tatiques : l'appropriation proprement dite se traduisant &#224; la fois par l'intervention despotique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production et par la planification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;sentation est contemporaine - il faut le souligner - d'une critique des coop&#233;ratives (du moins dans la version propos&#233;e par Proudhon et exp&#233;riment&#233;e par les proudhoniens) qui ne retient rien de la contribution &#233;ventuelle des coop&#233;ratives &#224; la socialisation de la production. Et cette figure d'une socialisation par &#233;tatisation domin&#233;e par le prol&#233;tariat persistera bien au-del&#224;, notamment dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;ring&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la forme &#233;tatique de la socialisation est indissociable de la forme de l'&#201;tat lui-m&#234;me. Marx et Engels, dans le &lt;i&gt;Manifest&lt;/i&gt;e, ne soul&#232;vent pas cette question, pour une raison tr&#232;s simple : ils ne lient pas la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat &#224; la destruction de la machine d'&#201;tat l&#233;gu&#233;e par l'&#201;tat de classe. La centralisation des moyens de production, la propri&#233;t&#233; &#233;tatique de ces moyens, la planification de leur usage, l'intervention &#233;tatique dans le droit de propri&#233;t&#233; et les rapports de production suffisent alors, &#224; leur yeux, &#224; ouvrir la transition au communisme. Un pas d&#233;cisif est donc franchi par Marx quand la forme politique de l'appropriation sociale est pr&#233;sent&#233;e comme une forme d&#233;mocratique d&#233;barrass&#233;e de la bureaucratie et de la repr&#233;sentation proprement politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est claire, m&#234;me si elle n'est pas explicitement formul&#233;e : la forme &#233;tatique de la socialisation est indissociable de la forme d&#233;mocratique sp&#233;cifique de cette &#201;tat. Telle est la premi&#232;re le&#231;on de la Commune. Mais ce n'est peut-&#234;tre pas la principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme r&#233;publicaine-communale de la domination politique est aussi une forme d'appropriation publique. Mais, &#224; suivre cette pente, tout semble indiquer que la forme politique et la forme sociale de l'appropriation se confondent, au risque de laisser persister le despotisme d'usine. La forme d&#233;mocratique - r&#233;publicaine et communale - de la socialisation para&#238;t insuffisante. Il ne suffit pas que l'&#201;tat de transition r&#233;sorbe la bureaucratie et transgresse les modalit&#233;s de repr&#233;sentation inscrites dans la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat pour que cet &#201;tat ne reconduise pas la s&#233;paration entre les producteurs et les moyens de production et, ce faisant, l'ensemble des rapports de production capitalistes qui s'inscrivent dans cette s&#233;paration. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; met en avant les coop&#233;ratives et leur coordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit alors se tourner vers la seconde forme de socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. La figure coop&#233;rative de l'appropriation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde figure de l'appropriation sociale est &lt;i&gt;la figure coop&#233;rative de l'appropriation&lt;/i&gt;. La perspective de la socialisation coop&#233;rative est renvoy&#233;e &#224; la transition ouverte par la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat : la critique de la forme coop&#233;rative comme forme directe de l'appropriation qui s'effectuerait sans changements des conditions g&#233;n&#233;rales (qu'il s'agisse du maintien de domination politique de la bourgeoisie et/ou des rapports marchands) est &#233;videmment maintenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme coop&#233;rative de socialisation est indissociable de la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat qui seule peut cr&#233;er les conditions d'une socialisation effective. Telle est le fondement de la pol&#233;mique conduite par Marx et Engels dans plusieurs directions : contre Proudhon et contre Ferdinand Lassalle notamment. Mais ce qui est d'abord pr&#233;sent&#233; comme la r&#233;alisation d'exp&#233;riences doctrinaires vou&#233;es &#224; l'&#233;chec (&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;) qui d&#233;tournent le prol&#233;tariat de la lutte pour le pouvoir (&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;) et/ou de la lutte pour l'abolition du capitalisme est pr&#233;sent&#233; peu &#224; peu dans sa dimension essentielle : &#224; l'&#233;conomie politique du capital, les coop&#233;ratives opposent l'&#233;conomie politique de la classe ouvri&#232;re - dont la port&#233;e &#233;mancipatrice d&#233;pend de la prise du pouvoir et du d&#233;passement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives, la transformation de l'association des producteurs en une mosa&#239;que d'entreprises autog&#233;r&#233;es est une g&#233;n&#233;ralisation d'une forme exclusive de propri&#233;t&#233; ne connaissant entre elles d'autres m&#233;diations que celles de l'&#233;change, de la concurrence, bref du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est claire m&#234;me si elle n'est pas explicitement formul&#233;e : il ne suffit pas de cr&#233;er des coop&#233;ratives, voire m&#234;me de demander &#224; l'&#201;tat de les soutenir pour franchir les limites de l'ordre social existant. Livr&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, les coop&#233;ratives sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. Aid&#233;es par l'&#201;tat, elles ne peuvent pas attendre de cet accouplement que celui-ci jette les bases d'un d&#233;passement du capitalisme. En revanche, sous la domination du prol&#233;tariat et sous r&#233;serve de prendre place dans un processus plus large incluant l'appropriation publique, elles sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un nouveau pas est franchi par Marx et Engels, quand ils exposent la n&#233;cessaire liaison entre d'une part les formes politiques et les formes de la socialisation et entre deux formes de socialisation. Mais quels sont les rapports entre forme politique et formes sociales et quel est le rapport entre les deux formes sociales ? La r&#233;ponse est &#224; peine esquiss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'attendre alors &#224; ce que Marx et Engels proposent de distinguer deux niveaux de socialisation, rev&#234;tant des formes sp&#233;cifiques, mais rigoureusement articul&#233;s entre eux. La r&#233;alit&#233; (th&#233;orique) est beaucoup plus ambigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; s'efforce de penser ensemble les formes de la domination politique et les formes de l'&#233;mancipation sociale et, particuli&#232;rement les formes de la socialisation. Mais force est de constater que le r&#233;sultat est inachev&#233;. La transition au communisme co&#239;ncide donc avec le processus d'abolition du capitalisme et d'appropriation commune des moyens de production. En quoi consiste cette appropriation commune ? Marx propose deux formulations successives. Selon la premi&#232;re (premier essai de r&#233;daction), Marx invite le prol&#233;tariat &#224; r&#233;aliser la &#171; la lib&#233;ration des formes sociales de production telles qu'elles existent dans l'organisation actuelle du travail (engendr&#233;es par l'industrie moderne) &#187; et &#224; &#171; r&#233;aliser la coordination harmonieuse de ces formes sur le plan national et international &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile en France, p.216&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais quelles sont ces formes sociales qu'il s'agit de lib&#233;rer et de coordonner ? Marx n'en dit rien, mais on peut l&#233;gitimement penser qu'il s'agit des formes des production qui ont pour base la coop&#233;ration et qui se d&#233;ploient avec le machinisme et la grande industrie. S'agit-il des formes de la grande industrie priv&#233;e transform&#233;e en soci&#233;t&#233;s par action ou les formes coop&#233;ratives ? S'agit-il de lib&#233;rer les formes capitalistes de leur d&#233;termination sociale capitalistes et/ou de donner &#224; la coop&#233;ration et &#224; l'appropriation une nouvelle forme sociale ? Celle des coop&#233;ratives pr&#233;cis&#233;ment. Selon la seconde formulation (r&#233;daction d&#233;finitive), il s'agit de parvenir &#224; la r&#233;gulation planifi&#233;e de la production nationale par l'ensemble des coop&#233;ratives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 46. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on laisse (provisoirement&#8230;) de c&#244;t&#233; la question du contenu de la planification (son objet, sa mesure), deux questions restent en suspens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quelle forme rev&#234;t cet &#171; ensemble des associations coop&#233;ratives &#187; ? Quelle est la forme de coordination de cette ensemble ? Une f&#233;d&#233;ration ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la forme que rev&#234;t la r&#233;gulation planifi&#233;e ? D&#233;pend-elle directement de l'ensemble des coop&#233;ratives (leur f&#233;d&#233;ration) ou de l'ensemble des Communes (leur f&#233;d&#233;ration), c'est-&#224;-dire l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, une fois encore, quels ont les rapports entre les deux formes de la socialisation (l'appropriation publique et l'appropriation coop&#233;rative) et quels sont les rapports entre ces formes de l'appropriation sociale et la forme &#233;tatique de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;III. Apories de l'appropriation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt; &lt;center&gt;Du rapport entre les formes de socialisation&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re question : quelle est le rapport entre les deux formes de l'appropriation sociale ? Ces deux formes ou ces deux moment de l'association ne sont, ni th&#233;oriquement ni surtout pratiquement, logiquement et spontan&#233;ment imbriqu&#233;s, voire fusionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elles ne sont pas dissoci&#233;es (ou quand la coop&#233;rative n'est pas purement et simplement &#171; oubli&#233;e &#187;), la tendance des textes de Marx consiste &#224; r&#233;partir entre elles deux fonctions diff&#233;rentes : la planification centralis&#233;e et la gestion coop&#233;rative. Les conditions et les formes de la n&#233;cessaire combinaison de l'appropriation publique (ou indirecte) et de l'appropriation sociale (et directe) ne sont pas clairement expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux figures de la socialisation, tant qu'elles sont dissoci&#233;es ou quand elles sont dissoci&#233;es, soul&#232;vent des probl&#232;mes ou se traduisent par des tendances divergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Quelle(s) n&#233;gation (s) de l' appropriation priv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Deux n&#233;gations ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de la production est d'abord socialisation des forces productives (forces de travail et moyens de production) : elle consiste, dans un m&#234;me mouvement, dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des moyens de production (c'est-&#224;-dire dans la pleine reconnaissance de leur caract&#232;re social) et dans l'abolition de l'appropriation priv&#233;e des forces de travail et de leur coop&#233;ration (c'est &#224;-dire dans la pleine reconnaissance &#224; du caract&#232;re social du proc&#232;s de production). Autrement dit, la socialisation des forces productives implique, dans un m&#234;me mouvement, la socialisation des moyens de production et la socialisation de la force de travail : l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'abolition du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissociation des deux figures de la socialisation est tendanciellement une dissociation de cette double socialisation. La socialisation par l'&#233;tatisation tend &#224; privil&#233;gier la socialisation des moyens de production : leur appropriation &#233;tatique ou publique. La socialisation par la coop&#233;rative tend &#224; privil&#233;gier la socialisation de la force de travail : l'appropriation collective et autog&#233;r&#233;e des moyens et du proc&#232;s de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;tatisation est une forme de socialisation des moyens de production qui a comme corr&#233;lat la militarisation des forces de travail : ainsi, la m&#233;taphore de l'arm&#233;e du travail n'est pas seulement une m&#233;taphore. La coop&#233;ration sous la forme des coop&#233;ratives met en jeu la socialisation des moyens de production (qui d&#233;fait leur appropriation priv&#233;e) et celle de la force de travail (qui d&#233;fait le despotisme d'entreprise) : mais elle a pour corr&#233;lat le maintien d'entreprises ind&#233;pendantes (et, &#224; ce titre, priv&#233;es) soumises &#224; la loi du march&#233; ou, plus exactement, &#224; la valorisation de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de Marx qui, dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, pr&#233;conise l'&#233;tatisation des moyens de production et n&#233;glige les solutions coop&#233;ratives, et finit, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, par pr&#233;senter les soci&#233;t&#233;s par action comme une transition n&#233;gative du capitalisme au communisme, dont le revers positif est constitu&#233; par les coop&#233;ratives, laisse penser que l'&#233;tatisation ne se voit plus reconna&#238;tre ses vertus primitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx distingue, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, deux formes de n&#233;gation de l'appropriation priv&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de l'appropriation priv&#233;e : les coop&#233;ratives et les soci&#233;t&#233;s par action. Les soci&#233;t&#233;s par action et les usines coop&#233;ratives apparaissent ainsi comme des formes de transition vers un nouveau mode de production. Mieux : Marx souligne que ces deux formes sont essentiellement diff&#233;rentes, voire contradictoires, puisque les soci&#233;t&#233;s par action r&#233;solvent n&#233;gativement la contradiction entre l'ancien et le nouveau que les coop&#233;ratives r&#233;solvent positivement. Les premi&#232;res font encore signe vers l'appropriation capitaliste, les secondes font signe vers l'appropriation socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx ne trie pas toutes les cons&#233;quences de son diagnostic. C'est ainsi qu'il n'h&#233;site pas &#224; &#233;crire que &#171; Il faut consid&#233;rer les entreprises capitalistes par actions, et, &lt;i&gt;au m&#234;me titre&lt;/i&gt; les usines coop&#233;ratives comme des formes de transition du mode capitaliste de production au mode collectiviste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.106 .C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette mise en &#233;quivalence ouvre la voie au retour de la figure de la socialisation sous la forme exclusive de l'&#233;tatisation. Comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il faut s'arr&#234;ter un instant sur le r&#244;le reconnu aux soci&#233;t&#233;s par actions. &#171; R&#233;sultat du d&#233;veloppement supr&#234;me de la production capitaliste &#187;, elles constituent un point de transition n&#233;cessaire pour deux rasions convergentes mais diff&#233;rentes puisqu'elles forment selon Marx, &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe n&#233;cessairement la reconversion du capital en propri&#233;t&#233; des producteurs&lt;/i&gt; non plus comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e des producteurs particuliers, mais en tant que propri&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187; ainsi que &#171; &lt;i&gt;le point par o&#249; passe la transformation de toutes les fonctions du proc&#232;s de reproduction encore attach&#233;s &#224; la propri&#233;t&#233; du capital en simples fonctions des producteurs associ&#233;s&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.102-103. C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cons&#233;quence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Une seule n&#233;gation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, Engels souvent ne retiendra que la dynamique d'&#233;tatisation, au point de n&#233;gliger le r&#244;le des coop&#233;ratives (&#224; l'exception notable de sa &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le retour de l'&#233;tatisation coup&#233;e de la coop&#233;ration appara&#238;t quand pr&#233;vaut la perspective d'une transformation des soci&#233;t&#233;s par action en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat, notamment dans l' &lt;i&gt;Anti-Duhring&lt;/i&gt; qu'Engels ach&#232;ve de r&#233;diger en 1878&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anti-Duhring, p. 316-317, 319.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est confirm&#233;e dans &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme &lt;/i&gt;scientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions sociales, &#233;ditions bilingues, p. 167-175.&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; On notera qu'Engels n'&#233;voque les coop&#233;ratives que dans le contexte d'une critique des utopistes et pr&#233;sente la coop&#233;ration comme une stade et non comme une forme fondamentale que l'on retrouve dans les formes suivantes. L'&#233;tatisation capitaliste pr&#233;pare la socialisation, comprise comme prise en charge directe et sans d&#233;tour des forces productives par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;Critique du Programme d'Erhrfurt&lt;/i&gt;, Engels r&#233;it&#232;re et surench&#233;rit au point de voir dans les trusts un point de passage vers la planification : &#171; La production capitaliste des soci&#233;t&#233;s par actions n'est d&#233;j&#224; plus une production priv&#233;e, mais une production pour le compte d'un grand nombre d'associ&#233;s. Et si nous passons des soci&#233;t&#233;s par actions aux trusts qui se soumettent et monopolisent des branches enti&#232;res de l'industrie, alors&lt;i&gt; ce n'est pas seulement la fin de la production priv&#233;e, mais encore la cessation de l'absence de plan&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt, p.96.&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; suivre cette pente, l'&#233;tatisation menace d'absorber la socialisation ou la socialisation de se r&#233;duire au couplage entre l'&#233;tatisation (certes prol&#233;tarienne&#8230;) et la planification (sans doute d&#233;mocratique&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La n&#233;gligence, voire l'omission, de l'importance des coop&#233;ratives (de l'autogestion) menace gravement l'ensemble du projet d'&#233;mancipation, notamment parce qu'elle laisse au second plan (voire fait dispara&#238;tre) la question du despotisme d'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvre ici une parenth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Parenth&#232;se sur la coop&#233;ration et le despotisme d'entreprise&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#233;galement, sur cette question, Antoine Artous, Marx, l'&#201;tat et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref rappel. Marx pr&#233;sente la coop&#233;ration simple comme la forme simple de la soumission formelle du travail au capital qui &#8211; c'est d&#233;cisif &#8211; demeure sous-jacente aux formes de la soumission r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cap I, 2 p. 20, 27, Kap, p, 377, M61 p. 264, 377. J'abr&#232;ge ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, c'est avec la coop&#233;ration que s'effectue le passage la subsomption simplement formelle &#224; la subsomption r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 272, 273.&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La direction de la coop&#233;ration capitaliste rev&#234;t une forme sp&#233;cifique : au lieu d'&#234;tre une &#171; fonction particuli&#232;re du travail &#224; c&#244;t&#233; d'autres fonctions particuli&#232;res &#187;, elle est la puissance qui r&#233;alise l'unit&#233; de travailleurs &#171; comme une unit&#233; qui leur est &#233;trang&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 273.&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plac&#233;e &#171; sous le commandement du m&#234;me capitaliste &#171; , la coop&#233;ration prend la forme d'un travail planifi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. 362, 366, 371,Cap I, 2, p. 16, &#171; planifi&#233; &#187; dispara&#238;t p. 18, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'abord &#171; cons&#233;quence formelle &#187; du travail aux ordres du capitaliste, ce commandement devient une exigence fonctionnelle de l'ex&#233;cution du proc&#232;s de travail proprement dit. Mieux : &#171; en tant que fonction sp&#233;cifique du capital, la fonction de direction acquiert des caract&#232;res sp&#233;cifiques &#187; et rev&#234;t une forme despotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 372, Cap I, 2, p. 23-25.&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ou, comparaison d&#233;cisive : la coop&#233;ration rev&#234;t la forme d'une arm&#233;e qui repose sur une hi&#233;rarchie militaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 374, Cap. I, 2, p. 24. L'organisation militaire du travail sera plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, la direction du proc&#232;s de travail, au lieu d'&#234;tre une simple fonction particuli&#232;re au sein de ce proc&#232;s, devient fonction exclusive et despotique du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap, p. 374, Cap I, p. 24.&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, ce sont &#224; la fois l'association des producteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M61, p. 271, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grudrisse &#187;), t.2,, p. 75-77.&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la direction du proc&#232;s de travail qui deviennent - ali&#233;nation - des fonctions du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De ces deux aspects, le premier &#8211; sur lequel insistent les Grundrisse &#8211; est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la d&#233;possession impliqu&#233;e dans le proc&#232;s de travail capitaliste &#224; la r&#233;appropriation collective de ce proc&#232;s - la restitution au travailleur collectif des conditions de sa coop&#233;ration - suppose &#171; la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kap. p. 376.&#034; id=&#034;nh5-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (). Cette propri&#233;t&#233; commune ne peut pas &#234;tre exclusivement publique, elle doit &#234;tre &#233;galement coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. D&#233;rives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est surtout dans les textes d'Engels (sauf erreur ou omission de ma part) que l'on peut relever une pr&#233;sentation de plus en plus p&#233;rilleuse. Marx souligne fortement le contraste entre le despotisme de organisation du travail et l'anarchie de la production. Que l'on puisse pr&#233;senter ce contraste comme une contradiction fait probl&#232;me (en quoi consiste pr&#233;cis&#233;ment la &#171; contradiction &#187; ?), surtout si cette contradiction, syst&#233;matiquement soulign&#233;e par Engels, doit &#234;tre r&#233;solue par la suppression d'un seul de ses termes : l'anarchie de la production. &#192; suivre cette pente, on mesure o&#249; elle risque de conduire : le transfert de l'arm&#233;e industrielle plac&#233;e sous le commandement du capital dans l'entreprise &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un premier glissement engage sur cette pente : la pr&#233;sentation du despotisme comme une forme de direction ind&#233;pendante de tout &#233;tat social (Engels, &#171; De l'autorit&#233; &#187;).&lt;br class='manualbr' /&gt;- Un second glissement &#8211; que l'on ne trouve pas directement chez Engels, me semble-t-il &#8211; menace de s'ensuivre aussit&#244;t : la pr&#233;sentation de la planification comme transfert de l'organisation du travail dans l'entreprise &#224; l'organisation d'ensemble de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robelin (que je suis tr&#232;s librement ici, une fois encore) ajoute au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore militaire (du commandement des hommes) cesse alors d'&#234;tre une simple m&#233;taphore et la m&#233;taphore administrative (de l'administration des choses) devient l'enveloppe d'une militarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des forces de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de toute reprise sous le contr&#244;le des producteurs de leur propre association dans la coop&#233;ration et de la direction du proc&#232;s de travail, la socialisation se transforme en g&#233;n&#233;ralisation de l'entreprise capitaliste ; l'association des producteurs se r&#233;sume dans la formation d'une seule entreprise d'&#201;tat ; la socialisation se confond avec la g&#233;n&#233;ralisation du despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe aucune raison s&#233;rieuse d'imputer &#224; Marx et Engels une telle d&#233;rive. Mais, dans la mesure o&#249; ils sugg&#232;rent que deux formes de socialisation oppos&#233;es (soci&#233;t&#233;s par action et coop&#233;ratives) indiquent la m&#234;me tendance, l'on a pu conclure qu'elles pr&#233;paraient au m&#234;me titre l'appropriation individuelle. Or leur nature et leur destin divergent. Les coop&#233;ratives tendent &#224; r&#233;duire la disjonction entre le travail et le capital que les soci&#233;t&#233;s par action tendent &#224; amplifier. De l&#224; deux d&#233;passements possibles de l'appropriation priv&#233;e : par g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives et par acc&#233;l&#233;ration des monopoles. Il appara&#238;t donc que la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e peut se r&#233;soudre de deux fa&#231;ons distinctes voire oppos&#233;es : par la socialisation du travail ou la socialisation du capital ; en d'autres termes, gr&#226;ce &#224; l'appropriation des forces productives (moyens de production) par l'&#233;tatisation ou gr&#226;ce appropriation du proc&#232;s de production par la coop&#233;rative. Or non seulement ces deux modalit&#233;s de reconnaissance de la socialisation des forces productives ne s'additionnent pas, mais elles s'opposent, comme les capitaux associ&#233;s par &#233;tatisation et les producteurs associ&#233;s par coop&#233;ration. Deux n&#233;gations de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne font pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, de l'aveu m&#234;me de Marx, la contradiction entre socialisation des forces productives et appropriation priv&#233;e se double d'une contradiction entre socialisation du travail et socialisation du capital. Tant que la seconde domine, il appara&#238;t que la bourgeoisie n'a pas &#233;puis&#233; son r&#244;le r&#233;volutionnaire. Mais, plus encore, le dilemme entre extrapolation utopique et anticipation utopique est ici &#224; son comble. Si rel&#232;ve de l'extrapolation utopique la volont&#233; de supprimer les effets en gardant la cause (supprimer la monnaie en gardant la valeur, le capitalisme en gardant la production marchande), alors supprimer la s&#233;paration des moyens de production en gardant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat rel&#232;ve de l'utopie : le prol&#233;tariat ne peut s'approprier les moyens de production (appropriation sociale) qu'en surmontant la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat. Or, tant que se probl&#232;me n'est pas r&#233;solu, la socialisation, m&#234;me par l'improbable g&#233;n&#233;ralisation des coop&#233;ratives, rel&#232;ve de l'anticipation utopique. C'est pourquoi les contradictions latentes, mais dans l'histoire des marxismes appel&#233;es &#224; devenir explosives, entre les formes de la socialisation, correspondant &#224; la diff&#233;rence de leur objet, se r&#233;fractent dans les contradictions relatives &#224; leurs modalit&#233;s, c'est-&#224;-dire aux formes politiques de l'&#233;mancipation, auxquelles nous sommes, une fois encore, renvoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;IV. Apories de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt; &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Du rapport entre domination politique et l'appropriation sociale&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me question : quel est le rapport entre la forme du pouvoir politique et les formes de l'appropriation sociale. Quand elles ne sont pas juxtapos&#233;es (ou la socialisation rabattue sur la planification centralis&#233;e), la tendance de Marx et d'Engels est de dissimuler le probl&#232;me derri&#232;re l'invocation d'une fantomatique &#171; soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La forme enfin trouv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;publique-communale est la forme enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat, c'est que la forme communale-r&#233;publicaine de la domination politique du prol&#233;tariat n'est pas une fin, mais un moyen. Elle doit en effet remplir deux fonctions, en principe, indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- En tant que forme de domination politique &#8211; en tant qu'&#201;tat politique ajust&#233; &#224; la domination du prol&#233;tariat &#8211; elle doit permettre de poursuivre la lutte des classes jusqu'&#224; leur abolition. Et cela sur deux fronts : la lutte contre les tentatives violentes de contre-r&#233;volution et la lutte pour l'accomplissement de la r&#233;volution sociale, qui suppose une intervention proprement politique dans les rapports de propri&#233;t&#233; et les rapports de production capitalistes. C'est ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 215-216.&#034; id=&#034;nh5-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Mais en m&#234;me temps cette forme de domination politique doit &#234;tre une forme politique de l'&#233;mancipation sociale, non seulement par ce qu'elle intervient dans l'expropriation des expropriateurs, mais parce qu'elle doit favoriser l'appropriation sociale des moyens de production et d'&#233;change et la ma&#238;trise du processus de production et de distribution. C'est encore ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; (p. 216 notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la domination du prol&#233;tariat comporte n&#233;cessairement deux faces : une face destructive et r&#233;pressive et une face constructive et expansive. La lutte des classes et ses conditions d&#233;cident des rythmes et des modalit&#233;s particuli&#232;res, des avanc&#233;es et des reculs : c'est ce dont Marx est parfaitement conscient. C'est encore ce que souligne fortement le premier essai de r&#233;daction &lt;i&gt;de La Guerre Civile en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 216 notamment.).&#034; id=&#034;nh5-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Les circonstances historiques, en contraignant &#224; privil&#233;gier la premi&#232;re fonction, peuvent conduire &#224; reculer, voire &#224; abandonner l'accomplissement de la seconde. Dans ce dernier cas, la d&#233;faite serait d&#233;j&#224; consomm&#233;e. Telle est la le&#231;on th&#233;orique et strat&#233;gique que l'on peut tirer de l'exp&#233;rience historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune en fournissant &#171; &#224; la R&#233;publique la base d'institutions d&#233;mocratiques &#187; n'atteint pas ainsi &#171; son but dernier &#187;. C'est en poursuivant son but qu'elle assure vraiment la domination politique du prol&#233;tariat. Elle &#233;tait la &#171; forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail &#187;. En effet : &#171; Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre. La domination politique du prol&#233;tariat ne peut coexister avec l'&#233;ternisation de son esclavage social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 45.&#034; id=&#034;nh5-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette domination politique doit &#234;tre imm&#233;diatement li&#233;e &#224; l'&#233;mancipation sociale. La forme de la domination (politique) doit &#234;tre la forme politique de l'&#233;mancipation (sociale)... la forme politique n&#233;cessaire &#224; l'expropriation des expropriateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 46.&#034; id=&#034;nh5-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les probl&#232;mes n'en sont pas r&#233;solus pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les probl&#232;mes en suspens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sorption de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production passe par l'abolition de l'appropriation priv&#233;e et exclusive. Mais l'appropriation collective et commune rev&#234;t n&#233;cessairement deux formes distinctes, du moins initialement : l'appropriation publique par l'&#201;tat et l'appropriation collective par les travailleurs. Telle est du moins la le&#231;on la plus s&#251;re que l'on peut retenir, malgr&#233; tout, des arguments successifs et parfois dissoci&#233;s de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport entre la forme politique de la domination et la forme sociale de son &#233;mancipation soul&#232;ve alors deux probl&#232;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le probl&#232;me du rapport entre la forme de domination politique et la forme de l'appropriation par l'&#201;tat : entre la forme sp&#233;cifique de l'&#201;tat de transition et la forme de contr&#244;le sur les moyens de production. On peut consid&#233;rer que seul un &#201;tat qui tend &#224; r&#233;sorber la scission qu'ent&#233;rinent et reconduisent la repr&#233;sentation proprement politique et l'administration bureaucratique permet d'opposer effectivement l'appropriation publique &#224; l'appropriation priv&#233;e et/ou bureaucratique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le probl&#232;me du rapport entre la forme de domination politique et la forme de l'appropriation coop&#233;rative. La solution de ce probl&#232;me est loin d'&#234;tre claire &#224; mes yeux (brouill&#233;s - c'est mon excuse - par la bu&#233;e qui s'&#233;chappe des textes de Marx et Engels&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accoupler d&#233;mocratie et autogestion promet de beaux rejetons, pour peu que l'on r&#233;ponde &#224; deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quel type d'ing&#233;rence du pouvoir politique (au niveau communal comme au niveau global) dans la sph&#232;re de la production coop&#233;rative ? La planification de transition ne peut prendre la forme de la planification communiste. Sinon elle risque de reconduire ou de laisser rena&#238;tre les formes bureaucratiques d'exercice du pouvoir d'&#201;tat et les formes despotiques de direction du travail coop&#233;ratif. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle distinction et quels rapports entre les formes socialis&#233;s de coop&#233;ration et les formes d&#233;mocratis&#233;es de l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Apr&#232;s Marx&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Marx et Engels, les r&#233;gressions et les apories se sont multipli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de l'&#233;tatisation, non seulement menace de se replier vers des formes de propri&#233;t&#233; et d'appropriation proprement capitalistes (capitalisme d'&#201;tat, nationalisations), mais livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me elle menace de laisser subsister les effets de la s&#233;paration entre les travailleurs et les moyens de production dans l'entreprise. Soit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;gression commence quand l'appropriation publique est effectu&#233;e par un &#201;tat politique s&#233;par&#233; qui confie &#224; des gouvernants dominant les gouvern&#233;s les fonctions de direction et de gestion des entreprises &#8220; socialis&#233;es &#8221; : on aura reconnu l&#224; le destin de l'URSS sous Staline, quand la d&#233;formation bureaucratique devient la structure bureaucratique d'une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde r&#233;gression &#8211; il n'est pas besoin d'argumenter longuement &#8211; commence quand, sous la domination politique de la bourgeoisie, les nationalisations (le cas &#233;ch&#233;ant assortie d'une gestion d&#233;mocratique) sont pr&#233;sent&#233;es comme une forme de socialisation : on aura reconnu les avatars de la d&#233;mocratie avanc&#233;e et autre bimbeloteries du PCF sous Georges Marchais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux impasses de l'autogestion, souvent tributaires des impasses de l'&#233;tatisation, elles ont trop souvent invit&#233; &#224; renoncer &#224; sa perspective. Mais &#224; quel prix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. Ci-dessus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt; Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NB : je n'ai pas respect&#233; cette limite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut poser cette question, comme le fait Jacques Texier comme celle des rapports entre d&#233;mocratie et autogestion : &#8220; &#233;tant accord&#233; que la soci&#233;t&#233; alternative au capitalisme s'appelle socialisme ou communisme, quel r&#244;le doivent y jouer la d&#233;mocratie d'une part et l'autogestion d'autre part ? Ou pour radicaliser notre interrogation : le socialisme ou le communisme sont-ils concevables sans d&#233;mocratie et sans autogestion ? Jacques. Texier, &#171; Socialisme, d&#233;mocratie, autogestion &lt;i&gt; &#187;. La Pens&#233;e&lt;/i&gt;, n&#176; 321, janvier-mars 2000. Mais Jacques en conviendrait sans doute : ce n'est qu'un &#8211; bon &#8211; point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je m'inspire (tr&#232;s) librement de l'analyse de Jean Robelin. (Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, Philosophie/M&#233;ridiens Klincksieck, 1989, Premi&#232;re partie : Figures de la socialisation.) Et je reprends, pour le pr&#233;ciser, l'expos&#233; esquiss&#233; dans &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt; : un expos&#233; passablement &#8230; confus (cet adjectif &#233;tant choisi uniquement pour me m&#233;nager&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La guerre civile en France&lt;/i&gt;, p.216&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 46. Le deuxi&#232;me essai de r&#233;daction ne dit rien &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.106 .C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre Troisi&#232;me, t.1, p.102-103. C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Anti-Duhring&lt;/i&gt;, p. 316-317, 319.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions sociales, &#233;ditions bilingues, p. 167-175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt&lt;/i&gt;, p.96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#233;galement, sur cette question, Antoine Artous,&lt;i&gt; Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt;, &#233;ditions Syllepses, p. 124-127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cap I, 2 p. 20, 27, Kap, p, 377, M61 p. 264, 377. J'abr&#232;ge ainsi respectivement &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;dition fran&#231;aise (Cap), &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, 4&#232;me &#233;dition (Kap), &lt;i&gt;Manuscrits de 1861-1863&lt;/i&gt; (M61), le tout aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 272, 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap. 362, 366, 371,Cap I, 2, p. 16, &#171; planifi&#233; &#187; dispara&#238;t p. 18, mais appara&#238;t p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 372, Cap I, 2, p. 23-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 374, Cap. I, 2, p. 24. L'organisation militaire du travail sera plus nettement analys&#233;e comme effet de la soumission r&#233;elle du travail au capital dans le &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt; et dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, puis comme despotisme d'usine dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap, p. 374, Cap I, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M61, p. 271, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grudrisse &#187;), t.2,, p. 75-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De ces deux aspects, le premier &#8211; sur lequel insistent les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; &#8211; est effac&#233; dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kap. p. 376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robelin (que je suis tr&#232;s librement ici, une fois encore) ajoute au transfert de l'organisation du travail &#224; l'organisation de la soci&#233;t&#233;, le transfert de l'organisation du travail &#224; l'organisation de prol&#233;tariat en classe dominante et le transfert de la discipline capitaliste &#224; la discipline prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 215-216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 216 notamment.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation - IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html</guid>
		<dc:date>2022-06-09T05:35:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L90xH150/arton72-c5827.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agone, 2001. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Cher Yves,&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;J'aborde ici ton livre (dont les num&#233;ros de page sont mentionn&#233;s entre parenth&#232;ses) sans rien changer aux &#171; d&#233;clarations d'intention &#187;, auxquelles j'ai tent&#233; de me conformer dans mes tentatives de discussion des livres de Jacques Texier et d' Antoine Artous : avancer patiemment et prudemment des arguments (parfois ressass&#233;s), prendre le temps de clarifier (ne serait-ce que pour moi-m&#234;me ) les termes de la discussion, ne pas pr&#233;juger des divergences avant qu'elles soient, quand elles existent, effectivement v&#233;rifi&#233;es. C'est pourquoi je te propose, pour commencer, de dissiper quelques malentendus auxquels tu prends le risque de t'exposer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Au risque des malentendus ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Un nouveau projet ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Un projet post-communiste ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te donnes pour objectif de &#171; redonner corps &#224; la perspective de la transformation sociale et rapprocher ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#187; (p. 8). C'est sans doute parce que tu vises ce rapprochement, sans poser de pr&#233;alables th&#233;oriques et politiques, que tu pr&#233;sentes des analyses et des propositions qui ne font r&#233;f&#233;rence ni &#224; la soci&#233;t&#233; vis&#233;e par la transformation sociale (et que nous avions pris l'habitude de qualifier de &#171; communiste &#187;) ni &#224; l'h&#233;ritage th&#233;orique de Marx et des interpr&#233;tations diversement marxistes de l'histoire post&#233;rieure &#224; la fin de la Premi&#232;re Internationale (pour prendre un rep&#232;re historique assez simple). Je vois dans ce silence, non pas le sympt&#244;me d'un reniement, mais l'effet d'une option politique somme toute l&#233;gitime : ne pas pr&#233;juger, &#224; l'aube d'un nouveau d&#233;bat qui int&#233;resse des acteurs sociaux qui n'ont pas forc&#233;ment &#171; baign&#233; dans ce jus-l&#224; &#187;, des r&#233;f&#233;rences et des titres de l&#233;gitimit&#233; qui seraient les plus f&#233;conds. Mais ce souci d'efficacit&#233; d&#233;mocratique de la discussion ne doit pas &#233;luder les probl&#232;mes. C'est ce que j'essaierai de v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Un projet post-strat&#233;gique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu revendiques une d&#233;marche programmatique o&#249;, comme nous le savons gr&#226;ce &#224; des &#233;changes personnels et comme tu le rel&#232;ves publiquement, nos points de vue convergent : en finir avec la sous-estimation chronique des questions th&#233;oriques et politiques des formes sociales, politiques et juridiques - pensables et possibles - de l'&#233;mancipation. En un mot : &lt;i&gt;pas de strat&#233;gie sans projet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en mettant l'accent sur le projet (et les propositions qu'il appelle), tu relativises la question de l'agencement des forces et des moyens qui permettraient de l'accomplir. Tu en conviendrais sans doute : &lt;i&gt;pas de projet sans strat&#233;gie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois encore dans ta discr&#233;tion sur ce point l'effet d'une option politique compr&#233;hensible : subordonner la question des moyens &#224; celle des fins et donc de ne pas poser comme pr&#233;alable au d&#233;bat sa formulation traditionnelle : &#171; r&#233;forme ou r&#233;volution &#187;. C'est ce que tu soulignes toi-m&#234;me quand, apr&#232;s avoir soulign&#233; que les voies d'une rupture avec le capitalisme peuvent prendre des formes diverses, tu ajoutes : &#171; dans tous les cas demeure la question de la crise r&#233;volutionnaire et de l'affrontement. (&#8230;.) Ces questions ne peuvent pas &#234;tre &#233;vacu&#233;es. Elles ne sont pas toutefois imm&#233;diatement &#224; l'ordre du jour. C'est pourquoi il serait erron&#233; de faire de la question du sch&#233;ma strat&#233;gique de la transformation sociale un discriminant du regroupement de tous ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#187; (p. 194, 196). Mais, une fois encore, ce souci d&#233;mocratique ne doit pas &#233;luder les probl&#232;mes. C'est aussi ce que j'essaierai de v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une nouvelle d&#233;marche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sentation que tu adoptes ne r&#233;pond pas seulement &#224; des pr&#233;occupations politiques imm&#233;diates, li&#233;es notamment aux conditions requises pour engager une regroupement des forces disponibles &#224; une v&#233;ritable alternative : ton livre est fond&#233; sur un bilan des &#233;checs ou trag&#233;dies du si&#232;cle pass&#233; qui t'incite &#224; repenser la d&#233;marche n&#233;cessaire &#224; la construction de cette alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Bilan&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ton bilan de la social-d&#233;mocratie-europ&#233;enne (p. 8 et 11-14) ne me pose pas de probl&#232;mes particuliers, celui que tu tires des partis communistes me semble excessivement bienveillant, surtout si on le confronte &#224; celui que tu proposes &#8211; sans am&#233;nit&#233; &#8211; de l'extr&#234;me-gauche. Je veux bien, avec quelques autres (dont toi-m&#234;me sans doute&#8230;) me pr&#233;senter, sur la future Place de la R&#233;volution, la corde au cou, pour que nous soyons punis de nos aberrations et de nos aveuglements, &#8230; si l'histoire (m&#234;me la petite&#8230;), pourtant avare de sentences d&#233;finitives, ne nous avaient pas d&#233;j&#224; jug&#233;s. Mais que ce soit au moins pour des aberrations et des aveuglements effectifs : ils ne manquent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, je ne crois pas que ce soit parce que nous avons gard&#233; les yeux riv&#233;s sur la R&#233;volution (la contestation &#171; revendicationiste &#187; et les conditions de la prises du pouvoir) au lieu de penser en termes de projet, que nous sommes rest&#233;s en panne. C'est aussi parce que, quel qu'ait &#233;t&#233; l'&#233;tat dans lequel nous avons laiss&#233; le projet, la strat&#233;gie elle-m&#234;me &#233;tait min&#233;e par ses (Allez ! Ne poussons pas trop loin le repentir !)&#8230;insuffisances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce titre, la pol&#233;mique que tu engages contre Daniel Bensa&#239;d me semble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, quelles que soient les carences ind&#233;niables de tous les projets, esquiss&#233;s ou pratiqu&#233;s au nom de la transformation sociale, ce n'est seulement (ni m&#234;me peut-&#234;tre principalement) sur le &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; des propositions de transformation que l'on ne peut plus se satisfaire de g&#233;n&#233;ralit&#233;s, mais sur sur les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de mise en &#339;uvre de ce contenu, qui seules permettent d'en v&#233;rifier la validit&#233; et la port&#233;e &#233;mancipatrice. C'est sur point, solidaire d'un refus d'envisager les formes de l'avenir sous couvert de refuser de les prescrire (un refus qui trouve ses racines du c&#244;t&#233; de Marx), que les carences ont &#233;t&#233; les plus tragiques et deviennent les plus perceptibles. Ton bouquin &#8211; l&#224; est l'essentiel &#224; mes yeux &#8211; contribue &#224; les surmonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes r&#233;serves tiennent d&#232;s lors en une formule : pour recentrer la d&#233;marche, il n'est pas souhaitable de l'inverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Perspectives&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut au contraire, encore et toujours, mais mieux que jamais, penser ensemble la strat&#233;gie et le projet. Le projet lui-m&#234;me (une &#171; utopie projective &#187;, puisque tu m'honores d'une citation&#8230;) est une pi&#232;ce ma&#238;tresse. Mais je me m&#233;fie de la tentation qui consiste &#224; &#171; commencer par les fins &#187; (pour reprendre hors de son contexte l'expression de Lucien S&#232;ve) pour cultiver un silence abyssal (ou une prudence gouvernementale &#8230;) sur les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons que tu r&#233;ouvres le chantier. Et commen&#231;ons par les r&#233;formes n&#233;cessaires : &#171; Des r&#233;formes possibles, ici et maintenant &#187;, r&#233;p&#232;tes-tu avec insistance (p. 19). Je laisse de c&#244;t&#233;, dans l'imm&#233;diat, les contenus et les formes des r&#233;formes propos&#233;es. C'est du possible dont il est question, et c'est le &#171; ici et maintenant &#187; qui fait probl&#232;me. &#171; Les r&#233;formes n&#233;cessaires, objectivement possibles, - &#233;cris-tu - ne le sont pas toujours dans le syst&#232;me actuel &#187; (p. 19). C'est plut&#244;t l'inverse qui est vrai : la plupart sont incompatibles avec ledit syst&#232;me. S'il s'agit des &#171; mesures &#224; port&#233;e de main &#187;, c'est uniquement parce qu'elles sont objectivement possibles, mais tout aussi bien rendues impossibles tant elles &#171; heurtent des aspects essentiels du syst&#232;me &#187; (p. 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute ne faut-il pas pr&#233;juger, pour les proposer, de la profondeur des ruptures qu'elles supposent ou qu'elles engagent. La lutte pour certaines d'entre elles peut d&#233;boucher sur des r&#233;formes partielles qui sont loin d'&#234;tre m&#233;prisables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pense notamment &#224; ce que tu proposes pour &#171; changer la vie &#187; et qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, &#224; moins de nous d&#233;guiser en niais, nous devons admettre que ce programme de lutte pour des r&#233;formes est un programme r&#233;volutionnaire : un programme pour une p&#233;riode de transition &#8211; un &#171; programme de transition &#187;. Et cette p&#233;riode de transition est conjointement une p&#233;riode de lutte pour la socialisation d&#233;mocratique de la production et des &#233;changes et pour la socialisation d&#233;mocratique des processus d'&#233;laboration et d'ex&#233;cution des choix politiques, particuli&#232;rement en mati&#232;re d'appropriation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage de ton livre , si je laisse de c&#244;t&#233; le chapitre 1, distribue dans trois chapitres distincts (2, 3, 4 ) des questions, &#233;videmment indissociables, qui re&#231;oivent une r&#233;ponse qui tient deux formules : &lt;i&gt;Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Pas d'appropriation sociale sans d&#233;mocratie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je m'en tiendrai - sous ce sous-titre, comme sous le suivant &#8211; &#224; des remarques g&#233;n&#233;rales qui invitent &#224; pr&#233;ciser la d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le versant social de la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale, donc&#8230; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela deux raisons intimement li&#233;es que tu exposes successivement : la d&#233;mocratie est mutil&#233;e tant que l'appareil &#233;conomique est soustrait &#224; l'emprise de la soci&#233;t&#233; (&#171; La propri&#233;t&#233; priv&#233;e du capital contre la souverainet&#233; populaire &#187;, p. 30-31) ; la d&#233;mocratie est mutil&#233;e tant que l'&#233;galit&#233; des citoyens est min&#233;e par l'in&#233;galit&#233; sociale (&#171; L'&#233;galit&#233; des citoyens est illusoire &#187; p. 31-33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; cette conclusion : l'in&#233;galit&#233; sociale et politique est &#171; consubstantielle &#187; au syst&#232;me : &#171; Elle ne diff&#233;rencie pas des individus, mais s&#233;pare des groupes. C'est l'in&#233;galit&#233; des classes sociales. On ne peut donner son plein effet &#224; la d&#233;mocratie sans rompre cette in&#233;galit&#233; sociale devant l'exercice de la citoyennet&#233;. L'appropriation sociale d'une partie de l'appareil &#233;conomique n'a pas seulement une fonction &#233;conomique. Ni seulement une fonction d&#233;mocratique en ce qu'elle restitue des capacit&#233;s de choix fondamentaux &#224; la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Elle a aussi une fonction d&#233;mocratique en combattant le poids politique et social des d&#233;tenteurs du capital disproportionn&#233; avec leur poids num&#233;rique &#187; (p. 33). Mais, tout aussi &#171; consubstantiels &#187; au r&#232;gne sans partage du capital &#8211; tu en conviendras ais&#233;ment &#8211; sont les deux ph&#233;nom&#232;nes que tu rel&#232;ves, parce qu'ils expliquent &#171; la faible emprise du citoyen sur la vie politique &#187; (p. 34-36) : &#171; l'isolement de l'individu et le probl&#232;me de la repr&#233;sentation &#187; : impuissance sociale et impuissance politique conjuguent leurs effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, une fois encore, c'est la socialisation d&#233;mocratique - sur les deux versants de la transformation sociale et de la transformation politique - qui est en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8230; Mais quelle appropriation sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la place tendanciellement dominante de l'appropriation publique, sur le r&#244;le tendanciellement dominant de la planification, sur le d&#233;p&#233;rissement des formes marchandes, s'agissant de moyens de production et des forces de travail, tes propositions contrastent suffisamment avec les illusions les plus r&#233;pandues (sur l'&#233;conomie de march&#233; qui ne serait pas solidaire d'une soci&#233;t&#233; de march&#233;, sur une &#233;conomie mixte qui ne serait pas une &#233;conomie capitaliste, sur une socialisation de la production par la g&#233;n&#233;ralisation d'un actionnariat salari&#233;), pour que je n'insiste pas outre mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots cependant, sans entrer ici dans les d&#233;tails :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les conditions de l'appropriation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif majeur de toute transformation sociale est de permettre aux producteurs de ressaisir, autant que faire se peut et &#224; tous les niveaux, la d&#233;termination des finalit&#233;s de la production, de l'organisation du travail et de la r&#233;partition de son produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, se pose la question de l'autogestion (pour reprend un terme qui, comme tout le reste du vocabulaire dont nous h&#233;ritons, est pollu&#233;, mais quasi-in&#233;vitable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Pas d'appropriation sociale sans autogestion d&#233;mocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question, voir notamment : Jacques Texier, &#171; Socialisme D&#233;mocratie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y voir plus clair (ou moins sombre&#8230;), il faut distinguer la coop&#233;rative comme forme de propri&#233;t&#233; (distribu&#233;e entre producteurs d'une entreprise) et la coop&#233;rative comme forme de coop&#233;ration : la propri&#233;t&#233; coop&#233;rative et la gestion (ou l'autogestion) coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; coop&#233;rative est, qu'on le veuille ou non, une forme de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, dans la mesure o&#249; il s'agit d'une propri&#233;t&#233; exclusive, m&#234;me si elle repose sur une gestion ou mieux une autogestion coop&#233;rative par les producteurs-propri&#233;taires eux-m&#234;mes. Cette forme de propri&#233;t&#233; n'est peut-&#234;tre pas incompatible avec l'appropriation sociale, mais elle ne peut pas &#234;tre confondue avec elle (p. 73-74, 82-83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'autogestion coop&#233;rative, non seulement peut &#234;tre compatible avec des entreprises en copropri&#233;t&#233;, mais elle doit &#234;tre tendanciellement dominante dans les entreprises publiques. Comprise ainsi (comme Marx la comprenait), la coop&#233;rative est la forme autog&#233;r&#233;e de l'appropriation publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir - outre le texte de Texier pr&#233;c&#233;demment cit&#233; - ma (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes : le passage de la d&#233;possession impliqu&#233;e dans le proc&#232;s de travail capitaliste &#224; la r&#233;appropriation collective de ce proc&#232;s - la restitution au travailleur collectif des conditions de sa coop&#233;ration - suppose &#171; la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre 1, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette propri&#233;t&#233; commune ne peut pas &#234;tre exclusivement publique, elle suppose une appropriation coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'appropriation sociale sans comit&#233;s d'entreprise d&#233;cidant souverainement des modalit&#233;s de leur coop&#233;ration productive et de la direction de leur proc&#232;s de coop&#233;ration. C'est &lt;i&gt;le moment d&#233;mocratique essentiel de l'appropriation sociale : celui qui met un terme au despotisme d'entreprise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est celui o&#249; la d&#233;mocratie directe et la fusion entre les fonctions d&#233;lib&#233;ratives et les fonctions ex&#233;cutives (ces derni&#232;res &#233;tant coordonn&#233;es par des responsables &#233;lus et r&#233;vocables) peuvent prendre corps. Mais - avec le soutien de Marx sur ce point aussi - on peut penser et r&#234;ver plus loin : c'est la libre f&#233;d&#233;ration des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et r&#233;vocables de ces comit&#233;s d'entreprise qui, au sein d'une m&#234;me branche, devrait disposer d'un pouvoir de contr&#244;le et de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tout cela, tu avances un certain nombre de propositions qui vont dans le m&#234;me sens (p. 83-90), mais tu ne sembles pas leur accorder la place d&#233;cisive qui leur revient dans la mise en &#339;uvre effective d'une appropriation sociale qui puisse subvertir les rapports de pouvoir imbriqu&#233;s dans les rapports d'exploitation et pr&#233;venir les m&#233;canismes de d&#233;possession hi&#233;rarchique et bureaucratiques qui menacent de transformer toute propri&#233;t&#233; publique en possession exclusive et, en ce sens au moins, privative et donc priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pr&#233;occup&#233; par les risques de repli corporatif des &#171; salari&#233;s &#187;, tu proposes d'attribuer aux utilisateurs un r&#244;le d&#233;cisif dans une gestion con&#231;ue comme tripartite. Non seulement une telle formule - &#171; le tr&#233;pied dirigeant des entreprises publiques &#187; - ent&#233;rine une fracture entre dirigeants et dirig&#233;s, mais le r&#244;le attribu&#233; aux utilisateurs m&#233;riterait d'&#234;tre pr&#233;cis&#233;. Par principe, tous les citoyens sont potentiellement des usagers, r&#233;guliers ou occasionnels, des services publics et de tous les services publics. Mais aucun citoyen n'est usager exclusif d'un seul d'entre eux et aucun groupe de citoyens ne peut pr&#233;tendre repr&#233;senter la totalit&#233; des usagers. Quant &#224; imaginer que chaque citoyen serait amen&#233; &#224; prendre part &#224; tous les d&#233;bats, c'est r&#234;ver d'un temps et d'une disponibilit&#233; quasi-infinie. Personne ne contestera que des associations particuli&#232;res, volontairement constitu&#233;es par des citoyens qui privil&#233;gient leur intervention dans tel ou tel domaine des services publics, puissent jouer un r&#244;le utile. Mais, sans parler du morcellement de l'intervention citoyenne qui r&#233;sulterait d'une telle forme de repr&#233;sentation, il me semble n&#233;cessaire de maintenir qu' aucune association ne peut pr&#233;tendre repr&#233;senter l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Les associations de consommateurs et d'usagers peuvent disposer d'un pouvoir de contr&#244;le et d'expertise : on voit mal quel pouvoir de d&#233;cision pourrait leur &#234;tre conf&#233;r&#233;, alors que les choix fondamentaux devraient relever des formes de repr&#233;sentations publiques. Ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Pas d'appropriation sociale sans planification d&#233;mocratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; contre-courant des autocritiques, tardivement vertueuses, qui attribuent &#224; la planification la naissance de la bureaucratie d'entreprise et d'&#201;tat stalinienne - qu'on la saisisse comme classe ou comme caste - , il est salubre d'affirmer, comme tu le fais en d'autres termes, que c'est l'existence de la bureaucratie qui a perverti la planification. Alors que celle-ci est indispensable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les objectifs et les limites de la planification, je m'en remets, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la m&#234;me question revient toujours : &#224; qui, &#224; quelle instance d&#233;mocratique revient cette planification ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement tu exclus l'abandon de la planification au b&#233;n&#233;fice de la &#171; coordination directe entre producteurs &#187;, mais &#224; la diff&#233;rence de Marx (le reproche de r&#233;visionnisme pointe son nez&#8230;), tu minores le r&#244;le qui pourrait revenir &#224; une libre f&#233;d&#233;ration par branche et par niveau (jusqu'au niveau pertinent) des entreprises coop&#233;ratives ou autog&#233;r&#233;es (au sens que j'ai retenu plus haut). &#192; te lire (p. 90-95), seul le pouvoir public d&#233;mocratique (parlementaire, comme on le verra plus loin) serait habilit&#233; &#224; &#233;laborer le plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas mince et, depuis Marx (c'est mon r&#233;visionnisme qui pointe le nez&#8230;), il n'a &#233;t&#233; r&#233;solu, ni en th&#233;orie ni en pratique. Le d&#233;passement de &lt;i&gt;l'opposition&lt;/i&gt; entre la figure sociale des producteurs et la figure politique des citoyens n'implique pas - au moins dans la premi&#232;re phase du communisme, ce qui nous laisse un peu de temps pour r&#233;fl&#233;chir&#8230; - que les producteurs soient associ&#233;s sous une seule forme. C'est peut-&#234;tre une raison suffisante de distinguer deux &#171; chambres &#187; : une Assembl&#233;e l&#233;gislative (&#233;lue au suffrage universel) et un Conseil de la production et des &#233;changes (issu de la f&#233;d&#233;ration des comit&#233;s d'entreprise)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, au cours des discussions de notre &#171; petit groupe &#171; , m'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je ne prendrai pas le risque d'en dire plus, m&#234;me si le ridicule des utopies abstraites n'a jamais tu&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Pas d'appropriation sociale sans d&#233;mocratie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. D&#233;mocratiser l'&#201;tat et/ou engager son d&#233;p&#233;rissement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on laisse de c&#244;t&#233;, la question massive des conditions strat&#233;giques et tactiques de la &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187; ou de la conqu&#234;te de la domination politique par la majorit&#233; des domin&#233;s (pour mettre en vacances provisoires la notion de &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;, pour cause de perplexit&#233;, peut-&#234;tre provisoire elle aussi, sur &#171; la dictature &#187; et sur le &#171; prol&#233;tariat &#187;), il reste &#224; opposer ceci &#224; quelques r&#234;veurs &#171; pluriels &#187; : &lt;i&gt;il n'y a pas de pouvoir &#224; prendre (ou &#224; partager) , s'il n'y a pas d'avenir &#224; conqu&#233;rir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir ? C'est ce que tu exposes, s'agissant de la transformation sociale, en deux moments distincts (pp. 21-28 et pp. 57-97) dont le rapport manque, me semble-t-il, de clart&#233;. C'est ce qu'il convient de pr&#233;ciser plus que tu ne le fais, sans qu'il soit ais&#233; de faire la part entre ton souci de rassembler et ton d&#233;sir de r&#233;viser ce qui doit l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir, donc ? Le pouvoir &#224; prendre doit permettre d'ouvrir une phase de transformations sociales et politiques - une phase de transition - d&#233;bouchant, si possible, sur une r&#233;appropriation pas les hommes des forces sociales qui se sont s&#233;par&#233;es d'eux sous la formes d'une &#171; &#233;conomie &#187; &#233;chappant &#224; leur contr&#244;le et d'une &#171; politique &#187; qui les domine. Par cette formulation, d&#233;lib&#233;r&#233;ment affaiblie, j'entends le communisme dans sa premi&#232;re phase, tel que Marx tentait de le d&#233;finir. Si le mot fait peur ou tant que l'on doit encore laisser la peur du rouge &#224; quelques b&#234;tes &#224; cornes post-modernes, appelons cette phase de transition, la p&#233;riode n&#233;cessaire &#224; l'instauration d'une &#171; R&#233;publique sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question : quel pouvoir ? Question qui imm&#233;diatement se d&#233;double : quelle forme de domination politique pendant une p&#233;riode de transition (de transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;) ? Quelle forme de pouvoir public au terme de cette transition ? &#192; cette double question, ta r&#233;ponse, &#224; laquelle je souscris bien que tu ne la poses pas exactement en ces termes, est simple : une pouvoir d&#233;mocratique de bout en bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'efface pas la n&#233;cessit&#233; de distinguer (en attendant la dialectique &#8230;), les deux aspects du probl&#232;me pos&#233; : Quelle d&#233;mocratie &#224; l'horizon d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e ? Quelle d&#233;mocratie au c&#339;ur du processus de transformation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. &#192; l'horizon : Une d&#233;mocratie sans domination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Question cruciale n&#176; 1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat des marxistes reste tr&#232;s abstrait &#187; (p. 131). Sans doute. Au moins doit-on, &#224; condition de la pr&#233;ciser, en maintenir la perspective. Que signifie-t-elle au fond ? Le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat attach&#233;es au maintien d'un ordre social fond&#233; sur la division de la soci&#233;t&#233; en classes : le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat comme verrou des rapports de pouvoir et des rapport de domination. Mais en m&#234;me temps le maintien d'un &#171; pouvoir public &#187; d&#233;mocratiquement constitu&#233; et contr&#244;l&#233;. C'est encore &#171; abstrait &#187;, &#233;videmment. Mais cette perspective est d&#233;terminante d&#232;s lors que l'on veut penser les formes et les fonctions de ce &#171; pouvoir public &#187;, c'est &#224; dire une d&#233;mocratie sans domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e - les formes d&#233;mocratiques du communisme dans sa premi&#232;re phase - constitue la vis&#233;e du processus. La fin ici justifie les moyens, car seuls sont justifi&#233;s (comme le disait le camarade L&#233;on, qui n'a pas toujours su en tirer &#224; temps les cons&#233;quences&#8230;) les moyens qui ne s'opposent pas &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vis&#233;e est celle d'une d&#233;mocratie de citoyens-producteurs, librement associ&#233;s pour tenter de maitriser en commun (collectivement) leur propre vie sociale. Dans une telle soci&#233;t&#233;, les &#234;tres humains sont &#233;gaux en tant que citoyens et &#233;gaux en tant que producteurs : &#233;gaux en tant que citoyens parce qu'ils sont &#233;gaux en tant que producteurs : l'&#233;galit&#233; citoyenne, n'est pas cette communaut&#233;, r&#233;elle, mais imaginaire dans la mesure o&#249; elle s'oppose &#224; une in&#233;galit&#233; sociale, dont elle est l'abstraction. En revanche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La s&#233;paration entre les producteurs et les citoyens ne prend plus la forme d'une &lt;i&gt;opposition&lt;/i&gt; entre une communaut&#233; imaginaire, mais r&#233;elle et l'absence r&#233;elle de communaut&#233; effective. En revanche, la distinction entre les hommes en qualit&#233;s de producteurs et les hommes en qualit&#233; de citoyens demeure, ne serait-ce que parce que le domaine d'intervention du citoyen est plus &#233;tendu que le domaine d'intervention du producteur ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat ne prend plus la forme d'une opposition entre l'&#201;tat et la soci&#233;t&#233; civile. En revanche, la distinction entre la sph&#232;re de l'activit&#233; productive et la sph&#232;re du pouvoir public demeure ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La s&#233;paration entre les producteurs ne prend plus la forme d'une division de la soci&#233;t&#233; en classes et en partis qui expriment, plus ou moins directement cette division. En revanche, la division des producteurs-citoyens entre eux demeure : le pluralisme et la conflictualit&#233; d&#233;mocratique, rendus plus fluides et moins dessaisis demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques cons&#233;quences g&#233;n&#233;rales d&#233;coulent de ce qui pr&#233;c&#232;de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Des r&#233;ponses g&#233;n&#233;rales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;appropriation des fonctions de l'&#201;tat n&#233;cessaires &#224; l'exercice d'un pouvoir public suppose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La mise en forme d'une repr&#233;sentation non plus abstraite, mais concr&#232;te (puisqu'elle repose sur l'abolition des in&#233;galit&#233; de classes ) des producteurs-citoyens : dans ces conditions, l'&#233;lection des repr&#233;sentants au suffrage universel et proportionnel direct sans restriction ne consacre plus la s&#233;lection des dominants et la d&#233;possession des domin&#233;s ; &lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme d'une double autod&#233;termination du peuple, o&#249; toutes et tous interviennent en tant que producteurs et en tant que citoyens ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme, dans la production et dans la cit&#233;, de l'exercice le plus direct possible des fonctions d&#233;lib&#233;rative et ex&#233;cutives par l'application du f&#233;d&#233;ralisme fond&#233; sur deux principes : la libre f&#233;d&#233;ration des organes du pouvoir des producteurs et du pouvoir des citoyens, la libre d&#233;termination du principe de subsidiarit&#233; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme de la stricte subordination des fonctions ex&#233;cutives aux fonctions d&#233;lib&#233;ratives, par la mise en &#339;uvre du double principe d'&#233;ligibilit&#233; et de r&#233;vocabilit&#233; des dirigeants ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme du pluralisme et la conflictualit&#233; d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore vague, &#233;videmment, mais cela suffit &#224; d&#233;finir &#224; grands traits la d&#233;mocratie des citoyens-producteurs : la d&#233;mocratie communiste. Et les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e, pour autant que l'on puisse les esquisser devraient permettre de pr&#233;ciser les contours des formes d&#233;mocratiques n&#233;cessaires &#224; la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. En transition : Une domination sans d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques de transition - les formes d&#233;mocratiques de la transformation sociale - sont ou doivent &#234;tre des formes de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) et d'&lt;i&gt;&#233;mancipation&lt;/i&gt; (sociale). Toutes les contradictions d'une p&#233;riode de transition se concentrent dans l'opposition entre ces deux termes. Comment une forme de domination peut-elle-&#234;tre une forme d'&#233;mancipation ? Comment une forme de domination peut-elle &#339;uvrer &#224; son d&#233;passement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Question cruciale n&#176; 2&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objectif est bien d'ajuster des formes de d&#233;mocratie n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation (et donc &#224; l'appropriation) sociale, force est de poser la question d&#233;cisive : s'agit-il de parachever la r&#233;volution d&#233;mocratique par de simples r&#233;formes ou de &#171; transformer l'&#201;tat &#187; (la formule est de Marx&#8230;) par une r&#233;volution d&#233;mocratique ? Pour ne pas laisser &#224; cette question la forme d'une alternative si tranch&#233;e qu'elle est vraisemblablement sans issue, on peut essayer d'en pr&#233;ciser un peu les termes : s'agit-il de compl&#233;ter la d&#233;mocratie repr&#233;sentative par un suppl&#233;ment de d&#233;mocratie participative (certaines de tes formulations vont dans ce sens&#8230;) ou de transformer radicalement les formes existantes de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, la d&#233;mocratie n'est-elle pas bourgeoise par essence ou destination (de m&#234;me que la bourgeoise n'est pas d&#233;mocratique par essence et destination) : sous sa forme moderne la d&#233;mocratie est, dans certaines de ses formes et de ses proc&#233;dures, porteuse d'un exc&#233;dent utopique dont nous devons h&#233;riter. Mais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord, m&#234;me sans dire un mot sur la discordance des espaces politiques et sur ses cons&#233;quences (et donc sur les probl&#232;mes nouveaux qu'elle soul&#232;ve), l'&#233;puisement du mod&#232;le parlementaire/national est tel qu'il est lourd de catastrophes si rien n'assure sa rel&#232;ve utopique. Mais la relance d&#233;mocratique suppose une r&#233;volution d&#233;mocratique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, et plus visiblement encore, si certaines mesures positives peuvent encore &#234;tre prises dans le cadre des &#201;tats parlementaires/nationaux, aucune transformation sociale significative (fond&#233;e sur l'appropriation sociale) n'est possible dans le cadre les institutions des gouvernements repr&#233;sentatifs des principaux &#201;tats d&#233;mocratiques. C'est pourquoi je suis assez surpris que tu ne tires pas imm&#233;diatement les cons&#233;quence de ta br&#232;ve analyse de ces institutions et particuli&#232;rement des institutions de la Ve R&#233;publique (p. 35-36) : une &#171; R&#233;publique sociale &#187; appelle une &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique &#187; qui suppose la fin de la Ve R&#233;publique et l'irruption d'un pouvoir constituant : autant dire une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le terme de r&#233;volution, je ne vise pas ici les modalit&#233;s de la &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187;, mais l'ensemble des transformations n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation sociale. Je ne vise pas seulement l'&#339;uvre institutionnelle d'un pouvoir constituant (une nouvelle Constitution), mais &lt;i&gt;la subversion pratique de l'ensemble des rapports de pouvoir qui reconduisent les rapports de domination.&lt;/i&gt; Pour provoquer un peu, je dirais - quitte &#224; inventer une impossible orthodoxie foucaldienne - qu'il faut inventer un nouvel art de gouverner qui soit aussi un art de ne pas &#234;tre gouvern&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cette question centrale m'&#233;carte de ton livre et donc de mon propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas : pas d'appropriation sociale sans r&#233;volution d&#233;mocratique ; mais pas d'&#233;mancipation sociale sans domination politique : tel est le Rh&#244;ne (on peut m&#234;me choisir plus large &#8230;) qu'il faut franchir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Des r&#233;ponses de principe ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;finir les contour d'une d&#233;mocratie plac&#233;e &#171; au centre du projet &#187;, tu commences par &#233;noncer des &#171; r&#233;ponses de principes &#187; (p.36) qui m&#233;ritent qu'on s'y arr&#234;te. Elles portent essentiellement sur trois probl&#232;mes et proposent trois &#171; rectifications &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Majorit&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle d&#233;mocratie au c&#339;ur du projet ? &#192; cette question tu commences par r&#233;pondre : une d&#233;mocratie reposant sur la souverainet&#233; populaire (ce qui est sa d&#233;finition m&#234;me). Et tu apportes deux pr&#233;cisions : une d&#233;mocratie non plus strictement repr&#233;sentative, mais participative (p. 36-37) ; une d&#233;mocratie non pas restrictive, mais majoritaire et donc r&#233;versible (p. 37-38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'arr&#234;te, comme tu le fais toi-m&#234;me, sur le second point. La rupture franche que tu proposes ici avec certaines th&#233;orisations du &#171; bolch&#233;visme &#187;, toujours promptes &#224; transformer l'exception en r&#232;gle universelle me convient parfaitement. &#192; une r&#233;serve pr&#232;s qui peut s'av&#233;rer d&#233;cisive : tout d&#233;pend de la profondeur &#224; la transformation d&#233;mocratique et sociale soumise au test majoritaire. On peut pr&#233;senter cela sous la forme simplifi&#233;e de trois hypoth&#232;ses. Ou bien il est question d'une alternance majoritaire dans le cadre des institutions existantes : auquel cas, ce &#171; retour &#187; sanctionne l'absence de toute r&#233;volution d&#233;mocratique. Ou bien, une alternance majoritaire s'effectue dans le cadre de nouvelles institutions : auquel cas, tout n'est pas r&#233;versible. Ou bien enfin une alternance majoritaire s'effectue par le retour aux anciennes institutions : il s'agit alors d'une contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Parlement ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde rupture que tu pr&#233;conises : la rupture avec ce qu'on pourrait appeler, pour faire court, l'illusion conseilliste. En r&#233;alit&#233;, ton argumentation suit plusieurs fils qu'il me semble n&#233;cessaire de d&#233;m&#234;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne peut pr&#233;voir exactement quelles sont les formes d'organisation que prendront les formes de la d&#233;mocratie &#233;ruptive qui p&#233;riodiquement viennent troubler ou subvertir la d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Ou combattre frontalement les r&#233;gimes autoritaires de toutes natures. Mais il est indubitable, comme tu le soulignes, que de telles formes r&#233;appara&#238;tront et qu'elles joueront &#224; un r&#244;le d&#233;cisif (p. 38-39). Que peut-on entrevoir &#224; leur propos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il est n&#233;cessaire de soutenir une distinction de principe entre les formes coop&#233;ratives et les formes territoriales de la d&#233;mocratie &#233;ruptive : entre les formes sous lesquels les producteurs s'emparent du contr&#244;le de la production et les formes sous lesquels les domin&#233;s exercent leur pouvoir constituant. Autrement dit, entre des comit&#233;s d'usine et des conseils ou communes (quels que soient les noms que pourraient emprunter des telles formes d'auto-organisation). Les th&#233;orisations et les exp&#233;riences que tu mentionnes (notamment p. 44 et 47) maintiennent la fusion/confusion. Le probl&#232;me que tu soul&#232;ves (en termes d'institutionnalisation ou non) doit donc distinguer &#171; l'institutionnalisation &#187; n&#233;cessaire des formes coop&#233;ratives et &#171; l'institutionnalisation &#187; &#233;ventuelle des conseils et communes territoriaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on ne saurait fixer &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#224; ces derniers le r&#244;le d'un contre-pouvoir qui, sous couvert de compl&#233;ter les limites du pouvoir &#233;tabli ou de contrebalancer ses abus, consacrerait comme l&#233;gitime n'importe quel pouvoir existant et cela quel qu'en soit le type. Toutes les &#233;quivoques de la notion de d&#233;mocratie participative se concentrent sur ce point : participation qui laisse intactes les formes parlementaires de la domination politique ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et par cons&#233;quent, l'avenir des formes d'auto-organisation ne d&#233;pend pas ou pas seulement de la p&#233;rennit&#233; de la mobilisation qui les porte et/ou de leur capacit&#233; &#224; r&#233;soudre les contradictions qu'elles doivent affronter (p. 39-40 et 41-42), mais de l'ampleur et de la profondeur du pouvoir constituant qu'elles sont en mesure d'exercer. Il faut, me semble-t-il, marquer nettement la diff&#233;rence entre le simple retour &#224; une forme parlementaire issue du suffrage universel (p.42) et l'instauration d'une &#171; forme parlementaire transform&#233;e &#187; (p. 46) qui ne serait plus, &#224; strictement parler une forme strictement parlementaire, solidaire du gouvernement repr&#233;sentatif : s&#233;lectif, centralis&#233;, bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;S&#233;paration ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence il faut revenir sur l'id&#233;e d'une fusion entre le l&#233;gislatif et l' ex&#233;cutif qui court dans quelques textes canoniques et au nom de laquelle on a produit quelques monstruosit&#233;s politiques. Mais on ne peut pas se contenter de reprendre le discours lib&#233;ral-constitutionnel sur la &lt;i&gt;s&#233;paration des pouvoirs&lt;/i&gt;. Paradoxalement, tu viens loger dans le vocabulaire h&#233;rit&#233; une conception tr&#232;s diff&#233;rente qui &#233;largit et radicalise le probl&#232;me, en liant deux questions formellement diff&#233;rentes : la question de la nature des pouvoirs &#233;tatiques&#8211;institutionnels et de leur s&#233;paration ; la question des pouvoirs sociaux (li&#233;s ou non &#224; ces pouvoirs &#233;tatiques) et de leur autonomie. Autant dire que tu opposes &#224; la conception lib&#233;rale, une conception communiste (je ne me lasse pas de l'adjectif &#8230;) de la&lt;i&gt; r&#233;partition des pouvoirs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la s&#233;paration des pouvoirs &#233;tatiques&#8211;institutionnels, tant qu'on la traite isol&#233;ment, ne pose pas de probl&#232;mes particuliers. La s&#233;paration entre le pouvoir l&#233;gislatif et le pouvoir ex&#233;cutif devrait n'&#234;tre qu' une s&#233;paration fonctionnelle reposant sur une subordination effective du second au premier (dont il reste n&#233;cessaire de pr&#233;ciser la nature). Il en va de m&#234;me de la s&#233;paration entre le pouvoir l&#233;gislatif et le pouvoir judiciaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En revanche, la nature de ce dernier pouvoir et ses rapports avec l'ex&#233;cutif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut &#233;tendre, comme tu le fais, cette option &#224; d'autres institutions : les partis et les syndicats, ainsi que l'administration (&#224; condition de pr&#233;ciser d'embl&#233;e que sa transformation suppose la distinction institutionnelle-fonctionnelle de plusieurs types d' administrations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des pouvoirs sociaux, indissociables des pr&#233;c&#233;dents (mais plus larges qu'eux) est d'une autre nature. Elle concerne l'autonomie des diff&#233;rentes sph&#232;res de l'activit&#233; sociale et les rapports de pouvoir qui s'exercent en leur sein. Dans une perspective de transformation radicale et de combat contre la bureaucratie, elle est d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la confusion des sph&#232;res de l'activit&#233; sociale et la monopolisation de fonctions transversales par des &#171; responsables &#187; et des &#171; &#233;lites &#187; multicartes, qu'ils exercent ou non des fonctions directement li&#233;es &#224; l'&#201;tat constitue un p&#233;ril majeur et grandissant (sur lequel la sociologie de Bourdieu attire tr&#232;s justement l'attention). &#171; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les rapports de domination qui marquent tous les rapports de pouvoir et qui les stabilisent ne peuvent &#234;tre abolis sans une transformation radicale qui rende les rapports de pouvoirs mobiles et provisoires, &#224; d&#233;faut de parvenir &#224; les supprimer totalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cisions conduisent (presque &#8230;) logiquement &#224; la question suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Changer l'appareil d'&#201;tat et/ou d&#233;manteler la bureaucratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation radicale des institutions de l'&#201;tat contemporain (ce que nous appelions jadis l'&#201;tat fort &#187;), non seulement suppose une r&#233;volution d&#233;mocratique qui ne se r&#233;sume pas &#224; une simple relance d&#233;mocratique, mais surtout elle concerne au premier chef &lt;i&gt;l'appareil&lt;/i&gt; d'&#201;tat, et plus particuli&#232;rement - je m &#8216;en tiendrai surtout &#224; cet aspect - l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l'image (ou l'illusion) d'un &#171; pouvoir public &#187; sans administration, il est salubre de souligner que nul pouvoir public ne peut se passer d'administration. Pas de transformation sociale sans administration. Mais pas de transformation sociale avec &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; administration. La question devient alors : &lt;i&gt;comment substituer une administration d&#233;mocratique &#224; l'administration bureaucratique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu proposes de nombreuses mesures qui vont dans ce sens, mais au prix de plusieurs ambigu&#239;t&#233;s qui reviennent &#224; ceci : en pr&#233;sentant tes propositions comme de paisibles r&#233;formes, tu prends le risque d'en &#233;mousser le tranchant et surtout, d'entretenir l'illusion qu'il s'agit seulement d'adapter l'appareil d'&#201;tat - et en particulier l'administration - &#224; de nouvelles fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. D&#233;manteler l'administration bureaucratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;N&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reviens pas sur les analyses canoniques (Marx quand tu nous tiens&#8230;) de la bureaucratie : son existence est enracin&#233;e dans la s&#233;paration/opposition entre une soci&#233;t&#233; antagonique et l'&#201;tat qui la plombe et la surplombe, mais aussi - comme tu le signales - dans la division sociale du travail (entre dirigeants et ex&#233;cutants) et dans les processus de renforcement contemporains de l'appareil d'&#201;tat et de la &#171; technostructure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reprends pas ton analyse de &#171; l'appareil d'&#201;tat aujourd'hui &#187; (p. 132-152) et des fonctions de l'&#201;tat, ainsi que de la composition et du fonctionnement de l'appareil d'&#201;tat. On pourrait la pr&#233;ciser et l'enrichir : cela ne changerait pas la ligne g&#233;n&#233;rale de ton argumentation qui me semble exacte. En revanche, il me semble que tu minores les risques et les dangers quand tu parles, par exemple, de &#171; l'inad&#233;quation &lt;i&gt;au moins partielle&lt;/i&gt; de l'appareil d'&#201;tat aux t&#226;ches de la transformation sociale &#187; (p. 152).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est n&#233;cessaire de poser le probl&#232;me, comme tu le fais pour l'essentiel, dans toute son acuit&#233;, s'agissant de l'administration : Comment faire en sorte que les t&#226;ches administratives ne soient pas d&#233;volues &#224; une bureaucratie qui s'approprie l'exercice absolu du pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat de classe oppose une double barrage &#224; la refonte des fonctions administratives : un barrage institutionnel et un barrage social. L'obstacle institutionnel r&#233;side dans la mutilation de la d&#233;mocratie et particuli&#232;rement dans l'absorption de la souverainet&#233; constituante par les fonctions ex&#233;cutives de maintien de l'ordre (la politique est d&#233;vor&#233;e par la police au sens de Foucault et Ranci&#232;re). L'obstacle social r&#233;side dans l'in&#233;galit&#233; des capacit&#233;s et des chances d'exercer des fonctions administratives, en raison des effets de la division de la soci&#233;t&#233; en classes et en particulier de la division sociale du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment franchir ces obstacles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Modalit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux s&#233;ries de mesures indissociables - nombre d'entre elles figurent dans ton livre, mais la discussion doit permettre de v&#233;rifier que nous leur donnons le m&#234;me sens - sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La r&#233;sorption d&#233;mocratique de la toute-puissance administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune transformation sociale significative ne peut &#234;tre obtenue sans r&#233;sorption d&#233;mocratique de la toute-puissance administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration bureaucratique de l'&#201;tat de classe est intimement li&#233;e &#224; la nature des institutions politiques elles-m&#234;mes et aux fonctions d&#233;volues &#224; l'administration dans une soci&#233;t&#233; qui repose sur la s&#233;paration-opposition entre la soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat (la domination politique) et sur la s&#233;paration-opposition entre les classes (l'exploitation capitaliste). Le d&#233;passement de l'administration bureaucratique de l'&#201;tat passe donc par une double refonte : la refonte des institutions d&#233;mocratiques et la refonte des fonctions administratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La refonte des institutions d&#233;mocratiques est la condition fondamentale du d&#233;p&#233;rissement de toute forme de bureaucratie : la subordination des fonctions ex&#233;cutives aux fonctions l&#233;gislatives, la d&#233;centralisation et le principe de subsidiarit&#233; rendent possibles une simplification et une fragmentation des fonctions administratives ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La refonte des fonctions administratives elles-m&#234;mes est indispensable. Elle passe par : la distinction entre les fonctions administratives d&#233;lib&#233;ratives et les fonctions administratives ex&#233;cutives, la distinction entre les fonctions administratives centrales et les fonctions administratives d&#233;centralis&#233;es, la distinction entre les comp&#233;tences administratives et la responsabilit&#233; administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les mesures indispensables peuvent &#234;tre ordonn&#233;es en fonction de trois traits majeurs de la bureaucratisation : la centralisation, l'autonomisation et la prolif&#233;ration, auxquelles on doit opposer respectivement la f&#233;d&#233;ralisation, la subordination et la diminution des fonctions administratives. Sous ces trois aspects, la r&#233;sorption de la bureaucratie passe par la reprise par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, des fonctions administratives s&#233;par&#233;es (Marx encore&#8230;), autant que faire se peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La r&#233;sorption sociale de la bureaucratie administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration bureaucratique de l'&#201;tat de classe, exerc&#233;e par une &#171; Noblesse d'&#201;tat &#187;, se caract&#233;rise par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- l'existence de privil&#232;ges mat&#233;riels exorbitants et cumulatifs qui consacrent et alimentent l'existence d'un pouvoir social autonome, que tout distingue voire oppose aux mode d'existence du &#171; peuple &#187; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la cons&#233;cration d'une comp&#233;tence scolaire exclusive qui reproduit et accentue la distance sociale, l'&#233;litisme administratif et l'irresponsabilit&#233; politique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- l'existence d'une hi&#233;rarchie interne, fond&#233;e sur la division administrative (bureaucratique) du travail et le despotisme d'administration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en d&#233;coule trois s&#233;ries de mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La suppression des privil&#232;ges de l'administration : limiter les salaires et le train de vie des fonctionnaires ; interdire les cumuls d'emplois et de fonctions ; aligner les salaires et conditions de vie sur celle des ex&#233;cutifs des entreprises publiques et r&#233;ciproquement ; interdire toute forme de participation &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et d'&#233;change.&lt;br class='manualbr' /&gt;- La suppression de l'irresponsabilit&#233; statutaire de l'administration : distinguer les fonctions consultatives d'expertise, reposant sur des comp&#233;tences scolaires reconnues, et les fonctions administratives d'ex&#233;cution, soumise au choix &#233;lectif.&lt;br class='manualbr' /&gt;- La suppression du despotisme d'administration : soumettre les fonctions administratives aux r&#232;gles d'autogestion des entreprises (&#233;lection, r&#233;vocabilit&#233;, coop&#233;ration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre des mesures &#233;voqu&#233;es ici &#8211; peut-&#234;tre la plupart, je n'ai pas compt&#233; &#8230; &#8211; figurent dans ton livre ou s'en inspire. Pourquoi alors proposer une pr&#233;sentation diff&#233;rente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Changer l'appareil d'&#201;tat ou changer d'appareil d'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison des ambigu&#239;t&#233;s de ta propre pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Une adaptation improbable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas t'infliger le dictionnaire des &#171; c&#233;l&#232;bres citations &#187; (de Marx, &#233;videmment &#8230;) sur la destruction de l'appareil d'&#201;tat que tu connais si bien que je ne parviens pas &#224; me convaincre que ton choix du vocabulaire soit d&#233;nu&#233; d'intentions critiques : &#171; Changer l'appareil d'&#201;tat &#187; (titre du chapitre), &#171; Ouvrir l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (p.153), &#171; adapter &#187; l'appareil d'&#201;tat &#224; ses nouvelles missions. Reste &#224; v&#233;rifier, non pas que tu es &#171; orthodoxe &#187;, mais que tu as raison, non sur les mots, mais sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de d&#233;marche, tout d'abord : tu commences - si j'ose dire - par &#171; Ouvrir l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (p. 153-158) pour transformer cet &#201;tat, avant de transformer cet &#201;tat pour qu'il s' &#171; ouvre &#187; &#224; la soci&#233;t&#233;. D'accord, c'est li&#233; (dialectiquement, bien s&#251;r&#8230;) ; mais il me semblerait plus juste de partir du second point - &#171; Red&#233;finir les missions et y adapter l'appareil d'&#201;tat &#187; (p. 159-165) - et particuli&#232;rement des mesures que tu pr&#233;conises pour ce que tu appelles un &#171; appareil d'&#201;tat adapt&#233; &#187; (p. 160-165).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de contraste, ensuite : entre la radicalit&#233; de certaines mesures (limiter les salaires et le train de vie des fonctionnaires) et la timidit&#233; de certaines autres (encourager les fonctionnaires &#224; travailler autrement, tendre vers une administration de projets et d'objectifs). Plus exactement, contraste entre des mesures dont tu dis toi-m&#234;me qu'elles risquent de provoquer des &#171; d&#233;parts &#187; au sein de l'administration &#171; qui ne sont pas n&#233;cessairement n&#233;gatifs &#187; (p. 161) (autrement dit : qui sont &#233;minemment souhaitables&#8230;) et des mesures qui affectent de partir de l'administration telle qu'elle est socialement et institutionnellement constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de strat&#233;gie, enfin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Une transformation n&#233;cessaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant le dire, l'ensemble des mesures destin&#233;es &#224; transformer l'administration bureaucratique doivent avoir pour objectif de supprimer l'appareil d'&#201;tat ou l'&#201;tat en tant qu'appareil pour lui substituer une administration publique, plac&#233;e sous le contr&#244;le de la d&#233;mocratie communiste : voil&#224; pour l'objectif poursuivi. Autant le dire, les mesures de transformation radicale de l'appareil d'&#201;tat ne laisseront aux hauts fonctionnaires qu'un seul choix : se soumettre ou se d&#233;mettre. Et ce choix sera d'autant plus clair qu'il sera effectu&#233; non seulement &#224; partir d'une transformation par le haut, mais par une transformation &#171; par le bas &#187; : auto-&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce point que je voudrais ne pas conclure (puisque l'objectif de ce texte est d'engager une discussion et d'obtenir - autant que possible - des pr&#233;cisions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-&#233;mancipation des travailleurs (et plus g&#233;n&#233;ralement des domin&#233;s) a pour moi &#8211; pour nous &#8211; toute la force d'une &#233;vidence et tout le poids d'une &#233;nigme. Pour &#233;viter de la r&#233;soudre par la simple r&#233;p&#233;tition qui tourne au slogan ( c'est sous cette forme que trop souvent l'auto&#233;mancipation revient &#224; la mode parmi ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#8230;), je me suis fabriqu&#233; une petit formule que je suis pr&#234;t &#224; partager : &#171; pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir &#8221;. Mais c'est seulement pour renouveler l'&#233;nigme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'Etat et la politique.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt; Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. Ci-dessus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agone, 2001. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce titre, la pol&#233;mique que tu engages contre Daniel Bensa&#239;d me semble singuli&#232;rement (Allez ! N'abusons pas trop des adjectifs..) &#8230;unilat&#233;rale. M&#234;me si sa r&#233;flexion r&#233;cente l'am&#232;ne &#224; repenser surtout les conditions d'une r&#233;volution ( et, &#224; ce titre, &#224; contribuer au renouvellement d'une pens&#233;e politique et strat&#233;gique), tu sais fort bien que ni lui ni la LCR, m&#234;me s'ils partagent un h&#233;ritage dont nous ne sommes pas encore sortis, n'ont cess&#233; et depuis fort longtemps de pr&#233;senter des propositions alternatives ou, si tu veux, &#171; positives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pense notamment &#224; ce que tu proposes pour &#171; changer la vie &#187; et qui constitue, somme toute, un programme de propositions impliqu&#233;es dans les exigences les plus radicales des mouvement sociaux actuels (p. 21-27) ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette question, voir notamment : Jacques Texier, &#171; Socialisme D&#233;mocratie Autogestion &#187;, &lt;i&gt;La Pens&#233;e&lt;/i&gt; n&#176; 321, Janvier/mars 2000 ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir - outre le texte de Texier pr&#233;c&#233;demment cit&#233; - ma contribution &#224; la complication des probl&#232;mes dans le petit essai qui pr&#233;c&#232;de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre 1, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Editions sociales, 1983,p.376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les objectifs et les limites de la planification, je m'en remets, provisoirement, &#224; celles et ceux qui, comme toi, ont r&#233;fl&#233;chi &#224; la question. Voir notamment les contributions de Catherine Samary.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, au cours des discussions de notre &#171; petit groupe &#171; , m'a signal&#233; que j'&#233;tais en retard d'une bonne d&#233;cennie et qu'une proposition semblable figurait dans des textes de la LCR : je m'en r&#233;jouis et regrette de ne pas avoir encore r&#233;ussi &#224; me les procurer. C'est un appel au archivistes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En revanche, la nature de ce dernier pouvoir et ses rapports avec l'ex&#233;cutif devraient &#234;tre enti&#232;rement red&#233;finis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et l'utopie (Dictionnaire des utopies, 2002)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-utopie-Dictionnaire-des-utopies-2002.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-utopie-Dictionnaire-des-utopies-2002.html</guid>
		<dc:date>2021-08-22T07:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'utopie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quelle critique de l'utopie ? Une critique utopique de l'utopie ? Un communisme utopique ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-l-utopie-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/arton67-52d8c.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans l'&#339;uvre de Karl Marx (1818-1883) et de Friedrich Engels (1820-1895)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220; Marx &#8221;, dans la suite, d&#233;signe, l'&#339;uvre commune et largement indissociable (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la tentative de jeter les bases d'un communisme &#171; critique et r&#233;volutionnaire &#187; est indissociable de la critique des formes &#171; critiques et utopiques &#187; du socialisme et du communisme. Quelle est cette critique de l'utopie ? Quel est ce communisme r&#233;volutionnaire ? N'est-il pas lui-m&#234;me une utopie ? (Version initiale de l'article &#171; Marx &#187; publi&#233; dans le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; : une synth&#232;se et, souvent, un autoplagiat de contributions ant&#233;rieures)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Quelle critique de l'utopie ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; certains historiens, press&#233;s de n&#233;gliger l'histoire elle-m&#234;me, Marx n'aborde pas l'utopie comme un genre (litt&#233;raire ou philosophique) ou comme un type (de mentalit&#233; ou de rationalit&#233;) - clos sur lui-m&#234;me, r&#233;p&#233;titif et &#233;touffant - dont les invariants r&#233;v&#233;leraient le sens et annonceraient le destin autoritaire, voire totalitaire. Si les utopies sont monotones rien n'est plus monotone que cette critique des utopies. Pour Marx au contraire, les premi&#232;res formes du socialisme et du communisme ne sont pas les variantes occasionnelles d'une &#233;ternelle utopie, mais un moment historique irr&#233;ductible et particulier : le moment utopique des th&#233;ories, des projets et des pratiques de l'&#233;mancipation sociale du 19e si&#232;cle ; un moment historique que jalonnent les &#339;uvres des &#171; fondateurs &#187; : Henri de Saint-Simon, Robert Owen, Charles Fourier, principalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une critique abstraite des syst&#232;mes, Marx oppose une critique concr&#232;te de leur contenu. Aussi prend-il &#224; partie ceux qui &#171; d&#233;tachent les syst&#232;mes cri&#172;tiques et &#233;crits pol&#233;miques du mouvement r&#233;el dont ceux-ci sont l'expression (...) &#187;, car, dit-il, &#171; ils ont ainsi quitt&#233; le terrain de la r&#233;alit&#233;, de l'histoire et sont revenus sur le terrain de l'id&#233;ologie &#187; (&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, 1845). &#192; une critique id&#233;ologique, il oppose une critique historique, dont la conclusion devrait encore faire r&#233;fl&#233;chir nos contemporains : &#171; Le contenu v&#233;ritable de tous les syst&#232;mes qui ont fait &#233;poque, ce sont les besoins de la p&#233;riode o&#249; ils ont fait leur apparition. &#192; la base de chacun d'eux, il y a toute l'&#233;volution ant&#233;rieure d'une nation, la forme donn&#233;e par l'histoire aux rapports de classes avec ses cons&#233;quences politiques, morales, philosophiques ou autres. Si l'on consid&#232;re cette base, il n'y a pas grand-chose &#224; tirer de la formule selon laquelle tous les syst&#232;mes sont de nature dogmatique ou dictatoriale &#187; (&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les aspirations sous-jacentes &#224; ces syst&#232;mes et la critique sociale qui les inspire importent davantage que leurs limites en tant que doctrines : ces limites qui leur valent cependant d'&#234;tre qualifi&#233;es d'utopiques. Pour la seule raison que ces doctrines ne seraient pas &#171; scientifiques &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; certains interpr&#232;tes, press&#233;s de consacrer la Science et ses d&#233;positaires, Marx ne se borne pas &#224; cong&#233;dier l'utopie au nom de la science. Il s&#8216;efforce au contraire, du moins dans ses premiers &#233;crits, de montrer comment ceux qu'il regarde comme des pr&#233;d&#233;cesseurs ont contribu&#233;, par leurs critiques de l'ordre social existant, &#224; doter le socialisme de rep&#232;res scientifiques. Telle est l'approche qui pr&#233;vaut notamment dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; (1845) o&#249; Proudhon lui-m&#234;me, pourtant &#226;prement combattu dans les &#339;uvres ult&#233;rieures, est couvert d'&#233;loges : avec &lt;i&gt;Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ?,&lt;/i&gt; il aurait &#233;crit un &#171; manifeste scientifique du prol&#233;tariat fran&#231;ais &#187; (&lt;i&gt;op.cit.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt; (1847), Marx confirme partiellement ce diagnostic : &#171; Les socialistes et les communistes sont les th&#233;oriciens de la classe prol&#233;taire &#187;. Mais en l'absence des conditions sociales et mat&#233;rielles de l &#8216;&#233;mancipation souhait&#233;e, ces th&#233;oriciens &#171; courent apr&#232;s une science r&#233;g&#233;n&#233;ratrice &#187;. C'est cette pr&#233;cipitation doctrinaire que retient le concept d'utopie quand, Marx l'emploie alors - &lt;i&gt;pour la premi&#232;re fois&lt;/i&gt; (il faut le souligner) dans un &#233;crit public - pour d&#233;signer le moment initial du devenir scientifique du socialisme. Pourtant, le r&#244;le des &#171; fondateurs &#187; dans le d&#233;veloppement d'une critique radicale ajust&#233;e aux besoins du prol&#233;tariat reste fortement valoris&#233; : leurs conceptions sont bien indissolublement &#171; critiques et utopiques &#187;, ainsi que les qualifie le &lt;i&gt;Manifeste du Parti Communiste&lt;/i&gt; (1848)&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, &#224; l'heure des bilans, la contribution des utopistes au d&#233;veloppement de la science semble, notamment dans la brochure d'Engels, &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme scientifique&lt;/i&gt; (1880), &#234;tre compl&#232;tement oubli&#233;e. Il suffit alors d'une lecture superficielle pour pr&#233;senter la distinction relative entre l'utopie et la science comme une opposition exclusive : la science contre l'utopie. Telle sera la vocation du commentaire pr&#233;tendument &#171; orthodoxe &#187; : sous couvert de d&#233;noncer l'utopie, il abritera, d&#232;s la fin du 19e si&#232;cle, un retour de la science doctrinaire que Marx entendait d&#233;passer. Et ce retour culminera dans le marxisme stalinis&#233; : le pr&#233;tendu &#171; marxisme-l&#233;ninisme &#187;. Mais le d&#233;sastre historique cautionn&#233; par la &#171; doctrine &#187; ne doit pas obscurcir l'horizon : pour Marx, &#171; le d&#233;veloppement du socialisme de l'utopie &#224; la science &#187; - titre initial de la brochure d'Engels - n'est pas un simple &lt;i&gt;passage&lt;/i&gt; de l'utopie &#224; la science. Mieux : il ne s'agit pas de la simple transmission d'un&lt;i&gt; h&#233;ritage, &lt;/i&gt;mais de la r&#233;alisation d'un&lt;i&gt; sauvetage&lt;/i&gt; (Miguel Abensour).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauvetage du socialisme dot&#233; de fondements scientifiques ; sauvetage de l'utopie ainsi devenue concr&#232;te ? Marx, en tout cas, en prenant en charge les perspectives d'&#233;mancipation entrevues par ses pr&#233;d&#233;cesseurs, n'a jamais totalement d&#233;sert&#233; le territoire de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Une critique utopique de l'utopie ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si Marx critique comme utopies des prescriptions doctrinaires qui manquent le mouvement r&#233;el de l'histoire, voire qui s'opposent &#224; lui, c'est pour leur opposer le point de vue d'une histoire qui serait porteuse de la possibilit&#233; d'une &#233;mancipation totale : son concept de l'utopie est un concept communiste de l'utopie ; sa critique est une critique utopique de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la perspective d'une &#233;mancipation totale est commun&#233;ment r&#233;cus&#233;e comme le comble de l'utopie, Marx la revendique express&#233;ment. C'est &#224; ce titre qu'il commence par retourner contre le lib&#233;ralisme politique sa condamnation de l'utopie : ce qui constitue &#171; un r&#234;ve utopique pour l'Allemagne &#187;, ce n'est pas, nous dit-il, &#171; l'&#233;mancipation humaine &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; &#187; mais l'&#233;mancipation particuli&#232;re ou partielle&lt;i&gt; : &lt;/i&gt;&#171; la r&#233;volution uniquement politique, la r&#233;volution qui laisserait debout les piliers de l'&#233;difice &#187; (&lt;i&gt;Contribution &#224; la Critique de la Philosophie du Droit de Hegel&lt;/i&gt;, 1843).&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Le d&#233;fi lanc&#233; au lib&#233;ralisme est radical : ce n'est plus l'&#233;mancipation totale que d&#233;signe le concept d'utopie, mais l'&#233;mancipation partielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie suivie dans les &#233;crits ult&#233;rieurs est d&#233;sormais trac&#233;e : si le socialisme et le communisme peuvent rev&#234;tir eux-m&#234;mes des formes utopiques, ce n'est pas parce qu'ils adoptent le point de vue de la totalit&#233;, mais, au contraire, parce qu'ils y d&#233;rogent. Tant qu'ils restent partiels, ils sont abstraits. Critiques, projets, pratiques : dans toutes leurs dimensions, ils s'en tiennent alors &#224; des abstractions dogmatiques. Leurs critiques se pr&#233;valent de leur caract&#232;re scientifique, mais reposent sur une saisie abstraite de la totalit&#233; et de l'histoire ; leurs projets manquent aussi bien la perspective d'une &#233;mancipation totale que la totalit&#233; des conditions requises ; leurs pratiques plut&#244;t que de pr&#233;parer une r&#233;volution g&#233;n&#233;rale, privil&#233;gient de petites &#171; exp&#233;riences doctrinaires &#187;, tent&#233;es dans le dos de l'histoire r&#233;elle (&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;, 1852). Mais, aux yeux de Marx, ces abstractions ne forment qu'un moment : ces mutilations de l'histoire peuvent &#234;tre expliqu&#233;es et d&#233;pass&#233;es par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le point de vue de l'histoire leur est commun&#233;ment oppos&#233; pour confondre dans une m&#234;me condamnation le communisme et l'utopie, ce point de vue permet &#224; Marx distinguer le communisme de ses formes utopiques. Ainsi, dans le &lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste&lt;/i&gt; (1948), le passage consacr&#233; au &#171; &#171; socialisme et communisme critiques et utopiques &#187; ponctue une analyse de l'histoire qui situe le communisme dans son mouvement et &#224; son horizon. Dans cette perspective, Saint-Simon, Owen et Fourier m&#233;ritent des &#233;loges en raison des dimensions critiques et des fonctions r&#233;volutionnaires &#171; &#224; bien des &#233;gards &#187; de leurs conceptions. Replac&#233;es dans l'histoire, les anticipations doctrinaires se pr&#233;sentent non comme des d&#233;faillances r&#233;dhibitoires mais comme des raccourcis provisoires : des substituts temporaires qui n'invalident nullement le projet socialiste et communiste. En revanche, cette mise en histoire, en expliquant l'immaturit&#233; des th&#233;ories par l'immaturit&#233; des luttes de classes, fait valoir que l'importance de ces substituts &#171; est en raison inverse du d&#233;veloppement historique &#187;. C'est pourquoi l'&#233;valuation ambivalente des fondateurs &#8211; &#171; critiques et utopiques &#187; - sert la d&#233;nonciation sans nuances des successeurs : des &#171; disciples &#187; qui &#171; constituent chaque fois des sectes r&#233;actionnaires &#187;. C'est pourquoi, surtout, l'enlisement dans l'utopie peut et doit faire place &#224; son d&#233;passement dont le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; est pr&#233;cis&#233;ment le manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel d&#233;passement ? S'il ne s'agit pas simplement de remplacer l'utopie par la science, que devient l'utopie dans la conception de Marx ? Selon Ernst Bloch, l'utopie se maintiendrait sous une forme transform&#233;e dans une th&#233;orie o&#249; circulent deux courants : le &#171; courant froid &#187; de la science et le &#171; courant chaud &#187; de l'utopie devenue concr&#232;te quand elle a trouv&#233; des assises scientifiques. Reste alors la question d&#233;cisive : le communisme de Marx est-il vraiment cette utopie concr&#232;te ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Un communisme utopique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de filtrer l'h&#233;ritage utopique de Marx, une critique interne devrait s'efforcer de s&#233;parer le bon grain d'une utopie f&#233;conde de l'ivraie d'une utopie st&#233;rile ; de distinguer l'utopie strat&#233;gique (effectivement branch&#233;e sur des virtualit&#233;s concr&#232;tes) de l'utopie chim&#233;rique, (secr&#232;tement hant&#233;e par les illusions des utopies abstraites).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe en g&#233;n&#233;ral des prescriptions doctrinaires (dont la r&#233;alisation serait hors de port&#233;e) et/ ou des perfections imaginaires (qui seraient absolument hors d'atteinte). Or si Marx retient le premier sens, il n&#233;glige le second. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, &#233;t&#233; s&#233;duit par des mirages ? C'est ce que laisse penser la tentation d'opposer aux anticipations partielles des moments et du but de l'&#233;mancipation, la perspective d'une &#233;mancipation totale : au risque de r&#233;introduire ainsi la perspective chim&#233;rique d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;concili&#233;e et d'un individu pleinement &#233;panoui. L'existence de ce risque semble confirm&#233;e quand on d&#233;tecte dans le communisme de Marx la persistance de trois illusions majeures &#8211; trois r&#234;ves qui menacent de virer au cauchemar : le r&#234;ve d'une soci&#233;t&#233; qui, sans division entre les classes et sans &#201;tat, serait pleinement restitu&#233;e &#224; elle-m&#234;me ; le r&#234;ve d'une soci&#233;t&#233; qui, enti&#232;rement planifi&#233;e, ma&#238;triserait enti&#232;rement son histoire ; le r&#234;ve d'une soci&#233;t&#233; qui, d&#233;barrass&#233;e de l'opacit&#233; produite par les rapports marchands, rendrait imm&#233;diatement visibles, pour tous et pour chacun, les modalit&#233;s et les fins des activit&#233;s humaines. Immanence, omnipotence, transparence : trois perfections imaginaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise en mauvaise part, l'utopie d&#233;signe encore des v&#339;ux exauc&#233;s d'avance par l'entremise de l'imagination ou de la divination : des r&#234;ves accomplis avant m&#234;me de s'&#234;tre r&#233;alis&#233;s (parce qu'ils sont consign&#233;s dans des syst&#232;mes cadenass&#233;s) ou des paris gagn&#233;s avant m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; tenus (parce qu'ils sont garantis par une histoire r&#233;v&#233;l&#233;e). Une fois encore, Marx retient le premier sens et n&#233;glige le second. N'aurait-il pas, &#224; sa fa&#231;on, c&#233;d&#233; &#224; des promesses ? C'est ce que laisse penser la tentative de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme quand Marx succombe &#224; la tentation d'en proclamer la n&#233;cessaire effectivit&#233; ou l'av&#232;nement in&#233;vitable : au risque de confier &#224; une histoire tut&#233;laire l'actualisation des virtualit&#233;s d'une histoire ouverte et ind&#233;cise. L'existence de ce risque semble confirm&#233;e quand Marx pr&#233;sente la r&#233;volution sociale non comme une cible strat&#233;gique &#224; atteindre, mais comme un moment historique d&#233;j&#224; fix&#233;. Les prescriptions doctrinaires se pr&#233;sentent, selon Marx, comme autant de &lt;i&gt;substitutions&lt;/i&gt; en cascade : les substitutions de l'utopique &#224; l'historique, de l'invention &#224; la r&#233;volution, de l'imaginaire au r&#233;el. Cette logique de la substitution appellerait son d&#233;passement par une logique de la r&#233;volution. Mais Marx laisse souvent entendre que ce d&#233;passement strat&#233;giquement n&#233;cessaire est garanti par un remplacement historiquement in&#233;vitable. R&#233;volution et communisme in&#233;luctables : deux promesses illusoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, n'en d&#233;plaise aux critiques press&#233;s d'en d&#233;coudre et d'en finir, le communisme de Marx est irr&#233;ductible aux illusions qui le hantent et aux tentations qui le minent. Les r&#234;veries chim&#233;riques qui courent en filigrane de son &#339;uvre restent mineures au regard des fondations strat&#233;giques qui en forment la trame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment alors comprendre l'utopie si elle peut &#234;tre mise ou remise en ordre de marche ? Comment comprendre le communisme de Marx, s'il est, dans le bon sens du terme, une utopie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie ne saurait &#234;tre enferm&#233;e dans un genre de romans ou de doctrines &#8211; dans des effusions litt&#233;raires ou des prescriptions doctrinaires. L'utopie, avant d'&#234;tre livr&#233;e au travail de la connaissance, est &#224; l'&#339;uvre dans l'histoire : des virtualit&#233;s utopiques habitent le changement social, des acteurs combattent pour les actualiser - des utopistes, si l'on veut, qui sont aussi des fauteurs d'histoire. Toute l'&#339;uvre de Marx est d&#233;di&#233;e &#224; la d&#233;tection de ces virtualit&#233;s : sa critique du capitalisme et ses analyses des antagonismes de classes s'efforcent de mettre &#224; jour les potentialit&#233;s de leur d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'utopie ne consiste pas seulement &#224; r&#234;ver de ce qui est absolument impossible, mais &#224; d&#233;terminer ce qui est relativement impossible. Est utopique alors ce qui &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt; irr&#233;alisable du point de vue de l'ordre social existant, mais &lt;i&gt;pourrait &lt;/i&gt;avoir sa place rationnellement &#233;tablie dans un autre ordre social. Est utopique surtout ce qui n'est&lt;i&gt; rendu&lt;/i&gt; impossible que par un ordre social qui en inter&#172;dit la r&#233;alisation, bien qu'il en porte concr&#232;tement la possibilit&#233; (Herbert Marcuse). Le communisme selon Marx serait alors cette perspective en attente, &#224; la fois accessible et contrari&#233;e : une utopie - mais une &#171; utopie de bon aloi &#187; (Ernst Bloch).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce communisme en appelle &#224; une soci&#233;t&#233; sans classes (ce qui ne signifie pas sans in&#233;galit&#233;s ni conflits) et sans Etat politique (ce qui ne signifie pas sans pouvoir public) : il est alors irr&#233;ductible &#224; la chim&#232;re inconsistante (et dangereuse) d'une soci&#233;t&#233; totalement unifi&#233;e et r&#233;concili&#233;e. Ce communisme se pr&#233;sente comme le projet d'une libre association des producteurs qui auraient conquis la ma&#238;trise des processus sociaux qui, dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, leur &#233;chappent et les dominent : il n'est pas condamn&#233; &#224; se confondre avec des fantasmes d&#233;risoires (et d&#233;sastreux) de toute-puissance. Ce communisme ne serait ni d&#233;sirable, ni r&#233;alisable ? On peut en discuter &#8230; Mais, dans une histoire ouverte, si le partage entre le possible et l'impossible peut &#234;tre l'objet d'un d&#233;bat, c'est parce qu'il est aussi l'enjeu d'un combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie de bon aloi est d'abord, aux yeux de Marx, l'utopie du bon combat : l'enjeu d'une strat&#233;gie. Cette utopie &#8211; le communisme - peut s'enfermer dans des syst&#232;mes doctrinaires et se r&#233;fugier dans des r&#234;veries vell&#233;itaires, c&#233;der &#224; des mirages et &#224; des promesses ; mais elle est tout enti&#232;re dans le mouvement, th&#233;orique et pratique, de leur d&#233;passement. Ce d&#233;passement est &#224; l'&#339;uvre dans la d&#233;tection utopique de possibilit&#233;s contrari&#233;es, mais d'ores et d&#233;j&#224; r&#233;elles et agissantes ; et dans l'activation utopique de possibilit&#233;s disruptives qui s'opposent &#224; l'ordre &#233;tabli et en l&#233;zardent les assises. Le communisme n'est alors, pour Marx lui-m&#234;me, que cela : le mouvement r&#233;el de sa possibilit&#233; et l'id&#233;al de son accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle possibilit&#233; ? Quel id&#233;al ? La possibilit&#233; concr&#232;te d'une appropriation sociale par tous les &#234;tres humains eux-m&#234;mes des conditions de leur existence : les moyens de production, d'&#233;change et de communication qui, dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes, sont la propri&#233;t&#233; exclusive de quelques-uns. Quel id&#233;al ? une soci&#233;t&#233; o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun serait la condition du libre d&#233;veloppement de toutes et de tous. Cette possibilit&#233; et cet id&#233;al sont utopiques ? Oui, mais concr&#232;tement enracin&#233;s dans les contradictions des formes d'exploitation et de domination qu'ils invitent &#224; abolir et qu'il est, selon Marx, concr&#232;tement possible d'abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res bibliographiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, bien s&#251;r, et&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abensour (Miguel), &lt;i&gt;Les formes de l'utopie socialiste et communiste. Essai sur le communisme critique et l'utopie&lt;/i&gt;, 2 volumes, 1972. Th&#232;se non publi&#233;e, dont est extrait : &#8220; L'Histoire de l'utopie et le destin de sa critique &#8221;, &lt;i&gt;Textures&lt;/i&gt; n&#176;6/7 (1973) et n&#176;8/9 (1974) ; &#171; Marx : quelle critique de l'utopie ?&#034;, &lt;i&gt;Lignes&lt;/i&gt; N0 17, octobre 1992, pp.43-65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bloch (Ernst), &lt;i&gt;Le Principe Esp&#233;rance (&lt;/i&gt;1959), Gallimard, Paris, 3 tomes, 1977,1982, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maler (Henri), &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx, &lt;/i&gt;L'Harmattan, Paris, 1994 ; &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Albin Michel, Paris, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcuse (Herbert), &lt;i&gt;La Fin de l'Utopie&lt;/i&gt;, Le Seuil, Paris, 1958 ; &lt;i&gt;Vers la lib&#233;ration&lt;/i&gt;, M&#233;diations/Deno&#235;l, Paris, 1969.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220; Marx &#8221;, dans la suite, d&#233;signe, l'&#339;uvre commune et largement indissociable de ces deux auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat selon Karl Marx (1843-1848)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/La-vocation-revolutionnaire-du-proletariat-selon-Karl-Marx-1843-1848.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/La-vocation-revolutionnaire-du-proletariat-selon-Karl-Marx-1843-1848.html</guid>
		<dc:date>2021-04-28T15:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les d&#233;veloppements d'un concept.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L120xH150/arton65-03cae.jpg?1726250900' class='spip_logo spip_logo_right' width='120' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s 1843, Marx d&#233;veloppe une conception du prol&#233;tariat dont les principaux traits m&#233;ritent un expos&#233; pointilleux, voire tatillon . Cet expos&#233;, sans &#234;tre exhaustif, permet d'introduire une approche critique de la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la vocation communiste de la r&#233;volution. Je reprends donc ici ce que, selon une approche sensiblement diff&#233;rente, j'avais tent&#233; de pr&#233;senter dans un ouvrage pr&#233;c&#233;dent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx, &#233;ditions Albin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si mon expos&#233; est exact, ses dimensions critiques ressortent suffisamment, sans qu'il soit n&#233;cessaire d'insister.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Anticipations et pr&#233;figurations (1843-1845)&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;, Marx soutient que l'&#233;mancipation humaine ne s'ach&#232;ve pas avec l'&#233;mancipation politique : &#171; l'&#233;mancipation politique n'est pas le mode accompli, d&#233;pourvu de contradictions, de l'&#233;mancipation humaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, in Friedrich Engels et Karl Marx, Annales (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;mancipation qui recevra ult&#233;rieurement, dans l'&#339;uvre de Marx, le nom de communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est cette &#233;mancipation humaine qui, selon Marx, est d'embl&#233;e &#224; l'ordre du jour en Allemagne. Plus exactement et &#224; la diff&#233;rence de la France : &#171; En Allemagne, l'&#233;mancipation universelle et la &lt;i&gt;conditio sine qua non&lt;/i&gt; de l'&#233;mancipation universelle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, Aubier, bil. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; De l&#224; cette question : &#171; &#171; D'o&#249; bien la possibilit&#233; positive de l'&#233;mancipation allemande ? &#187; R&#233;ponse : dans la formation du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. N&#233;gations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 19843, le prol&#233;tariat se d&#233;finit par une double privation : la privation de soci&#233;t&#233; et la privation d'humanit&#233;. En d'autres termes, l'ali&#233;nation de l'essence humaine culmine dans l'ali&#233;nation du prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; Le prol&#233;tariat se d&#233;finit tout d'abord par &lt;i&gt;la privation de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Plus exactement, dans le prol&#233;tariat, la soci&#233;t&#233;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;civile-bourgeoise est d'ores et d&#233;j&#224; dissoute ou en voie de dissolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me d'&#234;tre explicitement attribu&#233;e au prol&#233;tariat, la privation d'appartenance &#224; la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise est mentionn&#233;e sous une forme att&#233;nu&#233;e, d&#232;s le manuscrit de 1843 consacr&#233; &#224; la critique du droit politique h&#233;g&#233;lien : &#171; L'absence de possession et l'&#233;tat du travail imm&#233;diat, du travail concret, forment &lt;strong&gt;moins &lt;/strong&gt;un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise que le sol sur lequel reposent et se meuvent les cercles de cette soci&#233;t&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du Droit politique h&#233;g&#233;lien , &#201;ditions sociales, 1980, p. 136 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, Marx, dans &lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel&lt;/i&gt;, en attribuant sp&#233;cifiquement cette privation au prol&#233;tariat, en radicalise la pr&#233;sentation. L'exclusion de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise est totale et cette exclusion est en m&#234;me temps la dissolution de cette soci&#233;t&#233; : la &#171; possibilit&#233; positive de l'&#233;mancipation allemande &#187; (comprise comme &#233;mancipation humaine) r&#233;side &#171; dans la formation d'une classe aux cha&#238;nes radicales, d'une classe de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise &lt;i&gt;qui &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; une classe de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise, d'un &#233;tat qui est la dissolution de tous les &#233;tats&lt;/i&gt; (...). Cette &lt;i&gt;dissolution de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233;e dans un &#233;tat particulier, c'est le prol&#233;tariat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, Aubier, bil. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce concept du prol&#233;tariat, il faut le souligner, est son concept philosophique qui absorbe, mais sans l'annuler, l'observation empirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Sainte-Famille, &lt;/i&gt;c'est la dissolution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui est, semble-t-il, donn&#233;e par Marx comme le fondement de cette dissolution de la soci&#233;t&#233; au sein m&#234;me du prol&#233;tariat : le prol&#233;tariat &#171; est le c&#244;t&#233; n&#233;gatif de la contradiction, l'inqui&#233;tude au sein de la contradiction, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e dissoute et se dissolvant &#187;. Comprenons que dans le prol&#233;tariat la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est d&#233;j&#224; dissoute et que son action a un effet dissolvant. Cela ne signifie pas que l'autre c&#244;t&#233; de la contradiction ne joue aucun r&#244;le : &#171; Il est vrai que dans son mouvement &#233;conomique, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e s'achemine d'elle-m&#234;me vers sa propre dissolution &#187;. Mais elle ne le fait qu'en engendrant le prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, &#201;ditions sociales, p. 47.&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse est corrobor&#233;e par l'&#233;tude empirique que propose Engels, au m&#234;me moment dans &lt;i&gt;La Situation de la classe laborieuse en Angleterre&lt;/i&gt; (1845). Nous verrons qu'elle n'est pas totalement abandonn&#233;e dans les &#339;uvres post&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; Or la privation de soci&#233;t&#233; se double de &lt;i&gt;la privation d'humanit&#233;&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat est s&#233;par&#233; de l'essence humaine, car il est la n&#233;gation m&#234;me de cette essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx, dans ses &#171; critiques en marge &#187; d'un article d'Arnold Ruge (publi&#233;es en ao&#251;t 1844) souligne que l'exclusion du prol&#233;tariat &#233;quivaut &#224; son exclusion de la communaut&#233; humaine et de l'essence humaine. Le prol&#233;tariat n'est pas seulement isol&#233; de la communaut&#233; politique, comme tous les acteurs de soul&#232;vements, &#224; commencer par les bourgeois qui firent la r&#233;volution de 1789 : &#171; Mais la communaut&#233; dont l'ouvrier est s&#233;par&#233; est une communaut&#233; d'une toute autre r&#233;alit&#233; et d'une toute autre ampleur que la communaut&#233; politique.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Cette communaut&#233; dont le s&#233;pare son propre travail est la vie m&#234;me,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la vie physique et intellectuelle, la vie morale humaine, l'activit&#233; humaine, la jouissance humaine,&lt;i&gt; l'essence humaine. &lt;/i&gt;L'essence humaine est la v&#233;ritable communaut&#233; des hommes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Critiques en marges de l'article &#034;Le Roi de Prusse et la r&#233;forme sociale. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx affirme encore dans &lt;i&gt;La Sainte-Famille &lt;/i&gt; : &#171; Si les auteurs socialistes attribuent au prol&#233;tariat ce r&#244;le historique, ce n'est pas du tout (...) parce qu'ils consid&#232;rent les prol&#233;taires comme des dieux. C'est plut&#244;t l'inverse.&lt;i&gt; Dans le prol&#233;tariat pleinement d&#233;velopp&#233; se trouve pratiquement achev&#233;e l'abstraction de toute humanit&#233;, m&#234;me de l'apparence d'humanit&#233; ; &lt;/i&gt;dans les conditions de vie du prol&#233;tariat se trouvent condens&#233;es toutes les conditions de vie de la soci&#233;t&#233; actuelle dans ce qu'elles peuvent avoir de plus inhumain.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, op.cit., p. 47.&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, n&#233;gatif et n&#233;gation de la soci&#233;t&#233; et de l'humanit&#233;, &#171; l'essence du prol&#233;tariat &#187;, comme Marx la d&#233;signe occasionnellement, se r&#233;sume dans son &lt;i&gt;exclusion &lt;/i&gt; : exclusion, non seulement de la communaut&#233; politique, mais surtout de la communaut&#233; sociale ; exclusion de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comprise comme exclusion radicale de toute participation &#224; la richesse ; exclusions que signent son ali&#233;nation et sa paup&#233;risation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner la formidable charge critique - litt&#233;ralement extraordinaire au regard de l'ordinaire d'une critique philosophique compass&#233;e - qui habite ce recours au concept d'essence humaine et ne pas le passer trop vite par-dessus bord. Mais cette contradiction entre l'existence et essence humaine d&#233;termine, aux yeux de Marx, la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'ali&#233;nation, une fois parvenue &#224; son comble, doit, selon Marx, n&#233;cessairement se renverser. Le prol&#233;tariat, n&#233;gation de toute humanit&#233;, par le mouvement de n&#233;gation de cette n&#233;gation (sugg&#233;r&#233; sans &#234;tre express&#233;ment affirm&#233;), pr&#233;pare et pr&#233;figure l'&#233;mancipation humaine dont certains prol&#233;taires sont d&#8216;ores d&#233;j&#224; l'incarnation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Pr&#233;figurations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce diagnostic et cette promesse ont une histoire. Dans une lettre adress&#233;e &#224; Arnold Ruge en mai 1843, Marx oppose au monde inhumain des philistins, le monde humain de la d&#233;mocratie. L'annonce de ce monde humain r&#233;side alors, pour Marx, dans l'entente de l'humanit&#233; pensante et de l'humanit&#233; souffrante, de la t&#234;te et du c&#339;ur. L'activit&#233; de l'esprit et le d&#233;sir de libert&#233; sont les signes avant-coureurs de la r&#233;alisation de l'essence humaine que d&#233;finissent pr&#233;cis&#233;ment la Raison et la Libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#224; Arnold Ruge, Correspondance, tome 1, &#233;ditions sociales,1978, p. 296.&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, la radicalisation de la critique et l'adoption du point de vue d'une &#233;mancipation humaine int&#233;grale r&#233;int&#232;grent ces d&#233;terminations dans une perspective plus vaste et les attribuent au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat incarne n&#233;gativement, comme dissolution de fait, la dissolution &#224; venir de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, son existence pr&#233;figure aussi positivement la constitution &#224; venir de la soci&#233;t&#233; humaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand le prol&#233;tariat annonce la dissolution de l'ordre du monde existant jusqu'alors, il ne fait qu'exprimer le secret de sa propre existence, car il est la dissolution effective de cet ordre du monde &#187;. La soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise repose sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et se partage en de multiples &#233;tats particuliers. Le prol&#233;tariat, dans la mesure o&#249; il est priv&#233; de la propri&#233;t&#233; et de la particularit&#233; des &#233;tats, est la n&#233;gation-dissolution de fait de cette soci&#233;t&#233; : &#171; Quand le prol&#233;tariat exige la n&#233;gation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il &#233;l&#232;ve simplement au rang de principe de la soci&#233;t&#233;, ce dont la soci&#233;t&#233; a fait son principe &#224; lui, &lt;i&gt;ce qui est d&#233;j&#224; incarn&#233; en lui sans sa collaboration, comme le r&#233;sultat n&#233;gatif de la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, op.cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat se d&#233;finit par la privation de toute humanit&#233;, les ouvriers communistes, par leur activit&#233; pratique comme leur conscience th&#233;orique, incarnent ou pr&#233;figurent, d'ores et d&#233;j&#224;, le d&#233;passement de l'ali&#233;nation humaine et la r&#233;alisation de l'essence humaine : &lt;i&gt;la noblesse humaine&lt;/i&gt;, selon l'expression que Marx r&#233;p&#232;te avec insistance, &#224; peu de variantes pr&#232;s. C'est cette noblesse qui se manifeste dans le besoin de soci&#233;t&#233;, la soif de culture et la conscience m&#234;me des ouvriers et que Marx d&#233;couvre, non plus dans le prol&#233;tariat th&#233;oriquement d&#233;fini, mais, empiriquement, parmi les ouvriers communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; C'est &lt;i&gt;le besoin de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; que Marx, dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, place au premier plan : &#171; Lorsque les ouvriers communistes se r&#233;unissent, c'est d'abord la doctrine, la propagande, etc., qui est leur but. Mais, en m&#234;me temps, ils s'approprient par l&#224;&lt;i&gt; un besoin nouveau, le besoin de la soci&#233;t&#233;, et ce qui semble le moyen est devenu le but.&lt;/i&gt; On peut observer les plus brillants r&#233;sultats de ce mouvement pratique lorsque l'on voit r&#233;unis les ouvriers socialistes fran&#231;ais. Fumer, boire, manger, etc., ne sont plus l&#224; comme des pr&#233;textes &#224; r&#233;union ou des moyens d'union. L'assembl&#233;e, l'association, la conversation qui a son tour &#224; la soci&#233;t&#233; pour but leur suffisent, la fraternit&#233; humaine n'est pas chez eux une phrase vide, mais une v&#233;rit&#233;, et&lt;i&gt; la noblesse de l'humanit&#233; &lt;/i&gt;brille sur ces figures endurcies par le travail.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrits de 1844, op.cit., p. 107-108.&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le besoin de soci&#233;t&#233; n'est rien d'autre pour Marx que le besoin d'accomplissement du genre humain. Ainsi, dans une lettre adress&#233;e le 11 ao&#251;t 1844 &#224; Feuerbach, Marx, pour expliquer que ce dernier a donn&#233; &#171; un fondement philosophique au socialisme &#187;, &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;L'unit&#233; entre les hommes et l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, qui repose sur les diff&#233;rences r&#233;elles entre les hommes, le concept de genre humain ramen&#233; du ciel de l'abstraction &#224; la r&#233;alit&#233; terrestre, qu'est-ce sinon le concept de soci&#233;t&#233; ! &#187;. La r&#233;alisation de cette unit&#233; passe par la r&#233;appropriation par les hommes de leur humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'adressant &#224; Feuerbach, Marx pousse dans leurs derni&#232;res cons&#233;quences la conception de ce dernier. Il ajoute : &#171; C'est un ph&#233;nom&#232;ne remarquable de voir que, &#224; l'inverse du 18&#232;me si&#232;cle, la religiosit&#233; est devenue le fait des classes moyennes et de la classe sup&#233;rieure, alors que par contre l'irr&#233;ligion - j'entends par l&#224; celle de l'homme qui se sent homme v&#233;ritablement - est devenue l'apanage du prol&#233;tariat fran&#231;ais &#187;. Or l'affirmation de l'humanit&#233;, qui se d&#233;prend notamment de l'ali&#233;nation religieuse, conf&#232;re aux ouvriers fran&#231;ais leur noblesse humaine. Marx poursuit, en effet, sans transition : &#171; Il faudrait que vous ayez assist&#233; &#224; une r&#233;union des ouvriers fran&#231;ais pour pouvoir croire &#224; la fra&#238;cheur juv&#233;nile, &#224; la&lt;i&gt; noblesse &lt;/i&gt;qui se manifeste chez ces ouvriers &#233;reint&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#224; Ludwig Feuerbach, Correspondance. t.1, op.cit., p.323- 324.&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; Cette noblesse se manifeste particuli&#232;rement par la&lt;i&gt; soif de culture&lt;/i&gt; que Marx met en valeur dans cette m&#234;me lettre en distinguant les ouvriers par leur nationalit&#233; : &#171; Le prol&#233;tariat anglais fait aussi des progr&#232;s gigantesque, mais il lui manque&lt;i&gt; le caract&#232;re cultiv&#233; &lt;/i&gt;des Fran&#231;ais. Mais je ne dois pas oublier de souligner les m&#233;rites des ouvriers allemands en Suisse, &#224; Londres et &#224; Paris sur le plan th&#233;orique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh8-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la soif de savoir que Marx met l'accent dans &lt;i&gt;La Sainte Famille &lt;/i&gt; : &#171; Il faut avoir connu l'application studieuse,&lt;i&gt; la soif de savoir, &lt;/i&gt;l'&#233;nergie morale, l'infatigable instinct de d&#233;veloppement des ouvriers fran&#231;ais et anglais, pour pouvoir se faire une id&#233;e de &lt;i&gt;la noblesse humaine&lt;/i&gt; de ce mouvement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, op.cit., p. 106.&#034; id=&#034;nh8-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; ce qui ressortait de l'&#233;loge de Weitling, prononc&#233; dans les &#171; critique en marge de l'article contre Ruge : &#171; Pour ce qui est de la culture des ouvriers allemands ou g&#233;n&#233;ralement de leur capacit&#233; &#224; se cultiver, je rappellerai l'&#339;uvre g&#233;niale de Weitling qui d&#233;passe souvent Proudhon lui-m&#234;me au point de vue th&#233;orique (...).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Critiques en marge de l'article &#034;Le roi de Prusse et la r&#233;forme sociale &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette soif de culture co&#239;ncide avec le besoin des prol&#233;taires d'accomplir pleinement leur humanit&#233;. Ainsi, comme pour souligner que le d&#233;veloppement th&#233;orique n'est qu'un aspect partiel du d&#233;veloppement humain, Marx apr&#232;s avoir soulign&#233; &#171; les m&#233;rites des ouvriers allemands (...) sur le plan th&#233;orique &#187;, ajoute : &#171; &lt;i&gt;Seulement l'ouvrier allemand reste encore trop ouvrier&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#224; Ludwig Feuerbach, Correspondance. t.1, op.cit., p. 324.&#034; id=&#034;nh8-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, et ne manifeste pas encore le d&#233;veloppement humain dans toute sa pl&#233;nitude. Or, c'est cette pl&#233;nitude, et en particulier la pr&#233;sence de la passion au c&#339;ur de la pens&#233;e qui aux yeux de Marx est typique du caract&#232;re fran&#231;ais, tel qu'il ressort de l'affirmation de Fourier, cit&#233;e par Marx : &#171; &lt;i&gt;L'homme est tout entier dans ses passions&lt;/i&gt; &#187;. Clin d'&#339;il &#224; Feuerbach qui avait affirm&#233; avec force la n&#233;cessaire union de la t&#234;te et du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;3)&lt;/strong&gt; Enfin, dans le prol&#233;tariat s'incarne la v&#233;ritable &lt;i&gt;conscience humaine.&lt;/i&gt; Par la conscience m&#234;me de son inhumanit&#233;, le prol&#233;tariat t&#233;moigne de son humanit&#233;. Si la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat est comprise dans son essence, elle l'est particuli&#232;rement dans la conscience de cette essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx indique en toutes lettres dans ses &#171; Critiques en marge &#187; de l'article d'Arnold Ruge :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; Le soul&#232;vement sil&#233;sien commence pr&#233;cis&#233;ment o&#249; finissent les soul&#232;vements ouvriers fran&#231;ais et anglais, par &lt;i&gt;la conscience de l'essence du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; [mit dem Bewusstsein &#252;ber das Wesen des Proletariats].&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critiques en marges, in Grandjonc op. cit., p. 157.Voir aussi in Karl Marx, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Comprenons, bien que Marx ne dise pas clairement, que cette &#171; essence du prol&#233;tariat &#187; est son essence r&#233;volutionnaire : Marx en effet souligne que, dans le chant des tisserands, le prol&#233;tariat &#171; clame imm&#233;diatement et de fa&#231;on frappante, brutale, tranchante, violente&lt;i&gt; son opposition &#224; la soci&#233;t&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. La conscience de l'essence du prol&#233;tariat est la conscience de cette opposition : celle d'une humanit&#233; consciente de son inhumanit&#233; et qui a pour vocation de la d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx affirme dans&lt;i&gt; La Sainte Famille&lt;/i&gt;. Si &#171; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e s'achemine, d'elle-m&#234;me vers sa propre dissolution &#187;, c'est &#171; uniquement en engendrant le prol&#233;tariat en tant que prol&#233;tariat, la mis&#232;re consciente de cette mis&#232;re morale et physique, &lt;i&gt;l'humanit&#233; consciente de cette inhumanit&#233; qui, du fait de cette conscience, s'abolit en se d&#233;passant&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, op.cit., p. 47.&#034; id=&#034;nh8-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On comprend alors qu'il suffit de savoir &#171; ce que le prol&#233;tariat est &#187; pour savoir &#171; ce qu'il sera oblig&#233; historiquement de faire conform&#233;ment &#224; cet &#234;tre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 48.&#034; id=&#034;nh8-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : sa vocation r&#233;volutionnaire et communiste (avant m&#234;me que cet adjectif soit adopt&#233;) est inscrite dans cet &#234;tre. Et cette vocation est confirm&#233;e par la vocation universelle de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Universalit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessaire possibilit&#233; d'une &#233;mancipation &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt; dont est d&#233;positaire le prol&#233;tariat est universelle en plusieurs sens (que l'on peut essayer de distinguer en ajustant le vocabulaire). Le prol&#233;tariat a pour vocation d'accomplir l'&#233;mancipation humaine dans sa totalit&#233; pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il concentre l'ali&#233;nation dans sa totalit&#233; : une &#233;mancipation totale, c'est-&#224;-dire une &#233;mancipation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (qui surmonte la totalit&#233; des ali&#233;nations), une &#233;mancipation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; (qui surmonte l'ali&#233;nation de la totalit&#233; des hommes), une &#233;mancipation &lt;i&gt;int&#233;grale&lt;/i&gt; (qui surmonte la totalit&#233; des ali&#233;nations de l'individu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa &lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de Hegel, &lt;/i&gt;Marx lie &#233;troitement ces trois dimensions. Le prol&#233;tariat est porteur de l'&#233;mancipation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; de tous les hommes : c'est gr&#226;ce &#224; lui que l'&#233;mancipation universelle qui, en Allemagne, est &#171; la condition sine qua non de tout &#233;mancipation partielle &#187;, peut se r&#233;aliser. S'il en est ainsi, c'est que dans le prol&#233;tariat se concentre la totalit&#233; des ali&#233;nations humaines, et partant, de l'ali&#233;nation de tous les hommes. L'&#233;mancipation humaine d&#233;pend de l'action d'une &#171; sph&#232;re qui poss&#232;de&lt;i&gt; un caract&#232;re universel&lt;/i&gt; (universellen) de par ses souffrances universelles (universellen) &#187; : cette sph&#232;re, c'est le prol&#233;tariat. Ainsi, et du m&#234;me coup, si le prol&#233;tariat est porteur d'une &#233;mancipation universelle (de tous les hommes), c'est parce qu'il est porteur d'une &#233;mancipation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (de toutes les ali&#233;nations) ; et s'il s'agit d'une &#233;mancipation globale (qui atteint toutes les formes de l'ali&#233;nation de tous les hommes), c'est parce qu'elle est radicale (parce qu'elle les atteint &#224; la racine). Quel est, en effet, le r&#244;le de cette sph&#232;re universelle ? &#171; Elle ne se trouve pas dans une opposition&lt;i&gt; partielle&lt;/i&gt; (einseitigen) avec les cons&#233;quences de la structure politique allemande, mais dans une opposition&lt;i&gt; universelle&lt;/i&gt; (allseitigen) avec les conditions pr&#233;alables de cette structure &#187;. D&#232;s lors, l'&#233;mancipation universelle co&#239;ncide avec l'&#233;mancipation &lt;i&gt;int&#233;grale&lt;/i&gt; de l'homme (et de chaque homme), parce que cette sph&#232;re &#171; constitue, en un mot, la perte &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt; (v&#246;llige) de l'homme et ne peut se reconqu&#233;rir que par la reconqu&#234;te &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt; (v&#246;llige) de l'homme.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, op.cit., pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et les &#233;crits post&#233;rieurs reprennent cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx, dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844,&lt;/i&gt; explicite par la critique du travail ali&#233;n&#233;, pourquoi le prol&#233;tariat est porteur d'une &#233;mancipation universelle sous la forme d'une &#233;mancipation particuli&#232;re : &#171; De ce rapport du travail ali&#233;n&#233; &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il r&#233;sulte que l'&#233;mancipation de la soci&#233;t&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, etc. de la servitude, s'exprime sous la forme politique de l'&#233;mancipation des ouvriers, non pas comme s'il s'agissait seulement de leur &#233;mancipation&lt;i&gt; universelle &lt;/i&gt;de l'homme &#187;. Or, c'est parce qu'elle est porteuse d'une &#233;mancipation c&lt;i&gt;ompl&#232;te&lt;/i&gt; que l'&#233;mancipation universelle de l'homme est incluse dans l'&#233;mancipation particuli&#232;re des ouvriers : &#171; ...celle-ci y est incluse parce que tout l'asservissement de l'homme est impliqu&#233; dans le rapport de l'ouvrier &#224; la production, et que tous les rapports de servitude ne sont que des variantes et des cons&#233;quences de ce rapport &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrits de 1844, op.cit. p. 68.&#034; id=&#034;nh8-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce Marx confirme, dans les &#171; Critiques en marge &#187; de l'article de Ruge : dans la r&#233;volte du prol&#233;tariat contre une ali&#233;nation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (de l'homme dans sa totalit&#233;) est impliqu&#233;e une signification universelle (qui concerne tous les hommes). &#171; L'essence humaine est la v&#233;ritable communaut&#233; des hommes (Gemeinwesn des Menschen) &#187;. Or, le prol&#233;tariat est s&#233;par&#233; de cette essence et &#171; la funeste s&#233;paration d'avec cette essence est infiniment plus&lt;i&gt; universelle &lt;/i&gt;(allseitiger)... que l'isolement de la communaut&#233; politique &#187;. Aussi, &#171; le soul&#232;vement industriel, si&lt;i&gt; partiel &lt;/i&gt;(partiell)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;soit-il, n'en renferme pas moins une &#226;me&lt;i&gt; universelle&lt;/i&gt; (universelle) &#187;, alors que &#171; le soul&#232;vement politique si universel, soit-il, n'en cache pas moins sous sa forme la plus colossale un esprit &#233;triqu&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critiques en marges in Grandjonc, op.cit., p. 161. Voir aussi in Karl Marx, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans&lt;i&gt; La Sainte Famille,&lt;/i&gt; Marx r&#233;affirme une fois encore que l'&#233;mancipation de tous les hommes est impliqu&#233;e dans les conditions d'une &#233;mancipation de toutes les formes d'ali&#233;nation concentr&#233;es dans le prol&#233;tariat. L'ali&#233;nation est, certes, universelle : &#171; La classe poss&#233;dante et la classe prol&#233;taire repr&#233;sentent la m&#234;me ali&#233;nation &#187;. Mais la premi&#232;re &#171; poss&#232;de en elle l'apparence d'une existence humaine &#187;. Dans le prol&#233;tariat l'inhumanit&#233; est totale, et partant universelle : &#171; Dans le prol&#233;tariat pleinement d&#233;velopp&#233; se trouve pratiquement achev&#233;e l'abstraction de toute humanit&#233;, m&#234;me de l'apparence d'humanit&#233; ; dans les conditions de vie du prol&#233;taire se trouvent condens&#233;es&lt;i&gt; toutes &lt;/i&gt;les conditions de vie de la soci&#233;t&#233; actuelle dans ce qu'elles peuvent avoir de plus inhumain &#187;. L'&#233;mancipation du prol&#233;tariat doit par cons&#233;quent r&#233;aliser une &#233;mancipation compl&#232;te : &#171; il ne peut se lib&#233;rer lui-m&#234;me sans abolir ses propres conditions de vie. Il ne peut abolir ses propres conditions de vie sans abolir&lt;i&gt; toutes l&lt;/i&gt;es conditions de vie inhumaine de la soci&#233;t&#233; actuelle, que r&#233;sume sa propre situation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Sainte Famille, op.cit., p. 47-48.&#034; id=&#034;nh8-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Et par cons&#233;quent &#233;manciper la totalit&#233; des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette conception, le prol&#233;tariat, d'ores et d&#233;j&#224; parvenu au comble de l'ali&#233;nation de l'essence humaine, est donn&#233; comme l'acteur d'une &#233;mancipation humaine, &#224; tous &#233;gards universelle, qu'il pr&#233;figure dans certaines de ses manifestations. La fusion ainsi propos&#233;e du diagnostic et de pronostic est-elle th&#233;oriquement et historiquement fond&#233;e ? Les raisons d'en douter, voire d'en r&#233;cuser les pr&#233;tentions, ne manquent pas. Une utopie r&#233;v&#233;l&#233;e sous-tend ces pr&#233;tentions partiellement rectifi&#233;es dans les &#339;uvres ult&#233;rieures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une examen plus d&#233;taill&#233;, voir Convoiter l'impossible, op.cit.&#034; id=&#034;nh8-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Modifications et pers&#233;v&#233;rations (1845-1848)&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#233;crits post&#233;rieurs &#224; 1845, l'expos&#233; par Marx de la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la vocation communiste de sa r&#233;volution fait l'objet de modifications majeures et de notables pers&#233;v&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Modifications&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; Marx, dans &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, puis dans &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt;, introduit distinctement une modification apparemment d&#233;cisive. Les conditions historiques d'une &#233;mancipation humaine ne reposent pas sur les seules &#233;paules du prol&#233;tariat, mais elles prennent en compte d&#233;sormais ses conditions mat&#233;rielles : &lt;i&gt;la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et la vocation communiste de la r&#233;volution sont inscrits dans le d&#233;veloppement des forces productives&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le r&#244;le d&#233;volu au d&#233;veloppement des forces productives, Voir, qui m&#233;rite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont donc, selon &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, les conditions d'une &#171; transformation radicale &#187; ou d'une &#171; r&#233;volution radicale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, &#201;ditions sociales, 1976, respectivement p. 2 et p. 37.&#034; id=&#034;nh8-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Quelles sont les conditions de cette r&#233;volution que Marx d&#233;signe le plus souvent comme &#171; r&#233;volution communiste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., pp. 36, 37, 381.&#034; id=&#034;nh8-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, expression qui englobe, en g&#233;n&#233;ral indistinctement, comme pour marquer l'unit&#233; du processus, l'acte politique et la transformation sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions qui rendent possibles indissolublement la r&#233;volution et le communisme (une r&#233;volution d&#233;bouchant sur le communisme) sont &#171; &lt;i&gt;d'une part&lt;/i&gt;, les forces productives existantes et, &lt;i&gt;d'autre part&lt;/i&gt;, la formation d'une masse r&#233;volutionnaire qui fasse la r&#233;volution &#187;). Le d&#233;veloppement des forces productives doit &#234;tre &#224; la fois universel et &#233;lev&#233; : il doit &#234;tre &#233;lev&#233; (et donc universel) pour rendre le communisme possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., pp. 22, 33, 45, 50, 381.&#034; id=&#034;nh8-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; la fois comme mouvement co&#239;ncidant avec le d&#233;veloppement des antagonismes de classes, comme r&#233;volution accomplie conjointement dans plusieurs pays et comme r&#233;sultat reposant sur l'abondance (car sans ce d&#233;veloppement &#171; c'est la p&#233;nurie qui deviendrait g&#233;n&#233;rale, et, avec la lutte pour le besoin &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 33.&#034; id=&#034;nh8-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quel est plus pr&#233;cis&#233;ment le rapport entre &#171; d'une part et &#171; d'autre part &#187;, entre le d&#233;veloppement de ces deux conditions, forces productives et classe r&#233;volutionnaire ? Marx l'&#233;tablit ainsi : la privation de &#171; la masse de l'humanit&#233; &#187; de toute propri&#233;t&#233; et son opposition au monde existant &#171; pr&#233;supposent toutes deux un grand accroissement de la force productive, c'est-&#224;-dire un stade &#233;lev&#233; de son d&#233;veloppement &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 33.&#034; id=&#034;nh8-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Au d&#233;veloppement des forces productives, &#171; qui ne peuvent &#234;tre que n&#233;fastes dans le cadre des rapports existants et ne sont plus des forces productives, mais des forces destructrice (le machinisme et l'argent) &#187; correspond un &#171; &lt;i&gt;fait li&#233; au pr&#233;c&#233;dent&lt;/i&gt; &#187; : la naissance d'une classe r&#233;volutionnaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh8-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - qui se constitue comme telle au fil du d&#233;veloppement de ses r&#233;voltes, index&#233; &#224; son tour sur le d&#233;veloppement des forces productives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., pp. 196-197 par ex.&#034; id=&#034;nh8-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans&lt;i&gt; Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;, Marx confirme cette liaison. Il commence par affirmer que d&#233;veloppement des forces productives cr&#233;e &#171; les conditions mat&#233;rielles n&#233;cessaires &#224; l'affranchissement du prol&#233;tariat et &#224; la formation d'une soci&#233;t&#233; nouvelle &#187; et que du d&#233;veloppement du prol&#233;tariat d&#233;pend sa capacit&#233; de &#171; se constituer en classe &#187; et de donner &#224; sa lutte &#171; un caract&#232;re politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis&#232;re de la Philosophie, &#201;ditions sociales, 1972, p. 133.&#034; id=&#034;nh8-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or le rapport entre ces deux conditions est ainsi pr&#233;sent&#233; : &#171; les coalitions n'ont pas cess&#233; un instant de marcher et de grandir avec le d&#233;veloppement et l'agrandissement de l'industrie moderne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 176.&#034; id=&#034;nh8-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me, les forces productives (qui entrent entre contradiction avec les rapports de production) incluent &#171; le plus grand pouvoir productif &#187; que constitue &#171; la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me &#187;. Par cons&#233;quent : &#171; L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires comme classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pouvaient s'engendrer dans le sein de la soci&#233;t&#233; ancienne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 178&#034; id=&#034;nh8-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, le r&#244;le d&#233;cisif d&#233;volu au d&#233;veloppement des forces productives &lt;i&gt;semble&lt;/i&gt; confier &#224; ce d&#233;veloppement l'accomplissement des promesses dont l'&#234;tre m&#234;me du prol&#233;tariat &#233;tait le porteur selon les &#233;crits de 1843 &#224; 1845.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans le &lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste &lt;/i&gt;l'affirme une fois encore :&lt;i&gt; la vocation du prol&#233;tariat &#224; la r&#233;volution&lt;/i&gt; est inscrite dans le d&#233;veloppement des forces productives pr&#233;cis&#233;ment attribu&#233; &#224; la bourgeoisie. Le rapport, m&#233;taphoriquement &#233;tabli, m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te : &#171; &lt;i&gt;La bourgeoisie n'a pas seulement forg&#233; les armes qui la mettront &#224; mort : elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes - les ouvriers modernes, les prol&#233;taires&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste du Parti communiste, &#233;dition bilingue, &#201;ditions sociales, 1972, p. 49.&#034; id=&#034;nh8-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Autrement dit, le prol&#233;tariat est charg&#233; d'ex&#233;cuter la sentence prononc&#233;e par le d&#233;veloppement des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la lutte des classes, dont le r&#244;le est, de texte en texte, rendu d&#233;cisif qui doit permettre d'ex&#233;cuter cette sentence : le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; est le manifeste de cette lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suspendue au d&#233;veloppement des forces productives,&lt;i&gt; la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &lt;/i&gt;co&#239;ncide avec&lt;i&gt; la vocation communiste de la r&#233;volution &lt;/i&gt; : si le d&#233;veloppement universel de forces productives rend insupportable l'ali&#233;nation qu'il provoque, et engendre avec le prol&#233;tariat la force qui n&#233;cessairement doit abattre la domination du capital par une r&#233;volution et une appropriation des forces productives, c'est dans le d&#233;veloppement universel de ces m&#234;mes forces productives que se trouve pr&#233;figur&#233;, sous la forme de ses conditions mat&#233;rielles, le communisme lui-m&#234;me. S'il en est ainsi, c'est notamment &#8211; nous y reviendrons - parce que ce d&#233;veloppement se traduit pas une division du travail qui, pouss&#233;e &#224; &#8216;extr&#234;me, porte en elle la n&#233;cessaire possibilit&#233;s de son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture avec les utopies doctrinaires (indiff&#233;rentes aux conditions historiques de l'&#233;mancipation), comme avec l'anticipation propos&#233;e par Marx lui-m&#234;me (initialement discret sur ses conditions mat&#233;rielles), &lt;i&gt;semble&lt;/i&gt; d&#233;finitivement consomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rectification n'est pas la seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt; Les &#233;crits post&#233;rieurs &#224; 1845 modifient et temp&#232;rent les indications propos&#233;e jusqu'alors selon lequel le processus de n&#233;gation de leur propre inhumanit&#233; pr&#233;dispose une fraction des travailleurs &#224; incarner, en raison de leur noblesse humaine, l'&#233;mancipation humaine elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est, en premier lieu, &lt;i&gt;le processus de transformation des hommes&lt;/i&gt; lui-m&#234;me dont le sens et l'ampleur sont pr&#233;cis&#233;s &#224; l'occasion de la critique des id&#233;ologues, pour lesquels il s'agit se changer au lieu de changer le monde ou de changer de conscience pour changer le monde dont elle est la conscience. C'est ainsi que Marx d&#233;nonce, dans la conception de Stirner, &#171; l'attitude de la phras&#233;ologie id&#233;aliste, selon laquelle Je, l'&#233;l&#233;ment r&#233;el, ne doit pas changer la r&#233;alit&#233;, ce que je ne peux faire qu'avec d'autres, mais&lt;i&gt; me changer moi-m&#234;me au fond de moi-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 205.&#034; id=&#034;nh8-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, il s'agit non de se changer au lieu de changer le monde, mais de changer le monde pour se changer ou, plus exactement, de se changer en changeant le monde. C'est ce que Marx confirme quand il revient &#224; la charge contre Stirner un peu plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Stirner croit (...) que les prol&#233;taires communistes qui r&#233;volutionnent la soci&#233;t&#233; et &#233;tablissent les rapports de production et la formes des relations sur une base nouvelle, c'est-&#224;-dire eux-m&#234;mes, en tant qu'hommes nouveaux, sur leur nouveau mode de vie, restent &#034;ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;&#034;. La propagande inlassable que font les prol&#233;taires, les discussions qu'ils organisent entre eux quotidiennement, prouvent &#224; suffisance&lt;i&gt; combien peu eux-m&#234;mes veulent rester &#034;ceux qu'ils &#233;taient&#034;, &lt;/i&gt;et combien, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ils souhaitent que les hommes ne restent pas ceux qu'ils &#233;taient. Ils ne resteraient ceux qu'ils &#233;taient que si avec saint Sancho ils cherchaient la faute en eux-m&#234;mes ; mais ils savent trop bien que&lt;i&gt; c'est seulement quand les conditions seront modifi&#233;es qu'ils cesseront d'&#234;tre &#034;ceux qu'ils &#233;taient&#034;&lt;/i&gt; et c'est pourquoi ils sont d&#233;cid&#233;s &#224; modifier ces conditions &#224; la premi&#232;re occasion.&lt;i&gt; Dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, se changer soi-m&#234;me et changer ces conditions co&#239;ncident.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 207-208&#034; id=&#034;nh8-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Se changer et changer le monde co&#239;ncident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la conception initiale est infl&#233;chie : &lt;i&gt;l'activit&#233; des prol&#233;taires ne t&#233;moigne pas de l'humanit&#233; qu'ils incarnent d&#233;j&#224;&lt;/i&gt;, mais d'une volont&#233; de se transformer en transformant les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Les conditions de cette auto-transformation permettent de comprendre plus pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;le processus de transformation de la conscience.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'origine de la conscience communiste ? &#171; Dans le d&#233;veloppement des forces productives, il arrive un stade o&#249; (...) il na&#238;t une classe qui supporte toutes les charges de la soci&#233;t&#233; sans jouir de ses avantages, qui est expuls&#233;e&lt;i&gt; de force de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; et se trouve, de force, dans l'opposition la plus ouverte &#224; toutes les autres classes, une classe qui forme la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; et&lt;i&gt; d'o&#249; surgit la conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution radicale, conscience qui est la conscience communiste &lt;/i&gt;et peut se former aussi, bien entendu, dans les autres classes quand on y voit la situation de cette classe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 37&#034; id=&#034;nh8-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience communiste, c'est-&#224;-dire &#171; la conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution radicale &#187;, a pour racine l'exclusion des prol&#233;taires de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et &#171; surgit &#187; de la dissolution en acte de cette soci&#233;t&#233;. Il conviendra de revenir sur cette exclusion et cette dissolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Mais, &lt;i&gt;premi&#232;re inflexion notable&lt;/i&gt;, la conscience communiste des prol&#233;taires n'est plus simplement d&#233;finie comme celle de l'inhumanit&#233; consciente de son inhumanit&#233; qui affirme par l&#224; son humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis un bon bout de temps d&#233;j&#224;, tous les communistes (&#8230;) sont d'accord, sur la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution communiste (&#8230;) &#187;. Mais la conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution communiste, pour la majorit&#233; des prol&#233;taires, ne na&#238;t pas de la simple conscience de leur &#234;tre social ; elle na&#238;t de la r&#233;volution communiste elle-m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Une transformation massive des hommes s'av&#232;re n&#233;cessaire pour la cr&#233;ation en masse de cette conscience communiste,&lt;/i&gt; comme pour mener &#224; bien la chose elle-m&#234;me ;&lt;i&gt; or, une telle transformation ne peut s'op&#233;rer que par un mouvement pratique, par une r&#233;volution ;&lt;/i&gt; cette r&#233;volution n'est donc pas seulement rendue n&#233;cessaire parce qu'elle est le seul moyen de renverser la classe dominante, elle l'est &#233;galement parce que seule une r&#233;volution permettra &#224; la classe qui renverse l'autre de balayer toute la pourriture du vieux syst&#232;me qui lui colle apr&#232;s et de devenir apte &#224; fonder la soci&#233;t&#233; sur des bases nouvelles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 37-38.&#034; id=&#034;nh8-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Ainsi, &lt;i&gt;seconde inflexion notable&lt;/i&gt;, seuls les communistes, la fraction la plus r&#233;solue et la plus consciente, commencent par atteindre la conscience communiste dont la conqu&#234;te, pour la grande masse, chevauche la r&#233;volution, si elle ne s'accomplit pas apr&#232;s elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rectifications ainsi op&#233;r&#233;es permettent &#224; la fois de lever les ambigu&#239;t&#233;s des formulations des &#233;crits ant&#233;rieurs et d'en reconduire partiellement certaines le&#231;ons. Les prol&#233;taires r&#233;volutionnaires ne sont pas directement et dans le moment m&#234;me de leur activit&#233; la pr&#233;figuration de l'humanit&#233; &#233;mancip&#233;e : C'est dans et par la transformation des circonstances qui chevauche la r&#233;volution elle-m&#234;me, qu'ils accomplissent leur auto&#233;mancipation. Sans doute la conscience communiste n'est-elle plus de celle de l'inhumanit&#233; consciente de son inhumanit&#233; ; mais le processus qui la fait na&#238;tre et qui la d&#233;veloppe accomplit la conscience n&#233;cessaire &#224; &#233;mancipation totale. Sans doute cette conscience communiste ne peut-elle na&#238;tre avant la r&#233;volution que dans une minorit&#233; ; mais elle pr&#233;figure pourtant ce qui s'accomplira pour l'immense majorit&#233;. Finalement, rien n'interdit, &#224; cette &#233;tape de la pr&#233;sentation, de comprendre la co&#239;ncidence de la transformation de soi et de la transformation des circonstances comme la r&#233;alisation positive de l'essence humaine dont les prol&#233;taires constituent le n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Pers&#233;v&#233;rations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu et il faut y revenir : Marx, dans &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande,&lt;/i&gt; attribue au d&#233;veloppement des forces productives devenue des forces destructrices la formation du prol&#233;tariat et de son r&#244;le r&#233;volutionnaire. Mais il pr&#233;cise (dans une phrase d&#233;j&#224; mentionn&#233;e) qu' &#171; il na&#238;t une classe qui supporte toutes les charges de la soci&#233;t&#233;, sans jouir de ses avantages, qui est &lt;i&gt;expuls&#233;e de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; et se trouve de force dans l'opposition la plus ouverte &#224; toutes les autres classes (&#8230;) &#187;. Et quelques lignes plus loin : &#171; la r&#233;volution communiste (&#8230;) abolit la domination de toutes les classes elles-m&#234;mes, parce qu'elle est effectu&#233;e par &lt;i&gt;la classe qui n'est plus consid&#233;r&#233;e comme une classe dans la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, qui n'est plus reconnue comme telle et &lt;i&gt;qui est d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;l'expression de la dissolution de toutes les classes, de de toutes les nationalit&#233;s, etc., dans le cadre de la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exclusion radicale de la soci&#233;t&#233; existante et la dissolution totale de cette soci&#233;t&#233; fondent &#224; la fois la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et la vocation communiste de la r&#233;volution. Chacun de ces arguments m&#233;ritent d'&#234;tre examin&#233;s tour &#224; tour et pas &#224; pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1)&lt;/strong&gt; Le prol&#233;tariat se d&#233;finit par son exclusion : une exclusion totale puisqu'il est universellement priv&#233; de propri&#233;t&#233;, compl&#232;tement priv&#233; de soci&#233;t&#233; et int&#233;gralement priv&#233; d'humanit&#233;. Le prol&#233;tariat, &#171; la masse des ouvriers qui ne sont qu'ouvriers &#187;, est &#171; une force travail massive &#187; &#224; la fois &#171; &lt;i&gt;coup&#233;e&lt;/i&gt; du capital et de toute satisfaction m&#234;me born&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 33.&#034; id=&#034;nh8-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; c'est une classe &#171; &lt;i&gt;expuls&#233;e de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh8-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; les prol&#233;taires sont &#171; &lt;i&gt;totalement exclus de toute manifestation de soi&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 71-72.&#034; id=&#034;nh8-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des arguments qui m&#233;ritent d'&#234;tre d&#233;taill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compl&#232;te exclusion du prol&#233;tariat pr&#233;pare son r&#244;le r&#233;volutionnaire. Marx le souligne quand il encha&#238;ne ainsi paup&#233;risation, exclusion et opposition : avec la transformation des forces productives en forces destructrices, &#171; il na&#238;t une classe qui supporte toutes les charges de la soci&#233;t&#233;, sans jouir de ses avantages, qui est&lt;i&gt; expuls&#233;e de la soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt;et se trouve de force, dans l'opposition la plus ouverte, &#224; toutes les autres classes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh8-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- L'universelle exclusion du prol&#233;tariat, port&#233;e par le d&#233;veloppement des forces productives, est la condition de l'universalit&#233; de sa fonction historique : pour que l'ali&#233;nation &#171; devienne une puissance (...) contre laquelle on fait &lt;i&gt;la r&#233;volution&lt;/i&gt;, il est n&#233;cessaire qu'elle ait fait de la &lt;i&gt;masse de l'humanit&#233;&lt;/i&gt; une masse &lt;i&gt;totalement&lt;/i&gt; &#034;priv&#233;e de propri&#233;t&#233;&#034;. La privation totale est donc massive, voire universelle, dans la mesure o&#249; elle &#171; suppose &#224; son tour, un d&#233;veloppement &lt;i&gt;universel&lt;/i&gt; des forces productives &#187;&#034; qui l'engendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 33.&#034; id=&#034;nh8-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La paup&#233;risation du prol&#233;tariat, stade ultime d'une privation globale, qui d&#233;termine, en derni&#232;re instance, l'actualit&#233; de la r&#233;volution. C'est ce que Marx affirme dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat n'a &#171; &lt;i&gt;rien &#224; sauvegarder&lt;/i&gt; &#187; et la bourgeoisie &#171; est incapable de r&#233;gner, car elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave m&#234;me au sein de son esclavage &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p.55.&#034; id=&#034;nh8-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet argument ne dispara&#238;t pas avec les &#339;uvres post&#233;rieures &#224; 1948, comme on peut lire dans une &#171; Adresse publi&#233;e en 1869 : &#171; &lt;i&gt;La domination de classe est possible aussi longtemps que les opprim&#233;s sont pr&#233;serv&#233;s de la mis&#232;re la plus extr&#234;me. &lt;/i&gt;Or, dans les meilleurs ann&#233;es, les classes dominantes n'ont pas r&#233;ussi &#224; prot&#233;ger les ouvriers salari&#233;s de l'industrie de la mis&#232;re et de la mort par inanition. (...) Chaque moyen qu'elles ont appliqu&#233; n'a fait qu'aggraver encore vos malheurs, et elles n'ont plus rien &#224; proposer. Leur r&#232;gne est donc vou&#233; &#224; la ruine.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Adresse de la Ligue de la terre et du travail aux ouvriers et ouvri&#232;res de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le prol&#233;tariat, comme dans les &#233;crits de 1843 &#224; 1845, est d&#233;fini par son exclusion de la soci&#233;t&#233; civile et sa mis&#232;re, plut&#244;t que par son inclusion dans les rapports de production et la pr&#233;carit&#233; de sa condition : inclusion et pr&#233;carit&#233; qui viendront au premier plan dans les &#339;uvres ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(2)&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;La figure de l'exclusion se double de celle de la &lt;i&gt;dissolution&lt;/i&gt;. Marx reprend l'essentiel des arguments de la phase ant&#233;rieure &#224; la r&#233;daction de &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; : dans le prol&#233;tariat, la soci&#233;t&#233; existante est d'ores et d&#233;j&#224; dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt; multiplie les remarques dispers&#233;es qui indiquent toutes les dissolutions en acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La dissolution de la nationalit&#233; &lt;/i&gt; : &#171; ...tandis que la bourgeoisie de chaque nation conserve des int&#233;r&#234;ts nationaux particuliers, la grande industrie cr&#233;a une classe dont les int&#233;r&#234;ts sont les m&#234;mes dans toutes les nations et pour laquelle la nationalit&#233; est d&#233;j&#224; abolie, une classe qui s'est r&#233;ellement d&#233;barrass&#233;e du monde ancien et qui s'oppose &#224; lui en m&#234;me temps.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 59&#034; id=&#034;nh8-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;La dissolution de la famille &lt;/i&gt; : &#171; L'histoire montre que la bourgeoisie donne &#224; la famille les caract&#232;res de la famille bourgeoise, o&#249; l'ennui et l'argent constituent le seul lien et dont le corr&#233;latif est la dissolution bourgeoise de la famille, qui n'emp&#234;che pas la famille de continuer &#224; exister. Au mode de vie &#233;c&#339;urant du bourgeois correspond, dans la phras&#233;ologie officielle et dans l'hypocrisie g&#233;n&#233;rale, le concept sacr&#233;.&lt;i&gt; L&#224; o&#249; la famille est r&#233;ellement dissoute, dans le prol&#233;tariat par exemple&lt;/i&gt;, il se passe justement le contraire de ce que pense &#034;Stirner&#034;. Le concept de famille n'y existe pas ; mais, par moments, nous pouvons trouver un penchant pour la vie familiale qui s'appuie sur des rapports tout &#224; fait r&#233;els.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 172-173&#034; id=&#034;nh8-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La dissolution de l'id&#233;ologie dominante &lt;/i&gt; : &#171; La v&#233;ritable solution pratique de cette phras&#233;ologie, l'&#233;limination de ces repr&#233;sentations de la conscience des hommes, ne sera r&#233;alis&#233;e, r&#233;p&#233;tons-le, que par une transformation des circonstances et non par des d&#233;ductions th&#233;oriques. Pour la masse des hommes, c'est-&#224;-dire le prol&#233;tariat, ces repr&#233;sentations th&#233;oriques n'existent pas, donc pour cette masse elles n'ont pas non plus besoin d'&#234;tre supprim&#233;es et, si elle a jamais eu quelques repr&#233;sentations th&#233;oriques telles que la religion, il y a longtemps d&#233;j&#224; qu'elles sont d&#233;truites par les circonstances.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 41.&#034; id=&#034;nh8-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (IA). Or ces &#034;circonstances&#034; avant d'&#234;tre le produit d'une r&#233;volution communiste, sont cr&#233;&#233;es par la grande industrie : &#171; Elle an&#233;antit le plus possible l'id&#233;ologie, la religion, la morale, etc., et lorsque cela lui &#233;tait impossible, elle en fit des mensonges flagrants.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit. p. 58 note 2.&#034; id=&#034;nh8-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces dissolutions, le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; propose une formulation concentr&#233;e : &#171; Les conditions d'existence de la vieille soci&#233;t&#233; sont d&#233;j&#224; &lt;i&gt;supprim&#233;es&lt;/i&gt; dans les conditions d'existence du prol&#233;tariat. Le prol&#233;taire est sans propri&#233;t&#233; ; ses relations avec sa femme et ses enfants n'ont plus rien de commun avec celles de la famille bourgeoise ; le travail industriel moderne, l'asservissement moderne au capital, aussi bien en Angleterre qu'en France ont d&#233;pouill&#233; (agestreift) le prol&#233;taire de tout caract&#232;re national&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p. 61-63.&#034; id=&#034;nh8-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires sont sans propri&#233;t&#233;, sans famille (au sens bourgeois), sans patrie : arguments que Marx reprend quand il r&#233;pond, point par point, aux critiques qui accusent les communistes de vouloir abolir ce qui est d'ores et d&#233;j&#224; aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La propri&#233;t&#233; est d&#233;j&#224; abolie&lt;/i&gt; : &#171; Vous &#234;tes saisis d'horreur parce que nous voulons abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Mais dans votre soci&#233;t&#233; actuelle, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est abolie (aufgehoben) pour les neuf dixi&#232;mes de ses membres.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p. 74-75.&#034; id=&#034;nh8-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;La famille est d&#233;j&#224; abolie&lt;/i&gt; : &#171; L'abolition de la famille ! (Aufhebung der Familie) M&#234;me les plus radicaux s'indignent de cet inf&#226;me dessein des communiste. (...) La famille n'existe, sous sa forme achev&#233;e, que pour la bourgeoisie ; mais elle a pour corollaire l'absence de toute famille et la prostitution publique auxquelles sont contraints les prol&#233;taires .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p. 76-77.&#034; id=&#034;nh8-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;La nationalit&#233; est d&#233;j&#224; abolie&lt;/i&gt; : &#034;En outre on a accus&#233; les communiste de vouloir abolir (abschaffen) la patrie, la nationalit&#233;. Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu'ils n'ont pas.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste, op.cit., p. 80-81&#034; id=&#034;nh8-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La vocation communiste de la r&#233;volution &lt;/i&gt;est inscrite, n&#233;gativement, dans l'&#234;tre m&#234;me du prol&#233;tariat, d&#233;fini par son exclusion de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sa dissolution : &#171; la r&#233;volution communiste (...) supprime le travail et abolit la domination de toutes les classes en abolissant les classes elles-m&#234;mes, &lt;i&gt;parce qu'elle est effectu&#233;e par la classe qui n'est plus consid&#233;r&#233;e comme une classe dans la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, qui n'est plus reconnue comme telle et qui est d&#233;j&#224; &lt;i&gt;l'expression de la dissolution de toutes les classes, de toutes les nationalit&#233;s,&lt;/i&gt; etc., dans le cadre de la soci&#233;t&#233; actuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh8-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Telle est la port&#233;e de l'&#233;vocation de la dissolution de tous les aspects de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(3)&lt;/strong&gt; Quel est le contenu du communisme dont r&#233;pond la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vocation universelle du prol&#233;tariat et de l'&#233;mancipation humaine que promet cette vocation universelle &#233;tait d&#233;j&#224; postul&#233;e dans les &#233;crit ant&#233;rieurs &#224; &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; qui soutiennent, comme on l'a vu, que l' &#233;mancipation humaine dont est d&#233;positaire le prol&#233;tariat est universelle en plusieurs sens (que l'on peut essayer de distinguer en ajustant le vocabulaire). La n&#233;cessit&#233; d'une &#233;mancipation &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt; trouve sa possibilit&#233; dans un acteur historique dont la vocation est d'accomplir l'&#233;mancipation humaine dans sa totalit&#233; pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il concentre l'ali&#233;nation dans sa totalit&#233; : une &#233;mancipation totale, c'est-&#224;-dire une &#233;mancipation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt; (qui surmonte la totalit&#233; des ali&#233;nations), une &#233;mancipation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; (qui surmonte l'ali&#233;nation de la totalit&#233; des hommes), une &#233;mancipation &lt;i&gt;int&#233;grale&lt;/i&gt; (qui surmonte la totalit&#233; des ali&#233;nations de l'individu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme, tel que Marx le pronostique d&#232;s la r&#233;daction de &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, confirme que la dissolution de la soci&#233;t&#233; existante r&#233;alis&#233;e au sein du prol&#233;tariat annonce une &#233;mancipation compl&#232;te, universelle et int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce qu'elle est compl&#232;te, cette dissolution annonce une &#233;mancipation &lt;i&gt;compl&#232;te&lt;/i&gt;. Si la dissolution de la soci&#233;t&#233; existante - dissolution de la propri&#233;t&#233;, de la famille, de la nationalit&#233; et de l'id&#233;ologie dominante - est pour et dans le prol&#233;tariat accomplie ou sur le point de l'&#234;tre, c'est encore dans l'&#234;tre m&#234;me du prol&#233;tariat que se trouve inscrit le contenu du communisme. Ensuite, parce qu'elle est universelle, cette privation/dissolution annonce une &#233;mancipation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; : le prol&#233;tariat est porteur d'une &#233;mancipation de tous les hommes parce qu'il se d&#233;finit par une privation universelle (d&#233;sormais &#233;tendue &#224; tous les pays )&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le prol&#233;tariat l'abolition de toute appartenance et de toutes les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, parce qu'elle est int&#233;grale, la privation/dissolution annonce une &#233;mancipation i&lt;i&gt;nt&#233;grale &lt;/i&gt;de tous les individus, inscrite dans leur privation int&#233;grale de toute manifestation de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation int&#233;grale de l'individu suppose la satisfaction totale de la totalit&#233; des besoins qui proc&#232;dent de son essence humaine : de la totalit&#233; de ses besoins humains. Or le besoin humain fondamental est pr&#233;cis&#233;ment le besoin d'universalit&#233;, c'est-&#224;-dire de manifestation universelle de l'individu, de manifestation de la totalit&#233; de ses facult&#233;s cr&#233;atrices, le besoin d'une activit&#233; universelle. D&#232;s lors, le prol&#233;tariat ne peut &#234;tre pos&#233; en &#233;mancipateur de l'homme que dans la mesure o&#249; il manifeste lui-m&#234;me ce besoin d'universalit&#233; : de d&#233;veloppement int&#233;gral des facult&#233;s humaines individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les conditions d'appropriation des forces productives qui font appara&#238;tre cette exigence. L'appropriation des forces productives est conditionn&#233;e par leur objet : les forces productives &#233;tant universelles l'appropriation ne peut &#234;tre qu'universelle. &#171; &lt;i&gt;D&#233;j&#224;, sous cet angle&lt;/i&gt; &#187;, le d&#233;veloppement int&#233;gral des individus est impliqu&#233; : &#171; L'appropriation de ses forces n'est elle-m&#234;me autre chose que le d&#233;veloppement des facult&#233;s individuelles correspondant aux instruments mat&#233;riels de production. Par l&#224; m&#234;me,&lt;i&gt; l'appropriation d'une totalit&#233; d'instruments est d&#233;j&#224; le d&#233;veloppement d'une totalit&#233; de facult&#233;s dans les individus eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;. Mais c'est la privation int&#233;grale des &#171; individus qui s'approprient &#187; qui en est le fondement ultime : &#171; Seuls les prol&#233;taires de l'&#233;poque actuelle, &lt;i&gt;totalement exclus de toute manifestation de soi&lt;/i&gt;, sont en mesure de parvenir &#224; &lt;i&gt;une manifestation de soi totale&lt;/i&gt;, et non plus born&#233;e, qui consiste dans &lt;i&gt;l'appropriation d'une totalit&#233; de forces productives&lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;le d&#233;veloppement d'une totalit&#233; de facult&#233;s&lt;/i&gt; que cela implique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie allemande, op.cit., p. 71-72.&#034; id=&#034;nh8-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans&lt;i&gt; Mis&#232;re de la philosophie, souligne en particulier que, pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me, la division du travail au sein de l'atelier automatique pousse &#224; son d&#233;passement, &#171; ce seul c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire de l'atelier automatique &#187; &lt;/i&gt;que Proudhon n'a pas compris : &#171; Ce qui caract&#233;rise la division du travail dans l'atelier automatique, c'est que le travail a perdu tout caract&#232;re de sp&#233;cialit&#233;. Mais du moment que tout d&#233;veloppement sp&#233;cial cesse, le besoin d'universalit&#233;, la tendance vers un d&#233;veloppement int&#233;gral de l'individu commence &#224; se faire sentir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis&#232;re de la philosophie, op.cit., p. 150-151.&#034; id=&#034;nh8-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autrement dit, privation de toute sp&#233;cialit&#233; du travail conforte les effets de la privation de toute manifestation de soi dans le travail, en rendant n&#233;cessaire et possible le d&#233;veloppement int&#233;gral de chacun qui devient la condition de l'&#233;mancipation universelle de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'on ne puisse prendre la mesure de ces pers&#233;v&#233;rations qu'&#224; condition d'inscrire ces analyses dans le cadre des rectifications qui les conditionnent, il se confirme que le r&#244;le d&#233;volu au d&#233;veloppement des forces productives ne change gu&#232;re les d&#233;terminations initiales de la figure et des fonctions du prol&#233;tariat : elles courent en filigrane des enrichissements dont &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt; propose une premi&#232;re synth&#232;se et sur lesquels on ne s'attardera pas ici : sur la lutte des classes, sur les modalit&#233;s d'une r&#233;volution communiste et sur le contenu du communisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des &#339;uvres ult&#233;rieures, le prol&#233;tariat sera moins d&#233;fini par son exclusion de la soci&#233;t&#233; bourgeoise que par son inclusion dans le rapports de production capitalistes et la dissolution, sinon de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, du moins du capitalisme sera de plus en plus clairement attribu&#233;e aux contradictions et aux potentialit&#233;s du capitalisme proprement dit : des contradictions qui rendent possible l'appropriation sociale qui d&#233;finit le communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les formes de l'appropriation sociale, voir ici-m&#234;me &#171; Marx et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en d&#233;pit de tous les d&#233;veloppements de la lutte des classes, notamment en 1848 et en 1871, le prol&#233;tariat se d&#233;robe &#224; son concept, et cela jusqu'en 1895. Alors Engels, dans son introduction &#224; la r&#233;&#233;dition des &lt;i&gt;Luttes de classe en France&lt;/i&gt;, pourra &#233;crire : &#171; Alors, c'&#233;tait encore la pl&#233;iade des &#233;vangiles fumeux de petits groupes avec leurs panac&#233;es, aujourd'hui c'est la seule th&#233;orie de Marx universellement reconnue, d'une clart&#233; lumineuse et qui formule de fa&#231;on d&#233;cisive les fins derni&#232;res de la lutte.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les luttes de classe en France, &#201;ditions sociales, 1974. &#171; Introduction &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Pourtant, deux ans plus tard, &#233;clate la &#171; crise du marxisme &#187;, bient&#244;t suivie de quelques autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Bensussan, &#171; Pour une histoire des crises du marxisme &#187;, in Etudier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or cette crise, comme les suivantes, met pr&#233;cis&#233;ment en cause, dans l'ignorance de ses protagonistes, la distinction entre, d'une part, un prol&#233;tariat historique, voire &#171; transcendantal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Robelin, Dictionnaire critique du marxisme, article &#171; communisme &#187;, p. 210.&#034; id=&#034;nh8-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, investi d'une mission r&#233;volutionnaire et communiste et, d'autre part, d'un prol&#233;tariat empirique qui se d&#233;robe &#224; cette mission.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, &#233;ditions Albin Michel, 1995, Premi&#232;re partie : Promesses de l'utopie (1843-1848). Les oeuvres de Marx sont mentionn&#233;s ici en fonction des &#233;ditions et traductions alors disponibles&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;, in Friedrich Engels et Karl Marx, &lt;i&gt;Annales franco-allemandes&lt;/i&gt;, Editions sociales, mai 2020, p.87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel,&lt;/i&gt; Aubier, bil. p.. Voir aussi in Friedrich Engels et Karl Marx, Annales franco-allemande, &#201;ditions sociales, mai 2020, p.78&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du Droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt; , &#201;ditions sociales, 1980, p. 136 (soulign&#233; par moi).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel,&lt;/i&gt; Aubier, bil. p. 98-103. Ou : Friedrich Engels et Karl Marx, Annales franco-allemande, Editions sociales, mai 2020, p.78. (soulign&#233; par moi.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Critiques en marges de l'article &#034;Le Roi de Prusse et la r&#233;forme sociale. Par un prussien&#034; &#187;, in Jacques Grandjonc, &lt;i&gt;Marx et les communistes allemands &#224; Paris&lt;/i&gt; Vorw&#228;rts, 1844, Masp&#233;ro, 1974, p. 161. Voir aussi, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres,&lt;/i&gt; III, La Pl&#233;iade, Gallimard, Paris, 1982, p . 416. (Soulign&#233; par moi)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#224; Arnold Ruge, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, tome 1, &#233;ditions sociales,1978, p. 296.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hege&lt;/i&gt;l&lt;i&gt;, op.cit&lt;/i&gt;., p. 98-103. Voir aussi in Annales franco-allemandes, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 107-108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#224; Ludwig Feuerbach, Correspondance. t.1&lt;i&gt;, op.cit.&lt;/i&gt;, p.323- 324.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Critiques en marge de l'article &#034;Le roi de Prusse et la r&#233;forme sociale &#187;, &lt;/i&gt;in Jacques Grandjonc, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p.15.. Voir aussi &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres,&lt;/i&gt; III, La Pl&#233;iade, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p . 412-413.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#224; Ludwig Feuerbach, Correspondance. t.1, op.cit., p. 324.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critiques en marges, in &lt;/i&gt;Grandjonc &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 157.Voir aussi &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres,&lt;/i&gt; III, La Pl&#233;iade, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., Gallimard, p. 412.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, op.cit&lt;/i&gt;., pp. 96-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;. p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critiques en marges in Grandjonc, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 161. Voir aussi &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karl Marx, &lt;i&gt;&#338;uvres,&lt;/i&gt; III, op.cit., p . 412-413.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Sainte Famille, op.cit.&lt;/i&gt;, p. 47-48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une examen plus d&#233;taill&#233;, voir &lt;i&gt;Convoiter l'impossible&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le r&#244;le d&#233;volu au d&#233;veloppement des forces productives, Voir, qui m&#233;rite discussion le chapitre 1 - &#171; Les forces productives ne sont pas le moteur de l'histoire &#187; - de &lt;i&gt;La r&#233;volution selon Karl Marx&lt;/i&gt;, par Isaac Johsua, &#201;ditions Page 2, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1976, respectivement p. 2 et p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., pp. 36, 37, 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., pp. 22, 33, 45, 50, 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., pp. 196-197 par ex.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;1972, p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; op.cit., &lt;/i&gt;p. 176.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 178&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste, &lt;/i&gt;&#233;dition bilingue, &#201;ditions sociales, 1972, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 207-208&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37-38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 71-72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste, op.cit&lt;/i&gt;., p.55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Adresse de la Ligue de la terre et du travail aux ouvriers et ouvri&#232;res de Grande-Bretagne et d'Irlande &#187;, in &lt;i&gt;Le syndicalisme&lt;/i&gt;, textes r&#233;unis par R. Dangeville, Masp&#233;ro, t.1 pp. 81-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, op.cit., p. 59&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 172-173&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt; p. 58 note 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 61-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 74-75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 76-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Manifeste,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 80-81&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le prol&#233;tariat l'abolition de toute appartenance et de toutes les nationalit&#233;s ne fait qu'exprimer, quoique n&#233;gativement son universalit&#233;. Cette universalit&#233; qui, dans les textes de Marx, se tenait jusqu'alors dans des limites nationales, est d&#233;sormais pr&#233;sent&#233;e dans sa dimension plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 71-72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 150-151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les formes de l'appropriation sociale, voir ici-m&#234;me &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-1-Enjeux-et-modalites.html&#034;&gt;&#171; Marx et l'appropriation sociale : (1) Enjeux et modalit&#233;s &#187;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Marx-et-l-appropriation-sociale-2-Ambiguites-derives-et-esquisses.html&#034;&gt;&#171; 2. Ambigu&#239;t&#233;s, d&#233;rives et esquisses &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1974. &#171; Introduction &#187; par Friedrich Engels, p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Bensussan, &#171; Pour une histoire des crises du marxisme &#187;, in &lt;i&gt;Etudier Marx&lt;/i&gt;, &#233;ditions du CNRS, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Robelin, &lt;i&gt;Dictionnaire critique du marxisme&lt;/i&gt;, article &#171; communisme &#187;, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
