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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>&#201;mancipation I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) </title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html</link>
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		<dc:date>2022-06-09T05:46:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-domination-politique-la-dictature-du-proletariat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L87xH150/arton70-10d51.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='87' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuel Marx Confrontation, PUF, 1998 (existe d&#233;sormais au format Kindlel). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Cher Jacques,&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Je me suis propos&#233; dans les pages que j'ai r&#233;dig&#233;es en compagnie de ton livre (dont je mentionne les pages entre parenth&#232;ses) d'engager une discussion : certainement pas de dresser un inventaire des divergences qui, si elles existent, ne peuvent appara&#238;tre qu'au terme (toujours provisoire) d'un &#233;change. Il m'est d'autant plus facile de ne pas pr&#233;juger d'&#233;ventuelles divergences que non seulement j'ai beaucoup appris en te lisant (ce qui n'est d&#233;j&#224; pas mal&#8230;), mais je suis assez convaincu des quatre id&#233;es-forces de ton livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le rapport probl&#233;matique entre d&#233;mocratie et r&#233;volution, particuli&#232;rement quand la r&#233;volution sociale est inscrite dans le processus de r&#233;volution permanente&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'importance de la distinction (du &#171; clivage &#187;) entre le continent et le monde anglo-saxon ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'importance des &#171; innovations &#187; d'Engels ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'ampleur des modifications introduites par l'interpr&#233;tation de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il me semble que Marx et Engels ne sont pas parvenus &#224; penser de fa&#231;on satisfaisante les formes de la domination politique du prol&#233;tariat et les formes de l'&#233;mancipation sociale. Ce ne sont &#233;videmment pas les d&#233;faillances des &#171; solutions &#187; propos&#233;es que je mets en question (et encore moins leur inactualit&#233; &#233;ventuelle), mais la fa&#231;on m&#234;me de poser les questions qui, si nous devions la reconduire, risquerait de nous abandonner &#224; nos impasses. Bref, la question que je te soumets est la suivante : avec quel Marx nous est-il encore possible de penser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand je dis Marx, j'entends bien, comme toi, Marx-Engels. Les ambigu&#239;t&#233;s ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit, il m'arrive souvent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de reprendre (&#224; ma fa&#231;on et sans toujours le signaler) ce que tu dis toi-m&#234;me : c'est &#233;videmment le moyen de m'approprier ton commentaire et non de te l'opposer selon une technique fort en usage qui consiste &#224; r&#233;p&#233;ter ce que dit un auteur, comme si on l'avait d&#233;couvert sans lui, et de faire valoir cette r&#233;p&#233;tition comme une objection. &lt;br class='manualbr' /&gt;- de remettre en chantier mes propres tentatives d'&#233;claircissement ant&#233;rieures : c'est bien s&#251;r un effort de les poursuivre et de les rectifier et non de t'opposer une v&#233;rit&#233; qui serait d&#233;pos&#233;e dans mes &#339;uvres incompl&#232;tes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auxquelles je me permets de te renvoyer - m&#234;me si je ne suis plus tout &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;I. La question initiale : D&#233;mocratie et R&#233;volution&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/ br&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une pens&#233;e fonci&#232;rement d&#233;mocratique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue avoir &#233;t&#233; initialement d&#233;rout&#233; par ton interrogation sur le caract&#232;re d&#233;mocratique ou pas de la pens&#233;e de Marx : l'alternative que tu exposes entre des interpr&#233;tations dont les pr&#233;suppos&#233;s m&#233;thodologiques eux-m&#234;mes me semblent inconciliables me semble peu pertinente. Non que cette confrontation soit sans int&#233;r&#234;t, bien &#233;videmment. Mais toute tentative d'arbitrage suppose une clarification conceptuelle et une clarification historique que je ne trouve pas toujours nettement indiqu&#233;es dans ton livre. On peut en effet soulever deux questions ou cette m&#234;me question sous deux angles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; quel concept de la d&#233;mocratie mesurer la pens&#233;e de Marx ? S'agit-il du concept marxien de d&#233;mocratie ? Il faudrait alors qu'il soit relativement stabilis&#233; : ce qui est loin d'&#234;tre s&#251;r. Ou s'agit-il d'un concept import&#233; de l'ext&#233;rieur ? Il faudrait alors qu'il soit identifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, me semble-t-il, fait travailler deux concepts distincts de la d&#233;mocratie : un concept philosophique et un concept politique qui reposent tous deux sur le principe de la souverainet&#233; du peuple. Selon le premier concept, la d&#233;mocratie, comprise comme autod&#233;termination du peuple, se confond avec l'essence communautaire de l'homme qui s'accomplit avec la vraie d&#233;mocratie : c'est lui qui est &#224; l'&#339;uvre dans le manuscrit de 1843 (&lt;i&gt;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions sociales, 1980.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ainsi que dans la lettre &#224; Ruge de mai 1843&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx-Engels, Correspondance, t. 1, &#201;ditions sociales,1978, p. 290-296.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le second concept, la d&#233;mocratie d&#233;signe une forme d'&#201;tat qui, dans le cas de l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne, conjugue le suffrage universel et la supr&#233;matie du pouvoir l&#233;gislatif qui en est issu. C'est cette d&#233;mocratie que vise Marx, je crois, quand, dans le manuscrit de 1843, il parle de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; quelle perspective historique mesurer cette &#233;valuation ? Aux formes de l'&#201;tat repr&#233;sentatif que Marx rencontre en 1842-1848 ou &#224; celles auxquelles son exp&#233;rience th&#233;orico-politique le confronte apr&#232;s 1848 ? Le contexte historique est en effet - comme tu le soulignes &#224; plusieurs reprises - d&#233;cisif. Et il n'est pas toujours possible d'&#233;tablir avec toute la clart&#233; souhaitable &#224; quelle d&#233;mocratie historiquement situ&#233;e il fait r&#233;f&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut cependant retenir les caract&#232;res sont ceux que tu recenses p. 37.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, je crois que pour mesurer Marx &#224; lui-m&#234;me, en une sorte de lecture interne, il faut parcourir syst&#233;matiquement son travail &#171; dans le sens de la marche &#187; (comme tu le fais pp. 301-304). Je partirai cependant, pour suivre ton texte, des th&#232;ses de 1847-1848 (quitte &#224; remonter la chronologie pour tenter de les &#233;clairer)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. D&#233;mocratie et domination politique du prol&#233;tariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels soutiennent, dans les &#233;crit de 1847-1848, que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie est appel&#233;e &#224; co&#239;ncider, directement ou indirectement, avec la domination politique du prol&#233;tariat. Ils ne se bornent pas, du moins dans un premier temps, &#224; affirmer que la premi&#232;re est favorable &#224; la seconde, mais que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie rend la domination du prol&#233;tariat &lt;i&gt;in&#233;luctable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Del&#224;, au moins, deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Premi&#232;re question : Qu'est-ce qui permet d'affirmer que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie peut co&#239;ncider avec la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Deuxi&#232;me question, donc : Qu'est-ce qui permet d'affirmer que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; co&#239;ncider avec la conqu&#234;te de la domination politique du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Une cons&#233;quence possible de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la premi&#232;re question est comprise dans deux affirmations li&#233;es, que l'on peut cependant distinguer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La conqu&#234;te de la d&#233;mocratie consiste d'abord (et m&#234;me essentiellement) dans la conqu&#234;te du suffrage universel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette conqu&#234;te est tr&#232;s t&#244;t comprise par Marx comme essentiellement r&#233;volutionnaire. Dans la &lt;i&gt;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt; (que tu cites p. 15, note 4), l'exigence du suffrage universel co&#239;ncide avec l'exigence de dissolution conjointe de l'&#201;tat politique et de la soci&#233;t&#233; civile : une dissolution qui ferait place &#224; la &#171; vraie d&#233;mocratie &#187;. Dans la lettre &#224; Ruge de septembre 1843, la g&#233;n&#233;ralisation du syst&#232;me repr&#233;sentatif (je comprends : par l'extension du droit de suffrage) &#233;quivaut &#224; son d&#233;passement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx Engels, Correspondance, t.1 &#233;ditions sociales, , 1978, p. 299.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, la transformation de la soci&#233;t&#233; en une v&#233;ritable &#171; communaut&#233; &#187; : celle de l'&#201;tat d&#233;mocratique (par opposition &#224; l'&#201;tat politique), comme on peut le lire dans la lettre &#224; Ruge de mai 1843&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Correspondance t.1, op.cit., p. 291.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;mocratie-l&#224; ne tardera pas, au prix de modifications notables, &#224; prendre le nom de communisme. Dans cette perspective en effet l'&#233;mancipation politique n'est qu'une forme partielle de l'&#233;mancipation, mais que sa g&#233;n&#233;ralisation co&#239;ncide avec l'exigence de cette &#233;mancipation humaine (&lt;i&gt;Sur la Question juive&lt;/i&gt;), avant m&#234;me qu'il soit question de la domination du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La conqu&#234;te du suffrage universel - et plus g&#233;n&#233;ralement de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative - est favorable &#224; la domination du prol&#233;tariat (d&#232;s qu'il est question de celle-ci). Cette th&#232;se reste relativement constante, m&#234;me si Marx et Engels seront amen&#233;s &#224; pr&#233;ciser que le suffrage universel doit &#234;tre assorti des conditions sans lesquelles ce suffrage serait illusoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question des conditions du suffrage universel, je me r&#233;f&#232;re ici aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens conqu&#234;te de la d&#233;mocratie et domination politique du prol&#233;tariat sont li&#233;es, voire &#233;quivalentes. Tel est le sens, comme tu le rel&#232;ves, des positions de Marx et d'Engels de 1845 &#224; 1848 (p. 32-36, 302-304) et cela reste, pour l'essentiel inchang&#233; de 1848 &#224;1852 au moins (p. 309-316). : Marx et Engels ne cesseront de soutenir que la d&#233;mocratie (ou la R&#233;publique d&#233;mocratique) est la forme la plus favorable &#224; la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que la d&#233;mocratie soit favorable n'implique pas que la domination du prol&#233;tariat soit, avec sa conqu&#234;te, in&#233;luctable. C'est pourtant une th&#232;se qu'il arrive &#224; Marx et Engels de soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. Une cons&#233;quence n&#233;cessaire de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, quels que soient les moyens auxquels elle doive recourir, ne vise pas seulement &#224; conqu&#233;rir les conditions les plus favorables &#224; la domination du prol&#233;tariat, elle rend cette domination in&#233;luctable. C'est la th&#232;se que Marx et Engels soutiennent avant les r&#233;volutions de 1848 : &#171; Dans tous les pays civilis&#233;s la d&#233;mocratie a pour cons&#233;quence n&#233;cessaire la domination du prol&#233;tariat et cette domination est la premi&#232;re condition de toutes les mesures communistes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels, &#171; Les communistes et K. Heinzen &#187;, 3 et 4 octobre 1847 (que Texier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution &#171; commencera par &#233;tablir une Constitution d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire directement ou indirectement, la domination politique du prol&#233;tariat &#187;. &#171; C'est-&#224;-dire &#187; doit se comprendre non seulement comme une &#233;quivalence, mais comme une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable. C'est ce que confirme l'hypoth&#232;se la moins favorable : quand la domination r&#233;sultera &#171; indirectement &#187; de la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie : &#171; Ce qui n&#233;cessitera peut-&#234;tre une seconde lutte, mais ne peut se terminer que par la victoire du prol&#233;tariat &#187; (Engels, &lt;i&gt;Les Principes du communisme&lt;/i&gt;, 1847&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que Texier cite p. 44-45 et p.304.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me th&#232;se que l'on retrouve plus tardivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi la question des formes de domination politique du prol&#233;tariat ne peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne le monde anglo-saxon, certains textes sugg&#232;rent que la conqu&#234;te du suffrage universel mettrait la classe ouvri&#232;re en position favorable (p. 314-315). D'autres sont plus affirmatifs : &#171; (&#8230;) suffrage universel est &lt;i&gt;synonyme&lt;/i&gt; de pouvoir politique pour la classe ouvri&#232;re d'Angleterre (&#8230;) Son r&#233;sultat &lt;i&gt;in&#233;vitable&lt;/i&gt; y est la supr&#233;matie politique de la classe ouvri&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les chartistes &#187;, New York Daily Tribune,, 25 ao&#251;t 1852. Cit&#233; par Texier p.22.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne le continent, ou du moins la France, les articles r&#233;unis sous le titre &lt;i&gt;Ls luttes de classe en France&lt;/i&gt;, ne laissent aucun doute sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;nonc&#233;s sont, me semble-t-il, sous-tendus par deux autres th&#232;ses (qui courent dans les textes de 1843 &#224; 1852, au moins) :&lt;br class='manualbr' /&gt;- selon la premi&#232;re, la monarchie constitutionnelle et/ou la r&#233;publique censitaire est la forme ad&#233;quate et ultime de la domination bourgeoise, notamment parce que cette forme d'&#201;tat r&#233;serve le pouvoir &#224; la bourgeoisie (et r&#233;alise ainsi une ad&#233;quation entre l'&#201;tat et la classe dominante) &lt;br class='manualbr' /&gt;- selon la seconde, la d&#233;mocratie est incompatible avec la domination bourgeoise, parce qu'elles sont intrins&#232;quement contradictoires, ainsi que Marx tente de le montrer dans &lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt; (p.311).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re conclusion provisoire&lt;/i&gt;. Ce que je veux sugg&#233;rer est relativement simple. Marx est pour son temps un grand penseur de la d&#233;mocratie. Mais s'il ne pose pas initialement la question des formes d&#233;mocratiques sp&#233;cifiquement ajust&#233;es &#224; la domination politique du prol&#233;tariat, ce n'est pas seulement par ce qu'il n'a pas encore pris la mesure de l'obstacle constitu&#233; par la machine bureaucratique (rectification de 1872), c'est parce qu'une m&#234;me conception de l'histoire le conduit &#224; penser &#224; la fois qu'une seule forme d'&#201;tat est pleinement ad&#233;quate &#224; la domination bourgeoise et qu'il n'y a pas lieu de r&#233;fl&#233;chir particuli&#232;rement &#224; la forme politique de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il me semble ind&#233;niable que la pens&#233;e de Marx est prisonni&#232;re des illusions de la R&#233;volution permanente, telle qu'il la pense apr&#232;s 1848 et des impr&#233;cisions du concept de dictature du prol&#233;tariat. C'est sur cette double but&#233;e que selon toi (si je t'ai bien compris) viendrait &#233;chouer provisoirement la pens&#233;e d&#233;mocratique de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. D&#233;mocratie et R&#233;volution permanente &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la r&#233;volution permanente, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela arrive souvent dans l'&#339;uvre de Marx et Engels, l'id&#233;e de r&#233;volution permanente appliqu&#233;e au passage de la domination de la bourgeoisie &#224; la domination du prol&#233;tariat appara&#238;t avant que la notion ne prenne cette signification. C'est ce que tu sugg&#232;res, si j'ai bien compris, quand tu cites (p. 321), le texte d'Engels qui envisage, en Allemagne et en France, la succession de deux luttes. Mais, outre les probl&#232;mes que tu analyses, deux autres que tu ne mentionnes pas (sauf distraction de ma part) m&#233;ritent qu'on si arr&#234;te : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la modalit&#233; de l'encha&#238;nement entre les deux &#233;tapes de la r&#233;volution ou de la transcroissance de la r&#233;volution ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quel est le statut du concept de r&#233;volution permanente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Une encha&#238;nement in&#233;vitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sous le concept de R&#233;volution permanente l'on d&#233;signe l'encha&#238;nement de deux &#233;tapes relativement distinctes ou la transcroissance de la premi&#232;re dans la seconde, cet encha&#238;nement et cette transcroissance sont compris comme in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que le concept de r&#233;volution permanente ne soit transpos&#233; de son &#171; usage historiographique &#187; &#224; son &#171; usage politique &#187;, la cause est entendue, du moins en ce qui concerne l'Allemagne. D&#232;s 1844, dans &lt;i&gt;l'Introduction &#224; la critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;, la th&#232;se de l'impossibilit&#233; d'une r&#233;volution purement politique en Allemagne, en raison de l'impuissance de la bourgeoisie, permet de postuler que le prol&#233;tariat prendra directement en charge l'&#233;mancipation humaine. La signification attribu&#233;e au soul&#232;vement des tisserands sil&#233;siens conforte cette affirmation. Et quand en 1847, Engels pr&#233;sente la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie comme une n&#233;cessit&#233; qui m&#232;ne, dans ce m&#234;me pays, indirectement &#224; la domination du prol&#233;tariat, il ne fait, me semble-t-il, que prolonger la th&#232;se ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeux sont faits : la r&#233;volution permanente traduit l'incapacit&#233; de la bourgeoisie soit de conqu&#233;rir la d&#233;mocratie soit d'asseoir sa domination sous cette forme d'&#233;tat. Et cette &#233;quivoque est confort&#233;e par la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Strat&#233;gie politique ou processus historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;c&#232;de permet de l'entrevoir : la r&#233;volution permanente n'est pas le concept d'une strat&#233;gie politique, mais le concept d'un processus historique. La r&#233;volution permanente n'est pas une strat&#233;gie : non seulement le terme de &#171; strat&#233;gie &#187; est absent du vocabulaire de Marx (comme il l'est &#224; son &#233;poque du vocabulaire politique), mais la perspective correspondante est comme neutralis&#233;e. La notion de r&#233;volution permanente n'est pas celui d'une strat&#233;gie requise, mais d'une histoire promise. L'imp&#233;ratif strat&#233;gique est d&#233;vor&#233; par la n&#233;cessit&#233; historique. La r&#233;volution permanente est l'objet d'une &#171; d&#233;claration &#187; (p. 322) et non d'une prescription.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;me conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Si le probl&#232;me sur lequel tu fais porter tout le poids de ton argumentation - le devenir des institutions d&#233;mocratiques conquises lors du premier moment - reste irr&#233;solu, c'est, me semble-t-il, parce que la n&#233;cessit&#233; historique qui se porte garant de l'unit&#233; du processus dispense de le poser. Expression de la n&#233;cessit&#233; historique et d&#233;claration de son processus, la r&#233;volution permanente est porteuse d'un contenu qui trouvera sa forme, et non d'un objectif qui exige de la penser : la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. D&#233;mocratie et dictature du prol&#233;tariat &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la dictature du prol&#233;tariat, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de dictature du prol&#233;tariat, aussi rare que soit son emploi, fonctionne dans une si grande vari&#233;t&#233; de registres qu'il y tout lieu de douter qu'il soit un v&#233;ritable concept. C'est une formule alg&#233;brique redoutable susceptible de recevoir (chez Marx d&#233;j&#224;, pour ne rien dire de la post&#233;rit&#233;) les significations les plus diverses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le flou qui r&#232;gne ici dans l'&#339;uvre de Marx et Engels n'a rien d'artistique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques remarques, sous forme - une fois encore - de deux questions : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Quel est le statut du concept de dictature du prol&#233;tariat ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelle est la signification du concept de dictature du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.1. Concept strat&#233;gique ou concept t&#233;l&#233;ologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est d'admettre que le statut de la perspective de la dictature du prol&#233;tariat est loin d'&#234;tre limpide puisque ce concept se pr&#233;sente &#224; la fois comme un concept strat&#233;gique (qui renvoie &#224; un objectif indispensable) et comme un concept t&#233;l&#233;ologique (qui renvoie &#224; un avenir in&#233;luctable)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut lire dans ton livre des exemples de cette dualit&#233; des &#233;nonc&#233;s entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il indique une cible et certifie qu'elle sera atteinte. Comment et sous quelle forme ? Cela devient &#233;videmment secondaire, surtout, quand on se demande, comme tu le fais, quelle est la compr&#233;hension exacte de ce concept ambigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.2. Concept &#171; substantiel &#187; ou concept &#171; nu &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la fois un concept distinctif (qui oppose &#224; la signification ultime de la domination politique de la bourgeoisie la signification transitoire de la domination politique du prol&#233;tariat) et un concept normatif (qui renvoie aux conditions d'exercice de la domination politique du prol&#233;tariat). Du moins est-ce ainsi que je comprends la distinction que tu proposes (p. 22, 143, 327-328) entre le concept substantiel (qui renvoie au contenu socio-politique de cette domination) et le concept nu (qui renvoie &#224; sa modalit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier concept - le concept &#171; substantiel &#187; - se laisse potentiellement rabattre sur celui de supr&#233;matie ou de domination politique que l'on trouve dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; et dans d'autres textes (p. 22). Mais il laisse ouverte au moins une alternative : domination exclusive ou pas ? Le second concept &#8211; le concept &#171; nu &#187; - referme cette alternative (note 19 p. 40) : Que serait une &lt;i&gt;dictature&lt;/i&gt; exerc&#233;e conjointement par plusieurs classes ? Mais il en ouvre au moins deux autres : dictature centralis&#233;e ou pas ? Dictature violente ou non ? Entre ces deux &#171; p&#244;les &#187;, un usage pol&#233;mique. Ainsi dans &lt;i&gt;Les luttes de classe en France&lt;/i&gt;, le concept de dictature du prol&#233;tariat est &#224; plusieurs reprises associ&#233;/oppos&#233; &#224; celui de dictature de la bourgeoisie. Le terme de dictature semble alors d&#233;signer une domination exclusive et la notion de &#171; dictature de classe &#187; appel&#233; &#224; rendre compte de la domination exclusive d'une classe contre toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Troisi&#232;me conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Le &#171; concept &#187; de dictature du prol&#233;tariat ne propage que de maigres lueurs. Mais cela ne tient pas seulement, me semble-t-il, &#224; sa propre obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si la n&#233;cessit&#233; historique qui se porte garant de l'&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat laisse ouvertes toutes les possibilit&#233;s s'agissant de son contenu pr&#233;cis, il n'y pas lieu de s'&#233;tonner qu'elle dispense de s'interroger pr&#233;cis&#233;ment et pr&#233;alablement sur la forme que pourrait prendre cette dictature. De l&#224; des impr&#233;cisions qui ne seront jamais totalement dissip&#233;es, non seulement sur les modalit&#233;s d'exercice, mais surtout sur la forme et le contenu de cette dictature :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- sur la forme : apr&#232;s les textes ant&#233;rieurs aux r&#233;volutions de 1848 qui pr&#233;cisent que la forme de la domination politique (et non de la dictature) sont des formes d&#233;mocratiques, il faut attendre &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (qui pourtant ne parle pas de dictature) pour que la forme soit enfin &#233;voqu&#233;e et l' &#171; Introduction &#187; d'Engels de 1891 pour qu'une forme soit attribu&#233;e explicitement &#224; la dictature du prol&#233;tariat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- sur le contenu : dans tous les cas, il semble bien que le contenu de cette forme d&#233;signe la classe politiquement dominante et non son &#339;uvre d'&#233;mancipation sociale, &#224; l'exception notable cette fois de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (o&#249; le concept lui-m&#234;me est absent) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- sur la forme d'un contenu : dans tous les cas le &#171; concept &#187; n'est jamais connect&#233; directement au contenu social de la transformation r&#233;volutionnaire et tr&#232;s tardivement &#224; son contenu politique (ou institutionnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien, une fois encore : ce qui est en question, ce ne sont pas des approximations ou des erreurs d'appr&#233;ciation, mais la structure d'une argumentation qui rend difficilement pensable ce qu'elle s'efforce de penser.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;II. La question d&#233;cisive : La forme de la domination politique&lt;/center&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Ta question initiale - que deviennent les conqu&#234;tes de l'&#233;tape d&#233;mocratique lors de la phase ult&#233;rieure ? - gagne &#233;videmment en consistance (du moins, &#224; mes yeux) quand, apr&#232;s l'avoir rappel&#233;e, tu pr&#233;cises : &#171; La question, c'est que, avec ou sans violence, il importe qu'on sache quelle est la forme politique du bouleversement socialiste &#187; (p. 164). D&#232;s lors que le probl&#232;me est formul&#233; en ces termes, je peux mettre mon travail &#224; l'&#233;preuve du tien (et r&#233;ciproquement) et relancer ma propre r&#233;flexion. Sans annexions forc&#233;es : du moins je le crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc le point de d&#233;part suivant : la question de la d&#233;mocratie chez Marx d&#233;pend moins de la question des modalit&#233;s de la r&#233;volution (ou de la prise du pouvoir) - violente ou pacifique - que de la question des formes d'exercice de la domination politique (ou de la dictature) du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se posent alors les questions suivantes : Les r&#233;ponses de Marx-Engels sont-elles satisfaisantes ? Sinon, pourquoi ? Et plus pr&#233;cis&#233;ment : quelles sont les apories ou les but&#233;es de leur mode de raisonnement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu soutiens qu'il existe chez Marx une v&#233;ritable pens&#233;e des institutions. Mais force est de constater, me semble-t-il, que si l'on trouve chez Marx une analyse critique des institutions de l'&#201;tat moderne (et des outils qui permettraient d'approfondir et de pr&#233;ciser cette analyse), il n'en va pas de m&#234;me en ce qui concerne les formes d'exercice de la domination politique du prol&#233;tariat et des formes politiques de l'&#233;mancipation sociale. &#192; deux r&#233;serves pr&#232;s (si l'on excepte les quelques indications que l'on peut trouver dans les textes contemporains du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;), deux tentatives d&#233;cisives, il est vrai : l'analyse de la Commune de Paris ; les propositions d'Engels sur la R&#233;publique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or non seulement ces analyses sont tardives, mais elles demeurent fort probl&#233;matiques. Elles sont tardives : tu en conviens toi-m&#234;me quand tu &#233;cris que &#171; le vide formel catastrophique qu'on reproche au marxisme en mati&#232;re d'institutions politiques a disparu &#187; (p. 162) &#8230; en 1891. Elles sont probl&#233;matiques : et cela tient moins &#224; leur impr&#233;cision ou &#224; leur inach&#232;vement (p. 162), qu'&#224; la place qui leur est accord&#233;e et &#224; la structure de l'argumentation qui les sous-tend. Tu mentionnes toi-m&#234;me les probl&#232;mes (il est difficile de te prendre en flagrant d&#233;lit de n&#233;gligence&#8230;), mais il me semble que tu ne leur accordes pas toute l'importance qu'ils m&#233;ritent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux questions se posent alors :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pourquoi la question des formes politiques de la dictature du prol&#233;tariat sont-elles si longtemps n&#233;glig&#233;es ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Dans quelle mesure cette question, quand elle est trait&#233;e, l'est-elle de fa&#231;on ad&#233;quate ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Quand le contenu l'emporte sur la forme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. La forme longtemps n&#233;glig&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Les embard&#233;es de la critique de l'utopie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;tecter dans la critique des utopies par Marx, deux critiques des anticipations de l'avenir, souvent enchev&#234;tr&#233;es, mais potentiellement distinctes : une critique de l'anticipation imaginaire du contenu (en l'absence des conditions historiques qui le rendent r&#233;alisable) et une critique de l'anticipation doctrinaire des formes (quand ces formes sont prescrites en dehors du mouvement historique qui pourrait les faire na&#238;tre). Tout le poids de la critique de Marx porte pr&#233;cis&#233;ment sur ces prescriptions doctrinaires, qu'il s'agisse des formes sociales de l'&#233;mancipation ou sur des formes politiques de l'&#233;mancipation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les anticipations utopiques, Cong&#233;dier, op.cit. ,pp. 145-167.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'invention doctrinaire individuelle, Marx oppose imm&#233;diatement la production historique immanente : du m&#234;me coup la d&#233;tection th&#233;orique des formes possibles devient une exigence subalterne et l'invention collective de ces formes un processus impensable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le &#171; court-circuit &#187; op&#233;r&#233; par Marx dans sa critique de l'invention et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout ce passe comme si Marx se laissait emporter par sa critique (l&#233;gitime) de formes utopiques du socialisme et du communisme au-del&#224; de ce qu'exige cette critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tu mentionnes toi-m&#234;me deux des textes o&#249; le refus de l'anticipation semble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette remarque serait insuffisante, si on ne la rapportait pas &#224; une seconde &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;La tentation de la promesse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx tente de d&#233;montrer la n&#233;cessaire possibilit&#233; du communisme (la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la dictature du prol&#233;tariat, de la transition et du communisme), en c&#233;dant &#224; la tentation d'en promettre la n&#233;cessaire effectivit&#233; : il s'agit d'une &#233;quivoque majeure, lourde de cons&#233;quences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; J'ai beaucoup donn&#233; &#171; , comme dirait notre ami Artous, pour relever et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier de celle-ci : si l'histoire se porte garant de ce que l'action des hommes (et non l'histoire elle-m&#234;me) &#8230; ne manquera pas d'accomplir, il devient secondaire de r&#233;fl&#233;chir aux formes de cet avenir promis et inutile, voire n&#233;faste d'en attribuer la pr&#233;paration et l'accomplissement &#224; une invention collective des acteurs de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire tut&#233;laire, port&#233;e par une dialectique de la r&#233;alisation de l'essence, travaille d'abord dans le sens de la domination bourgeoise, dont Marx et Engels ne cessent de scruter la forme ad&#233;quate et ultime. Il est vrai qu'ils ne cessent de s'interroger sur la trajectoire, diff&#233;renci&#233;e selon les pays, des formes de domination politique de la bourgeoisie : les formes d'&#201;tat propres &#224; cette domination. Mais quelle que soit la pertinence - et elle est grand e- de leurs analyses concr&#232;tes de ces formes de domination, elle est souvent prisonni&#232;re d'une conception de l'histoire qui en mine la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut se borner, me semble-t-il, &#224; relever comme l'effet de simples &#171; flirts &#187; avec la dialectique h&#233;g&#233;lienne, l'insistance d'une th&#233;matique de la forme ad&#233;quate et ultime de la domination politique de la bourgeoisie o&#249; celle-ci, parvenue &#224; son terme et &#224; son comble, pr&#233;parerait d'elle-m&#234;me son renversement. Or tout se passe comme si Marx et Engels ne cessaient de tenter de rep&#233;rer cette forme ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D&#232;s le manuscrit de 1843 (&lt;i&gt;la Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;) , Marx con&#231;oit l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne comme la forme ultime de l'ali&#233;nation politique et la R&#233;publique comme la n&#233;gation de l'ali&#233;nation dans le cadre de l'ali&#233;nation. En cons&#233;quence, la monarchie constitutionnelle et/ou la R&#233;publique censitaire est bien le comble de l'ali&#233;nation et de l'ad&#233;quation de l'&#201;tat &#224; la domination bourgeoisie : au point que la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie politique ou de la R&#233;publique d&#233;mocratique, en niant cette ali&#233;nation et cette ad&#233;quation, sera ult&#233;rieurement pr&#233;sent&#233;e comme forme le cadre de la domination du prol&#233;tariat ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Puis, comme le montrent certaines formulations que tu rel&#232;ves, Marx et Engels pensent la R&#233;publique d&#233;mocratique comme la forme ad&#233;quate et ultime de la domination bourgeoise et, donc parce qu'elle est ultime, la forme ad&#233;quate &#224; la bataille ultime entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie (p. 101, 105-108) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, l'Empire appara&#238;t comme la forme ultime de la domination bourgeoisie qui voit se dresser face &#224; elle son antith&#232;se : la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser que cette figure du raisonnement - l'anticipation du contenu de l'&#233;mancipation qui dispense d'anticiper sur les formes qui permettraient de l'accomplir - ne correspond qu'&#224; une provisoire de la pens&#233;e de Marx-Engels, comme le sugg&#232;re Engels (p. 161). Mais on en trouve l'expression tr&#232;s tardivement, bien au-del&#224; des rectifications d'Engels, ainsi que tu le rel&#232;ves toi-m&#234;me (p. 154-155) quand Engels reprend &#224; son compte l'affirmation de Bovio selon laquelle &#171; la nuova sotanza, la nuova idea si creera da stessa la forma et la produrra dal proprio fondo &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels, &#171; Le socialisme en Allemagne &#187;, 1892, article que Texier analyse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. La forme enfin trouv&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;De la forme enfin trouv&#233;e &#8230; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mes yeux, le point le plus discutable de ton livre, du point de vue m&#234;me des questions que tu soul&#232;ves, tient, me semble-t-il, dans le d&#233;faut de prise en compte d&#233;taill&#233;e de l'analyse de Marx dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;. J'y reviendrai plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte g&#233;nial - adjectif r&#233;serv&#233; &#224; un usage tr&#232;s s&#233;lectif - est en m&#234;me temps, &#224; mes yeux, un texte paradoxal : Marx pense enfin la forme politique de l'&#233;mancipation du travail, mais sur fond d'une argumentation qui la rend impensable, puisque cette forme surgit comme une antith&#232;se de la forme r&#233;put&#233;e ultime de la domination bourgeoise (et de la mont&#233;e en puissance de la bureaucratie) : l'Empire. L&#224; encore, je ne crois pas qu'il s'agisse d'un simple &#171; flirt &#187; avec la dialectique &#8230; ou alors c'est un flirt tr&#232;s pouss&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit., p. 249-252.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;&#8230; &#192; la forme introuvable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que Marx, apr&#232;s 1872, n'a pas poursuivi le travail entrepris avec l'analyse de la Commune de Paris. 1872-1885 : 13 ans de silence sur la forme de la domination politique du prol&#233;tariat, c'est long !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu rel&#232;ves toi-m&#234;me que dans la &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt; la forme enfin trouv&#233;e &#171; n'est pas rappel&#233;e &#187; (p. 143). En revanche, si tu soulignes la port&#233;e de la question soulev&#233;e par Marx sur les fonctions de l'&#201;tat qui se maintiendront dans une soci&#233;t&#233; communiste, tu omets de signaler que Marx, dans ce m&#234;me texte, se refuse &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#224; se prononcer sur ces fonctions, comme il se refuse &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#224; se prononcer sur les formes de la dictature du prol&#233;tariat (p. 144)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit. ,p. 252-254&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces refus me semblent fond&#233;s sur une conception de l'histoire qui, sous couvert d'asc&#232;se anti-utopique, laisse sans doute &#171; ouvert le champ des possibles &#187;, mais un &#171; champ des possibles &#187; trop ouvert, y compris aux pires d'entre eux (note 8, p. 172).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Quand la forme est enfin red&#233;couverte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les remarques qui pr&#233;c&#232;dent ne sont pas totalement d&#233;nu&#233;es de fondement, elles incitent &#224; infl&#233;chir quelque peu les interrogations sur les &#171; innovations &#187; d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;crirais plus aujourd'hui exactement ce que j'&#233;crivais en 1992 avant de t'avoir lu. Aux &#171; d&#233;robades de Marx &#187; ne succ&#232;dent pas, &#224; proprement parler, les &#171; reculades d'Engels &#187; sur lesquelles je m'interrogeais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Convoiter, op.cit., p. 254-256.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : plut&#244;t &#171; deux pas en avant, un pas en arri&#232;re &#187;. En effet, ce que ton commentaire invite &#224; comprendre, ce sont plut&#244;t des tentatives d'Engels de penser une tactique politique qui ne soit pas imm&#233;diatement index&#233;e sur une n&#233;cessit&#233; historique in&#233;luctable et de r&#233;fl&#233;chir &#224; des formes politiques ad&#233;quates sans se d&#233;fausser sur une promesse de mariage al&#233;atoire entre la perspective g&#233;n&#233;rale de l'&#233;mancipation et les circonstances historiques particuli&#232;res. Force est de constater qu'Engels pose - enfin ! - les probl&#232;mes d'une strat&#233;gie et d'une tactique ajust&#233;es &#224; des circonstances historiques saisies &#224; un niveau suffisant de g&#233;n&#233;ralit&#233;, et non &#224; une histoire g&#233;n&#233;reuse qui, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre automate, remplirait des fonctions tut&#233;laires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce passe comme si Engels tentait de relever le d&#233;fi suivant : comment repenser la forme de la domination politique du prol&#233;tariat dans un cadre th&#233;orique et historique diff&#233;rent de celui que Marx mettait en &#339;uvre dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. D'une R&#233;publique d&#233;centralis&#233;e &#224; l'autre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs rectifications jalonnent la red&#233;couverte de la forme de la dictature du prol&#233;tariat. Je commence par une rectification que je crois d&#233;cisive et que tu ne mentionnes pas comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;La rectification de 1884 (pp. 246-248) &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte Marx &lt;/i&gt;affirmait d&#233;j&#224; que &#171; le renversement de la R&#233;publique parlementaire contient en germe le triomphe de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui &#171; perfectionne d'abord le pouvoir parlementaire, pour pouvoir le renverser ensuite &#187; et qui &#171; ce but une fois atteint, (&#8230;) perfectionne le pouvoir ex&#233;cutif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, &#201;ditions sociales, p. 124.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; poursuit dans le droit fil de ce raisonnement en affirmant que le r&#233;gime imp&#233;rial est &#171; la seule forme de gouvernement possible &#224; une &#233;poque o&#249; la bourgeoisie avait d&#233;j&#224; perdu - et la classe ouvri&#232;re n'avait pas encore conquis - la capacit&#233; de gouverner la nation &#187;. Ainsi, &#171; le r&#233;gime imp&#233;rial est (&#8230;) la forme ultime de ce pouvoir d'&#201;tat &#187; que la soci&#233;t&#233; bourgeoise a fait na&#238;tre et qui a permis &#224; la bourgeoisie d'asservi le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'instauration de la IIIe R&#233;publique et sa stabilisation mettent en &#233;vidence des ressources insoup&#231;onn&#233;es. La bourgeoisie semble avoir plus d'un tr&#233;sor politique dans son sac. La R&#233;publique parlementaire n'appara&#238;t plus comme une forme d'&#201;tat transitoire. Engels pr&#233;sente alors l'Empire comme une exception &#224; la r&#232;gle : ce raisonnement n'est gu&#232;re convaincant, mais il a au moins l'avantage de replacer la IIIe R&#233;publique dans une histoire moins &#171; dialectique &#187; et plus ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;La rectification de 1885 ?&lt;/i&gt; (p. 111-113)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rectification de 1885 invite &#224; r&#233;&#233;valuer la th&#232;se de la poursuite par la R&#233;volution fran&#231;aise de &#171; l'&#339;uvre commenc&#233;e par la monarchie absolue &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 18 Brumaire, op.cit., p. 125.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est en effet d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quitte &#224; me montrer plus tatillon que n&#233;cessaire, je crois utile de signaler qu'il n'est pas tout &#224; fait exact qu'Engels &#171; r&#233;vise compl&#232;tement &#187; la th&#232;se ant&#233;rieure &#187;. (p. 110). En effet, c'est dans le cours m&#234;me de la r&#233;daction de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; que l'on peut suivre une s&#233;rieuse &#233;volution, en deux essais de r&#233;daction avant la r&#233;daction finale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guerre civile en France 1871, Editions sociales, 1972. Cette &#233;dition est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je r&#233;sume, au lieu de citer int&#233;gralement comme il faudrait le faire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le premier essai de r&#233;daction pr&#233;sente la constitution d'un appareil d'&#201;tat centralis&#233; comme l'&#339;uvre de la monarchie absolue et affirme que la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise a poursuivi l'&#339;uvre entreprise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 209-210.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le second essai de r&#233;daction souligne au contraire que la R&#233;volution fran&#231;aise, en balayant les places fortes locales du f&#233;odalisme, &#171; &lt;i&gt;pr&#233;para socialement&lt;/i&gt; le terrain pour la superstructure d'un pouvoir d'&#201;tat centralis&#233; (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 257, C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- La r&#233;daction finale reprend &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me id&#233;e mais, au lieu d'effacer le r&#244;le du premier Empire (comme dans les versions pr&#233;c&#233;dentes), elle souligne que &#171; l'&#233;difice de l'&#201;tat moderne fut &lt;i&gt;&#233;difi&#233;&lt;/i&gt; sous le premier Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 39. C'est moi qui souligne..&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;cision n'annule en rien la valeur de la &#171; rectification &#187; d'Engels : elle permet au contraire de cerner ce qui fait son originalit&#233; : une &#233;bauche d'analyse des formes d'auto-administration pendant la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c)&lt;i&gt; La rectification de 1891&lt;/i&gt; (p. 127-136)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que pour prendre la mesure de cette &#171; rectification &#187;, il faut commencer par indiquer l'importance qu'il faut accorder &#224; l' &#187; Introduction &#187; &#224; &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233;e la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;L' &#171; Introduction &#187; &lt;/i&gt;&#224; &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur la question qui nous occupe, trois points doivent &#234;tre signal&#233;s (que tu ne mets pas assez en valeur, me semble-t-il, dans ton propre commentaire, pp. 142). D'abord, l'effacement de la dialectique des formes d'&#201;tat propos&#233;e par Marx est &#8211; implicitement &#8211; confirm&#233;. Ensuite, l'insistance sur la destruction de l'ancien appareil d'&#201;tat et les mesures antibureaucratiques reprend, ne serait-ce que partiellement l'analyse de Marx. Enfin, la mise en parall&#232;le de la f&#233;d&#233;ration des communes et de la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives esquiss&#233;e par Marx est sugg&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel semble donc sauvegard&#233;. Mieux : la d&#233;marche d'Engels, s'agissant des &#201;tats-Unis, me para&#238;t beaucoup plus tranch&#233;e que tu ne l'indiques. Je la lis ainsi : m&#234;me dans la R&#233;publique d&#233;mocratique la plus d&#233;centralis&#233;e et la moins militaris&#233;e, la bureaucratie politique est tellement envahissante qu'elle doit &#234;tre neutralis&#233;e/abolie par l'adoption de deux mesures essentielles retenues par la Commune de Paris : le suffrage universel appliqu&#233; &#224; toutes les responsabilit&#233;s, la r&#233;tribution limit&#233;e des &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;La critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233;e &#224; l' &#171; Introduction &#187;, la &lt;i&gt;critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt; appara&#238;t comme notablement en retrait. Aucune des innovations de la Commune, &#224; commencer par celles qu'Engels met en valeur la m&#234;me ann&#233;e, ne figure dans cette critique : ni les mesures antibureaucratiques sp&#233;cifiques de la Commune, ni la mise en parall&#232;le de la f&#233;d&#233;ration des communes et de la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives. Que signifie alors la r&#233;f&#233;rence exclusive &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ? Elle prolonge et conforte sans doute la rectification de 1885 qui lui a ouvert la voie, mais relativise du m&#234;me coup la nouveaut&#233; et la port&#233;e de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ce retrait ? Deux explications sont concevables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- une explication tactique : le retrait se justifierait par les particularit&#233;s de la situation allemande et les t&#226;ches sp&#233;cifiques des communistes allemands. En Allemagne et pour les communistes de ce pays, l'&#233;tablissement d'une R&#233;publique d&#233;mocratique constituerait un progr&#232;s d&#233;cisif, du moins si cette R&#233;publique r&#233;pondait aux deux conditions pos&#233;es par Engels : &#171; la revendication de la concentration de tout le pouvoir politique dans les mains de la repr&#233;sentation du peuple &#8221;, la d&#233;centralisation sur le mod&#232;le de la R&#233;volution fran&#231;aise. Mais l'absence de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la Commune de Paris ne peut pas s'expliquer uniquement par le sens des opportunit&#233;s et de la tactique, la prudence ou le r&#233;alisme. Reste alors une seconde explication&lt;br class='manualbr' /&gt;- une explication th&#233;orique : la sous-estimation de la port&#233;e strat&#233;gique du &#171; mod&#232;le &#187; de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion provisoire&lt;/i&gt; : Tout se passe comme si, paradoxalement, la rectification de 1872 &#233;tait &#224; la fois renforc&#233;e et affaiblie par les rectifications d'Engels. Elle est renforc&#233;e dans la mesure o&#249; la n&#233;cessit&#233; de briser la machine bureaucratique de l'&#201;tat est confirm&#233;e, sans qu'il soit n&#233;cessaire de faire r&#233;f&#233;rence &#224; l'Empire (et &#224; son antith&#232;se ultime) ; elle est affaiblie dans la mesure o&#249; la R&#233;publique de 1792 et la Commune de Paris sont donn&#233;es comme essentiellement identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de la rectification est &#224; la fois historique et th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Sur le plan historique, tout se passe comme si Engels inscrivait la Commune de Paris comme terme d'une p&#233;riode historique ouverte par la R&#233;volution fran&#231;aise, alors que Marx dans &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; la pr&#233;sente comme ouverture d'une nouvelle p&#233;riode historique. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Sur le plan th&#233;orique, tout se passe comme si Engels inscrivait la Commune de Paris dans une logique d'ach&#232;vement de la R&#233;volution fran&#231;aise, alors que Marx l'inscrit dans une logique de mont&#233;e en puissance de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Cette rectification th&#233;orique &#233;quivaut &#224; une op&#233;ration &#224; somme nulle (ou &#224; un jeu de qui perd gagne) : ce qui est gagn&#233; en rupture avec la dialectique tut&#233;laire d'une R&#233;volution poussant &#224; son comble une ali&#233;nation politique avant de se poser en antith&#232;se de sa propre n&#233;gation est partiellement perdu au &#171; b&#233;n&#233;fice &#187; d'une histoire lin&#233;aire qui efface la sp&#233;cificit&#233; des insurrections prol&#233;tariennes du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation entre les deux textes de 1891 laisse penser que la 1&#232;re R&#233;publique et la Commune sont &#233;quivalentes par leur forme comme par leur contenu : toutes deux sont des formes de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. 2. Des formes &#233;quivalentes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique communale et la R&#233;publique d&#233;mocratique &#171; d&#233;bureaucratis&#233;e &#187; apparaissent d&#232;s lors comme deux formes &#233;quivalentes, mais tr&#232;s exactement dans la mesure o&#249; la Commune est pens&#233;e comme une variante de la R&#233;publique d&#233;mocratique inaugur&#233;e sous la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse des formes d'auto-administration pendant la R&#233;volution est confirm&#233;e, semble-t-il, par l'historiographie contemporaine. Et, bien qu'Engels ne recoure pas &#224; cette hypoth&#232;se, il est vraisemblable qu'une certaine continuit&#233; dans la composition de classe de la Commune et dans l'esprit des Communards permette de pr&#233;senter la Commune elle-m&#234;me comme une reprise de la R&#233;volution fondatrice. La r&#233;interpr&#233;tation de la Commune de Paris comme confirmation/ach&#232;vement de l'&#339;uvre de la R&#233;volution est sans doute partiellement ad&#233;quate historiquement, mais laisse perdre la nouveaut&#233; de l'exp&#233;rience de la Commune. L&#224; o&#249; Marx tente de penser une forme nouvelle du pouvoir public, Engels parle de donner une forme nouvelle au vieux pouvoir d'&#201;tat (p. 125)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, rien ne justifie qu'Engels puisse &#233;crire, sans autre pr&#233;cision significative, que la R&#233;publique d&#233;mocratique est &#171; la forme sp&#233;cifique de la dictature du prol&#233;tariat, comme l'a montr&#233; la grande R&#233;volution fran&#231;aise &#187;, surtout si l'on ne retient du &#171; mod&#232;le &#187; de la 1&#232;re R&#233;publique que la d&#233;centralisation administrative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour faire bonne mesure, la confrontation avec le texte de 1847 montre que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelle est, en effet, cette R&#233;publique d&#233;bureaucratis&#233;e &#224; laquelle songe Engels ? Force est de constater, si l'on s'en tient aux extraits que tu cites, qu'Engels met en avant l'autonomie administrative qui r&#233;sulte d'une d&#233;centralisation de l'appareil d'&#201;tat. (p. 124-125). Il en va de m&#234;me des textes suivants (p.134-135). C'est encore le rapport centralisation/d&#233;centralisation qui vient au premier plan dans la pr&#233;face de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; (p. 140)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, si la Commune est &#171; la forme enfin trouv&#233;e &#187; - une formule qui pr&#234;te &#224; discussion - c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne se borne pas &#224; r&#233;activer des formes anciennes. C'est pour cette raison qu'il renouvelle une critique d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;e dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; et reprise, sous une autre forme, dans &lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt; : &#171; C'est en g&#233;n&#233;ral le sort des formations historiques enti&#232;rement nouvelles d'&#234;tre prises &#224; tort pour la r&#233;plique des formes anciennes (&#8230;) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples qui suivent cette citation sont multiples et Marx ne se r&#233;f&#232;re que partiellement &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ; mais c'est pour sugg&#233;rer pr&#233;cis&#233;ment que la Commune est irr&#233;ductible &#224; la d&#233;centralisation girondine. Au regard des connaissances historiques dont fait &#233;tat Engels (et du savoir historique acquis depuis), c'est peu. D'autres aspects de la R&#233;volution fran&#231;aise pourraient plaider en faveur de la th&#232;se d'une reprise par la Commune d'une exp&#233;rience ant&#233;rieure. Marx p&#234;cherait-il par ignorance ? C'est possible, mais je crois plut&#244;t que s'il ne r&#233;f&#232;re pas le sens de la Commune &#224; la p&#233;riode de la R&#233;volution fran&#231;aise, c'est notamment parce qu'il essaie de cerner la nouveaut&#233; de la Commune ou, plus exactement, ce qui fait sa nouveaut&#233; : elle n'est pas seulement une forme d&#233;centralis&#233;e de la R&#233;publique d&#233;mocratique, mais la forme d&#233;mocratique de la R&#233;publique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la &#171; rectification &#187; d'Engels menace d'engloutir quelques particularit&#233;s de la Commune que Marx essaie de mettre en &#233;vidence. Parmi les principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord la Commune est &#224; la fois la forme de la prise du pouvoir et la forme de son exercice : elle est la &#171; forme positive de la R&#233;volution contre l'Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guerre civile en France, op.cit., premier essai de r&#233;daction, p. 208.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; la forme sous laquelle la classe ouvri&#232;re prend le pouvoir politique (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., deuxi&#232;me essai de r&#233;daction, p. 256.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, la Commune n'est pas une simple forme d'administration : elle n'est pas n'importe quel &#171; gouvernement du peuple par lui-m&#234;me &#187;, mais souligne Marx &#171; le peuple agissant pour lui-m&#234;me et par lui-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., premier essai de r&#233;daction, p. 192.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, elle est la forme politique de l'&#233;mancipation du travail : une forme politique ajust&#233;e &#224; son contenu social, au moins potentiel. Cette &#233;mancipation dont Marx d&#233;crit les premi&#232;res mesures ; ce contenu social dont il pr&#233;sente la forme comme une libre f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives. Ce dernier point me semble le plus important : ce qui fait la force de l'analyse de Marx, c'est qu'il essaie dans ce texte (et pour la premi&#232;re fois) de penser &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; la forme ad&#233;quate de la domination politique de la classe ouvri&#232;re et la forme ad&#233;quate de son &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on tenir pour &#233;quivalentes l'exp&#233;rience de la 1&#232;re R&#233;publique et l'exp&#233;rience de la Commune ? Il existe de s&#233;rieuses raisons d'en douter. Mais ce qui est certain (&#224; mes yeux...), c'est que le soubassement th&#233;orique de la r&#233;flexion d'Engels est en retrait par rapport aux aspects les plus f&#233;conds du texte de Marx, en d&#233;pit de la dialectique illusoire qui le menace de caducit&#233;. En tout cas la r&#233;flexion d'Engels sur les formes de la dictature du prol&#233;tariat ne repose pas sur des fondements assur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.3. Une &#233;nigme r&#233;solue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'en convaincre ais&#233;ment quand on constate que, non seulement l' &#171; innovation audacieuse &#187; de 1891 ne r&#232;gle pas compl&#232;tement la question, mais surtout qu'elle n'exclut pas les r&#233;gressions ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Elle ne r&#232;gle pas compl&#232;tement la question&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la pr&#233;tendue forme sp&#233;cifique de la dictature de prol&#233;tariat comme le contenu social auquel elle se rapporte sont fort peu sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Une forme sp&#233;cifique qui l'est fort peu : Engels, dans la &lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;, ne se borne pas &#224; prendre pour r&#233;f&#233;rence la forme de la 1&#232;re R&#233;publique : il tente de d&#233;couvrir la g&#233;n&#233;ralit&#233; de cette forme sp&#233;cifique. Non seulement il se r&#233;f&#232;re &#224; la 1&#232;re R&#233;publique fran&#231;aise et &#224; l'Am&#233;rique qui, selon lui, ont d&#233;montr&#233; &#171; comment on peut se passer de la bureaucratie &#187;, mais confirme cette d&#233;monstration par son extension, comme le &#171; montrent encore aujourd'hui le Canada, l'Australie et les autres colonies anglaises &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme d'Erfurt, &#201;ditions sociales, p. 105.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De proche en proche, c'est une version faible de la bureaucratie (limit&#233;e aux autorit&#233;s qui &#233;manent du gouvernement central) et donc de la d&#233;bureaucratisation qu'Engels est amen&#233; &#224; pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si Engels prend soin de distinguer la R&#233;publique d&#233;mocratique contemporaine de la &#171; grande R&#233;volution fran&#231;aise &#187; et la &#171; R&#233;publique fran&#231;aise d'aujourd'hui &#187; - &#171; l'Empire sans empereur &#187; -, il pr&#233;sente cependant cette derni&#232;re comme la forme la plus favorable &#224; une transition pacifique et graduelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique du programme d'Erfurt, op.cit., p. 105 et 101.&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce n'est plus le contenu de la d&#233;bureaucratisation, mais son processus qui tend &#224; perdre toute sp&#233;cificit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un contenu sp&#233;cifique qui l'est fort peu : Engels n'h&#233;site pas &#224; pr&#233;senter la 1&#232;re R&#233;publique (au m&#234;me titre que la Commune) comme la forme sp&#233;cifique de la dictature du prol&#233;tariat. Sans doute, cette id&#233;e n'est-elle pas totalement nouvelle, ainsi que tu le rappelles, sous la plume d'Engels. Mais elle est historiquement et th&#233;oriquement fort douteuse et, en tout cas, fort co&#251;teuse. La domination &#233;ph&#233;m&#232;re de la Montagne et l'incursion, plus fragile encore, des &#171; sans-culottes &#187; ne livrent quand m&#234;me pas le contenu socio-politique d'une forme qui a pr&#233;valu plus longtemps. En tout cas, &#224; la diff&#233;rence notable de la Commune de Paris, ce n'est pas cette forme m&#234;me qui se pr&#233;sentait comme la forme de l'&#233;mancipation du travail ! Que dire alors de cette forme qui transcende &#224; ce point tout contenu socio-politique sp&#233;cifique que l'on peut la rep&#233;rer, en dehors de tout processus r&#233;volutionnaire, dans les R&#233;publiques constitu&#233;es du monde anglo-saxon o&#249; elles sont les formes de l'exploitation du travail et de l'oppression des peuples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Elle n'exclut pas les r&#233;gressions&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive ainsi qu'Engels laisse entendre que le prol&#233;tariat peut exercer sa domination sans briser si peu que ce soit l'ancien appareil d'&#201;tat et/ou que la domination politique du prol&#233;tariat trouvera n&#233;cessairement sa forme : Ou il s'emparera d'une forme toute faite, ou il d&#233;couvrira une forme promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la forme toute faite : &#171; La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique &lt;i&gt;toute faite&lt;/i&gt; pour la faite pour la domination du prol&#233;tariat &#187; (p. 147). Tu n'esquives pas la difficult&#233;. Mais cet &#233;loge de la IIIe R&#233;publique est pour le moins &#233;tonnant. Tu opposes, &#224; juste titre, ce texte &#224; la formulation de &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, mais ton commentaire me semble &#224; peine moins &#171; laxiste &#187; que le texte de la lettre (p. 148-149) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la forme promise : &#171; la nuova sotanza, la nuova idea si creera da stessa la forma et la produrra dal proprio fondo &#187;. (p. 156 et 388), selon l'affirmation de Bovio qu'Engels reprend &#224; son compte. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la r&#233;ponse d'Engels &#224; Giovanni Bovio (un texte que tu m'as fait d&#233;couvrir&#8230;) est un mod&#232;le de r&#233;ponse &#8230; &#224; c&#244;t&#233; de la question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette fa&#231;on d'&#233;luder la question pos&#233;e ressemble d'ailleurs beaucoup &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je crois qu'il faut &#234;tre plus s&#233;v&#232;re (th&#233;oriquement, s'entend) que tu ne l'es (p. 155-157) quand tu fais &#233;tat d' &#171; une certaine insatisfaction &#187; : les motifs que tu invoques (et que je partage) nous renvoient, une fois encore aux embard&#233;es d'une critique de l'utopie qui se pr&#233;vaut d'une conception de l'histoire irrecevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion provisoire&lt;/i&gt; - Il n'est que partiellement vrai que &#171; dans les derni&#232;res ann&#233;es du si&#232;cle, Engels red&#233;couvre l'importance de la forme, en politique tout particuli&#232;rement &#187; (p. 344).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce qu'il n'est pas s&#251;r que cette d&#233;couverte soit vraiment une red&#233;couverte : cela supposerait que dans une p&#233;riode ant&#233;rieure cette r&#233;flexion sur les formes (&#224; l'exception remarquable de la Commune de Paris) ait &#233;t&#233; amorc&#233;e. C'est encore ce que tu laisses entendre quand tu dis qu'ils transforment profond&#233;ment leur th&#233;orie de la forme &#233;tatique n&#233;cessaire &#224; l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat (p. 126) : ce n'est, &#224; la rigueur admissible, que si l'on consid&#232;re que le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; et les textes qui l'entourent proposaient avec la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie une v&#233;ritable th&#233;orie de la forme &#233;tatique n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parce qu'il n'est pas s&#251;r qu'elle se fonde sur un bilan compl&#232;tement satisfaisant des racines th&#233;oriques des n&#233;gligences ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* La question cruciale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui en derni&#232;re analyse - et par-del&#224; les motifs d&#233;j&#224; invoqu&#233;s - fait probl&#232;me ? C'est, me semble-t-il, que la forme politique de la domination du prol&#233;tariat est ou devrait &#234;tre en m&#234;me temps la forme politique de son &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle forme de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) peut &#234;tre une forme d'&lt;i&gt;&#233;mancipation &lt;/i&gt;(sociale) ? &#192; cette question l'histoire ne r&#233;pond pas, car l'histoire est muette. Et elle restera en d&#233;pit de toutes nos tentatives de la faire bavarder sans recours &#224; la th&#233;orie. En revanche, les voies d&#233;sastreuses emprunt&#233;es par l'histoire relancent, comme le montre ton bouquin, nos interrogations. Voici celles par lesquelles je termine ici : Pourquoi Marx et Engels ne parviennent-ils pas &#224; poser dans leur juste rapport la question du contenu et des formes de la R&#233;volution sociale et la question (seconde) de ses moyens ? Pourquoi Marx et Engels ne sont-ils pas parvenus &#224; penser &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; les formes politiques et les formes sociales de l'&#233;mancipation ? N'est-ce pas parce qu'il y a quelque chose qui cloche dans leur fa&#231;on m&#234;me de poser et d'aborder ces questions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PS&lt;/strong&gt; (2022&lt;/strong&gt; : Jacques Texier est d&#233;c&#233;d&#233; le 13 janvier 2011. Je veux dire ici, par-del&#224; la qualit&#233; de son activit&#233; th&#233;orique, quel amical interlocuteur il fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;source&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; &lt;/source&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment &#224;&lt;i&gt; Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels.&lt;/i&gt; Ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. &lt;a href=&#034;http://athena.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution : Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actuel Marx Confrontation, PUF, 1998 (existe d&#233;sormais au format Kindlel). Je renvoie en g&#233;n&#233;ral aux pages correspondantes, m&#234;me quand il s'agit de textes de Marx et Engels. &#192; quelques exceptions pr&#232;s qui, sauf indication contraire, se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parues aux &#201;ditions sociales..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand je dis Marx, j'entends bien, comme toi, Marx-Engels. Les ambigu&#239;t&#233;s ou les contradictions qui percent ou s'affichent dans leurs propos ne peuvent pas &#234;tre mis au compte d'une divergence majeure entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Auxquelles je me permets de te renvoyer - m&#234;me si je ne suis plus tout &#224; fait d'accord avec moi-m&#234;me - , ne serait-ce que pour all&#233;ger ce texte d&#233;j&#224; fort long&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Cong&#233;dier l'utopie ? L'utopie selon Karl Marx&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1994 ; &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1995. Abr&#233;viations : respectivement, &lt;i&gt;Cong&#233;dier&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions sociales, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx-Engels, Correspondance, t. 1, &#201;ditions sociales,1978, p. 290-296.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut cependant retenir les caract&#232;res sont ceux que tu recenses p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 24, 32-46, 54-57. Sur le r&#244;le du suffrage universel dans la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants : note 4, p. 15, 22, 25, 309-316.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx Engels, Correspondance, t.1 &#233;ditions sociales, , 1978, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Correspondance t.1, op.cit., p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;Sur la question des conditions du suffrage universel, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 22, 67-73 + notes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels, &#171; Les communistes et K. Heinzen &#187;, 3 et 4 octobre 1847 (que Texier traduit et cite partiellement p. 38-39).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que Texier cite p. 44-45 et p.304.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi la question des formes de domination politique du prol&#233;tariat ne peut pas &#234;tre correctement pos&#233;e si on ne l&#232;ve pas l'&#233;quivoque qui p&#232;se sur la n&#233;cessit&#233; des institutions d&#233;mocratiques : s'agit-il des conditions les plus favorables &#224; la domination politique du prol&#233;tariat &#8230;(p.69) ou des conditions qui la rendent in&#233;luctable (sans m&#234;me qu'il soit souhaitable d'en penser et d'en transformer les formes) ? Telle est l'ambigu&#239;t&#233; majeure du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; (et des textes qui l'entourent).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les chartistes &#187;, &lt;i&gt;New York Daily Tribune&lt;/i&gt;,, 25 ao&#251;t 1852. Cit&#233; par Texier p.22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la r&#233;volution permanente, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p. 16, 17, 46-48, 319-323.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la dictature du prol&#233;tariat, je me r&#233;f&#232;re ici aux passages suivants de ton livre : p.16, 17-18, 85, 325-326&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le flou qui r&#232;gne ici dans l'&#339;uvre de Marx et Engels n'a rien d'artistique, d'autant qu'il s'accro&#238;t quand on tente de le dissiper en s'appuyant sur la distinction entre le continent et le monde anglo-saxon (comme tu le signales, notamment p. 22).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut lire dans ton livre des exemples de cette dualit&#233; des &#233;nonc&#233;s entre l'indispensable et l'in&#233;luctable, voir respectivement p. 23 d'une part et p. 22, 39, 45. Voir &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; pp. 231-232 (et Antoine Artous , &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique, &lt;/i&gt;&#233;ditions Syllepse, p. 277-278).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les anticipations utopiques, &lt;i&gt;Cong&#233;dier&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit. ,&lt;/i&gt;pp. 145-167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le &#171; court-circuit &#187; op&#233;r&#233; par Marx dans sa critique de l'invention et sur ses cons&#233;quences : &lt;i&gt;Cong&#233;dier, op.cit.,&lt;/i&gt; p.196 et &lt;i&gt;Convoiter, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 339-341. Curieusement, la notion m&#234;me d'invention revient avec insistance sous ta plume, alors que Marx la r&#233;cuse. D'abord, quand tu &#233;voques, &#224; propos des innovations politiques d'Engels, l'invention d'une nouvelle tactique (p. 102, 103, 104) ; ensuite quand tu &#233;voques l'invention des formes politiques (p. 124, 163, 164). Je crois que, malgr&#233; Marx, Texier a raison&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tu mentionnes toi-m&#234;me deux des textes o&#249; le refus de l'anticipation semble porter trop loin (p. 19-20), mais je ne comprends pas quelles cons&#233;quences tu en tires exactement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; J'ai beaucoup donn&#233; &#171; , comme dirait notre ami Artous, pour relever et analyser cette &#233;quivoque et ses cons&#233;quences. Sur l'&#233;quivoque elle-m&#234;me voir par ex. &lt;i&gt;Convoiter,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 151-182. Tu rel&#232;ves toi-m&#234;me (ce n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres du r&#244;le attribu&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; historique), que le finalisme historique que pr&#233;suppose l'id&#233;e d'une classe in&#233;luctablement conduite &#224; remplir une mission conforme &#224; son essence mine le discours de Marx et Engels. (p. 70-71, p. 86-87). Comme preuve &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, d'une &#233;quivoque (qui existe chez Marx lui-m&#234;me), le texte remarquable d'Engels (que tu m'as fait conna&#238;tre) o&#249; il tente de la lever &#8211; parce qu'il en mesure les effets politiquement d&#233;sastreux - &#224; propos des tendances n&#233;cessaires de l'histoire (p. 75-82)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels, &#171; Le socialisme en Allemagne &#187;, 1892, article que Texier analyse pages 153-163. La citation de Bovio figure p. 156 et p. 388.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 249-252.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter, &lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit. ,&lt;/i&gt;p. 252-254&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Convoiter,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 254-256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France 1871&lt;/i&gt;, Editions sociales, 1972. Cette &#233;dition est &#171; accompagn&#233;e des travaux pr&#233;paratoires de Marx &#187; et donc des deux essais de r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 209-210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 257, C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 39. C'est moi qui souligne..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour faire bonne mesure, la confrontation avec le texte de 1847 montre que l'on peut justifier l'existence d'une dictature du prol&#233;tariat sous la 1&#232;re R&#233;publique, tant&#244;t par la centralisation &#224; laquelle elle aurait eu recours (1847), tant&#244;t par la d&#233;centralisation (1891). Tu rel&#232;ves les textes correspondants, sans relever l'&#233;tonnante plasticit&#233; de l'interpr&#233;tation qui reste la m&#234;me sous des signes totalement oppos&#233;s. Comment d&#232;s lors affirmer qu'Engels &#171; ne fait que reprendre une vieille id&#233;e &#187; ? (p. 133).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Guerre civile en France, op.cit.,&lt;/i&gt; premier essai de r&#233;daction, p. 208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; deuxi&#232;me essai de r&#233;daction, p. 256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., premier essai de r&#233;daction&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique du programme d'Erfurt, op.cit.,&lt;/i&gt; p. 105 et 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette fa&#231;on d'&#233;luder la question pos&#233;e ressemble d'ailleurs beaucoup &#224; la r&#233;ponse du m&#234;me Engels sur le sens de la dialectique de la n&#233;gation de la n&#233;gation expos&#233;e dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; : dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;ring,&lt;/i&gt; il multiplie les tentatives d'explications qui finissent par s'annuler&#8230;C'est du moins ce que je crois : &lt;i&gt;Convoiter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit., &lt;/i&gt;p. 176-180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html</guid>
		<dc:date>2022-06-09T05:40:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Karl-Marx-+.html" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-domination-politique-la-dictature-du-proletariat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la domination politique - la dictature - du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-le-deperissement-de-l-Etat-+.html" rel="tag"&gt;Marx et le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L100xH150/arton71-b2c51.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;Emancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir en fin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'&#201;tat et la politique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Syllepse, 1999. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;Cher Tony, &lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu ton livre (dont je mentionne les pages entre parenth&#232;ses) en m'imposant les m&#234;mes &#171; r&#232;gles &#187; que celles que j'ai &#233;voqu&#233;es en pr&#233;ambule du texte que j'ai consacr&#233; au livre de Jacques Texier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici-m&#234;me&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : engager une discussion sans pr&#233;juger d'&#233;ventuelles divergences politiques ; mettre mes fragments d'analyse &#224; l'&#233;preuve des tiens (et r&#233;ciproquement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il existe des recoupements avec les th&#232;mes abord&#233;s &#224; l'occasion de la discussion du livre de Texier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je n'y reviens que pour r&#233;sumer mon propos ant&#233;rieur, pr&#233;ciser ou compl&#233;ter. J'ajoute que j'ai choisi de discuter ton bouquin en me limitant &#224; la fin et en ne convoquant ce qui pr&#233;c&#232;de que dans la mesure o&#249; tu le r&#233;investis dans la quatri&#232;me partie : au-del&#224; du capitalisme. J'ai parfois compl&#233;t&#233; par des remarques sur tes autres contributions : &#171; Emancipation sociale et formes politiques. Quelques &#233;l&#233;ments pour poursuivre la discussions &#187; (ESFP) et &#171; Sur la repr&#233;sentation politique &#187; (SRP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Pr&#233;ambule : histoire et strat&#233;gie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du capitalisme : le communisme. Comment atteindre cet &#171; au-del&#224; &#187; ? Marx - je commence par des banalit&#233;s- tente de fonder l'encha&#238;nement de multiples n&#233;cessit&#233;s : n&#233;cessit&#233; de la lutte politique de classes, n&#233;cessit&#233; de la conqu&#234;te politique du pouvoir, n&#233;cessit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat, n&#233;cessit&#233; de la transition au communisme, n&#233;cessit&#233; de deux phases du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quelles n&#233;cessit&#233;s s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes apparemment d'accord, pour reprendre tes propres termes, sur l'existence d'une &#171; tendance &#224; dissoudre le moment strat&#233;gique dans le simple d&#233;voilement d'une n&#233;cessit&#233; historique &#187; (ESFP)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est aux &#233;quivoques des &#233;nonc&#233;s de Marx sur la n&#233;cessit&#233; historique que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et cela vaut aussi bien pour la transformation de la lutte &#233;conomique en lutte politique que pour la poursuite de la lutte des classes jusqu'&#224; la dictature du prol&#233;tariat et pour la p&#233;riode de transition que couvre cette dictature. Quelques remarques compl&#233;mentaires cependant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la lutte politique de classes. Tu soutiens qu'il existe chez Marx un &#171; changement de statut de la lutte politique &#187;. J'avoue ne pas percevoir ce changement. Il me semble qu'il faut distinguer deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- la question de la lutte pour l'&#233;mancipation politique qui, depuis la lettre &#224; Ruge de septembre 1843 ou &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt; au moins, est toujours pr&#233;sent&#233;e par Marx comme un moment n&#233;cessaire de la lutte pour l'&#233;mancipation sociale, alors que l'&#233;mancipation politique est comprise comme une forme inachev&#233;e de l'&#233;mancipation humaine ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la question de la lutte politique pour la conqu&#234;te du pouvoir qui, depuis les &lt;i&gt;Gloses marginales critiques sur l'article de Ruge&lt;/i&gt;, est comprise comme un &#171; moment constitutif &#187;, pour reprendre ta propre expression, de la lutte pour l'&#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux aspects sont &#233;troitement li&#233;s, sans qu'il y ait, du moins &#224; mes yeux, le moindre &#171; changement de statut de la lutte politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution permanente et de la dictature du prol&#233;tariat. Tu commences par &#233;tablir que le concept de dictature du prol&#233;tariat d&#233;signe un objectif strat&#233;gique et que le concept de r&#233;volution permanente (provisoirement associ&#233; au pr&#233;c&#233;dent) d&#233;signe un processus historique (p. 277-280). On peut douter d'un tel d&#233;doublement. Je crois au contraire que la port&#233;e strat&#233;gique du concept de dictature du prol&#233;tariat est lourdement grev&#233;e par sa pr&#233;sentation comme issue in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; N&#233;cessit&#233; de la transition (sous dictature du prol&#233;tariat). Tu ne te prononces pas directement sur cette question, mais je crois n&#233;cessaire de pr&#233;ciser deux points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Marx n'&#233;voque qu'une seule transition : la transition au communisme pour lequel il distingue deux phases. Mais la premi&#232;re phase est d&#233;j&#224; communiste. Ce n'est pas une simple querelle de mots (transition, phase) mais une question de fond. La th&#233;orie de la double transition, en particulier quand on isole sous le nom de socialisme une &#233;tape interm&#233;diaire dot&#233;e de caract&#232;res stables (et de surcro&#238;t r&#233;alisable dans un seul pays) est une &#171; innovation &#187; th&#233;orique fort dangereuse.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Marx est fort discret sur les t&#226;ches politiques sp&#233;cifiques de cette phase de transition. Sans doute parce que la n&#233;cessit&#233; historique se porte garant de leur accomplissement. Si la transition est une transition vers la premi&#232;re phase du communisme, c'est le communisme de cette premi&#232;re phase qui comme vis&#233;e strat&#233;gique (et non comme fatalit&#233; historique, une fois encore) doit orienter la transition. Acceptons avec Marx et Engels d'&#234;tre prudents sur les recettes destin&#233;es aux marmites de l'avenir : on peut au moins indiquer quels plats on envisage de faire cuire. Acceptons, avec Marx et Engels, de laisser l'histoire ouverte aux al&#233;as et aux circonstances : on peut au moins indiquer &#224; quoi les circonstances peuvent &#234;tre favorables ou d&#233;favorables et, pour faire face aux obstacles, quels projets ces obstacles peuvent compromettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que la domination politique du prol&#233;tariat doive compter avec ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une transition aveugle sur son but immanent ne rendrait gu&#232;re tr&#232;s lucide : ne resteraient que des tactiques sans strat&#233;gie, au mieux borgnes, au pire aveugles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re remarque pr&#233;alable : L&#233;nine, plus que tout autre, s'est efforc&#233; de donner une consistance strat&#233;gique aux indications de Marx sur le parti communiste, la lutte politique, la dictature du prol&#233;tariat, la socialisation de la production, la transition au communisme. Ce qui ne signifie nullement &#8211; cela devrait aller de soi &#8211; que cette strat&#233;gie ait &#233;t&#233; ad&#233;quate. Mais de quels outils disposons-nous pour en juger ? Evidemment pas d'un code de proc&#233;dure mis &#224; la disposition du tribunal de l'histoire que l'on &#233;rige &#224; la h&#226;te une fois la d&#233;faite av&#233;r&#233;e. Une strat&#233;gie ad&#233;quate n'est pas n&#233;cessairement une strat&#233;gie victorieuse. Encore faut-il, en revanche, tenter d'&#233;valuer en quoi et comment une strat&#233;gie peut concourir &#224; la d&#233;faite de ceux qui la mettent en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc &#224; examiner - en reprenant le fil de ton livre - ce qui se passe au-del&#224; de la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Retours sur la dictature de prol&#233;tariat et d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Sur la Commune et la dictature du prol&#233;tariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir retenu l'interpr&#233;tation strat&#233;gique de la dictature du prol&#233;tariat qui est, en d&#233;pit des ambigu&#239;t&#233;s des textes de Marx, la seule recevable, tu passes directement &#224; l'examen de la port&#233;e de l'analyse marxienne de la Commune comme &#171; nouvelle forme de repr&#233;sentation du corps social &#187; (p. 280-285, r&#233;sum&#233; dans SRP, p. 10-11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Sur la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historicit&#233; de &lt;i&gt;La Guerre Civile en France&lt;/i&gt; une fois reconnue, tu fais valoir, &#224; son propos, deux n&#233;gligences des commentateurs :&lt;br class='manualbr' /&gt;- la n&#233;gligence de la &#171; nature de la structure territoriale de base &#187; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la n&#233;gligence du &#171; nouveau mode de repr&#233;sentation politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point s'&#233;claire par le second qui est d'abord mis en discussion. Tu soutiens que la Commune n'est pas seulement une forme d'auto-administration d&#233;centralis&#233;e (comme la R&#233;publique girondine ou le &#171; self-government &#187; anglais), mais une &#171; r&#233;organisation de l'espace socio-politique &#224; travers une nouvelle forme de repr&#233;sentation du corps social &#187; (p. 281-282). Ainsi, la critique de l'ind&#233;pendance de l'&#201;tat n'est pas seulement une critique de l'excroissance bureaucratique, mais aussi une critique de la repr&#233;sentation politique moderne. Mais, sur ce dernier versant, les le&#231;ons de la Commune ont pour effet ou pour r&#233;sultat, non d'esquisser une forme de d&#233;mocratie directe, mais de d&#233;tecter un nouveau mode de repr&#233;sentation (p. 282)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels en sont, de ce point de vue et selon toi, les principaux caract&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord, ce &#171; gouvernement de la classe ouvri&#232;re &#187; repose sur &#171; une base territoriale unifi&#233;e socialement &#187;. La cons&#233;quence, pour toi, est imm&#233;diate : l'espace d&#233;fini par l'exercice du suffrage universel reposant sur cette homog&#233;n&#233;it&#233; sociale est d'embl&#233;e en rupture avec l'abstraction politique moderne. (p. 282-283) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, ce nouveau mode de repr&#233;sentation prend la forme d'un syst&#232;me pyramidal qui permet, selon des modalit&#233;s sp&#233;cifiques, d' &#171; assurer la pr&#233;sence de l'unit&#233; socio-politique de base en tant que telle dans le mouvement de la repr&#233;sentation, au sein de la pyramide elle-m&#234;me &#187;, notamment par l'exercice du mandat imp&#233;ratif (p. 283).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai, comme tu le soulignes, que la structure pyramidale de la repr&#233;sentation que Marx &#233;voque dans son analyse de la Commune n'a gu&#232;re attir&#233; l'attention des commentateurs. Mais ton interpr&#233;tation ne me para&#238;t pas compl&#232;tement satisfaisante. Pour deux ordres de raison :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier motif d'insatisfaction : tu pr&#234;tes &#224; Marx des arguments et des conceptions qui me semblent &#233;trangers &#224; son texte et &#224; sa d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Il est vrai que la Commune est une forme politique territoriale. Mais Marx ne dit nulle part que si elle constitue une forme ad&#233;quate &#224; l'&#233;mancipation du travail, c'est parce qu'elle repose sur une base sociale homog&#232;ne ou relativement homog&#232;ne. C'est peut &#234;tre un fait. Mais ce fait n'est pas invoqu&#233; comme tel (voir SRP, p. 11).&lt;br class='manualbr' /&gt;- Il est vrai que la Commune est une forme politique qui contribue &#224; r&#233;sorber la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat. Mais il me semble que l'id&#233;e d'un &#171; encastrement du politique dans le social &#187; est &#233;trang&#232;re &#224; Marx et, en tout cas, fort &#233;quivoque. Ce que tu vises ainsi serait plus rigoureusement exprim&#233;, me semble-t-il, sous la forme suivante : la repr&#233;sentation n'est plus la repr&#233;sentation abstraite (obtenue par abstraction) des individus isol&#233;s (et domin&#233;s) de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise, mais la repr&#233;sentation concr&#232;te des producteurs associ&#233;s. Ou du moins tend &#224; le devenir, d&#232;s lors que la soci&#233;t&#233; devient une soci&#233;t&#233; o&#249; tous sont producteurs et, &#224; ce titre, &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me motif d'insatisfaction : ta pr&#233;sentation de la rupture introduite/rep&#233;r&#233;e par Marx ne me para&#238;t pas aussi claire que tu le dis. Je crois qu'il faut distinguer deux fils dans ton argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; suivre le premier, la rupture se situerait essentiellement au niveau de &lt;i&gt;la forme politique de la repr&#233;sentation&lt;/i&gt; : la structure pyramidale du pouvoir. Tu pr&#233;sentes la forme du f&#233;d&#233;ralisme de la Commune telle que Marx l'analyse comme une &#171; rupture avec la repr&#233;sentation politique moderne &#187;. (Voir &#233;galement SRP, p. 5-7, 10-11). La structure pyramidale du pouvoir, dont seul le premier &#233;chelon repose sur l'&#233;lection au suffrage universel, est en rupture avec les formes historiquement prises avec la repr&#233;sentation politique moderne. Si cette structure pyramidale fait probl&#232;me, ce n'est pas seulement en raison du sort limit&#233; qu'elle r&#233;serve au suffrage direct, mais surtout parce que la rupture fondamentale ne se situe pas &#224; ce seul niveau, mais dans l'articulation les formes de la domination politiques appel&#233;es &#224; devenir le &#171; pouvoir public &#187; des producteurs associ&#233;s et les formes de socialisation, essentiellement coop&#233;ratives, appel&#233;es &#224; r&#233;aliser l'association des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_- &#192; suivre le second fil de ton argumentation, en revanche, la rupture se situerait pr&#233;cis&#233;ment au niveau du &lt;i&gt;contenu social de l'&#233;mancipation&lt;/i&gt; (et donc de la &#171; repr&#233;sentation &#187;) : l'association des producteurs, pr&#233;cis&#233;ment. La rupture consiste alors dans le fait, comme tu l'&#233;cris dans une de tes contributions (SRP p. 5-7), que la &#171; repr&#233;sentation directe &#187; du social &lt;i&gt;se traduit, entre autres&lt;/i&gt;, par la structure pyramidale du pouvoir &#187; (soulign&#233; par moi). Mais, justement, ce que Marx n'&#233;claire pas, c'est le rapport qui existe entre la Commune et les coop&#233;ratives, entre la f&#233;d&#233;ration des communes de bases et la f&#233;d&#233;ration des coop&#233;ratives, entre la forme du pouvoir public et la forme de l'appropriation sociale. S'agit-il d'une seule et m&#234;me forme, comme le pr&#233;conise le mutuellisme proudhonien que tu invoques &#224; ce propos ? Ou s'agit-il de formes distinctes, comme on peut le penser d&#232;s lors que le pouvoir public n'a pas seulement pour fonction de coordonner la production et la r&#233;partition et d'absorber, du niveau local au niveau international, la mise en &#339;uvre de la production socialis&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il ne me semble pas que l'essentiel de la rupture tienne &#224; la forme de repr&#233;sentation adopt&#233;e ou trouv&#233;e. La rupture avec la repr&#233;sentation politique d&#233;pend de son rapport avec l'association des producteurs. Autrement dit, quand la repr&#233;sentation est reconduite &#224; un pr&#233;suppos&#233; social nouveau, elle change de sens et devient simple proc&#233;dure : la repr&#233;sentation politique fait place &#224; la d&#233;l&#233;gation contr&#244;l&#233;e. Voir plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'analyse de Marx laisse ouvertes plusieurs questions et notamment celles-ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La domination politique du prol&#233;tariat doit-elle se passer du suffrage universel ? Autrement dit, doit-elle r&#233;server le droit de vote aux seuls producteurs ? La question est d'importance, car il ne revient pas au m&#234;me de pr&#233;senter la limitation du droit de suffrage et d'&#233;ligibilit&#233; comme une mesure d'exception (dict&#233;e par les exigences de la lutte contre les repr&#233;sentants des anciennes classes dominantes) ou d'une mesure de transition (adopt&#233;e pour reconduire d'embl&#233;e l'&#233;lection &#224; un statut de producteur &#224; vocation universelle) : ce qui me para&#238;t pour le moins fort p&#233;rilleux. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Les formes politiques de la domination du prol&#233;tariat doivent-elles &#234;tre identiques aux formes de son &#233;mancipation sociale ? En d'autres termes, les formes communales-r&#233;publicaines sont-elles ou non distinctes des formes coop&#233;ratives ? Le pouvoir public en g&#233;n&#233;ral se confond-il avec l'association de producteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu poursuis ton travail de d&#233;chiffrement, en soulignant que l'analyse de Marx, en d&#233;pit de la rupture qu'elle introduit avec &#171; la probl&#233;matique moderne de la repr&#233;sentation politique &#187;, va conna&#238;tre un &#171; destin peu compr&#233;hensible &#187;, dont t&#233;moigne l'&#233;volution d'Engels (p. 283-284). Reste alors &#224; examiner les &#171; suites &#187; au sein de la 2e Internationale et dans l'&#339;uvre de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. De Marx &#224; L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu tentes alors d'&#233;clairer par les circonstances historiques le sort que L&#233;nine r&#233;serve au texte de Marx : L&#233;nine &#171; ne rend pas compte de ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; du syst&#232;me de repr&#233;sentation d&#233;crit pas Marx &#187;. Sa lecture rel&#232;ve de &#171; ce que l'on pourrait appeler un radicalisme d&#233;mocratique &#187;. (p. 285-287). Mais, second volet de cette lecture, L&#233;nine comprend les fonctions de l'&#201;tat comme des fonctions &#233;conomiques qui ne prennent pas en compte l'existence du despotisme d'usine. (p. 287-288).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tu examines les particularit&#233;s du pouvoir des soviets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le syst&#232;me des soviets, voir &#233;galement SRP, p. 7, 11-12.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (&#8230;) Parenth&#232;ses, pour marquer l'inach&#232;vement, et non la d&#233;robade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Sur le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, je ne suis pas rigoureusement l'ordre de ton expos&#233;.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;matique du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat - de l'&#201;tat politique ou &#201;tat de classe, de l'&#201;tat politique s&#233;par&#233; ou &#201;tat de la bourgeoisie - est une th&#233;matique constante dans l'&#339;uvre de Marx. Condition et cons&#233;quence de l'&#233;mancipation humaine, ce d&#233;p&#233;rissement d&#233;signe un processus dont l'abolition de l'&#201;tat serait la cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Un point aveugle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat est &#224; la fois un point focal et un point aveugle. Tu soutiens qu'il s'agit surtout d'un point aveugle. Et tu recours, sauf erreur de ma part, &#224; deux arguments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le premier argument repose sur la structure th&#233;orique de l'argumentation : en recourant &#224; une analyse transhistorique de l'&#201;tat, Marx et Engels manqueraient - au moins partiellement - ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; de l'&#201;tat moderne et donc, si je t'ai bien compris, ce qui est ind&#233;passable dans cet &#201;tat.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le second argument repose sur une contradiction majeure de l'argumentation : le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat pr&#233;sent&#233; comme &#233;quivalent au passage du gouvernement des hommes &#224; l'administration des choses serait technocratique et passerait par pertes et profit l'analyse du despotisme d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point, je crois que la perspective transhistorique fait effectivement probl&#232;me : moins peut-&#234;tre parce qu'elle tend &#224; dissoudre l'analyse sp&#233;cifique de l'&#201;tat moderne, mais surtout parce qu'elle pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233; du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat comme un r&#233;sultat n&#233;cessaire, dans le cadre d'une analyse qui conjoint une n&#233;cessit&#233; logique (si l'&#201;tat est n&#233; de la division de la soci&#233;t&#233; en classe, la suppression de cette division engendre logiquement la disparition de l'&#201;tat) et une n&#233;cessit&#233; dialectique o&#249; se lit une version affaiblie de la dialectique de la n&#233;gation et de sa n&#233;gation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les effets de la &#171; &#171; th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat &#187;, pour reprendre son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tout cas, je souscris &#224; la question que tu poses : comment comprendre le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat, non en fonction d'une approche transhistorique (et tautologique) sur l'&#201;tat et l'existence des classes, mais en fonction &#171; des tendances et contradictions pr&#233;sentes au sein m&#234;me du capitalisme &#187; (p. 295). ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second point, je crois &#233;galement que l'on ne peut que souscrire &#224; ton argumentation s'agissant de la p&#233;nombre technocratique qui enveloppe l'id&#233;e d'une administration des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quand &#171; le pouvoir public perd son caract&#232;re politique &#187;, cela ne saurait impliquer, en toute rigueur, qu'il &#171; fait place &#224; l'administration des choses &#187; ou &#224; &#171; l'administration de la production &#187; (p. 291-292)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quand la coop&#233;rative assure partiellement la rel&#232;ve de la repr&#233;sentation, il devient indispensable de prendre en compte les effets de la division du travail ? (p. 292-293).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai simplement qu'il me semble que l'on peut radicaliser ton analyse. Ce qui n'est pas pens&#233; dans le processus de d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat, c'est non seulement son rapport avec le d&#233;p&#233;rissement du despotisme d'usine, mais &#233;galement avec l'ensemble des rapports et des techniques de pouvoir qui sous-tendent l'existence de l'&#201;tat et son r&#244;le (et qui menacent pas cons&#233;quent de reconduire les rapports de domination). L'apport de Foucault sur ce point est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, c'est au rapport entre la forme de la domination politique appel&#233;e &#224; se transformer en pouvoir public et la forme de l'&#233;mancipation appel&#233;e &#224; se r&#233;aliser en association des producteurs que nous sommes renvoy&#233;s. &#192; ce titre, m&#234;me si je ne suis pas totalement convaincu par ta pr&#233;sentation, il faut reprendre ta comparaison des formulations divergentes de Marx et Engels : entre celles qui reposent sur &#171; l'&#233;quivalence entre &#233;tatisation et disparition de l'&#201;tat &#187; et celles qui distinguent la r&#233;organisation sur une base locale (les coop&#233;ratives) et &#171; la centralisation des moyens de production &#187; (p. 294-295).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est cette reprise que je propose dans l' &#171; essai &#187; qui suit cette lecture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, comme dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent, tu examines les &#171; suites &#187; de la question du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat chez L&#233;nine et dans la r&#233;volution russe (p. 297-309). (&#8230;) Parenth&#232;ses, pour marquer l'inach&#232;vement, et non la d&#233;robade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question d&#233;cisive : faut-il, en raison des obscurit&#233;s de la perspective du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat (et de son renversement d&#233;sastreux dans le cours de la r&#233;volution russe) renoncer &#224; cette perspective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Un point focal &#8211; Clarification pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx nous a laiss&#233; en h&#233;ritage et surtout en jach&#232;re des analyses et des concepts inachev&#233;es, &#233;quivoques et parfois peu acceptables. &#192; nous de poursuivre, de remettre en culture et de faire le tri. Mais ce travail se heurte d'embl&#233;e &#224; une difficult&#233;, somme toute banale, qui est cependant la source des plus grandes confusions : faire la part entre le vocabulaire et les concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vocabulaire de Marx est parfois devenu pour nous peu utilisable, alors m&#234;me que les conceptions correspondantes peuvent s'av&#233;rer valides et/ou f&#233;condes. Ainsi, quand Marx distingue &#171; l'&#201;tat politique &#187; (ou, plus bri&#232;vement encore, l'&#201;tat) et le &#171; pouvoir public &#187;, nous risquons, &#224; tout moment, de charger ces termes d'un contenu (d'un &#171; d&#233;not&#233; &#187; ou d'un &#171; connot&#233; &#187;, pour faire plus chic) qui alt&#232;re leur concept. Pouvoir &#171; public &#187; laisse penser que son antonyme est un pouvoir ou un espace &#171; priv&#233; &#187;, comme le sont la famille ou la propri&#233;t&#233;, alors que pour Marx ce pouvoir &#171; public &#187; s'oppose d'abord &#224; l'&#201;tat politique et repose sur le d&#233;passement de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise, domin&#233;e par l'int&#233;r&#234;t &#171; priv&#233; &#187;. Mais avec l' &#171; &#201;tat politique &#187;, l'affaire ne se pr&#233;sente pas mieux. Sans l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat sugg&#232;re que la soci&#233;t&#233; est imm&#233;diatement rendue &#224; elle-m&#234;me, dans une parfaite immanence : cette tentation existe chez Marx, mais seulement &#224; l'&#233;tat de (coupable&#8230;) tentation. Avec l'adjectif, le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat politique, laisse penser que c'est le politique, comme instance ou pratique de coordination de la vie sociale qui dispara&#238;t : cette tentation qui renvoie cette coordination &#224; une simple administration &#171; des choses &#187; existe chez Marx, mais une fois encore seulement &#224; l'&#233;tat de (coupable&#8230;) tentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant - et c'est le plus important - les conceptions elles-m&#234;mes sont (relativement) claires. L'&#201;tat d&#233;signe l'institution qui exerce des fonctions sociales diverses, mais prises dans le rapport de domination entre les gouvernants et les gouvern&#233;s. &#171; Politique &#187; est l'adjectif qui correspond &#224; ce rapport de domination et le distingue, du moins en droit, des autres relations d'oppression et/ou d'exploitation sociales. Cet &#201;tat ou &#201;tat politique peut cristalliser ou exercer le rapport de domination sous deux formes : sous la forme d'une intrication (voire m&#234;me d'une fusion) entre le rapport de domination politique et les rapports d'oppression sociale, soit sous forme d'une s&#233;paration &#224; la fois entre d'une part les acteurs institutionnels du rapport de domination et le rapport de domination lui-m&#234;me et d'autre part les rapports d'oppression ou d'exploitation proprement sociales : tel est l'&#201;tat politique s&#233;par&#233;, non par parce qu'il existe une institution particuli&#232;re, mais parce que les acteurs du rapport de gouvernement et ce rapport de gouvernement sont s&#233;par&#233;s des acteurs et des rapports d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment garder, quitte &#224; les mettre en discussion, les conceptions sans entretenir la confusion s&#233;mantique ? On pourrait mettre &#231;a aux voix. Je d&#233;cide de fa&#231;on autocratique de garder provisoirement les termes sans perdre de vue les conceptions correspondantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Vers une r&#233;vision ?&lt;/strong&gt; &#8211; C'est que l'ensemble de tes remarques convergent en direction d'une critique et d'une r&#233;vision fondamentales : la n&#233;cessit&#233; de faire droit - contre Marx lui-m&#234;me - &#224; une conception de l'&#201;tat moderne qui permette de repenser les rapports entre d&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Retours sur l'&#201;tat moderne et la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit, guid&#233; par le seul souci de relever d'&#233;ventuelles &#233;quivoques et de v&#233;rifier notre compr&#233;hension r&#233;ciproque, je prends le risque d'adopter une pr&#233;sentation un tantinet &#171; scolaire &#187; (et d'enfoncer peut-&#234;tre des portes ouvertes&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Ali&#233;nation et abstraction politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage (&#224; ma fa&#231;on, bien s&#251;r), quelques arguments fondamentaux de ta lecture du manuscrit de 1843 , dit &#171; manuscrit de Kreuznach &#187; : &lt;i&gt;Critique du droits politique h&#233;g&#233;lien&lt;/i&gt;. Mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. De l &#8216;ali&#233;nation &#224; l'abstraction politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'abstraction politique, dans les premiers textes de Marx, est prise dans une probl&#233;matique de l'ali&#233;nation inspir&#233;e par Feuerbach. Est-ce une raison suffisante pour l'abandonner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Ali&#233;nation et abstraction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait le cas si Marx - comme le laissent penser certains commentateurs - se bornait &#224; reconduire la probl&#233;matique de Feuerbach et pensait l'ali&#233;nation comme un simple produit de l'ali&#233;nation de la conscience et/ou comme un simple ph&#233;nom&#232;ne d&#233;nu&#233; de consistance. Or pour Marx l'ali&#233;nation est comprise d'embl&#233;e comme le processus et le r&#233;sultat du devenir &#233;tranger de l'activit&#233; sociale des sujets r&#233;els, socialement d&#233;finis, et des produits de cette activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ali&#233;nation culmine dans l'abstraction qui caract&#233;rise l'&#201;tat moderne. Mais cette abstraction qui domine les hommes n'est pas une simple fum&#233;e. L'abstraction est pens&#233;e par Marx comme un processus et un r&#233;sultat dot&#233;s d'une efficace qui lui est propre. Du m&#234;me coup, la vie imaginaire du citoyen est une forme de sa vie r&#233;elle. Et cette abstraction r&#233;elle - imaginaire parce qu'elle est r&#233;elle - se v&#233;rifie par les deux traits qui caract&#233;risent l'&#201;tat moderne : la repr&#233;sentation et la bureaucratie. En cons&#233;quence, Marx analyse la repr&#233;sentation politique, non comme une d&#233;l&#233;gation de volont&#233;s individuelles, mais comme une organisation de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise. Une organisation par et dans la s&#233;paration, constitutive - au sens fort - de l'&#201;tat politique moderne. La forme politique d'un contenu. Jusque-l&#224;, il me semble que je me tiens au plus pr&#232;s de ce que tu &#233;cris dans son bouquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose alors est la suivante : Cette s&#233;paration/abstraction peut-elle &#234;tre surmont&#233;e, et comment ? Et, dans la foul&#233;e (si j'ose dire&#8230;), la repr&#233;sentation politique moderne peut-elle &#234;tre /doit-elle &#234;tre abolie ? Si j'ai bien compris, ta r&#233;ponse est la suivante : elle doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e, mais non supprim&#233;e ; le moment de l'abstraction politique doit &#234;tre maintenu et refondu. Et c'est l&#224;, me semble-t-il, que les choses se compliquent. Pourquoi ? Parce que, pour des raisons politiquement compr&#233;hensibles, tu prends le risque d'oublier en cours de route ce que tu exposes toi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Abstraction et abstraction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute mise en &#233;quivalence - dans un rapport d'&#233;galit&#233; et d'in&#233;galit&#233; - repose sur une abstraction pens&#233;e ou r&#233;elle. En ce premier sens, qui est aussi un sens faible, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence des &#234;tres humains en qualit&#233; de citoyens, abstraction faite de toutes leurs particularit&#233;s personnelles et sociales. Les droits politiques &#233;gaux et leur exercice sont la r&#233;alisation de cette abstraction. Leur universalisation, sous la forme notamment du suffrage universel, est l'universalisation de cette abstraction r&#233;elle. En ce sens, il existe un &#171; moment n&#233;cessaire de l'abstraction dans la d&#233;termination de la citoyennet&#233; &#187;. Ou, ce qui revient (presque) au m&#234;me, il est clair que &#171; l'abstraction citoyenne est un moment constitutif de la d&#233;mocratie &#187;. (SRP, p. 8 et p. 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas cette abstraction-l&#224; ou plut&#244;t l'abstraction sous cette forme g&#233;n&#233;rale que vise Marx quand il critique l'abstraction politique : c'est, plus exactement et plus fortement, l'abstraction sous sa forme sp&#233;cifiquement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction politique n'existe comme telle - comme &#233;galisation r&#233;elle, mais abstraite ou comme communaut&#233; r&#233;elle, mais illusoire - que par et dans son opposition avec le pr&#233;suppos&#233; dont elle est issue &#8211; dont l'&#201;tat politique s'abstrait : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf erreur de ma part, l'abstraction n'est pas seulement telle parce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce deuxi&#232;me sens, qui est le sens fort du concept marxien, l'abstraction politique est une mise en &#233;quivalence qui s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; &lt;i&gt;et s'oppose &#224; lui&lt;/i&gt;. Elle est proprement politique en raison de la s&#233;paration qui la produit et de la contradiction qui en r&#233;sulte. Le propos de Marx est de d&#233;passer cette contradiction. Elle est proprement politique dans l'exacte mesure o&#249; elle s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; sans l'abolir. Le propos de Marx est de viser &#224; l'abolition du pr&#233;suppos&#233; de l'abstraction, et &lt;i&gt;en ce sens&lt;/i&gt; d'en finir avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, la critique de l'abstraction politique est indissociable de la critique de l'&#233;mancipation politique : ce qui est encore latent dans le manuscrit de 1843 devient explicite dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;. Les limites de l'&#233;mancipation politique sont inscrites dans son incapacit&#233; d'agir sur son pr&#233;suppos&#233;. Mieux : l'&#233;mancipation politique se confond avec le maintien de son pr&#233;suppos&#233;. &#171; C'est parce que l'individu n'est pas libre que la soci&#233;t&#233; s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; cette abstraction d'elle-m&#234;me que constitue l'abstraction politique. Avec l'abrogation politique du cens, non seulement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est pas abolie, elle est elle-m&#234;me pr&#233;suppos&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, &#233;ditions, Aubier, p. 71-77.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'abstraction politique ainsi comprise n'est pas une simple mise en &#233;quivalence mais l'effet d'une dissociation r&#233;elle, d'une scission (Spaltung) entre l'&#201;tat politique et la soci&#233;t&#233; civile. Et c'est comme expression philosophique de ce processus d'abstraction que Marx cite et critique Rousseau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question juive, op.cit., p. 122-123. De m&#234;me, l'abstraction marchande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'abstraction politique, l'&#201;tat s'abstrait de son pr&#233;suppos&#233; : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. Il pr&#233;sente une communaut&#233; illusoire, mais r&#233;elle de citoyens abstraits qui pr&#233;suppose l'absence de toute communaut&#233; v&#233;ritable ou - ce qui revient au m&#234;me- l'existence de la guerre de tous contre tous. Une communaut&#233; politique qui repose sur le d&#233;chirement civil. Mais il ne faut pas oublier en cours de route que c'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise que l'&#201;tat s'abstrait, comme tu le soulignes fort justement dans ton article de &lt;i&gt;L'Homme et la Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; : &#171; Ce mouvement d'abstraction qui caract&#233;rise la politique moderne est &#224; prendre aux deux sens du terme : l'&#201;tat se s&#233;pare (s'abstrait) de la soci&#233;t&#233; civile et produit l'abstraction du citoyen &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Artous, &#171; Marx, L'&#201;tat moderne et la sociologie de l'&#201;tat &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce processus d'abstraction est indissociable de son pr&#233;suppos&#233;. Et c'est ce processus (plus que l'&#201;tat moderne) qui &#171; produit &#187; le citoyen abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisation de cette abstraction r&#233;elle n'est pas vide de contenu et, en ce sens tr&#232;s &#233;troit, formelle ou purement formelle. Elle est la forme d'un contenu, mais d'un contenu qui r&#233;side en dehors d'elle : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. Le d&#233;passement de cette abstraction r&#233;elle ou de cette universalit&#233; abstraite ne peut pas s'effectuer par la r&#233;alisation d'un universel concret &#171; incarn&#233; &#187; (SRP, p. 9, ESFP, p.2), si par l&#224; on entend la figure du prol&#233;tariat ( quand Marx lui fera r&#233;f&#233;rence). En revanche, l'association du prol&#233;tariat, &#224; condition de ne pas la comprendre comme l'universalisation de la condition de prol&#233;taire (reconduisant le salariat et l'exploitation) est bien le fondement d'une r&#233;sorption de l'abstraction/s&#233;paration constitutive de la &#171; modernit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisation de l'abstraction politique sous la forme de l'universalisation du droit de suffrage est-elle, pour Marx en 1843, &#171; synonyme de dissolution de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise au profit de la &#171; vraie d&#233;mocratie &#187; ? (ESFP). Les formulations de Marx sur ce point sont tr&#232;s ambigu&#235;s ( l'une affirme une dissolution de fait, l'autre l'exigence de cette dissolution), et en tout cas provisoires. L'universalisation du droit de suffrage est &#171; la contradiction non cach&#233;e &#187;, et donc l'exigence de sa dissolution : tr&#232;s exactement, l'exigence d'une r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment de l'abstraction (au sens faible) ne peut pas &#234;tre supprim&#233;, mais la forme politique de cette abstraction (au sens fort) est bien appel&#233; &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. De l'abstraction &#224; la repr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que le processus d'abstraction caract&#233;ristique de l'&#201;tat politique moderne est un processus d'abstraction de la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise : une communaut&#233; imaginaire (mais r&#233;elle) qui r&#233;sulte du d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile et donc de l'absence de v&#233;ritable communaut&#233; sociale, celle- l&#224; m&#234;me que Marx dans le manuscrit de 1843 et dans une lettre de la m&#234;me &#233;poque d&#233;signe comme &#171; d&#233;mocratie v&#233;ritable &#187; ou r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;De la contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut y insister : Marx ne se borne pas &#224; enregistrer la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; civile et de l'&#201;tat (comme Hegel), mais il la pr&#233;sente comme une &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt; (&#224; la fois expos&#233;e et d&#233;ni&#233;e par Hegel). Et la critique de Hegel par Marx peut-&#234;tre pr&#233;sent&#233;e ainsi : Hegel tente de surmonter cette s&#233;paration par des m&#233;diations qui reconduisent la contradiction sans la r&#233;soudre. La repr&#233;sentation politique des corporations est exemplaire de cette tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e. La repr&#233;sentation politique moderne, qui pousse l'abstraction &#224; son comble (et dont le suffrage universel est l'expression) vaut reconnaissance de cette contradiction irr&#233;solue : la revendication du suffrage universel se pr&#233;sente alors comme exigence de d&#233;passement de cette contradiction : d&#233;passement de l'ali&#233;nation dans le cadre de l'ali&#233;nation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit de 1843 et lettre &#224; Ruge de septembre 1843.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, d'ailleurs le combat pour la R&#233;publique d&#233;mocratique comme forme la plus favorable &#224; la lutte du prol&#233;tariat prolonge pour une large part ces premi&#232;res indications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;De la superstition&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la critique de Marx franchit un pas suppl&#233;mentaire (qui tire les cons&#233;quences des critiques ant&#233;rieures) avec la critique de la superstition politique dans &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation politique - l'abstraction-repr&#233;sentation moderne - est prisonni&#232;re de son pr&#233;suppos&#233; : la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise. La superstition politique consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; croire que la volont&#233; politique arc-bout&#233;e aux formes modernes de l'&#201;tat (et donc aux formes modernes de la repr&#233;sentation) peut soit constituer une forme d'&#233;mancipation ultime doit s'en remettre aux formes d'&#201;tat qui r&#233;sultent de la soci&#233;t&#233;-civile bourgeoise pour transformer, voire r&#233;volutionner celle-ci. Bref, l'&#201;tat moderne qui r&#233;sulte de l'abstraction et constitue cette abstraction m&#234;me ne peut agir r&#233;ellement sur son pr&#233;suppos&#233;. C'est donc d'un m&#234;me mouvement qu'il convient de d&#233;passer la forme moderne de l'abstraction et la soci&#233;t&#233;-civile dont elle r&#233;sulte. De cela, si je t'ai bien compris, tu peux ais&#233;ment convenir : hic Rhodus, hic salta. Je doute fort que Marx et Engels nous proposent les moyens ad&#233;quats &#224; ce franchissement. Mais ils n'&#233;ludent pas le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question devient alors : quelle est la forme de repr&#233;sentation ad&#233;quate &#224; l'&#233;mancipation sociale qui ne reconduise pas l'abstraction propre &#224; la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise ? Car il y a repr&#233;sentation et repr&#233;sentation&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Repr&#233;sentation et repr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que, pour Marx, une forme quelconque de repr&#233;sentation est n&#233;cessaire en un sens tr&#232;s pr&#233;cis : contrairement &#224; une simplification abusive, Marx n'oppose &lt;i&gt;jamais &lt;/i&gt;&#224; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative une hypoth&#233;tique d&#233;mocratie directe, du moins s'agissant de la forme de domination politique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Rousseau ou Marx ?- De la repr&#233;sentation abstraitement-universelle &#224; la repr&#233;sentation concr&#232;tement- particularis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'ali&#233;nation politique dans les &#233;crits de 1843-1844 est nettement diff&#233;rente et d&#233;marqu&#233;e de celle de Rousseau. Rousseau critique dans la repr&#233;sentation une ali&#233;nation des volont&#233;s individuelles. Marx critique dans la repr&#233;sentation une ali&#233;nation de l'homme g&#233;n&#233;rique &#8211; de l'essence sociale de l'homme. Quand Rousseau critique la repr&#233;sentation comme impensable s&#233;paration entre l'homme et sa volont&#233;, Marx la critique comme r&#233;elle s&#233;paration entre l'homme social et le citoyen. Ali&#233;nation de la volont&#233; ou ali&#233;nation de la socialit&#233; : la diff&#233;rence est d&#233;cisive. En effet, la critique de Rousseau se r&#233;sout dans le concept de volont&#233; g&#233;n&#233;rale ; la critique de Marx dans la perspective de la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule d&#233;mocratie directe pensable avec Marx (mais &#224; contresens d'autres mod&#232;les de socialisation de la production pr&#233;sents dans son &#339;uvre) est la d&#233;mocratie de la production &#224; l'&#339;uvre dans les coop&#233;ratives, pour peu qu'elles se g&#233;n&#233;ralisent et se f&#233;d&#232;rent apr&#232;s la prise du pouvoir. &lt;i&gt;Mais cela change tout&lt;/i&gt; : car le maintien d'un &#171; pouvoir public &#187; - f&#251;t-il repr&#233;sentatif - n'est plus fond&#233; alors sur le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233; civile ; il n'est plus &#224; proprement parler une abstraction de ce d&#233;chirement. Il ne se pr&#233;sente pas comme l'universel en acte, mais comme moment particulier, reconnu et reconnaissable comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.Tocqueville ou Marx ?- De la repr&#233;sentation comme contradiction &#224; la repr&#233;sentation comme proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx critique la repr&#233;sentation politique parce qu'elle reconduit la s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233;-civile et l'&#201;tat et l'organise. Autrement dit, la repr&#233;sentation politique reconduit la domination qui est impliqu&#233;e dans cette s&#233;paration. Mais il ne critique pas toute forme de &#171; repr&#233;sentation &#187;. L&#224; nous rencontrons les obstacles s&#233;mantiques qui obscurcissent la clarification conceptuelle. Le terme de repr&#233;sentation reconduit le sens associ&#233; &#224; la repr&#233;sentation politique. Bien que le terme de d&#233;l&#233;gation soir connot&#233; n&#233;gativement comme d&#233;l&#233;gation/accaparement du pouvoir, c'est peut-&#234;tre celui qui est le moins mauvais pour marquer la rupture entre des d&#233;put&#233;s et des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation politique n'a jamais &#233;t&#233; ni en droit ni en fait un simple &#171; reflet &#187; du peuple et de sa souverainet&#233;. Ni en droit : la plupart des conceptions th&#233;oriques de la repr&#233;sentation en font un m&#233;canisme de s&#233;lection qui, intentionnellement ou pas, se traduisent par l'attribution de fonction de domination. Ni en fait : parce que la repr&#233;sentation remplit largement le r&#244;le que ses th&#233;oriciens lui attribuent : s&#233;lectionner les gouvernants et donc les dominants. Et c'est ce r&#244;le qui d&#233;cide aussi bien de la nature du mode de d&#233;signation (l'&#233;lection plut&#244;t que le tirage au sort), que du mode de fonctionnement. La repr&#233;sentation politique est la forme de cons&#233;cration/dissimulation de la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est repr&#233;sent&#233; politiquement &#8211; le citoyen abstrait &#8211; est construit par le m&#233;canisme m&#234;me de la repr&#233;sentation politique. Ce qui est repr&#233;sent&#233; ce n'est jamais, l'individu concr&#232;tement socialis&#233; - les individus socialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que serait une &#171; repr&#233;sentation &#187; non- politique ? Ce ne serait plus, &#224; proprement parler une &#171; repr&#233;sentation &#187;, dont les r&#232;gles de formation et de fonctionnement (le suffrage et le parlement) requi&#232;rent, voire fa&#231;onnent les &#171; repr&#233;sent&#233;s &#8221;. Ce serait une exposition du peuple : une mise sur sc&#232;ne de sa volont&#233;. Une auto-d&#233;termination ou, plus exactement, un moment particulier de son auto-d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction de la repr&#233;sentation change de sens avec la r&#233;appropriation. La repr&#233;sentation cesse d'&#234;tre l'expression et la mise en forme d'une contradiction irr&#233;solue, mais une proc&#233;dure de d&#233;signation. Une modalit&#233; particuli&#232;re de l'auto-d&#233;termination du peuple qui a ressaisi ou qui est en train de ressaisir le contr&#244;le de la socialisation, notamment par la r&#233;appropriation des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat et entre les travailleurs et les moyens de production ne peut pas &#234;tre totalement supprim&#233;e : la soci&#233;t&#233; reposant enti&#232;rement sur elle-m&#234;me et le travailleur individuel recouvrant imm&#233;diatement la propri&#233;t&#233; de ses moyens de production. En revanche, le moment d&#233;mocratique du pouvoir public peut devenir un moment particulier de la communaut&#233; v&#233;ritable. Et cette communaut&#233; v&#233;ritable peut &#234;tre b&#226;tie autour de l'appropriation collective des moyens (et des conditions) de la production. Plus exactement l'association des producteurs ressoude les travailleurs et les moyens de production et se donne une d&#233;termination particuli&#232;re sous la forme d'un pouvoir public qui en est l'&#233;manation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? C'est une autre affaire. ..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'Etat et la politique. &lt;/i&gt;Ci-dessus.&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels. &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;.&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html&#034;&gt;Voir ici m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions Syllepse, 1999. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est aux &#233;quivoques des &#233;nonc&#233;s de Marx sur la n&#233;cessit&#233; historique que l'on peut rapporter les &#233;quivoques sur la temporalit&#233; historique. Tu soulignes &#224; plusieurs reprises que Marx semble prisonnier d'une conception lin&#233;aire du processus et de la temporalit&#233; historiques. J'en suis d'accord, mais il me semble que non seulement ce n'est pas la seule repr&#233;sentation qui existe chez Marx, mais surtout que sur ce versant, les &#233;nonc&#233;s d&#233;pendent de la structure de l'argumentation et notamment des figures de la dialectique qu'elle met en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que la domination politique du prol&#233;tariat doive compter avec ses adversaires, seuls les na&#239;fs ou les cyniques qui croient aux r&#233;volutions sans tentatives de contre-r&#233;volution (quand ils se pr&#233;sentent comme des r&#233;volutionnaires) ou aux r&#233;formes sans contre-r&#233;formes (quand ils s'avouent plus ouvertement r&#233;formistes) excluent &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; toute contrainte et toute violence. Ce sont les m&#234;mes qui non seulement croient que le mouvement est tout, mais qui rangent les voiles par vent contraire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le syst&#232;me des soviets, voir &#233;galement SRP, p. 7, 11-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, je ne suis pas rigoureusement l'ordre de ton expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les effets de la &#171; &#171; th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat &#187;, pour reprendre son expression, voir quelques indications pr&#233;cieuses de Jean Robelin. Jean Robelin, &lt;i&gt;Marxisme et socialisation&lt;/i&gt;, M&#233;ridiens-Klincksieck, 1989, chap. II et III, pp. 127-164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est cette reprise que je propose dans l' &#171; essai &#187; qui suit cette lecture du livre d'Antoine Artous., sous le titre &#171; D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) &#187;. Voir ici-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf erreur de ma part, l'abstraction n'est pas seulement telle parce qu'elle exclut un particulier parmi d'autres, mais parce qu'elle est abstraction du particulier comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;, &#233;ditions, Aubier, p. 71-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la question juive, op.cit&lt;/i&gt;., p. 122-123. De m&#234;me, l'abstraction marchande et l'abstraction juridique ne sont pas de simples mises en &#233;quivalence, mais des processus r&#233;els indissociable de leurs pr&#233;suppos&#233;s. Le glissement du &#8220; sens fort &#8221; au &#8220; sens faible &#8221; de la notion d'abstraction est, ici encore, la source de dangereux contresens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Artous, &#171; &lt;i&gt;Marx, L'&#201;tat moderne et la sociologie de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187;, in &lt;i&gt;L'Homme et la soci&#233;t&#233;, &lt;/i&gt;n&#176; 136-137, 2000. Figures de l' &#171; auto-&#233;mancipation &#187; sociale, p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit de 1843 et lettre &#224; Ruge de septembre 1843.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;mancipation - IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Emancipation-IV-Democratie-et-appropriation-sociale-2.html</guid>
		<dc:date>2022-06-09T05:35:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et l'appropriation sociale</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-l-appropriation-sociale-+.html" rel="tag"&gt;Marx et l'appropriation sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-democratie-25-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L90xH150/arton72-c5827.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un cahier intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;mancipation &lt;/i&gt;et sous-titr&#233;&lt;i&gt; Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suppl&#233;ment &#224; Critique communiste, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voir enfin d'article les circonstances et le sommaire de de sa publication.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agone, 2001. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Cher Yves,&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;J'aborde ici ton livre (dont les num&#233;ros de page sont mentionn&#233;s entre parenth&#232;ses) sans rien changer aux &#171; d&#233;clarations d'intention &#187;, auxquelles j'ai tent&#233; de me conformer dans mes tentatives de discussion des livres de Jacques Texier et d' Antoine Artous : avancer patiemment et prudemment des arguments (parfois ressass&#233;s), prendre le temps de clarifier (ne serait-ce que pour moi-m&#234;me ) les termes de la discussion, ne pas pr&#233;juger des divergences avant qu'elles soient, quand elles existent, effectivement v&#233;rifi&#233;es. C'est pourquoi je te propose, pour commencer, de dissiper quelques malentendus auxquels tu prends le risque de t'exposer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Au risque des malentendus ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Un nouveau projet ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Un projet post-communiste ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te donnes pour objectif de &#171; redonner corps &#224; la perspective de la transformation sociale et rapprocher ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#187; (p. 8). C'est sans doute parce que tu vises ce rapprochement, sans poser de pr&#233;alables th&#233;oriques et politiques, que tu pr&#233;sentes des analyses et des propositions qui ne font r&#233;f&#233;rence ni &#224; la soci&#233;t&#233; vis&#233;e par la transformation sociale (et que nous avions pris l'habitude de qualifier de &#171; communiste &#187;) ni &#224; l'h&#233;ritage th&#233;orique de Marx et des interpr&#233;tations diversement marxistes de l'histoire post&#233;rieure &#224; la fin de la Premi&#232;re Internationale (pour prendre un rep&#232;re historique assez simple). Je vois dans ce silence, non pas le sympt&#244;me d'un reniement, mais l'effet d'une option politique somme toute l&#233;gitime : ne pas pr&#233;juger, &#224; l'aube d'un nouveau d&#233;bat qui int&#233;resse des acteurs sociaux qui n'ont pas forc&#233;ment &#171; baign&#233; dans ce jus-l&#224; &#187;, des r&#233;f&#233;rences et des titres de l&#233;gitimit&#233; qui seraient les plus f&#233;conds. Mais ce souci d'efficacit&#233; d&#233;mocratique de la discussion ne doit pas &#233;luder les probl&#232;mes. C'est ce que j'essaierai de v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Un projet post-strat&#233;gique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu revendiques une d&#233;marche programmatique o&#249;, comme nous le savons gr&#226;ce &#224; des &#233;changes personnels et comme tu le rel&#232;ves publiquement, nos points de vue convergent : en finir avec la sous-estimation chronique des questions th&#233;oriques et politiques des formes sociales, politiques et juridiques - pensables et possibles - de l'&#233;mancipation. En un mot : &lt;i&gt;pas de strat&#233;gie sans projet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en mettant l'accent sur le projet (et les propositions qu'il appelle), tu relativises la question de l'agencement des forces et des moyens qui permettraient de l'accomplir. Tu en conviendrais sans doute : &lt;i&gt;pas de projet sans strat&#233;gie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois encore dans ta discr&#233;tion sur ce point l'effet d'une option politique compr&#233;hensible : subordonner la question des moyens &#224; celle des fins et donc de ne pas poser comme pr&#233;alable au d&#233;bat sa formulation traditionnelle : &#171; r&#233;forme ou r&#233;volution &#187;. C'est ce que tu soulignes toi-m&#234;me quand, apr&#232;s avoir soulign&#233; que les voies d'une rupture avec le capitalisme peuvent prendre des formes diverses, tu ajoutes : &#171; dans tous les cas demeure la question de la crise r&#233;volutionnaire et de l'affrontement. (&#8230;.) Ces questions ne peuvent pas &#234;tre &#233;vacu&#233;es. Elles ne sont pas toutefois imm&#233;diatement &#224; l'ordre du jour. C'est pourquoi il serait erron&#233; de faire de la question du sch&#233;ma strat&#233;gique de la transformation sociale un discriminant du regroupement de tous ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#187; (p. 194, 196). Mais, une fois encore, ce souci d&#233;mocratique ne doit pas &#233;luder les probl&#232;mes. C'est aussi ce que j'essaierai de v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une nouvelle d&#233;marche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sentation que tu adoptes ne r&#233;pond pas seulement &#224; des pr&#233;occupations politiques imm&#233;diates, li&#233;es notamment aux conditions requises pour engager une regroupement des forces disponibles &#224; une v&#233;ritable alternative : ton livre est fond&#233; sur un bilan des &#233;checs ou trag&#233;dies du si&#232;cle pass&#233; qui t'incite &#224; repenser la d&#233;marche n&#233;cessaire &#224; la construction de cette alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Bilan&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ton bilan de la social-d&#233;mocratie-europ&#233;enne (p. 8 et 11-14) ne me pose pas de probl&#232;mes particuliers, celui que tu tires des partis communistes me semble excessivement bienveillant, surtout si on le confronte &#224; celui que tu proposes &#8211; sans am&#233;nit&#233; &#8211; de l'extr&#234;me-gauche. Je veux bien, avec quelques autres (dont toi-m&#234;me sans doute&#8230;) me pr&#233;senter, sur la future Place de la R&#233;volution, la corde au cou, pour que nous soyons punis de nos aberrations et de nos aveuglements, &#8230; si l'histoire (m&#234;me la petite&#8230;), pourtant avare de sentences d&#233;finitives, ne nous avaient pas d&#233;j&#224; jug&#233;s. Mais que ce soit au moins pour des aberrations et des aveuglements effectifs : ils ne manquent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, je ne crois pas que ce soit parce que nous avons gard&#233; les yeux riv&#233;s sur la R&#233;volution (la contestation &#171; revendicationiste &#187; et les conditions de la prises du pouvoir) au lieu de penser en termes de projet, que nous sommes rest&#233;s en panne. C'est aussi parce que, quel qu'ait &#233;t&#233; l'&#233;tat dans lequel nous avons laiss&#233; le projet, la strat&#233;gie elle-m&#234;me &#233;tait min&#233;e par ses (Allez ! Ne poussons pas trop loin le repentir !)&#8230;insuffisances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce titre, la pol&#233;mique que tu engages contre Daniel Bensa&#239;d me semble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, quelles que soient les carences ind&#233;niables de tous les projets, esquiss&#233;s ou pratiqu&#233;s au nom de la transformation sociale, ce n'est seulement (ni m&#234;me peut-&#234;tre principalement) sur le &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; des propositions de transformation que l'on ne peut plus se satisfaire de g&#233;n&#233;ralit&#233;s, mais sur sur les &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; de mise en &#339;uvre de ce contenu, qui seules permettent d'en v&#233;rifier la validit&#233; et la port&#233;e &#233;mancipatrice. C'est sur point, solidaire d'un refus d'envisager les formes de l'avenir sous couvert de refuser de les prescrire (un refus qui trouve ses racines du c&#244;t&#233; de Marx), que les carences ont &#233;t&#233; les plus tragiques et deviennent les plus perceptibles. Ton bouquin &#8211; l&#224; est l'essentiel &#224; mes yeux &#8211; contribue &#224; les surmonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes r&#233;serves tiennent d&#232;s lors en une formule : pour recentrer la d&#233;marche, il n'est pas souhaitable de l'inverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Perspectives&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut au contraire, encore et toujours, mais mieux que jamais, penser ensemble la strat&#233;gie et le projet. Le projet lui-m&#234;me (une &#171; utopie projective &#187;, puisque tu m'honores d'une citation&#8230;) est une pi&#232;ce ma&#238;tresse. Mais je me m&#233;fie de la tentation qui consiste &#224; &#171; commencer par les fins &#187; (pour reprendre hors de son contexte l'expression de Lucien S&#232;ve) pour cultiver un silence abyssal (ou une prudence gouvernementale &#8230;) sur les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons que tu r&#233;ouvres le chantier. Et commen&#231;ons par les r&#233;formes n&#233;cessaires : &#171; Des r&#233;formes possibles, ici et maintenant &#187;, r&#233;p&#232;tes-tu avec insistance (p. 19). Je laisse de c&#244;t&#233;, dans l'imm&#233;diat, les contenus et les formes des r&#233;formes propos&#233;es. C'est du possible dont il est question, et c'est le &#171; ici et maintenant &#187; qui fait probl&#232;me. &#171; Les r&#233;formes n&#233;cessaires, objectivement possibles, - &#233;cris-tu - ne le sont pas toujours dans le syst&#232;me actuel &#187; (p. 19). C'est plut&#244;t l'inverse qui est vrai : la plupart sont incompatibles avec ledit syst&#232;me. S'il s'agit des &#171; mesures &#224; port&#233;e de main &#187;, c'est uniquement parce qu'elles sont objectivement possibles, mais tout aussi bien rendues impossibles tant elles &#171; heurtent des aspects essentiels du syst&#232;me &#187; (p. 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute ne faut-il pas pr&#233;juger, pour les proposer, de la profondeur des ruptures qu'elles supposent ou qu'elles engagent. La lutte pour certaines d'entre elles peut d&#233;boucher sur des r&#233;formes partielles qui sont loin d'&#234;tre m&#233;prisables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pense notamment &#224; ce que tu proposes pour &#171; changer la vie &#187; et qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, &#224; moins de nous d&#233;guiser en niais, nous devons admettre que ce programme de lutte pour des r&#233;formes est un programme r&#233;volutionnaire : un programme pour une p&#233;riode de transition &#8211; un &#171; programme de transition &#187;. Et cette p&#233;riode de transition est conjointement une p&#233;riode de lutte pour la socialisation d&#233;mocratique de la production et des &#233;changes et pour la socialisation d&#233;mocratique des processus d'&#233;laboration et d'ex&#233;cution des choix politiques, particuli&#232;rement en mati&#232;re d'appropriation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage de ton livre , si je laisse de c&#244;t&#233; le chapitre 1, distribue dans trois chapitres distincts (2, 3, 4 ) des questions, &#233;videmment indissociables, qui re&#231;oivent une r&#233;ponse qui tient deux formules : &lt;i&gt;Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Pas d'appropriation sociale sans d&#233;mocratie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je m'en tiendrai - sous ce sous-titre, comme sous le suivant &#8211; &#224; des remarques g&#233;n&#233;rales qui invitent &#224; pr&#233;ciser la d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le versant social de la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de d&#233;mocratie sans appropriation sociale, donc&#8230; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela deux raisons intimement li&#233;es que tu exposes successivement : la d&#233;mocratie est mutil&#233;e tant que l'appareil &#233;conomique est soustrait &#224; l'emprise de la soci&#233;t&#233; (&#171; La propri&#233;t&#233; priv&#233;e du capital contre la souverainet&#233; populaire &#187;, p. 30-31) ; la d&#233;mocratie est mutil&#233;e tant que l'&#233;galit&#233; des citoyens est min&#233;e par l'in&#233;galit&#233; sociale (&#171; L'&#233;galit&#233; des citoyens est illusoire &#187; p. 31-33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; cette conclusion : l'in&#233;galit&#233; sociale et politique est &#171; consubstantielle &#187; au syst&#232;me : &#171; Elle ne diff&#233;rencie pas des individus, mais s&#233;pare des groupes. C'est l'in&#233;galit&#233; des classes sociales. On ne peut donner son plein effet &#224; la d&#233;mocratie sans rompre cette in&#233;galit&#233; sociale devant l'exercice de la citoyennet&#233;. L'appropriation sociale d'une partie de l'appareil &#233;conomique n'a pas seulement une fonction &#233;conomique. Ni seulement une fonction d&#233;mocratique en ce qu'elle restitue des capacit&#233;s de choix fondamentaux &#224; la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Elle a aussi une fonction d&#233;mocratique en combattant le poids politique et social des d&#233;tenteurs du capital disproportionn&#233; avec leur poids num&#233;rique &#187; (p. 33). Mais, tout aussi &#171; consubstantiels &#187; au r&#232;gne sans partage du capital &#8211; tu en conviendras ais&#233;ment &#8211; sont les deux ph&#233;nom&#232;nes que tu rel&#232;ves, parce qu'ils expliquent &#171; la faible emprise du citoyen sur la vie politique &#187; (p. 34-36) : &#171; l'isolement de l'individu et le probl&#232;me de la repr&#233;sentation &#187; : impuissance sociale et impuissance politique conjuguent leurs effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, une fois encore, c'est la socialisation d&#233;mocratique - sur les deux versants de la transformation sociale et de la transformation politique - qui est en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8230; Mais quelle appropriation sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la place tendanciellement dominante de l'appropriation publique, sur le r&#244;le tendanciellement dominant de la planification, sur le d&#233;p&#233;rissement des formes marchandes, s'agissant de moyens de production et des forces de travail, tes propositions contrastent suffisamment avec les illusions les plus r&#233;pandues (sur l'&#233;conomie de march&#233; qui ne serait pas solidaire d'une soci&#233;t&#233; de march&#233;, sur une &#233;conomie mixte qui ne serait pas une &#233;conomie capitaliste, sur une socialisation de la production par la g&#233;n&#233;ralisation d'un actionnariat salari&#233;), pour que je n'insiste pas outre mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots cependant, sans entrer ici dans les d&#233;tails :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les conditions de l'appropriation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif majeur de toute transformation sociale est de permettre aux producteurs de ressaisir, autant que faire se peut et &#224; tous les niveaux, la d&#233;termination des finalit&#233;s de la production, de l'organisation du travail et de la r&#233;partition de son produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, se pose la question de l'autogestion (pour reprend un terme qui, comme tout le reste du vocabulaire dont nous h&#233;ritons, est pollu&#233;, mais quasi-in&#233;vitable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Pas d'appropriation sociale sans autogestion d&#233;mocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question, voir notamment : Jacques Texier, &#171; Socialisme D&#233;mocratie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y voir plus clair (ou moins sombre&#8230;), il faut distinguer la coop&#233;rative comme forme de propri&#233;t&#233; (distribu&#233;e entre producteurs d'une entreprise) et la coop&#233;rative comme forme de coop&#233;ration : la propri&#233;t&#233; coop&#233;rative et la gestion (ou l'autogestion) coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; coop&#233;rative est, qu'on le veuille ou non, une forme de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, dans la mesure o&#249; il s'agit d'une propri&#233;t&#233; exclusive, m&#234;me si elle repose sur une gestion ou mieux une autogestion coop&#233;rative par les producteurs-propri&#233;taires eux-m&#234;mes. Cette forme de propri&#233;t&#233; n'est peut-&#234;tre pas incompatible avec l'appropriation sociale, mais elle ne peut pas &#234;tre confondue avec elle (p. 73-74, 82-83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'autogestion coop&#233;rative, non seulement peut &#234;tre compatible avec des entreprises en copropri&#233;t&#233;, mais elle doit &#234;tre tendanciellement dominante dans les entreprises publiques. Comprise ainsi (comme Marx la comprenait), la coop&#233;rative est la forme autog&#233;r&#233;e de l'appropriation publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir - outre le texte de Texier pr&#233;c&#233;demment cit&#233; - ma (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes : le passage de la d&#233;possession impliqu&#233;e dans le proc&#232;s de travail capitaliste &#224; la r&#233;appropriation collective de ce proc&#232;s - la restitution au travailleur collectif des conditions de sa coop&#233;ration - suppose &#171; la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, Livre 1, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette propri&#233;t&#233; commune ne peut pas &#234;tre exclusivement publique, elle suppose une appropriation coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'appropriation sociale sans comit&#233;s d'entreprise d&#233;cidant souverainement des modalit&#233;s de leur coop&#233;ration productive et de la direction de leur proc&#232;s de coop&#233;ration. C'est &lt;i&gt;le moment d&#233;mocratique essentiel de l'appropriation sociale : celui qui met un terme au despotisme d'entreprise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est celui o&#249; la d&#233;mocratie directe et la fusion entre les fonctions d&#233;lib&#233;ratives et les fonctions ex&#233;cutives (ces derni&#232;res &#233;tant coordonn&#233;es par des responsables &#233;lus et r&#233;vocables) peuvent prendre corps. Mais - avec le soutien de Marx sur ce point aussi - on peut penser et r&#234;ver plus loin : c'est la libre f&#233;d&#233;ration des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et r&#233;vocables de ces comit&#233;s d'entreprise qui, au sein d'une m&#234;me branche, devrait disposer d'un pouvoir de contr&#244;le et de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tout cela, tu avances un certain nombre de propositions qui vont dans le m&#234;me sens (p. 83-90), mais tu ne sembles pas leur accorder la place d&#233;cisive qui leur revient dans la mise en &#339;uvre effective d'une appropriation sociale qui puisse subvertir les rapports de pouvoir imbriqu&#233;s dans les rapports d'exploitation et pr&#233;venir les m&#233;canismes de d&#233;possession hi&#233;rarchique et bureaucratiques qui menacent de transformer toute propri&#233;t&#233; publique en possession exclusive et, en ce sens au moins, privative et donc priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pr&#233;occup&#233; par les risques de repli corporatif des &#171; salari&#233;s &#187;, tu proposes d'attribuer aux utilisateurs un r&#244;le d&#233;cisif dans une gestion con&#231;ue comme tripartite. Non seulement une telle formule - &#171; le tr&#233;pied dirigeant des entreprises publiques &#187; - ent&#233;rine une fracture entre dirigeants et dirig&#233;s, mais le r&#244;le attribu&#233; aux utilisateurs m&#233;riterait d'&#234;tre pr&#233;cis&#233;. Par principe, tous les citoyens sont potentiellement des usagers, r&#233;guliers ou occasionnels, des services publics et de tous les services publics. Mais aucun citoyen n'est usager exclusif d'un seul d'entre eux et aucun groupe de citoyens ne peut pr&#233;tendre repr&#233;senter la totalit&#233; des usagers. Quant &#224; imaginer que chaque citoyen serait amen&#233; &#224; prendre part &#224; tous les d&#233;bats, c'est r&#234;ver d'un temps et d'une disponibilit&#233; quasi-infinie. Personne ne contestera que des associations particuli&#232;res, volontairement constitu&#233;es par des citoyens qui privil&#233;gient leur intervention dans tel ou tel domaine des services publics, puissent jouer un r&#244;le utile. Mais, sans parler du morcellement de l'intervention citoyenne qui r&#233;sulterait d'une telle forme de repr&#233;sentation, il me semble n&#233;cessaire de maintenir qu' aucune association ne peut pr&#233;tendre repr&#233;senter l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Les associations de consommateurs et d'usagers peuvent disposer d'un pouvoir de contr&#244;le et d'expertise : on voit mal quel pouvoir de d&#233;cision pourrait leur &#234;tre conf&#233;r&#233;, alors que les choix fondamentaux devraient relever des formes de repr&#233;sentations publiques. Ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Pas d'appropriation sociale sans planification d&#233;mocratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; contre-courant des autocritiques, tardivement vertueuses, qui attribuent &#224; la planification la naissance de la bureaucratie d'entreprise et d'&#201;tat stalinienne - qu'on la saisisse comme classe ou comme caste - , il est salubre d'affirmer, comme tu le fais en d'autres termes, que c'est l'existence de la bureaucratie qui a perverti la planification. Alors que celle-ci est indispensable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les objectifs et les limites de la planification, je m'en remets, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la m&#234;me question revient toujours : &#224; qui, &#224; quelle instance d&#233;mocratique revient cette planification ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement tu exclus l'abandon de la planification au b&#233;n&#233;fice de la &#171; coordination directe entre producteurs &#187;, mais &#224; la diff&#233;rence de Marx (le reproche de r&#233;visionnisme pointe son nez&#8230;), tu minores le r&#244;le qui pourrait revenir &#224; une libre f&#233;d&#233;ration par branche et par niveau (jusqu'au niveau pertinent) des entreprises coop&#233;ratives ou autog&#233;r&#233;es (au sens que j'ai retenu plus haut). &#192; te lire (p. 90-95), seul le pouvoir public d&#233;mocratique (parlementaire, comme on le verra plus loin) serait habilit&#233; &#224; &#233;laborer le plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas mince et, depuis Marx (c'est mon r&#233;visionnisme qui pointe le nez&#8230;), il n'a &#233;t&#233; r&#233;solu, ni en th&#233;orie ni en pratique. Le d&#233;passement de &lt;i&gt;l'opposition&lt;/i&gt; entre la figure sociale des producteurs et la figure politique des citoyens n'implique pas - au moins dans la premi&#232;re phase du communisme, ce qui nous laisse un peu de temps pour r&#233;fl&#233;chir&#8230; - que les producteurs soient associ&#233;s sous une seule forme. C'est peut-&#234;tre une raison suffisante de distinguer deux &#171; chambres &#187; : une Assembl&#233;e l&#233;gislative (&#233;lue au suffrage universel) et un Conseil de la production et des &#233;changes (issu de la f&#233;d&#233;ration des comit&#233;s d'entreprise)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, au cours des discussions de notre &#171; petit groupe &#171; , m'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je ne prendrai pas le risque d'en dire plus, m&#234;me si le ridicule des utopies abstraites n'a jamais tu&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Pas d'appropriation sociale sans d&#233;mocratie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. D&#233;mocratiser l'&#201;tat et/ou engager son d&#233;p&#233;rissement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on laisse de c&#244;t&#233;, la question massive des conditions strat&#233;giques et tactiques de la &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187; ou de la conqu&#234;te de la domination politique par la majorit&#233; des domin&#233;s (pour mettre en vacances provisoires la notion de &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;, pour cause de perplexit&#233;, peut-&#234;tre provisoire elle aussi, sur &#171; la dictature &#187; et sur le &#171; prol&#233;tariat &#187;), il reste &#224; opposer ceci &#224; quelques r&#234;veurs &#171; pluriels &#187; : &lt;i&gt;il n'y a pas de pouvoir &#224; prendre (ou &#224; partager) , s'il n'y a pas d'avenir &#224; conqu&#233;rir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir ? C'est ce que tu exposes, s'agissant de la transformation sociale, en deux moments distincts (pp. 21-28 et pp. 57-97) dont le rapport manque, me semble-t-il, de clart&#233;. C'est ce qu'il convient de pr&#233;ciser plus que tu ne le fais, sans qu'il soit ais&#233; de faire la part entre ton souci de rassembler et ton d&#233;sir de r&#233;viser ce qui doit l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir, donc ? Le pouvoir &#224; prendre doit permettre d'ouvrir une phase de transformations sociales et politiques - une phase de transition - d&#233;bouchant, si possible, sur une r&#233;appropriation pas les hommes des forces sociales qui se sont s&#233;par&#233;es d'eux sous la formes d'une &#171; &#233;conomie &#187; &#233;chappant &#224; leur contr&#244;le et d'une &#171; politique &#187; qui les domine. Par cette formulation, d&#233;lib&#233;r&#233;ment affaiblie, j'entends le communisme dans sa premi&#232;re phase, tel que Marx tentait de le d&#233;finir. Si le mot fait peur ou tant que l'on doit encore laisser la peur du rouge &#224; quelques b&#234;tes &#224; cornes post-modernes, appelons cette phase de transition, la p&#233;riode n&#233;cessaire &#224; l'instauration d'une &#171; R&#233;publique sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question : quel pouvoir ? Question qui imm&#233;diatement se d&#233;double : quelle forme de domination politique pendant une p&#233;riode de transition (de transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;) ? Quelle forme de pouvoir public au terme de cette transition ? &#192; cette double question, ta r&#233;ponse, &#224; laquelle je souscris bien que tu ne la poses pas exactement en ces termes, est simple : une pouvoir d&#233;mocratique de bout en bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'efface pas la n&#233;cessit&#233; de distinguer (en attendant la dialectique &#8230;), les deux aspects du probl&#232;me pos&#233; : Quelle d&#233;mocratie &#224; l'horizon d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e ? Quelle d&#233;mocratie au c&#339;ur du processus de transformation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. &#192; l'horizon : Une d&#233;mocratie sans domination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Question cruciale n&#176; 1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat des marxistes reste tr&#232;s abstrait &#187; (p. 131). Sans doute. Au moins doit-on, &#224; condition de la pr&#233;ciser, en maintenir la perspective. Que signifie-t-elle au fond ? Le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat attach&#233;es au maintien d'un ordre social fond&#233; sur la division de la soci&#233;t&#233; en classes : le d&#233;p&#233;rissement des institutions et des fonctions de l'&#201;tat comme verrou des rapports de pouvoir et des rapport de domination. Mais en m&#234;me temps le maintien d'un &#171; pouvoir public &#187; d&#233;mocratiquement constitu&#233; et contr&#244;l&#233;. C'est encore &#171; abstrait &#187;, &#233;videmment. Mais cette perspective est d&#233;terminante d&#232;s lors que l'on veut penser les formes et les fonctions de ce &#171; pouvoir public &#187;, c'est &#224; dire une d&#233;mocratie sans domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e - les formes d&#233;mocratiques du communisme dans sa premi&#232;re phase - constitue la vis&#233;e du processus. La fin ici justifie les moyens, car seuls sont justifi&#233;s (comme le disait le camarade L&#233;on, qui n'a pas toujours su en tirer &#224; temps les cons&#233;quences&#8230;) les moyens qui ne s'opposent pas &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vis&#233;e est celle d'une d&#233;mocratie de citoyens-producteurs, librement associ&#233;s pour tenter de maitriser en commun (collectivement) leur propre vie sociale. Dans une telle soci&#233;t&#233;, les &#234;tres humains sont &#233;gaux en tant que citoyens et &#233;gaux en tant que producteurs : &#233;gaux en tant que citoyens parce qu'ils sont &#233;gaux en tant que producteurs : l'&#233;galit&#233; citoyenne, n'est pas cette communaut&#233;, r&#233;elle, mais imaginaire dans la mesure o&#249; elle s'oppose &#224; une in&#233;galit&#233; sociale, dont elle est l'abstraction. En revanche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La s&#233;paration entre les producteurs et les citoyens ne prend plus la forme d'une &lt;i&gt;opposition&lt;/i&gt; entre une communaut&#233; imaginaire, mais r&#233;elle et l'absence r&#233;elle de communaut&#233; effective. En revanche, la distinction entre les hommes en qualit&#233;s de producteurs et les hommes en qualit&#233; de citoyens demeure, ne serait-ce que parce que le domaine d'intervention du citoyen est plus &#233;tendu que le domaine d'intervention du producteur ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La s&#233;paration entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat ne prend plus la forme d'une opposition entre l'&#201;tat et la soci&#233;t&#233; civile. En revanche, la distinction entre la sph&#232;re de l'activit&#233; productive et la sph&#232;re du pouvoir public demeure ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La s&#233;paration entre les producteurs ne prend plus la forme d'une division de la soci&#233;t&#233; en classes et en partis qui expriment, plus ou moins directement cette division. En revanche, la division des producteurs-citoyens entre eux demeure : le pluralisme et la conflictualit&#233; d&#233;mocratique, rendus plus fluides et moins dessaisis demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques cons&#233;quences g&#233;n&#233;rales d&#233;coulent de ce qui pr&#233;c&#232;de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Des r&#233;ponses g&#233;n&#233;rales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;appropriation des fonctions de l'&#201;tat n&#233;cessaires &#224; l'exercice d'un pouvoir public suppose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La mise en forme d'une repr&#233;sentation non plus abstraite, mais concr&#232;te (puisqu'elle repose sur l'abolition des in&#233;galit&#233; de classes ) des producteurs-citoyens : dans ces conditions, l'&#233;lection des repr&#233;sentants au suffrage universel et proportionnel direct sans restriction ne consacre plus la s&#233;lection des dominants et la d&#233;possession des domin&#233;s ; &lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme d'une double autod&#233;termination du peuple, o&#249; toutes et tous interviennent en tant que producteurs et en tant que citoyens ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme, dans la production et dans la cit&#233;, de l'exercice le plus direct possible des fonctions d&#233;lib&#233;rative et ex&#233;cutives par l'application du f&#233;d&#233;ralisme fond&#233; sur deux principes : la libre f&#233;d&#233;ration des organes du pouvoir des producteurs et du pouvoir des citoyens, la libre d&#233;termination du principe de subsidiarit&#233; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme de la stricte subordination des fonctions ex&#233;cutives aux fonctions d&#233;lib&#233;ratives, par la mise en &#339;uvre du double principe d'&#233;ligibilit&#233; et de r&#233;vocabilit&#233; des dirigeants ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La mise en forme du pluralisme et la conflictualit&#233; d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore vague, &#233;videmment, mais cela suffit &#224; d&#233;finir &#224; grands traits la d&#233;mocratie des citoyens-producteurs : la d&#233;mocratie communiste. Et les formes d&#233;mocratiques d'une soci&#233;t&#233; transform&#233;e, pour autant que l'on puisse les esquisser devraient permettre de pr&#233;ciser les contours des formes d&#233;mocratiques n&#233;cessaires &#224; la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. En transition : Une domination sans d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d&#233;mocratiques de transition - les formes d&#233;mocratiques de la transformation sociale - sont ou doivent &#234;tre des formes de &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; (politique) et d'&lt;i&gt;&#233;mancipation&lt;/i&gt; (sociale). Toutes les contradictions d'une p&#233;riode de transition se concentrent dans l'opposition entre ces deux termes. Comment une forme de domination peut-elle-&#234;tre une forme d'&#233;mancipation ? Comment une forme de domination peut-elle &#339;uvrer &#224; son d&#233;passement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Question cruciale n&#176; 2&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objectif est bien d'ajuster des formes de d&#233;mocratie n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation (et donc &#224; l'appropriation) sociale, force est de poser la question d&#233;cisive : s'agit-il de parachever la r&#233;volution d&#233;mocratique par de simples r&#233;formes ou de &#171; transformer l'&#201;tat &#187; (la formule est de Marx&#8230;) par une r&#233;volution d&#233;mocratique ? Pour ne pas laisser &#224; cette question la forme d'une alternative si tranch&#233;e qu'elle est vraisemblablement sans issue, on peut essayer d'en pr&#233;ciser un peu les termes : s'agit-il de compl&#233;ter la d&#233;mocratie repr&#233;sentative par un suppl&#233;ment de d&#233;mocratie participative (certaines de tes formulations vont dans ce sens&#8230;) ou de transformer radicalement les formes existantes de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, la d&#233;mocratie n'est-elle pas bourgeoise par essence ou destination (de m&#234;me que la bourgeoise n'est pas d&#233;mocratique par essence et destination) : sous sa forme moderne la d&#233;mocratie est, dans certaines de ses formes et de ses proc&#233;dures, porteuse d'un exc&#233;dent utopique dont nous devons h&#233;riter. Mais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D'abord, m&#234;me sans dire un mot sur la discordance des espaces politiques et sur ses cons&#233;quences (et donc sur les probl&#232;mes nouveaux qu'elle soul&#232;ve), l'&#233;puisement du mod&#232;le parlementaire/national est tel qu'il est lourd de catastrophes si rien n'assure sa rel&#232;ve utopique. Mais la relance d&#233;mocratique suppose une r&#233;volution d&#233;mocratique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ensuite, et plus visiblement encore, si certaines mesures positives peuvent encore &#234;tre prises dans le cadre des &#201;tats parlementaires/nationaux, aucune transformation sociale significative (fond&#233;e sur l'appropriation sociale) n'est possible dans le cadre les institutions des gouvernements repr&#233;sentatifs des principaux &#201;tats d&#233;mocratiques. C'est pourquoi je suis assez surpris que tu ne tires pas imm&#233;diatement les cons&#233;quence de ta br&#232;ve analyse de ces institutions et particuli&#232;rement des institutions de la Ve R&#233;publique (p. 35-36) : une &#171; R&#233;publique sociale &#187; appelle une &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique &#187; qui suppose la fin de la Ve R&#233;publique et l'irruption d'un pouvoir constituant : autant dire une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le terme de r&#233;volution, je ne vise pas ici les modalit&#233;s de la &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187;, mais l'ensemble des transformations n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mancipation sociale. Je ne vise pas seulement l'&#339;uvre institutionnelle d'un pouvoir constituant (une nouvelle Constitution), mais &lt;i&gt;la subversion pratique de l'ensemble des rapports de pouvoir qui reconduisent les rapports de domination.&lt;/i&gt; Pour provoquer un peu, je dirais - quitte &#224; inventer une impossible orthodoxie foucaldienne - qu'il faut inventer un nouvel art de gouverner qui soit aussi un art de ne pas &#234;tre gouvern&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cette question centrale m'&#233;carte de ton livre et donc de mon propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas : pas d'appropriation sociale sans r&#233;volution d&#233;mocratique ; mais pas d'&#233;mancipation sociale sans domination politique : tel est le Rh&#244;ne (on peut m&#234;me choisir plus large &#8230;) qu'il faut franchir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Des r&#233;ponses de principe ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;finir les contour d'une d&#233;mocratie plac&#233;e &#171; au centre du projet &#187;, tu commences par &#233;noncer des &#171; r&#233;ponses de principes &#187; (p.36) qui m&#233;ritent qu'on s'y arr&#234;te. Elles portent essentiellement sur trois probl&#232;mes et proposent trois &#171; rectifications &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Majorit&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle d&#233;mocratie au c&#339;ur du projet ? &#192; cette question tu commences par r&#233;pondre : une d&#233;mocratie reposant sur la souverainet&#233; populaire (ce qui est sa d&#233;finition m&#234;me). Et tu apportes deux pr&#233;cisions : une d&#233;mocratie non plus strictement repr&#233;sentative, mais participative (p. 36-37) ; une d&#233;mocratie non pas restrictive, mais majoritaire et donc r&#233;versible (p. 37-38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'arr&#234;te, comme tu le fais toi-m&#234;me, sur le second point. La rupture franche que tu proposes ici avec certaines th&#233;orisations du &#171; bolch&#233;visme &#187;, toujours promptes &#224; transformer l'exception en r&#232;gle universelle me convient parfaitement. &#192; une r&#233;serve pr&#232;s qui peut s'av&#233;rer d&#233;cisive : tout d&#233;pend de la profondeur &#224; la transformation d&#233;mocratique et sociale soumise au test majoritaire. On peut pr&#233;senter cela sous la forme simplifi&#233;e de trois hypoth&#232;ses. Ou bien il est question d'une alternance majoritaire dans le cadre des institutions existantes : auquel cas, ce &#171; retour &#187; sanctionne l'absence de toute r&#233;volution d&#233;mocratique. Ou bien, une alternance majoritaire s'effectue dans le cadre de nouvelles institutions : auquel cas, tout n'est pas r&#233;versible. Ou bien enfin une alternance majoritaire s'effectue par le retour aux anciennes institutions : il s'agit alors d'une contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Parlement ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde rupture que tu pr&#233;conises : la rupture avec ce qu'on pourrait appeler, pour faire court, l'illusion conseilliste. En r&#233;alit&#233;, ton argumentation suit plusieurs fils qu'il me semble n&#233;cessaire de d&#233;m&#234;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne peut pr&#233;voir exactement quelles sont les formes d'organisation que prendront les formes de la d&#233;mocratie &#233;ruptive qui p&#233;riodiquement viennent troubler ou subvertir la d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Ou combattre frontalement les r&#233;gimes autoritaires de toutes natures. Mais il est indubitable, comme tu le soulignes, que de telles formes r&#233;appara&#238;tront et qu'elles joueront &#224; un r&#244;le d&#233;cisif (p. 38-39). Que peut-on entrevoir &#224; leur propos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il est n&#233;cessaire de soutenir une distinction de principe entre les formes coop&#233;ratives et les formes territoriales de la d&#233;mocratie &#233;ruptive : entre les formes sous lesquels les producteurs s'emparent du contr&#244;le de la production et les formes sous lesquels les domin&#233;s exercent leur pouvoir constituant. Autrement dit, entre des comit&#233;s d'usine et des conseils ou communes (quels que soient les noms que pourraient emprunter des telles formes d'auto-organisation). Les th&#233;orisations et les exp&#233;riences que tu mentionnes (notamment p. 44 et 47) maintiennent la fusion/confusion. Le probl&#232;me que tu soul&#232;ves (en termes d'institutionnalisation ou non) doit donc distinguer &#171; l'institutionnalisation &#187; n&#233;cessaire des formes coop&#233;ratives et &#171; l'institutionnalisation &#187; &#233;ventuelle des conseils et communes territoriaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on ne saurait fixer &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#224; ces derniers le r&#244;le d'un contre-pouvoir qui, sous couvert de compl&#233;ter les limites du pouvoir &#233;tabli ou de contrebalancer ses abus, consacrerait comme l&#233;gitime n'importe quel pouvoir existant et cela quel qu'en soit le type. Toutes les &#233;quivoques de la notion de d&#233;mocratie participative se concentrent sur ce point : participation qui laisse intactes les formes parlementaires de la domination politique ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et par cons&#233;quent, l'avenir des formes d'auto-organisation ne d&#233;pend pas ou pas seulement de la p&#233;rennit&#233; de la mobilisation qui les porte et/ou de leur capacit&#233; &#224; r&#233;soudre les contradictions qu'elles doivent affronter (p. 39-40 et 41-42), mais de l'ampleur et de la profondeur du pouvoir constituant qu'elles sont en mesure d'exercer. Il faut, me semble-t-il, marquer nettement la diff&#233;rence entre le simple retour &#224; une forme parlementaire issue du suffrage universel (p.42) et l'instauration d'une &#171; forme parlementaire transform&#233;e &#187; (p. 46) qui ne serait plus, &#224; strictement parler une forme strictement parlementaire, solidaire du gouvernement repr&#233;sentatif : s&#233;lectif, centralis&#233;, bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;S&#233;paration ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence il faut revenir sur l'id&#233;e d'une fusion entre le l&#233;gislatif et l' ex&#233;cutif qui court dans quelques textes canoniques et au nom de laquelle on a produit quelques monstruosit&#233;s politiques. Mais on ne peut pas se contenter de reprendre le discours lib&#233;ral-constitutionnel sur la &lt;i&gt;s&#233;paration des pouvoirs&lt;/i&gt;. Paradoxalement, tu viens loger dans le vocabulaire h&#233;rit&#233; une conception tr&#232;s diff&#233;rente qui &#233;largit et radicalise le probl&#232;me, en liant deux questions formellement diff&#233;rentes : la question de la nature des pouvoirs &#233;tatiques&#8211;institutionnels et de leur s&#233;paration ; la question des pouvoirs sociaux (li&#233;s ou non &#224; ces pouvoirs &#233;tatiques) et de leur autonomie. Autant dire que tu opposes &#224; la conception lib&#233;rale, une conception communiste (je ne me lasse pas de l'adjectif &#8230;) de la&lt;i&gt; r&#233;partition des pouvoirs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la s&#233;paration des pouvoirs &#233;tatiques&#8211;institutionnels, tant qu'on la traite isol&#233;ment, ne pose pas de probl&#232;mes particuliers. La s&#233;paration entre le pouvoir l&#233;gislatif et le pouvoir ex&#233;cutif devrait n'&#234;tre qu' une s&#233;paration fonctionnelle reposant sur une subordination effective du second au premier (dont il reste n&#233;cessaire de pr&#233;ciser la nature). Il en va de m&#234;me de la s&#233;paration entre le pouvoir l&#233;gislatif et le pouvoir judiciaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En revanche, la nature de ce dernier pouvoir et ses rapports avec l'ex&#233;cutif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut &#233;tendre, comme tu le fais, cette option &#224; d'autres institutions : les partis et les syndicats, ainsi que l'administration (&#224; condition de pr&#233;ciser d'embl&#233;e que sa transformation suppose la distinction institutionnelle-fonctionnelle de plusieurs types d' administrations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des pouvoirs sociaux, indissociables des pr&#233;c&#233;dents (mais plus larges qu'eux) est d'une autre nature. Elle concerne l'autonomie des diff&#233;rentes sph&#232;res de l'activit&#233; sociale et les rapports de pouvoir qui s'exercent en leur sein. Dans une perspective de transformation radicale et de combat contre la bureaucratie, elle est d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la confusion des sph&#232;res de l'activit&#233; sociale et la monopolisation de fonctions transversales par des &#171; responsables &#187; et des &#171; &#233;lites &#187; multicartes, qu'ils exercent ou non des fonctions directement li&#233;es &#224; l'&#201;tat constitue un p&#233;ril majeur et grandissant (sur lequel la sociologie de Bourdieu attire tr&#232;s justement l'attention). &#171; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les rapports de domination qui marquent tous les rapports de pouvoir et qui les stabilisent ne peuvent &#234;tre abolis sans une transformation radicale qui rende les rapports de pouvoirs mobiles et provisoires, &#224; d&#233;faut de parvenir &#224; les supprimer totalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cisions conduisent (presque &#8230;) logiquement &#224; la question suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Changer l'appareil d'&#201;tat et/ou d&#233;manteler la bureaucratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation radicale des institutions de l'&#201;tat contemporain (ce que nous appelions jadis l'&#201;tat fort &#187;), non seulement suppose une r&#233;volution d&#233;mocratique qui ne se r&#233;sume pas &#224; une simple relance d&#233;mocratique, mais surtout elle concerne au premier chef &lt;i&gt;l'appareil&lt;/i&gt; d'&#201;tat, et plus particuli&#232;rement - je m &#8216;en tiendrai surtout &#224; cet aspect - l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l'image (ou l'illusion) d'un &#171; pouvoir public &#187; sans administration, il est salubre de souligner que nul pouvoir public ne peut se passer d'administration. Pas de transformation sociale sans administration. Mais pas de transformation sociale avec &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; administration. La question devient alors : &lt;i&gt;comment substituer une administration d&#233;mocratique &#224; l'administration bureaucratique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu proposes de nombreuses mesures qui vont dans ce sens, mais au prix de plusieurs ambigu&#239;t&#233;s qui reviennent &#224; ceci : en pr&#233;sentant tes propositions comme de paisibles r&#233;formes, tu prends le risque d'en &#233;mousser le tranchant et surtout, d'entretenir l'illusion qu'il s'agit seulement d'adapter l'appareil d'&#201;tat - et en particulier l'administration - &#224; de nouvelles fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. D&#233;manteler l'administration bureaucratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;N&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reviens pas sur les analyses canoniques (Marx quand tu nous tiens&#8230;) de la bureaucratie : son existence est enracin&#233;e dans la s&#233;paration/opposition entre une soci&#233;t&#233; antagonique et l'&#201;tat qui la plombe et la surplombe, mais aussi - comme tu le signales - dans la division sociale du travail (entre dirigeants et ex&#233;cutants) et dans les processus de renforcement contemporains de l'appareil d'&#201;tat et de la &#171; technostructure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reprends pas ton analyse de &#171; l'appareil d'&#201;tat aujourd'hui &#187; (p. 132-152) et des fonctions de l'&#201;tat, ainsi que de la composition et du fonctionnement de l'appareil d'&#201;tat. On pourrait la pr&#233;ciser et l'enrichir : cela ne changerait pas la ligne g&#233;n&#233;rale de ton argumentation qui me semble exacte. En revanche, il me semble que tu minores les risques et les dangers quand tu parles, par exemple, de &#171; l'inad&#233;quation &lt;i&gt;au moins partielle&lt;/i&gt; de l'appareil d'&#201;tat aux t&#226;ches de la transformation sociale &#187; (p. 152).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est n&#233;cessaire de poser le probl&#232;me, comme tu le fais pour l'essentiel, dans toute son acuit&#233;, s'agissant de l'administration : Comment faire en sorte que les t&#226;ches administratives ne soient pas d&#233;volues &#224; une bureaucratie qui s'approprie l'exercice absolu du pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat de classe oppose une double barrage &#224; la refonte des fonctions administratives : un barrage institutionnel et un barrage social. L'obstacle institutionnel r&#233;side dans la mutilation de la d&#233;mocratie et particuli&#232;rement dans l'absorption de la souverainet&#233; constituante par les fonctions ex&#233;cutives de maintien de l'ordre (la politique est d&#233;vor&#233;e par la police au sens de Foucault et Ranci&#232;re). L'obstacle social r&#233;side dans l'in&#233;galit&#233; des capacit&#233;s et des chances d'exercer des fonctions administratives, en raison des effets de la division de la soci&#233;t&#233; en classes et en particulier de la division sociale du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment franchir ces obstacles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Modalit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux s&#233;ries de mesures indissociables - nombre d'entre elles figurent dans ton livre, mais la discussion doit permettre de v&#233;rifier que nous leur donnons le m&#234;me sens - sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La r&#233;sorption d&#233;mocratique de la toute-puissance administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune transformation sociale significative ne peut &#234;tre obtenue sans r&#233;sorption d&#233;mocratique de la toute-puissance administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration bureaucratique de l'&#201;tat de classe est intimement li&#233;e &#224; la nature des institutions politiques elles-m&#234;mes et aux fonctions d&#233;volues &#224; l'administration dans une soci&#233;t&#233; qui repose sur la s&#233;paration-opposition entre la soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat (la domination politique) et sur la s&#233;paration-opposition entre les classes (l'exploitation capitaliste). Le d&#233;passement de l'administration bureaucratique de l'&#201;tat passe donc par une double refonte : la refonte des institutions d&#233;mocratiques et la refonte des fonctions administratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La refonte des institutions d&#233;mocratiques est la condition fondamentale du d&#233;p&#233;rissement de toute forme de bureaucratie : la subordination des fonctions ex&#233;cutives aux fonctions l&#233;gislatives, la d&#233;centralisation et le principe de subsidiarit&#233; rendent possibles une simplification et une fragmentation des fonctions administratives ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La refonte des fonctions administratives elles-m&#234;mes est indispensable. Elle passe par : la distinction entre les fonctions administratives d&#233;lib&#233;ratives et les fonctions administratives ex&#233;cutives, la distinction entre les fonctions administratives centrales et les fonctions administratives d&#233;centralis&#233;es, la distinction entre les comp&#233;tences administratives et la responsabilit&#233; administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les mesures indispensables peuvent &#234;tre ordonn&#233;es en fonction de trois traits majeurs de la bureaucratisation : la centralisation, l'autonomisation et la prolif&#233;ration, auxquelles on doit opposer respectivement la f&#233;d&#233;ralisation, la subordination et la diminution des fonctions administratives. Sous ces trois aspects, la r&#233;sorption de la bureaucratie passe par la reprise par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, des fonctions administratives s&#233;par&#233;es (Marx encore&#8230;), autant que faire se peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La r&#233;sorption sociale de la bureaucratie administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration bureaucratique de l'&#201;tat de classe, exerc&#233;e par une &#171; Noblesse d'&#201;tat &#187;, se caract&#233;rise par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- l'existence de privil&#232;ges mat&#233;riels exorbitants et cumulatifs qui consacrent et alimentent l'existence d'un pouvoir social autonome, que tout distingue voire oppose aux mode d'existence du &#171; peuple &#187; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la cons&#233;cration d'une comp&#233;tence scolaire exclusive qui reproduit et accentue la distance sociale, l'&#233;litisme administratif et l'irresponsabilit&#233; politique ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- l'existence d'une hi&#233;rarchie interne, fond&#233;e sur la division administrative (bureaucratique) du travail et le despotisme d'administration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en d&#233;coule trois s&#233;ries de mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La suppression des privil&#232;ges de l'administration : limiter les salaires et le train de vie des fonctionnaires ; interdire les cumuls d'emplois et de fonctions ; aligner les salaires et conditions de vie sur celle des ex&#233;cutifs des entreprises publiques et r&#233;ciproquement ; interdire toute forme de participation &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et d'&#233;change.&lt;br class='manualbr' /&gt;- La suppression de l'irresponsabilit&#233; statutaire de l'administration : distinguer les fonctions consultatives d'expertise, reposant sur des comp&#233;tences scolaires reconnues, et les fonctions administratives d'ex&#233;cution, soumise au choix &#233;lectif.&lt;br class='manualbr' /&gt;- La suppression du despotisme d'administration : soumettre les fonctions administratives aux r&#232;gles d'autogestion des entreprises (&#233;lection, r&#233;vocabilit&#233;, coop&#233;ration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre des mesures &#233;voqu&#233;es ici &#8211; peut-&#234;tre la plupart, je n'ai pas compt&#233; &#8230; &#8211; figurent dans ton livre ou s'en inspire. Pourquoi alors proposer une pr&#233;sentation diff&#233;rente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. Changer l'appareil d'&#201;tat ou changer d'appareil d'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison des ambigu&#239;t&#233;s de ta propre pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;i&gt;Une adaptation improbable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas t'infliger le dictionnaire des &#171; c&#233;l&#232;bres citations &#187; (de Marx, &#233;videmment &#8230;) sur la destruction de l'appareil d'&#201;tat que tu connais si bien que je ne parviens pas &#224; me convaincre que ton choix du vocabulaire soit d&#233;nu&#233; d'intentions critiques : &#171; Changer l'appareil d'&#201;tat &#187; (titre du chapitre), &#171; Ouvrir l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (p.153), &#171; adapter &#187; l'appareil d'&#201;tat &#224; ses nouvelles missions. Reste &#224; v&#233;rifier, non pas que tu es &#171; orthodoxe &#187;, mais que tu as raison, non sur les mots, mais sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de d&#233;marche, tout d'abord : tu commences - si j'ose dire - par &#171; Ouvrir l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (p. 153-158) pour transformer cet &#201;tat, avant de transformer cet &#201;tat pour qu'il s' &#171; ouvre &#187; &#224; la soci&#233;t&#233;. D'accord, c'est li&#233; (dialectiquement, bien s&#251;r&#8230;) ; mais il me semblerait plus juste de partir du second point - &#171; Red&#233;finir les missions et y adapter l'appareil d'&#201;tat &#187; (p. 159-165) - et particuli&#232;rement des mesures que tu pr&#233;conises pour ce que tu appelles un &#171; appareil d'&#201;tat adapt&#233; &#187; (p. 160-165).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de contraste, ensuite : entre la radicalit&#233; de certaines mesures (limiter les salaires et le train de vie des fonctionnaires) et la timidit&#233; de certaines autres (encourager les fonctionnaires &#224; travailler autrement, tendre vers une administration de projets et d'objectifs). Plus exactement, contraste entre des mesures dont tu dis toi-m&#234;me qu'elles risquent de provoquer des &#171; d&#233;parts &#187; au sein de l'administration &#171; qui ne sont pas n&#233;cessairement n&#233;gatifs &#187; (p. 161) (autrement dit : qui sont &#233;minemment souhaitables&#8230;) et des mesures qui affectent de partir de l'administration telle qu'elle est socialement et institutionnellement constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question de strat&#233;gie, enfin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;i&gt;Une transformation n&#233;cessaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant le dire, l'ensemble des mesures destin&#233;es &#224; transformer l'administration bureaucratique doivent avoir pour objectif de supprimer l'appareil d'&#201;tat ou l'&#201;tat en tant qu'appareil pour lui substituer une administration publique, plac&#233;e sous le contr&#244;le de la d&#233;mocratie communiste : voil&#224; pour l'objectif poursuivi. Autant le dire, les mesures de transformation radicale de l'appareil d'&#201;tat ne laisseront aux hauts fonctionnaires qu'un seul choix : se soumettre ou se d&#233;mettre. Et ce choix sera d'autant plus clair qu'il sera effectu&#233; non seulement &#224; partir d'une transformation par le haut, mais par une transformation &#171; par le bas &#187; : auto-&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce point que je voudrais ne pas conclure (puisque l'objectif de ce texte est d'engager une discussion et d'obtenir - autant que possible - des pr&#233;cisions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-&#233;mancipation des travailleurs (et plus g&#233;n&#233;ralement des domin&#233;s) a pour moi &#8211; pour nous &#8211; toute la force d'une &#233;vidence et tout le poids d'une &#233;nigme. Pour &#233;viter de la r&#233;soudre par la simple r&#233;p&#233;tition qui tourne au slogan ( c'est sous cette forme que trop souvent l'auto&#233;mancipation revient &#224; la mode parmi ceux qui n'ont pas renonc&#233; &#8230;), je me suis fabriqu&#233; une petit formule que je suis pr&#234;t &#224; partager : &#171; pas d'invention d'un avenir d&#233;mocratique sans invention d&#233;mocratique de cet avenir &#8221;. Mais c'est seulement pour renouveler l'&#233;nigme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler,&lt;i&gt; &#201;mancipation - Petits essais de marxologie tatillonne en marge de quelques bouquins r&#233;cemment parus, &lt;/i&gt;suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques textes r&#233;unis sous ce titre n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s, initialement, en vue d'une publication, mais en vue d'une discussion, au sein d'un groupe de travail - &#171; D&#233;mocratie et &#233;mancipation sociale &#187; - dont l'activit&#233; a permis de pr&#233;parer une journ&#233;e d'&#233;tude en juin 2001 : les contributions parues dans la revue &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; rendent compte de cette journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#232;re la marxologie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre de Jacques Texier : &lt;i&gt;R&#233;volution et d&#233;mocratie chez Marx et Engels. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-I-Democratie-revolution-emancipation-1.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. D&#233;mocratie, r&#233;volution, &#233;mancipation (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de l'ouvrage d'Antoine Artous, &lt;i&gt;Marx, l'Etat et la politique.&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-II-Democratie-revolution-emancipation-2.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. D&#233;mocratie et appropriation sociale (1) : &lt;br class='autobr' /&gt;
Forme politique de la domination du prol&#233;tariat et formes sociales de l'&#233;mancipation chez Marx et Engels&lt;a href=&#034;https://www.henri-maler.fr/Emancipation-III-Democratie-et-appropriation-sociale-1.html&#034;&gt;Voir ici-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. D&#233;mocratie et appropriation sociale (2) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du livre d'Yves Salesse, &lt;i&gt;R&#233;formes et R&#233;volution&lt;/i&gt; : &lt;i&gt; Propositions pour une gauche de gauche&lt;/i&gt;. Ci-dessus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, revue trimestrielle de la LCR, mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agone, 2001. Sauf indication contraire, les renvois aux &#339;uvres de Marx et Engels se r&#233;f&#232;rent &#224; la derni&#232;re &#233;dition parue aux Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce titre, la pol&#233;mique que tu engages contre Daniel Bensa&#239;d me semble singuli&#232;rement (Allez ! N'abusons pas trop des adjectifs..) &#8230;unilat&#233;rale. M&#234;me si sa r&#233;flexion r&#233;cente l'am&#232;ne &#224; repenser surtout les conditions d'une r&#233;volution ( et, &#224; ce titre, &#224; contribuer au renouvellement d'une pens&#233;e politique et strat&#233;gique), tu sais fort bien que ni lui ni la LCR, m&#234;me s'ils partagent un h&#233;ritage dont nous ne sommes pas encore sortis, n'ont cess&#233; et depuis fort longtemps de pr&#233;senter des propositions alternatives ou, si tu veux, &#171; positives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pense notamment &#224; ce que tu proposes pour &#171; changer la vie &#187; et qui constitue, somme toute, un programme de propositions impliqu&#233;es dans les exigences les plus radicales des mouvement sociaux actuels (p. 21-27) ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette question, voir notamment : Jacques Texier, &#171; Socialisme D&#233;mocratie Autogestion &#187;, &lt;i&gt;La Pens&#233;e&lt;/i&gt; n&#176; 321, Janvier/mars 2000 ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir - outre le texte de Texier pr&#233;c&#233;demment cit&#233; - ma contribution &#224; la complication des probl&#232;mes dans le petit essai qui pr&#233;c&#232;de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre 1, traduction de la 4e &#233;dition allemande, Editions sociales, 1983,p.376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les objectifs et les limites de la planification, je m'en remets, provisoirement, &#224; celles et ceux qui, comme toi, ont r&#233;fl&#233;chi &#224; la question. Voir notamment les contributions de Catherine Samary.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, au cours des discussions de notre &#171; petit groupe &#171; , m'a signal&#233; que j'&#233;tais en retard d'une bonne d&#233;cennie et qu'une proposition semblable figurait dans des textes de la LCR : je m'en r&#233;jouis et regrette de ne pas avoir encore r&#233;ussi &#224; me les procurer. C'est un appel au archivistes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En revanche, la nature de ce dernier pouvoir et ses rapports avec l'ex&#233;cutif devraient &#234;tre enti&#232;rement red&#233;finis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Invitation &#224; la lecture de Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de Jacques Bidet</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Invitation-a-la-lecture-de-Theorie-generale-de-Jacques-Bidet.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Invitation-a-la-lecture-de-Theorie-generale-de-Jacques-Bidet.html</guid>
		<dc:date>2019-05-01T13:11:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une pr&#233;sentation qui, en d&#233;pit de son caract&#232;re tr&#232;s partiel, invite &#224; la discussion.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L91xH150/arton44-2acbb.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='91' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de l'ouvrage de Jacques Bidet &lt;i&gt;Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale &#8211; Refondation du marxisme. Th&#233;orie du droit, de l'&#233;conomie et de la politique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Presses Universitaires de France (Actuel Marx Confrontation), 1999, 512 p., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; propos&#233;e dans la revue &lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt;, n&#176; 20, mars-avril 2002 et publi&#233;e sous le titre &#171; Invitation &#224; la th&#233;orie &#187; dans la rubrique &#171; &#192; plusieurs voix &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec un article de Michel Maric, intitul&#233; &#171; Une tentative de refondation du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le travail de Jacques Bidet - &#224; d&#233;conseiller aux gardiens sourcilleux des temples de l'orthodoxie marxiste et aux tenanciers m&#233;diatiques des vulgates lib&#233;rales - n'a pas encore fait l'objet, me semble-t-il, de la r&#233;ception qu'il m&#233;rite. Sans doute parce qu'il est encore trop marxiste pour la plupart ou trop peu pour quelques-uns. Mais plus s&#251;rement parce que l'entreprise n'est pas de celle que l'on r&#233;v&#232;re, en des temps o&#249; la pens&#233;e s'avachit ou s'&#233;miette : celle d'une refondation g&#233;n&#233;rale d'une th&#233;orie de la modernit&#233; et d'une th&#233;orie de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je voudrais souligner quelques raisons fortes de le lire, en proposant une pr&#233;sentation qui, en d&#233;pit de son caract&#232;re tr&#232;s partiel, invite &#224; la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trajets &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question initiale s'impose d'elle-m&#234;me : quel bilan tirer du communisme du 20e si&#232;cle ? Le point de d&#233;part du travail de Jacques Bidet est donc historique. Mais les termes m&#234;mes du diagnostic conditionnent pour une large part la th&#233;rapie th&#233;orique propos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre le d&#233;sastre ? Comme effet d'une d&#233;faite pr&#233;matur&#233;e (impos&#233;e par une contre-r&#233;volution d&#233;j&#224; partiellement &#224; l'&#339;uvre au c&#339;ur m&#234;me de la r&#233;volution) ou comme effet, plus ou moins tardif, d'une potentialit&#233; inscrite dans le sol m&#234;me de la modernit&#233; ? Comment expliquer que se soient impos&#233;es une nouvelle dictature et une nouvelle domination de classe ? Faut-il en particulier, comme le pense Jacques Bidet, consid&#233;rer la bureaucratie comme une classe engendr&#233;e par la planification ou au contraire la planification comme l'outil que se donne la bureaucratie pour asseoir sa domination ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question d&#233;cisive, car, historiquement, ce n'est pas le plan qui a g&#233;n&#233;r&#233; la structure classiste de la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique, mais plut&#244;t la structure classiste qui a culmin&#233; dans la planification bureaucratique. Mais question incompl&#232;te, car l'explication par les convulsions violentes de l'histoire ne saurait annuler l'exigence d'une explication th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ceux qui, se pr&#233;valant de Marx, ont tent&#233; d'appr&#233;hender la r&#233;alit&#233; du d&#233;sastre stalinien l'ont fait en &#171; bricolant &#187;, non sans g&#233;nie parfois, les cat&#233;gories h&#233;rit&#233;es de Marx, au lieu de se demander ce qui devait &#234;tre repens&#233; &#224; partir de Marx et, le cas &#233;ch&#233;ant, contre lui pour rendre intelligible une catastrophe historique qui ne peut pas &#234;tre pleinement comprise &#224; partir de sa th&#233;orie. L'un des plus grands m&#233;rites de Jacques Bidet est d'avoir rouvert le chantier. Non d'un proc&#232;s en imputation qui chercherait &#224; attribuer &#224; Marx la responsabilit&#233; th&#233;orique de tout ce qui s'est fait en son nom, mais d'un sondage des fondations, destin&#233; &#224; examiner ce qui dans la th&#233;orie de Marx ne permet pas de rendre compte de ce qui s'est pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectivisme de type sovi&#233;tique n'est pas un accident historique, imputable seulement &#224; de f&#226;cheuses circonstances ou de d&#233;plorables errements. Pour tenter de le comprendre, sans pour autant le dissoudre dans une cath&#233;drale de concepts, il convient de revenir de l'histoire &#224; la th&#233;orie (avant de revenir &#224; l'histoire). Ce retour &#224; la th&#233;orie - ce retour sur la th&#233;orie - peut emprunter deux voies : ou bien consid&#233;rer que c'est la th&#233;orie m&#234;me du capitalisme qui, chez Marx, est intrins&#232;quement insuffisante ou bien consid&#233;rer que le capitalisme n'est lui-m&#234;me que l'une des possibilit&#233;s inscrites dans la &#171; matrice de la modernit&#233; &#187; et que c'est elle qui doit &#234;tre reconstruite. C'est cette seconde voie que Jacques Bidet a entrepris d'explorer. &#192; suivre la premi&#232;re &#8211; qui garde ma pr&#233;f&#233;rence -, il conviendrait de reprendre le concept m&#234;me de capitalisme, au niveau o&#249; il rend pensable/possible le collectivisme. Le capitalisme int&#233;gralement marchand et le collectivisme bureaucratique pourraient d&#232;s lors &#234;tre compris comme &lt;i&gt;deux variantes d'un m&#234;me pr&#233;suppos&#233; capitaliste&lt;/i&gt;, dont le second serait un avorton monstrueux. La deuxi&#232;me voie &#8211; qu'emprunte Jacques Bidet &#8211; invite &#224; revenir en de&#231;&#224; du concept de capitalisme pour sonder les sous-sols d'une modernit&#233; qui comprend virtuellement deux formes polaires de r&#233;alisation. Le capitalisme marchand et le collectivisme bureaucratique se pr&#233;sentent alors comme &lt;i&gt;deux variantes d'un m&#234;me pr&#233;suppos&#233; moderne&lt;/i&gt;, dont la seconde serait l'accomplissement exceptionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'en tenir &#224; une telle pr&#233;sentation serait abusivement r&#233;ducteur. En effet, du point de d&#233;part historique d'une remise en question au commencement th&#233;orique d'une refondation, il y a tout le chemin de la critique, qui permet d'&#233;prouver la consistance du r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans toutes les grandes entreprises de ce genre, Jacques Bidet - &#224; l'instar d'Habermas, par exemple - conduit une double critique : une critique interne qui, en explorant les th&#233;ories &#224; partir de leur propre d&#233;ploiement, se propose de les filtrer, pour distinguer les &#233;l&#233;ments recevables et le d&#233;p&#244;t indigeste ; et une critique externe qui r&#233;interpr&#232;te ces th&#233;ories en fonction d'une th&#233;orie plus g&#233;n&#233;rale qui s'efforce de les rectifier, voire de les subvertir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique interne prend essentiellement (mais pas uniquement) pour cibles la th&#233;orie de Marx et les th&#233;ories contractualistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une critique de Marx d'abord. Engag&#233;e d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Que faire du Capital ?,&lt;/i&gt; cette critique se pr&#233;vaut d'une interpr&#233;tation structurale du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; qui pr&#233;tend en clarifier et rectifier les &#233;nonc&#233;s et dont Jacques Bidet tire les cons&#233;quences d&#232;s &lt;i&gt;Th&#233;orie de la modernit&#233; &lt;/i&gt; : Marx n'aurait produit fondamentalement qu'une th&#233;orie partielle et unilat&#233;rale de la modernit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que faire du Capital ? (1985), seconde &#233;dition, PUF, 2000. Th&#233;orie de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224; encore Jacques Bidet emprunte un chemin qui d&#233;plaira aussi bien aux adeptes du ressassement qui r&#234;vent d'appliquer Marx sans le reprendre et &#224; ceux du renoncement qui pr&#233;f&#232;rent passer &#224; autre chose, plut&#244;t que d'en passer par Marx : les quelques h&#233;ritiers qui se croient rigoureux quand ils optent pour la solution paresseuse qui consiste &#224; se vautrer dans l'&#339;uvre de Marx sans y toucher et les nombreux novateurs qui se croient audacieux quand ils adoptent la solution d&#233;sinvolte qui consiste &#224; traiter Marx, comme lui-m&#234;me s'interdisait de traiter Hegel - en &#171; chien crev&#233; &#187; -, quitte &#224; glaner au passage quelques pi&#232;ces &#233;lim&#233;es ou v&#234;tements en lambeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une critique du contractualisme, ensuite : comme &#171; forme majeure &#187; du lib&#233;ralisme et comme fondement de la gen&#232;se de l'id&#233;e d&#233;mocratique. C'est cette critique qui ouvrait &lt;i&gt;Th&#233;orie de la Modernit&#233;&lt;/i&gt;, o&#249; Jacques Bidet empruntait un chemin escarp&#233; dont quelques trac&#233;s &#233;quivoques l'ont fait injustement soup&#231;onner ou f&#233;liciter de noyer le marxisme dans le lib&#233;ralisme, voire m&#234;me de teinter le lib&#233;ralisme de quelques couleurs affadies du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces critiques internes non seulement sont conduites avec une rigueur exemplaire dans les ouvrages sp&#233;cifiquement consacr&#233;s &#224; Marx ou &#224; Rawls, mais elles visent aussi, au fil de l'examen, les conceptions th&#233;oriques les plus diverses : ainsi en va-t-il de l'&#233;tude critique de la tradition contractualiste, des approches institutionnalistes, de la th&#233;orie d'Habermas, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute critique interne d&#233;bouche sur une exigence de r&#233;interpr&#233;tation. C'est alors la critique externe qui prend le relais, et mesure chaque &#339;uvre &#224; la th&#233;orie qui prend ses appuis sur elle. Quelle est cette th&#233;orie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Refondations&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est cette &#171; matrice de la modernit&#233; &#187; que Jacques Bidet s'efforce de penser sous le concept de &#171; m&#233;tastructure &#187; (Livre I) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'annonce par une d&#233;claration &#8211; &#171; Au commencement est la parole &#187; - qui proclame que tout doit &#234;tre soumis &#224; la d&#233;lib&#233;ration publique et r&#233;pondre devant des exigences d'&#233;galit&#233; et de libert&#233;, de moralit&#233; raisonnable et d'efficacit&#233; rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exigences proclam&#233;es, mais non d&#233;nu&#233;es de factualit&#233;, appellent des m&#233;diations contractuelles - contractualit&#233; interindividuelle, contractualit&#233; centrale, contractualit&#233; associative - et des modes de coordination rationnels : le march&#233;, l'organisation, l'Etat. Michel Maric, dans sa contribution, en d&#233;pit des limites impos&#233;e par un r&#233;sum&#233;, en dit assez pour que je r&#233;sume &#224; mon tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel consiste en ceci, qui devrait permettre &#171; formuler dans l'unit&#233; d'un m&#234;me concept, mais sans confusion entre elles, une th&#233;orie de la soci&#233;t&#233; moderne et une philosophie politique &#187; : parmi les composantes de la m&#233;tastructure, figurent, parce qu'ils seraient homologues, aussi bien les d&#233;terminations et les formes abstraites qui sous-tendent les structures sociales elles-m&#234;mes, que les exigences et les normes de la modernit&#233; - les promesses que celle-ci devrait ou pourrait accomplir, mais que les structures elles-m&#234;mes ne cessent de d&#233;mentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En effet, ces pr&#233;suppos&#233;s de la modernit&#233;, qui en forment la &#171; m&#233;tastructure &#187; ouvrent un champ de possibles. Mais, soutient Jacques Bidet, ces pr&#233;suppos&#233;s ne sont pos&#233;s que renvers&#233;s en leur contraire par les structures qui en r&#233;alisent le &#171; potentiel dominationnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure d&#233;j&#224; &#8211; avant d'aller plus loin - qu'un tel recommencement a pour objectifs et/ou pour cons&#233;quences de pi&#233;ger le lib&#233;ralisme et de subvertir le marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme, du moins dans sa version contractualiste, rend compte, au moins partiellement, des pr&#233;tentions de la modernit&#233;, mais d&#233;nie les contradictions que rec&#232;lent et r&#233;v&#232;lent ces pr&#233;tentions, notamment quand elles sont confront&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; des structures des soci&#233;t&#233;s modernes : retournement de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233; en exploitation et oppression, retournement de la rationalit&#233; en irrationalit&#233; et de l'efficacit&#233; en g&#226;chis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme, du moins tel qu'il s'expose dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, appr&#233;hende les effets du march&#233; comme mode de coordination sociale, mais n&#233;gligerait l'organisation comme mode polairement oppos&#233; de coordination, mais contemporain du premier. De m&#234;me, Marx identifierait partiellement les exigences &#8211; libert&#233;, &#233;galit&#233;, rationalit&#233;, contractualit&#233; - impliqu&#233;es dans la modernit&#233;, mais en les traitant comme des superstructures, manquerait le fondement normatif qu'elles fournissent &#224; la critique sociale et &#224; tout projet d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du premier point r&#233;sulte la n&#233;cessit&#233; d'&#233;largir le cadre d'analyse : march&#233; et organisation forment des pr&#233;suppos&#233;s de la modernit&#233;, inscrits dans sa m&#233;tastructure, et qui s'accomplissent structurellement sous deux formes, polairement oppos&#233;es, de soci&#233;t&#233; de classes : le capitalisme et le collectivisme. Car tel est bien, selon Jacques Bidet, la cons&#233;quence du passage de la m&#233;tastructure aux structures (Livre II).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me cons&#233;quence, pour l'auteur, en d&#233;coule aussit&#244;t : le projet de d&#233;passement du capitalisme compris comme d&#233;passement des rapports marchands par la planification serait, &#224; tout le moins, une &#233;norme &#171; b&#233;vue &#187;. Jacques Bidet refuse de se laisse s&#233;duire par l'id&#233;e d'une planification d&#233;mocratique qui par opposition &#224; une planification bureaucratique ne reconduirait pas les effets de domination et d'exploitation inscrits dans la structure marchande du capitalisme : la planification, telle que Marx et ses successeurs l'auraient envisag&#233;e, reconduit les effets de domination inscrits comme potentialit&#233;s dans le p&#244;le organisationnel de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On devine alors ce que Jacques Bidet entreprend d'&#233;tablir dans le Livre III de son ouvrage - &#171; Politique &#187; - sur la base d'une &#171; critique du contractualisme marchand &#187; et d'une &#171; critique du socialisme organisateur &#187; : le socialisme doit renoncer &#224; l'abolition des rapports marchands, mais, reprenant les choses par leurs commencements, prendre en charge la r&#233;alisation des promesses de la modernit&#233; et assurer la &#171; ma&#238;trise commune des m&#233;diations &#187; (march&#233;, organisation) dans une soci&#233;t&#233; qui serait cependant d&#233;barrass&#233;e des antagonismes de classes - de tous les antagonismes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voudrait en dire plus sur une entreprise th&#233;orique dont la force m&#234;me r&#233;side dans son ambition : tenter de penser ensemble, mais sans confusion, les cat&#233;gories explicatives et les normes projectives, impliqu&#233;es dans les exigences de la contractualit&#233; et les pr&#233;tentions &#224; la rationalit&#233;, &#224; la fois pr&#233;suppos&#233;es, partiellement effectu&#233;es et fondamentalement d&#233;ni&#233;es ou d&#233;menties par et dans les soci&#233;t&#233;s modernes. Discuter cette th&#233;orie, c'est l'&#233;valuer &#224; la hauteur de l'ambition qu'elle affiche. C'est assez dire que l'expos&#233; succinct propos&#233; ici n'est pas taill&#233; sur mesure pour habiller une critique exp&#233;ditive. Au moins peut-on soulever quelques questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; matrice de la modernit&#233; &#187; - ou &#171; m&#233;tastructure &#187; - telle que Jacques Bidet la con&#231;oit soul&#232;ve imm&#233;diatement deux probl&#232;mes majeurs, qui concernent les composantes de cette matrice, et plus g&#233;n&#233;ralement &lt;i&gt;le statut ontologique de la m&#233;tastructure, comprise comme un transcendantal historique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi s'agit-il d'un transcendantal ? Conform&#233;ment &#224; l'usage classique de ce vocable, la m&#233;gastructure circonscrirait alors un ensemble de conditions de possibilit&#233; &lt;i&gt;a priori. &lt;/i&gt;Mais ne s'agit-il pas&lt;i&gt; &lt;/i&gt;plut&#244;t d'un mod&#232;le ou d'un id&#233;altype qui reconstruit simplement des conditions d'intelligibilit&#233; : notamment quand il permet de d&#233;finir un ensemble d'exigences auxquelles r&#233;f&#233;rer les structures des soci&#233;t&#233;s modernes quand on veut les comprendre et les critiquer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi ce transcendantal est-il historique ? Sans doute parce qu'il serait historiquement constituant. Mais comment comprendre qu'il soit historiquement constitu&#233; comme un transcendantal, s'il n'appara&#238;t que dans le cours de l'histoire dont il serait cependant le pr&#233;suppos&#233; et s'il ne s'y accomplit que pour se nier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;tastructure, nous dit Jacques Bidet, est un pr&#233;suppos&#233; qui n'est pos&#233; que par la structure o&#249; elle se trouve &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; retourn&#233;e en son contraire. Comment comprendre ce ou ces retournements ? Si la m&#233;tastructure et la structure sont contemporaines, comment peut-on encore parler de transformation ? Et si le retournement est toujours d&#233;j&#224; effectu&#233;, de quel retournement s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#233;tastructure sont nich&#233;es les promesses de la modernit&#233; &#8211; la factualit&#233; de ses pr&#233;tentions raisonnables et rationnelles. Comment comprendre alors que ces pr&#233;tentions ne soient affich&#233;es que pour &#234;tre aussit&#244;t retourn&#233;es ? Comme une contradiction entre la m&#233;tastructure et la structure ? Mais le d&#233;menti structurel des promesses m&#233;tastructurelles m&#233;rite-t-il vraiment d'&#234;tre pens&#233; comme une &#8220; contradiction &#8221; ? Et si les structures d&#233;mentent les promesses m&#233;tastructurelles, n'est-ce pas parce que ce sont les structures elles-m&#234;mes qui sont, &#224; proprement parler, contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces difficult&#233;s, divers auteurs ont fait valoir des objections fortes et li&#233;es. La contemporan&#233;it&#233; de la m&#233;tastructure et de la structure invite &#224; les consid&#233;rer comme un seul et m&#234;me niveau, et &#224; prendre l'expos&#233; directement au niveau des structures qui rendent compr&#233;hensibles des accomplissements tendanciels diff&#233;rents, voire divergents. Comme cette m&#234;me contemporan&#233;it&#233; invite &#224; comprendre la modernit&#233; comme une unit&#233; de contraires, o&#249; non seulement les normes d&#233;clar&#233;es sont plus ou moins d&#233;menties par les formes institu&#233;es, mais o&#249; la socialisation de la production et des &#233;changes entre en conflit avec l'appropriation exclusive, qu'elle soit individuelle, actionnariale ou bureaucratique. Comme l'enseigne une le&#231;on banale, mais r&#233;sistante, de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que Jacques Bidet assure parfois que son travail r&#233;pond par avance &#224; ces objections. Resteraient encore celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les normes de la modernit&#233; qui permettent, parce qu'elles lui sont immanentes, d'en amorcer la critique, sont-elles les normes suffisantes de cette critique et d'un projet d'&#233;mancipation ? Ne doit-on pas, plut&#244;t, consid&#233;rer que la r&#233;alit&#233; des soci&#233;t&#233;s de classe d&#233;nonce l'insuffisance de ces normes elles-m&#234;mes ? C'est ce que Marx donne &#224; penser notamment quand il d&#233;finit le communisme : une &#171; association o&#249; les libre &lt;i&gt;d&#233;veloppement&lt;/i&gt; de chacun serait la condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187; reposerait, certes, sur une &#233;gale libert&#233;, mais une libert&#233;-puissance irr&#233;ductible au concept lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore : des deux figures de l'appropriation sociale que l'on peut trouver chez Marx &#8211; l'appropriation publique et l'appropriation coop&#233;rative - Jacques Bidet ne retient en g&#233;n&#233;ral, pour la critiquer, que celle qui, selon une pente qui n'a cess&#233; de s'aggraver, conduit de l'appropriation publique des moyens de production &#224; la planification de leur usage et, &#224; travers elle, &#224; la planification &#233;tatique et centralis&#233;e de l'ensemble de la production et de la distribution. Mais cette pente est-elle fatale ? N'est-il pas indispensable, pour faire pleinement droit &#224; la &#171; contractualit&#233; associative &#187;, de revaloriser le projet d'une autogestion coop&#233;rative qui, combin&#233;e &#224; une planification d&#233;mocratique, accomplirait le projet d'une association des producteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, la discussion est ouverte &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Au total, la lecture de &lt;i&gt;Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; ne laisse pas indemne le lecteur qui accepte de se soumettre &#224; l'&#233;preuve d'une conceptualit&#233; aride et exigeante. &#192; tout le moins, cette invitation &#224; la th&#233;orie est une invitation &#224; lire Marx autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle rompt le charme de ses concepts apparemment les mieux fond&#233;s. De proche en proche, la r&#233;interpr&#233;tation de Jacques Bidet corrige, mais radicalement, un certain nombre de conceptions fondamentales h&#233;rit&#233;es de Marx : la th&#233;orie de la valeur, la th&#233;orie des classes et de leur reproduction, la th&#233;orie de l'Etat et de ses transformations. Chaque r&#233;vision m&#233;riterait une discussion particuli&#232;re, ne serait-ce que parce que la coh&#233;rence de la th&#233;orie propos&#233;e peut &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve sur chacun de ses segments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle subvertit non seulement, les concepts explicatifs qui gouvernent la th&#233;orie de la soci&#233;t&#233; moderne, mais surtout les cat&#233;gories normatives qui en soutiennent la critique et qui sous-tendent le projet socialiste. &#192; l'inflation de la promesse communiste, elle oppose la perspective d'un accomplissement de la modernit&#233;, qui pourrait &#234;tre cependant d&#233;barrass&#233; des effets de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. &#192; la perspective d'une planification int&#233;grale de la production et la distribution, pr&#233;sent&#233;e comme la panac&#233;e ou le rem&#232;de miracle &#224; l'exploitation et &#224; la domination, elle oppose la primaut&#233; de la d&#233;lib&#233;ration publique : &#224; elle de d&#233;cider du choix hi&#233;rarchis&#233; des m&#233;diations (planification, march&#233;, association). Cette conception originale d'un &#171; socialisme de march&#233; &#187; ne va nullement de soi, on s'en doute. Mais elle invite &#224; penser diff&#233;remment une &#171; politique de l'humanit&#233; &#187;, synonyme de son &#233;mancipation : radicalement d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, les objections partielles que l'on peut accumuler sur tout ou partie du parcours propos&#233; ne valent pas r&#233;futation : la r&#233;futation d'une &lt;i&gt;Th&#233;orie G&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; ne pourrait proc&#233;der que d'une th&#233;orie alternative et de m&#234;me niveau qui en reprendrait &#224; son tour les principaux acquis pour les r&#233;interpr&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Presses Universitaires de France (Actuel Marx Confrontation), 1999, 512 p., 23 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec un article de Michel Maric, intitul&#233; &#171; Une tentative de refondation du marxisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Que faire du&lt;/i&gt; Capital ? (1985), seconde &#233;dition, PUF, 2000. &lt;i&gt;Th&#233;orie de la Modernit&#233;&lt;/i&gt;, PUF, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx, penseur de la libert&#233;. Une lecture de Marx, penseur du possible de Michel Vad&#233;e</title>
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		<dc:date>2019-04-08T14:12:28Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Marx et la libert&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est parce que la pens&#233;e de Marx est tourn&#233;e vers l'exploration de la possibilit&#233;, qu'elle est une pens&#233;e du possible par excellence : la libert&#233;. Telle est, en substance, la th&#232;se que soutient Michel Vad&#233;e.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Marx-et-la-liberte-+.html" rel="tag"&gt;Marx et la libert&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L104xH150/arton20-8b89b.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est parce que la pens&#233;e de Marx est tourn&#233;e vers l'exploration de la possibilit&#233;, qu'elle est une pens&#233;e du possible par excellence : la libert&#233;. Telle est, en substance, la th&#232;se que soutient Michel Vad&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vad&#233;e Michel, Marx, penseur du possible, Paris, M&#233;ridiens Klincksiek, 1992, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ce n'est pas le moindre m&#233;rite de la lecture qui nous est propos&#233;e de tracer d'une main ferme les contours d'une r&#233;ponse &#224; la question d&#233;cisive : de quel Marx devons-nous h&#233;riter ? C'est assez dire l'importance et l'actualit&#233; th&#233;orique du travail accompli dont l'esquisse d'un r&#233;sum&#233; ne peut introduire que l'&#233;bauche d'une discussion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Vari&#233;t&#233;s de la possibilit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'auteur conduit son enqu&#234;te par approximations successives, orient&#233;es par une distinction, reconnue comme relative, entre diverses modalit&#233;s du possible : la possibilit&#233; abstraite (ou th&#233;orique), la possibilit&#233; concr&#232;te (ou historique), la possibilit&#233; r&#233;elle (ou libert&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;tection du possible par Marx et dans Marx n'est pensable qu'&#224; la condition de s'affranchir du &#171; spectre du d&#233;terminisme &#187;, particuli&#232;rement du d&#233;terminisme &#233;conomique. On peut alors rep&#233;rer dans la critique de l'&#233;conomie politique, une conception des lois et des causes, qui laisse largement sa place &#224; des &lt;i&gt;possibilit&#233;s abstraites&lt;/i&gt; (qui ne sont pas purement logiques, mais encore saisies &#224; un haut niveau d'abstraction).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la conception marxienne des &lt;i&gt;lois&lt;/i&gt; &#233;conomiques n'abolit ni la possibilit&#233; de diverses vari&#233;t&#233;s d'&#201;tats correspondant &#224; une m&#234;me forme &#233;conomique g&#233;n&#233;rale, ni la possibilit&#233; de modifier la forme de la loi g&#233;n&#233;rale de la r&#233;partition du travail social en fonction du temps de travail. De m&#234;me, la conception marxienne des &lt;i&gt;causes&lt;/i&gt; ne r&#233;duit en rien la multiplicit&#233; des possibilit&#233;s offertes, &#224; l'int&#233;rieur du n&#233;cessaire ajustement entre base et superstructure, par la combinaison de causes &#233;conomiques diverses. Pas plus qu'elle ne n&#233;glige les liaisons circonstancielles et les rencontres fortuites, autoris&#233;es, au sein de la causalit&#233; &#233;conomique elle-m&#234;me, par la pluralit&#233; et la multiplicit&#233; des causes. Ainsi se trouve r&#233;habilit&#233; le r&#244;le du hasard et de la contingence (ou fortuit&#233;). Or c'est pr&#233;cis&#233;ment sur des conditions qui peuvent &#234;tre contingentes que repose l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la n&#233;cessit&#233; en histoire ne saurait &#234;tre que relative comme le r&#233;v&#232;le pr&#233;cis&#233;ment la conception marxienne l'histoire. Celle-ci, en effet, recourt &#224; des formes sp&#233;cifiques d'unit&#233; de la n&#233;cessit&#233; et de la possibilit&#233;, qui sont autant de &lt;i&gt;possibilit&#233;s concr&#232;tes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La premi&#232;re forme de la possibilit&#233; concr&#232;te est la probabilit&#233;, qui suppose la prise en compte des variations individuelles dans la d&#233;termination des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques et sociaux et qui s'exprime dans la prise en consid&#233;ration, par Marx, des &lt;i&gt;moyennes&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;- La deuxi&#232;me forme de la possibilit&#233; concr&#232;te, qui fait appara&#238;tre la possibilit&#233; historique proprement dite, est la &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt;, qui gouverne le d&#233;veloppement historique, mais selon une n&#233;cessit&#233; qui tol&#232;re diverses possibilit&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Enfin, la troisi&#232;me forme de possibilit&#233; concr&#232;te est comprise dans le concept de &lt;i&gt;forces&lt;/i&gt; (force de travail et forces naturelles), qui contiennent &#034;en puissance&#034; ce que l'activit&#233; productive met &#171; en acte &#187;, accomplissant ainsi des potentialit&#233;s qui font corps avec l'histoire elle-m&#234;me. Reste alors &#224; examiner quelle possibilit&#233; r&#233;elle est offerte &#224; l'horizon de l'histoire moderne par le mat&#233;rialisme pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception marxienne de la possibilit&#233; culmine dans &#171; &lt;i&gt;la possibilit&#233; r&#233;elle par excellence&lt;/i&gt; &#187; de l'av&#232;nement de la libert&#233;. Trois moments n&#233;cessaires &#224; cet av&#232;nement s'encha&#238;nent alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Premier moment de la possibilit&#233; r&#233;elle : &lt;i&gt;l'activit&#233;&lt;/i&gt; de l'homme et de la nature, sources r&#233;elles de toute possibilit&#233;, qui rend possible le d&#233;passement de l'ali&#233;nation. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Deuxi&#232;me moment de la possibilit&#233; r&#233;elle : &lt;i&gt;la technique&lt;/i&gt; qui r&#233;alisent les possibilit&#233;s qui sommeillent chez l'homme et dans la nature, et dont le d&#233;veloppement, dans le machinisme, rend possible le d&#233;passement de leur usage capitaliste. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Troisi&#232;me moment de la possibilit&#233; r&#233;elle : &lt;i&gt;les crises&lt;/i&gt;, dont la possibilit&#233; formelle (inscrite non dans une forme logique, mais dans la forme existante des rapports marchands) devient r&#233;elle et s'accomplit, selon une n&#233;cessit&#233; historique dont la seule issue est la libert&#233;. C'est cette possibilit&#233; d'une libert&#233; personnelle effective qui donne son sens &#224; toutes les possibilit&#233;s et sa fin &#224; l'histoire humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est, dans ses grandes lignes, la trajectoire de l'enqu&#234;te de Michel Vad&#233;e : &#171; un exercice de lecture approch&#233;e &#187; (selon l'adjectif que l'auteur emprunte &#224; Bachelard) de l'&#339;uvre de Marx, exercice auquel un r&#233;sum&#233; in&#233;vitablement sommaire ne rend pas justice. Et cela d'autant moins que l'auteur soutient sa d&#233;monstration par de larges d&#233;tours, &#233;rudits et f&#233;conds, et ne craint pas, &#224; l'exemple de Marx lui-m&#234;me, d'entrer dans d'apparentes micrologies, pr&#233;cises et rigoureuses. Les d&#233;tours qu'il accomplit permettent &#224; Michel Vad&#233;e, chemin faisant, de r&#233;cuser, les conceptions d&#233;terministes de la pens&#233;e de Marx, d' &#233;tablir la r&#233;ception marxienne des conceptions probabilistes (la proximit&#233; de la pens&#233;e de Marx avec la physique sociale de Qu&#233;telet), d' examiner ce que Marx doit &#224; Epicure dans sa conception de la libert&#233; et surtout d'&#233;tudier &lt;i&gt;l'h&#233;ritage aristot&#233;licien que Marx oppose &#224; l'h&#233;ritage h&#233;g&#233;lien, comme &#171; antidote &#187; r&#233;aliste &#224; l'id&#233;alisme&lt;/i&gt;. Les micrologies, que l'auteur propose ont pour m&#233;rite essentiel d'&#233;tablir que &lt;i&gt;ce sont tous les principaux concepts de Marx qui sont habit&#233;s, &#224; des niveaux et &#224; des titres divers, par la cat&#233;gorie de la possibilit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, parmi ces concepts, le plus &#233;minent, et le plus controvers&#233;, est le concept du communisme, c'est-&#224;-dire de la libert&#233;. Que signifie la n&#233;cessit&#233;/possibilit&#233; de cette libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. N&#233;cessit&#233; de la libert&#233; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Soutenir la n&#233;cessit&#233; de la libert&#233; peut passer pour une contradiction dans les termes, et &#233;voquer la n&#233;cessit&#233; du communisme peut &#234;tre la source des pires confusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, comme l'auteur le montre, le d&#233;terminisme de Marx n'est r&#233;ductible ni &#224; un d&#233;terminisme de type th&#233;ologique (providentialiste ou fataliste), ni &#224; un d&#233;terminisme de type m&#233;taphysique (version la&#239;que du pr&#233;c&#233;dent), ni &#224; un d&#233;terminisme scientifique (rabattu sur le m&#233;canisme) : d'autant plus que Marx r&#233;cuse, comme Vad&#233;e le rappelle, la n&#233;cessit&#233; m&#233;canique propre &#224; des formes aujourd'hui d&#233;pass&#233;es de d&#233;terminisme scientifique. D&#232;s lors, la n&#233;cessit&#233; laisse non seulement place au possible, mais ne peut &#234;tre compris qu'&#224; partir de lui. C'est ce que montre Vad&#233;e quand il soutient &#224; la fois, de fa&#231;on large et floue, mais incontestable, que Marx est un penseur du possible autant que du n&#233;cessaire, et, de fa&#231;on plus pr&#233;cise mais ambigu&#235;, que Marx est un penseur de l'unit&#233; de la n&#233;cessit&#233; et de la possibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette dimension de la pens&#233;e de Marx a fait l'objet de plusieurs examens, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incontestable, en effet, que pour Marx n&#233;cessit&#233; historique et possibilit&#233; historique sont corr&#233;latives. La n&#233;cessit&#233; historique engendre la possibilit&#233; historique, c'est-&#224;-dire les conditions n&#233;cessaires &#224;.... Et la possibilit&#233; historique du communisme le fait appara&#238;tre, &#224; ce titre, comme une n&#233;cessit&#233; historique. C'est une n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;historique&lt;/i&gt; ainsi que Vad&#233;e l'&#233;tablit, dans la mesure o&#249; Marx ne recourt pas &#224; la figure d'une n&#233;cessit&#233; absolue (et &#233;ternelle), mais &#224; celle d'une n&#233;cessit&#233; relative (et transitoire). Mais c'est une n&#233;cessit&#233; qui, quand il s'agit de l'histoire doit &#234;tre comprise, non une n&#233;cessit&#233; externe (et forc&#233;e), mais une &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; immanente&lt;/i&gt; (et processuelle) : la n&#233;cessit&#233; historique d&#233;signe alors ce que les possibilit&#233;s historiques rendent &lt;i&gt;indispensables&lt;/i&gt; au d&#233;veloppement de l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais en un double sens (que Vad&#233;e, nous semble-t-il, confond, sans doute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette n&#233;cessit&#233; historique d&#233;signe aussi ce que les possibilit&#233;s historiques parvenues &#224; maturit&#233; rendent ou rendront &lt;i&gt;in&#233;luctables&lt;/i&gt; : la n&#233;cessit&#233; historique du communisme se confond alors avec la n&#233;cessit&#233; de son effectivit&#233;. C'est alors que Marx parle le langage de la fatalit&#233;. Vad&#233;e ne le n&#233;glige pas mais il l'explique par une intention pol&#233;mique qui n'est pas d&#233;nu&#233;e de signification th&#233;orique : le langage de la fatalit&#233; promise viserait les classes dominantes, alors que le langage de l'activit&#233; requise s'adresserait aux classes domin&#233;es. Hypoth&#232;se s&#233;duisante, qui indique comment Marx, d&#233;sormais, doit &#234;tre compris. Mais hypoth&#232;se peu convaincante, si l'on s'en tient &#224; ce que Marx &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la tentation de Marx de pr&#233;senter le communisme, non comme une fatalit&#233; s'imposant du dehors &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e en classes antagoniques, mais bien comme une n&#233;cessit&#233; inexorable, affleure en maintes occasions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Marx la n&#233;cessit&#233; du communisme est une n&#233;cessit&#233; pos&#233;e par l'histoire : c'est une n&#233;cessit&#233; dont l'histoire, et non plus la seule raison, impose l'actualit&#233; et l'urgence parce qu'elle en pose la possibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du moins est-ce ainsi que l'on peut comprendre, par exemple, cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le communisme est historiquement n&#233;cessaire, en un second sens, parce que sa n&#233;cessit&#233; est accomplie par l'histoire, et non simplement pos&#233;e par elle. La n&#233;cessit&#233; pos&#233;e par l'histoire est alors reconnue comme la n&#233;cessit&#233; immanente &#224; l'histoire :la n&#233;cessit&#233; qui s'accomplit dans l'histoire et que l'histoire accomplit - la n&#233;cessit&#233; dont l'histoire impose l'existence ou l'effectivit&#233;. Ainsi &lt;i&gt;la n&#233;cessit&#233; in&#233;vitable peut &#234;tre comprise, alternativement ou conjointement, comme une n&#233;cessit&#233; dont l'histoire r&#233;alise la possibilit&#233; et comme une n&#233;cessit&#233; dont l'histoire promet l'accomplissement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;quivoque est renforc&#233;e par la conception de la dialectique historique que Marx fait jouer dans ses tentatives de d&#233;monstration et/ou d'exposition. En effet, la n&#233;cessit&#233; historique du communisme, qu'elle soit comprise comme une n&#233;cessit&#233; transhistorique qui r&#233;v&#232;le et accomplit le sens de l'histoire ou comme une n&#233;cessit&#233; intrahistorique qui se fonde sur le mouvement qui parcourt l'ordre social existant, est d'ordre dialectique, et se pr&#233;sente selon les deux modalit&#233;s, parfois confondues, de la dialectique transhistorique et de la dialectique intrahistorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres de 1844-1845 fondent la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;mancipation humaine totale sur la dialectique d'une r&#233;alisation de l'essence humaine dans des formes d'existence qui lui soient ad&#233;quates. Or cette r&#233;alisation est &lt;i&gt;promise &lt;/i&gt; : par un processus de n&#233;gation de la n&#233;gation qui se confond avec le communisme, &#171; &#233;nigme r&#233;solue de l'histoire humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#339;uvres post&#233;rieures, en d&#233;pit de l'effacement de la dialectique de la r&#233;alisation de l'essence humaine, la n&#233;cessaire dissolution du mode de production capitaliste et la n&#233;cessaire instauration du communisme restent prises, dans quelques &#233;nonc&#233;s c&#233;l&#232;bres, dans la dialectique de la n&#233;gation de la n&#233;gation, mais recourt, en l'empruntant &#224; Hegel, &#224; la &lt;i&gt;dialectique de la possibilit&#233; et de l'effectivit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous proposons de revenir plus en d&#233;tail sur cette question dans un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Hegel soutient que &#171; lorsque &lt;i&gt;toutes les conditions&lt;/i&gt; sont pr&#233;sentes, la Chose &lt;i&gt;doit n&#233;cessairement&lt;/i&gt; devenir effective (...) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encyclop&#233;die des Sciences philosophique, trad. Bourgeois, Vrin, t.1 p.396.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pr&#233;sence de l'int&#233;gralit&#233; des conditions est identique &#224; son effectuation. La possibilit&#233; r&#233;elle est identique &#224; l'effectivit&#233;. Et &#171; cette identit&#233; de la possibilit&#233; et de l'effectivit&#233; est la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p.232.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et Marx, quand il s'agit n&#233;cessit&#233; historique du communisme, semble certifier comme in&#233;luctable historiquement et prospectivement ce que Hegel con&#231;oit logiquement et r&#233;trospectivement. Alors, Marx proc&#232;de &#224; une d&#233;monstration de la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; de la possibilit&#233;&lt;/i&gt; d'un nouvel ordre social en c&#233;dant &#224; la tentation d'une d&#233;monstration de la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; de l'effectivit&#233;&lt;/i&gt; de cet ordre social. Du m&#234;me coup, Marx propose une &lt;i&gt;simulation hypoth&#233;tique&lt;/i&gt; du contenu du communisme, en c&#233;dant &#224; la tentation de le pr&#233;senter comme la &lt;i&gt;r&#233;solution historique&lt;/i&gt; d'une &#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au risque d'attribuer la possibilit&#233; du communisme &#224; des promesses historiques qui neutralisent la strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Strat&#233;gie du communisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; r&#233;elle de la libert&#233; resterait une possibilit&#233; encore abstraite si Marx, penseur du possible, n'&#233;tait un penseur des conditions de sa r&#233;alisation. Et Marx ne se prive pas d'indiquer des voies qui se donnent pour coh&#233;rentes (mais dont il conviendrait d'appr&#233;cier les tensions, voire les contradictions) et transparentes (mais qui, l'histoire aidant, ne peuvent plus dissimuler leur opacit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La possibilit&#233; du communisme d&#233;pend des conditions qui rendent possibles son instauration&lt;/i&gt;. Aussi peut-on &#234;tre surpris que l'examen de ces conditions soit &#224; peine abord&#233;, alors qu'elles ne sont nullement ext&#233;rieures au probl&#232;me de la possibilit&#233;. En effet, si Michel Vad&#233;e, avec pr&#233;cision, analyse le contenu du &#171; r&#232;gne de la libert&#233; &#187; et parcourt certaines conditions de sa possibilit&#233; (l'activit&#233;, la technique, les crises), il est nettement plus discret sur les conditions de son instauration, en particulier sur les th&#232;ses fondamentales de Marx sur la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la dictature du prol&#233;tariat, de la transition au communisme et des formes sociales du communisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la possibilit&#233; de la r&#233;volution n'est que partiellement envisag&#233;e, d&#232;s lors que le r&#244;le attribu&#233; par Marx &#224; la vocation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ne fait pas l'objet de l'examen qu''elle m&#233;rite. De m&#234;me, les conditions de la domination politique du prol&#233;tariat ne sont qu'&#233;voqu&#233;es, quand l'on &#233;vite de parler de sa dictature et des conditions de sa r&#233;alisation. Enfin, la transition au communisme, dont d&#233;pendent l'existence et la r&#233;alisation de la possibilit&#233; r&#233;elle, menace d'&#234;tre &#233;vacu&#233;e, si les normes dont Marx pr&#233;tend &#233;tablir la possibilit&#233; ne sont pas restitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces points, les silences de Michel Vad&#233;e ne sont pas (ou pas seulement) g&#234;nants parce qu'ils nous privent des moyens de v&#233;rifier l'&lt;i&gt;actualit&#233;&lt;/i&gt; de la pens&#233;e de Marx (dont l'auteur prend soin de nous dire qu'elle n'entrait pas dans son propos)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur signale que son propos est &#171; saisir ce que Marx pen&#172;sait, non s'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils le sont parce qu'ils en brisent la &lt;i&gt;coh&#233;rence&lt;/i&gt; (dont d&#233;pend la coh&#233;rence de la lecture propos&#233;e, d&#232;s lors qu'elle prend s&#233;lectivement, mais pr&#233;cis&#233;ment, la possibilit&#233; pour objet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les &#233;quivoques entretenues par les figures dialectiques de la n&#233;cessit&#233; culminent pr&#233;cis&#233;ment dans les conceptions marxiennes de la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la dictature du prol&#233;tariat, de la transition au communisme et du communisme lui-m&#234;me : au point que les imp&#233;ratifs strat&#233;giques menacent d'&#234;tre engloutis par des promesses historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution est pr&#233;sent&#233;e par Marx non seulement comme une condition indispensable, mais comme une destination in&#233;luctable. De m&#234;me, la n&#233;cessit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat est pr&#233;sent&#233;e (indissolublement ou alternativement ?) comme un objectif strat&#233;gique et une destination historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le montrent les formulations c&#233;l&#232;bres de Marx qui affirment que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, Marx pr&#233;sente la transition au communisme comme une condition requise, sans expliciter la nature de la n&#233;cessit&#233; qui parcourt cette transition, mais en laissant entendre que s'imposeront n&#233;cessairement des modalit&#233;s d'organisation du pouvoir, de la production et de la consommation qui lui soient ad&#233;quates. Ainsi, l'ambigu&#239;t&#233; des figures dialectiques convoqu&#233;es pour &#233;tablir la n&#233;cessit&#233; du communisme redouble l'opacit&#233; des formes historiques revendiqu&#233;es pour accomplir la r&#233;alisation de sa possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se v&#233;rifie alors que tant que le possible reste dans son &#339;uvre une cat&#233;gorie strat&#233;gique, qui doit &#234;tre pens&#233;e aussi loin que le permet le refus des utopies abstraites, Marx demeure un penseur du possible. Mais le possible menace de virer &#224; la cat&#233;gorie t&#233;l&#233;ologique, si la n&#233;cessit&#233; du communisme se confond avec sa fatalit&#233;, et l'actualit&#233; de la libert&#233; avec sa promesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend alors en quel sens et &#224; quel co&#251;t Michel Vad&#233;e, qui restitue admirablement la richesse de la conception marxienne de la possibilit&#233;, en n&#233;glige, nous semble-t-il, la coh&#233;rence, au moins apparente, quand il s'agit de la possibilit&#233; du communisme et l'ambivalence, du moins latente, quand il s'agit de sa n&#233;cessit&#233;. Or cette coh&#233;rence est aujourd'hui non seulement historiquement, mais surtout th&#233;oriquement compromise. Et cette ambivalence invite &#224; opposer le penseur du possible, non seulement &#224; ses interpr&#232;tes platement d&#233;terministes, mais aussi &#224; lui-m&#234;me. Marx contre Marx : tel serait alors, avec toutes les pr&#233;cautions requises, le fil conducteur d'une critique interne.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * * &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Mais pour que celle-ci soit f&#233;conde encore faut-il qu'une lecture intensive de l'&#339;uvre de Marx permette de d&#233;faire les deux images, couramment superpos&#233;es, du th&#233;oricien d'une histoire automate et du messager d'une soci&#233;t&#233; totalitaire. C'est ce qu'accomplit l'ouvrage de Michel Vad&#233;e qui, par son ampleur de vue et l'intensit&#233; de l'&#233;clairage qu'il diffuse, t&#233;moigne pour la complexit&#233; et la f&#233;condit&#233; d'une &#339;uvre rendue &#224; sa vis&#233;e premi&#232;re : le libre d&#233;veloppement de chacun comme condition du libre d&#233;veloppement de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; : Article publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Futur Ant&#233;rieur,&lt;/i&gt; n&#176; 17, mars 1993.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vad&#233;e Michel, &lt;i&gt;Marx, penseur du possible&lt;/i&gt;, Paris, M&#233;ridiens Klincksiek, 1992, 553 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette dimension de la pens&#233;e de Marx a fait l'objet de plusieurs examens, &#224; commencer par celui que propose l'oeuvre d'Ernst Bloch. Mais on peut aussi citer Sorel, Gramsci, Lukacs, ainsi que, &#224; des titre divers, Lucien S&#232;ve et plu&#172;sieurs auteurs du &lt;i&gt;Dictionnaire critique du marxisme&lt;/i&gt;, comme J.L. Cachon (articles &#171; possibilit&#233; &#187; et &#171; Libert&#233;/n&#233;cessit&#233; &#187;), A. Tosel etc. M. Vad&#233;e ne leur rend pas toujours justice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais en un double sens (que Vad&#233;e, nous semble-t-il, confond, sans doute parce qu'il est confondu chez Marx lui-m&#234;me) : ce que la strat&#233;gie impose imp&#233;rativement et ce que l'histoire suppose &#233;minemment pour que le possible s'accomplisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du moins est-ce ainsi que l'on peut comprendre, par exemple, cette affirmation d'Engels : &#171; Depuis l'apparition du mode production capitaliste, la prise de possession de l'ensemble des moyens de production par la soci&#233;t&#233; a bien souvent flott&#233; plus ou moins vaguement devant les yeux tant d'individus que de sectes enti&#232;res, comme id&#233;al d'avenir. Mais elle ne pouvait &lt;i&gt;devenir possible, devenir une n&#233;cessit&#233; historique&lt;/i&gt; qu'une fois donn&#233;es les conditions effectives de sa r&#233;alisation. &#187; &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme scientifique&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, bilingue, p.179-191 (soulign&#233; par moi)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous nous proposons de revenir plus en d&#233;tail sur cette question dans un prochain num&#233;ro de &lt;i&gt;Futur ant&#233;rieur&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; Hegel. [Article publi&#233; ici m&#234;me en deux parties : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Penser-le-possible-de-Hegel-a-Marx-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Penser le possible. De Hegel &#224; Marx : I. Hegel : de la possibilit&#233; &#224; l'effectivit&#233; &#187;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Penser-le-possible-de-Hegel-a-Marx-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;II. Marx : De l'indispensable &#224; l'in&#233;luctable &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Encyclop&#233;die des Sciences philosophique&lt;/i&gt;, trad. Bourgeois, Vrin, t.1 p.396.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p.232.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'auteur signale que son propos est &#171; saisir ce que Marx pen&#172;sait, non s'il avait raison pour son temps, ni si toutes ses id&#233;es essentielles conservent leur part de v&#233;rit&#233; aujourd'hui &#187; (p.483, note 14).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le montrent les formulations c&#233;l&#232;bres de Marx qui affirment que la dictature du prol&#233;tariat est le &#171; point de transition n&#233;cessaire pour arriver &#224; la suppression des diff&#233;rences de classe en g&#233;n&#233;ral &#187; (&lt;i&gt;Les Luttes de classes en France&lt;/i&gt;) et qu'il a d&#233;montr&#233; que &#171; la lutte des classes conduit n&#233;cessairement &#224; la dictature du prol&#233;tariat &#187; (&lt;i&gt;Lettre &#224; Weidemeyer&lt;/i&gt;, 5 mars 1852), &#171; une p&#233;riode de transition politique o&#249; l'&#201;tat ne saurait &#234;tre autre chose que la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187; (&lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; propos du cours de Michel Foucault sur L'Herm&#233;neutique du sujet </title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/A-propos-du-cours-de-Michel-Foucault-sur-L-Hermeneutique-du-sujet.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/A-propos-du-cours-de-Michel-Foucault-sur-L-Hermeneutique-du-sujet.html</guid>
		<dc:date>2019-03-29T12:50:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Michel Foucault</dc:subject>
		<dc:subject>Lectures</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#201;thique du soi et &#233;thique de l'insoumission.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Bourdieu-Foucault-et-alii-.html" rel="directory"&gt;Bourdieu, Foucault et alii&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Michel-Foucault-+.html" rel="tag"&gt;Michel Foucault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L95xH150/arton6-3d5a2.jpg?1726251035' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la sortie en librairie de &lt;i&gt;L'Herm&#233;neutique du sujet&lt;/i&gt;, le cours de Michel Foucault profess&#233; au Coll&#232;ge de France en 1981-1982, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 5 avril 2001 publiait &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/node/244402&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un article&lt;/a&gt; dont voici la version initiale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment, &#224; l'occasion de la sortie en librairie de &lt;i&gt;L'Herm&#233;neutique du sujet&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, L'Herm&#233;neutique du sujet : Cours au Coll&#232;ge de France (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;sister &#224; la tentation de se laisser porter par notre curiosit&#233; pour l'&#233;thique de l'existence dans la Gr&#232;ce et la Rome anciennes ? Malaise, pourtant. Car l'occasion est contrari&#233;e par la conjoncture : SNCF et Danone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SNCF : gr&#232;ve d'avril contre les menaces de privatisation. Danone : gr&#232;ve, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Intensification du travail et privation de travail. &lt;i&gt;Management &lt;/i&gt;bavard et licenciements sans phrases. Les deux piliers de l'ordre capitaliste. &#171; Intol&#233;rables &#187;, comme dit Foucault et comme il l'aurait peut-&#234;tre dit. Que faire alors ? D&#233;tourner notre regard du pr&#233;sent ou oublier Foucault ? Foucault, comme la philosophie : inutile et incertain ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Inutile et incertain ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aucun combat ne peut &#234;tre gagn&#233; gr&#226;ce au silence de la philosophie, m&#234;me si certaine philosophie, qui fait de c&#233;cit&#233; vertu, gagnerait parfois &#224; se taire. Comme cette pr&#233;tendue philosophie morale qui c&#233;l&#232;bre le retour du sujet souverain et de la libert&#233; imp&#233;riale : un sujet souverain qui r&#232;gnerait sur soi, m&#234;me quand son existence est mutil&#233;e ; une libert&#233; imp&#233;riale qui vagabonderait gaiement dans un monde dont les richesses sont des marchandises et les hommes des d&#233;chets. Ainsi r&#234;vent pourtant les z&#233;lateurs modernes du sujet investi par la morale (mais d&#233;lest&#233; de toute pesanteur sociale) et de la libert&#233; retranch&#233;e derri&#232;re le droit (mais r&#233;tr&#233;ci pour cause de grandeur europ&#233;enne). Foucault n'&#233;tait pas de ceux-l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; lui qui pourtant, en l'an I du r&#232;gne de Mitterrand Premier, enseignait au Coll&#232;ge de France, dans son cours sur &lt;i&gt;L'herm&#233;neutique du sujet, &lt;/i&gt;les transformations du souci de soi, de Socrate aux penseurs du Ier et IIe si&#232;cles apr&#232;s J&#233;sus-Christ. Du gouvernement de soi destin&#233; au gouvernement des autres, &#224; la culture de soi destin&#233;e &#224; la jouissance de soi, un m&#234;me th&#232;me persiste et se m&#233;tamorphose : la constitution du sujet par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que nous importe aujourd'hui ce fragment d '&#171; histoire des modes de subjectivation &#187; ? Nous faudrait-il prendre grecs et romains de l'Antiquit&#233; pour mod&#232;les ? Foucault ne pr&#233;conise rien de tel, et pour cause : il ne les trouve &#171; pas fameux &#187;. L'exigence inconditionnelle du souci de soi, telle qu'elle se formule chez les sto&#239;ciens et les &#233;picuriens notamment, ne suscite aucun enthousiasme particulier : r&#233;serv&#233;e &#224; une &#171; &#233;lite &#187; qui vit aux d&#233;pens des esclaves, des femmes et de la pl&#232;be, elle ne pr&#233;tend pas &#224; l'universalit&#233;. Et les divers aspects de la morale grecque du plaisir nous valent cette conclusion : &lt;i&gt;&#171; Tout cela est franchement r&#233;pugnant. &#187;&lt;/i&gt; En quoi, alors, le d&#233;tour par l'Antiquit&#233; peut-il &#233;clairer notre pr&#233;sent et les luttes actuelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout si le diagnostic qu'en propose Foucault est approximatif&#8230; Que dit-il en effet, dans un autre texte paru la m&#234;me ann&#233;e ? Qu'aujourd'hui, des trois types de luttes que l'on peut en g&#233;n&#233;ral distinguer, &lt;i&gt;&#171; c'est la lutte contre les formes d'assujettissement &#8211; contre la soumission de la subjectivit&#233; &#8211; qui pr&#233;vaut de plus en plus, m&#234;me si les luttes contre la domination et l'exploitation n'ont pas disparu, bien au contraire &#187;&lt;/i&gt;. &#171; Bien au contraire &#187;, dit Foucault : il faut le souligner, &#224; l'intention de ceux qui voudraient l'oublier. Mais s'il est vrai, comme le d&#233;clare Foucault, que l'assujettissement entretient avec la domination et l'exploitation des rapports d'imbrication r&#233;ciproque, on devrait en conclure que le combat contre la soumission de la subjectivit&#233; n'est pas seulement un type de lutte, mais une composante essentielle&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;de toutes les luttes. Avec cette pr&#233;cision et dans cette perspective, le d&#233;tour par les Grecs peut &#8211; pour penser les nouvelles formes de contestation - s'av&#233;rer n&#233;cessaire et prospectif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;N&#233;cessaire et prospectif&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le trajet de Michel Foucault peut se comprendre ainsi : du sujet pris dans des relations de pouvoir au sujet constitu&#233; par la culture de soi (ou, si l'on veut, par le pouvoir qu'il exerce sur lui-m&#234;me). Produit et cible des relations de pouvoir, mati&#232;re et produit de sa propre activit&#233;, le sujet est la r&#233;sultante toujours pr&#233;caire et provisoire d'un double &#171; assujettissement &#187;, o&#249; le sens de ce mot varie avec le type de rapports auquel ce mot renvoie : les rapports de pouvoir et/ou le rapport &#224; soi. Menac&#233; quand il est pris dans les rapports de pouvoir que stabilisent des rapports de domination, l'individu-sujet n'est pas n&#233;cessairement affranchi quand il parvient &#224; se prendre pour objet d'une culture de soi. Sa libert&#233; n'est pas celle de la souveraine puissance qu'il exercerait sur ses choix et sur ses actes, mais le foyer, toujours menac&#233; de s'&#233;teindre, des r&#233;sistances qu'il oppose aux actions et aux forces qui tentent de le r&#233;duire &#224; l'impuissance. Notre probl&#232;me &#8211; que permet de penser la diff&#233;rence avec la Gr&#232;ce et la Rome antiques &#8211; serait celui-ci : &lt;i&gt;&#171; C'est peut-&#234;tre une t&#226;che urgente, fondamentale, politiquement indispensable, que de constituer une &#233;thique du soi, s'il est vrai apr&#232;s tout qu'il n'y pas d'autre point, premier et ultime, de r&#233;sistance au pouvoir politique que&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;dans le rapport de soi &#224; soi. &#187;&lt;/i&gt; Provocation unilat&#233;rale ? Sans doute, mais &#224; m&#233;diter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de nous, d'un m&#234;me mouvement, tend &#224; &#234;tre constitu&#233; comme sujet et tente de se constituer comme sujet. Mais cette universelle condition fait l'objet d'une r&#233;partition terriblement in&#233;gale : les domin&#233;s, les exploit&#233;s, les exclus, les gens-de-presque-rien et les gens-de-peu ne peuvent se constituer comme sujets sans heurter de front les machineries de la domination et de l'exploitation. Du sujet soumis au sujet construit, de la r&#233;sistance &#224; l'envahissement par les rapports de domination &#224; la lutte contre ces m&#234;mes rapports, aucune voie lin&#233;aire et triomphale, mais l'histoire souvent souterraine des refus minuscules, &#224; reprendre jour apr&#232;s jour, et l'histoire parfois explosive des combats d'&#233;mancipation. &lt;i&gt;&#171; R&#233;cup&#233;r&#233; par les rapports de pouvoir, par les relations de savoir, le rapport &#224; soi ne cesse de rena&#238;tre ailleurs et autrement &#187;&lt;/i&gt; (Gilles Deleuze) : c'est pourquoi l'&#233;thique du soi peut &#234;tre aussi une &#233;thique de la r&#233;volte et de l'insoumission. Et cette insoumission peut frayer le passage des luttes contre la soumission de la subjectivit&#233; &#224; l'invention de nouvelles formes de subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sister &#224; la domination, en effet, c'est lui opposer, comme point d'appui des r&#233;sistances et comme horizon d'appel &#224; leur g&#233;n&#233;ralisation, l'exigence de devenir &#8211; autant que faire se peut &#8211; sujet de sa propre existence : pouvoir donner une forme &#224; sa propre vie, durant toute sa dur&#233;e. Ainsi compris, le souci de soi n'implique ni l'exaltation de l'individualisme exclusif, retranch&#233; derri&#232;re la fronti&#232;re de la vie priv&#233;e, ni la promotion&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;du narcissisme possessif, qui se contemple dans le miroir tendu par les marchandises. Donner un style &#224; son existence ce n'est pas consommer les styles qui s'exposent dans les salons - de l'auto, du pr&#234;t-&#224;-porter, de la bijouterie &#8211; mais donner une forme &#224; son individualit&#233; et &#224; sa socialit&#233; : &#171; promouvoir de nouvelles formes de subjectivit&#233; &#187;, de nouvelles formes de constitution de notre &#234;tre-sujet, individuel et collectif &#8211; une nouvelle culture et de nouveaux modes de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cr&#233;er les conditions d'&#233;mergence d'une individualit&#233; et d'une socialit&#233; disponibles &#224; une v&#233;ritable &#233;thique de l'existence qui permettrait &#224; chacun de donner &#224; sa vie la forme qui lui convient ? La r&#233;ponse de Foucault n'est sans doute pas satisfaisante. Au moins a-t-il indiqu&#233; en pointill&#233;s le chemin &#224; parcourir et fait appara&#238;tre, au regard de cette exigence, toutes les formes de domination et d'exploitation pour ce qu'elles sont : &#171; intol&#233;rables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;L'Herm&#233;neutique du sujet &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Cours au Coll&#232;ge de France (1981-1982&lt;/i&gt;), Le Seuil, mars 2001&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SNCF : gr&#232;ve d'avril contre les menaces de privatisation. Danone : gr&#232;ve, appel au boycott, manifestations contre un plan de restructuration pr&#233;voit la suppression de pr&#232;s de 1.700 emplois dans la branche biscuit (LU) du groupe (note de 2015)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du pass&#233; faisons table rase ? L'autopsie du communisme, selon Fran&#231;ois Furet (1)</title>
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		<dc:date>2016-03-10T11:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Furet</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;pliques &#224; son essai : &lt;i&gt;Le pass&#233; d'une illusion. Essai sur l'id&#233;e communiste au XXe si&#232;cle &lt;/i&gt;(1995). Ci-dessous, la premi&#232;re partie : Une histoire lib&#233;rale. Second article, seconde partie : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Du-passe-faisons-table-rase-L-autopsie-du-communisme-selon-Francois-Furet-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une histoire notariale&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Francois-Furet-+.html" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Furet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L92xH150/arton31-250fc.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'essai de Fran&#231;ois Furet,&lt;i&gt; Le pass&#233; d'une illusion. Essai sur l'id&#233;e communiste au XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Calmann L&#233;vy/Robert Laffont, 1995. C'est &#224; cette premi&#232;re &#233;dition qu'il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a re&#231;u, lors de sa parution en 1995, un accueil &#233;logieux, et m&#234;me dithyrambique. Les r&#233;pliques qui suivent, publi&#233;s dans la &#171; Revue &lt;i&gt;M (&lt;/i&gt;mensuel, marxisme, mouvement) &#187; en janvier 1996 sont des extraits d'un ouvrage (aujourd'hui &#233;puis&#233;) qui &#233;tait alors en cours de r&#233;daction : Denis Berger et Henri Maler, &lt;i&gt;Une certaine id&#233;e du communisme. R&#233;pliques &#224; Fran&#231;ois Furet&lt;/i&gt;, &#201;d. du F&#233;lin, 1996. Elles sont reproduites ici en deux parties. i-dessous, la premi&#232;re partie : Une histoire lib&#233;rale. Second article, seconde partie : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Du-passe-faisons-table-rase-L-autopsie-du-communisme-selon-Francois-Furet-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une histoire notariale&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Du pass&#233;, faisons table rase ? &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;- L'autopsie du communisme, selon Fran&#231;ois Furet -&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le pass&#233; d'une illusion&lt;/i&gt;, Fran&#231;ois Furet nous propose, de son propre aveu, une interpr&#233;tation - un &#171; essai d'interpr&#233;tation &#187; : c'est elle qui doit &#234;tre discut&#233;e, sans d&#233;valuer pour autant tous les m&#233;rites de l'analyse qui la fonde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il peut avoir l'esprit faux, il n'a jamais l'esprit court &#187; : c'est Furet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furet se d&#233;fend de proposer une histoire du communisme : l'objet de son travail n'est pas &lt;i&gt;&#171; l'histoire du communisme, et encore moins de l'URSS proprement dits, mais celle de l'illusion du communisme &#187;&lt;/i&gt; (p. 14). Furet ne se borne pas &#224; d&#233;crire, marqu&#233;es du sceau de leurs singularit&#233;s, &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; illusions relatives &#224; l'URSS : il les fait valoir comme des manifestations d'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; illusion. Les illusions sur l'URSS sont rabattues sur les illusions sur le communisme, d'embl&#233;e confondues avec le communisme comme illusion. Quelle est cette &lt;i&gt;&#171; illusion fondamentale &#187;&lt;/i&gt; (p.13) dont Furet nous propose alors l'autopsie ? L'illusion &lt;i&gt;&#171; constitutive &#187;&lt;/i&gt; du communisme serait son &lt;i&gt;&#171; ambition d'&#234;tre conforme au d&#233;veloppement n&#233;cessaire de la Raison historique &#187;&lt;/i&gt; (p. 14). L'id&#233;e n'est pas nouvelle ; mais, aussi fauss&#233;e soit-elle par les raccourcis, elle pointe en direction d'&#233;quivoques majeures de la pens&#233;e de Marx dont ses successeurs, g&#233;n&#233;ralement, ne se sont pas d&#233;p&#234;tr&#233;s : la n&#233;cessit&#233; du communisme peut se comprendre en effet comme la n&#233;cessit&#233; de sa possibilit&#233; ou la n&#233;cessit&#233; de son effectivit&#233;. La cl&#244;ture proph&#233;tique de la seconde formulation met en p&#233;ril, th&#233;oriquement et pratiquement, l'ouverture utopique de la premi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous permettons de renvoyer sur ce point &#224; notre &#171; essai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le propos de Furet n'est ni de d&#233;noncer ni de d&#233;nouer des &#233;quivoques : il vise &#224; enfermer le communisme dans une version univoque pour parvenir &#224; &#233;trangler son histoire d'une seule main et le terrasser, comme dans un conte pour enfants, d'un seul coup de poing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, pourquoi s'embarrasser de scrupules puisque le communisme, comme le fascisme, n'est qu'une &lt;i&gt;&#171; brocante intellectuelle &#187;&lt;/i&gt; (p. 19). Inutile par cons&#233;quent d'inventorier ce &lt;i&gt;&#171; bric-&#224;-brac d'id&#233;es mortes &#187;&lt;/i&gt; : il suffit de &lt;i&gt;&#171; repartir des passions qui lui ont pr&#234;t&#233; leur force &#187;&lt;/i&gt; (p. 26). Quand ce n'est pas la pauvret&#233; des th&#233;ories qui dispensent de les examiner, c'est l'objet de l'ouvrage qui dispense de le faire : &lt;i&gt;&#171; Je cherche moins &#224; analyser des concepts qu'&#224; faire revivre une sensibilit&#233; et des opinions &#187;&lt;/i&gt; (p. 26). Le pamphlet r&#233;ducteur s'abrite derri&#232;re le projet historien. On s'&#233;pargne ainsi d'avoir &#224; d&#233;battre des th&#233;ories (qui ne le m&#233;ritent gu&#232;re), en &#233;voquant des sensibilit&#233;s (qui suffisent &#224; ruiner les th&#233;ories) : on gagne ainsi sur tous les tableaux. Les d&#233;bats du si&#232;cle sont, pour Furet, sortis de l'histoire et n'y reviendront plus. Ils &#233;taient sous le chapeau, ils n'y sont plus : &#224; croire que seul un illusionniste peut d&#233;masquer des illusions. Or Furet, qui pratique Freud, mais au rabais, a retenu que l'illusion n'est pas un effet de l'erreur, mais du d&#233;sir : d'un &lt;i&gt;&#171; investissement psychologique &#187;&lt;/i&gt;. Comprenons que c'est une illusion parce qu'elle s'enracine dans une passion. Laquelle ? La passion r&#233;volutionnaire qui se confond avec la haine de la bourgeoisie. Ainsi s'ouvre l'histoire lib&#233;rale....&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I. Une histoire lib&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elle n'est pas imm&#233;diatement &lt;i&gt;&#171; d&#233;finissable en termes politiques &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; tient tout enti&#232;re dans l'&#233;conomique &#187;&lt;/i&gt;, la bourgeoisie serait &#233;vanescente : &lt;i&gt;&#171; Classe sans statut, sans tradition fixe, sans contours &#233;tablis, elle n'a qu'un titre fragile &#224; la domination : la richesse. Fragile, car il peut appartenir &#224; tous : celui qui est riche aurait pu ne pas l'&#234;tre. Celui qui ne l'est pas aurait pu l'&#234;tre &#187;&lt;/i&gt; (p. 20). Et la suite nous confirme que le monde se d&#233;finit par ce qu'il dit de lui-m&#234;me : c'est &lt;i&gt;&#171; un monde o&#249; aucune place n'est plus marqu&#233;e d'avance, ni acquise pour toujours &#187;&lt;/i&gt; (p. 21). Il suffit &#224; Furet de reprendre les illusions que la bourgeoisie se fait sur elle-m&#234;me pour la priver de toute consistance sociale. En quelques mots, l'histoire sociale est balay&#233;e, la sociologie vid&#233;e de ses pr&#233;tentions, le lib&#233;ralisme rendu ad&#233;quat &#224; son concept. La bourgeoisie n'est plus une classe d&#233;finie, mais un personnage romanesque min&#233; par sa fragilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout. &#192; en croire Furet, le mouvement de la soci&#233;t&#233; ne s'explique que par l'instabilit&#233; de l'&#234;tre-bourgeois, mu par l'amour-propre et la recherche de la distinction : &lt;i&gt;&#171; De ce fait, la soci&#233;t&#233; est anim&#233;e par une agitation corpusculaire qui ne cesse de la jeter en avant &#187;&lt;/i&gt;. En une phrase, Tocqueville, mais rabougri, confort&#233; par Rousseau, mais r&#233;duit au minimum, permet de d&#233;passer l'&#233;conomie politique classique, et, on pouvait s'en douter, Marx lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#224; Rousseau et &#224; Tocqueville en effet que Furet se r&#233;f&#232;re. &#192; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La dynamique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise ne s'explique pas, si peu que ce soit, par la logique de la production capitaliste, qui engendre la concurrence et ses effets. Par contre, note Furet, &lt;i&gt;&#171; son mouvement contredit son principe, son dynamisme, sa l&#233;gitimit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, parce que l'in&#233;galit&#233; qu'elle produit - &lt;i&gt;&#171; plus d'in&#233;galit&#233; mat&#233;rielle qu'aucune soci&#233;t&#233; connue &#187;&lt;/i&gt; - est en contradiction avec l'&#233;galit&#233; qu'elle affiche. Il suffit donc de pr&#233;tendre que l'id&#233;ologie bourgeoise elle-m&#234;me rend cette in&#233;galit&#233; ill&#233;gitime, alors que tout le travail de cette id&#233;ologie consiste &#224; la l&#233;gitimer, pour laisser entendre que cette in&#233;galit&#233; est ill&#233;gitime aux yeux m&#234;me de la bourgeoisie. Alors le tour est jou&#233; : la bourgeoisie souffre de la contradiction qui l'afflige. Elle &lt;i&gt;&#171; n'invente pas la division de la soci&#233;t&#233; en classes. Mais elle fait de cette division une souffrance &#187;&lt;/i&gt; (p. 21-22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenons notre souffle : la bourrasque menace de tout emporter, &#224; commencer par l'histoire elle-m&#234;me. Car le d&#233;chirement de la soci&#233;t&#233;, motif de la haine qu'inspire la bourgeoisie, n'est rien, ou presque, compar&#233; au d&#233;chirement int&#233;rieur de la bourgeoisie. Certes, Furet ne n&#233;glige pas de mentionner l'existence de la lutte des classes et d'indiquer que &lt;i&gt;&#171; &#224; travers la pauvret&#233; ou la col&#232;re des ouvriers (...) la haine de la bourgeoisie re&#231;oit de l'ext&#233;rieur son fondement rationnel &#187;&lt;/i&gt; (p. 29). Mais c'est pour affirmer sans ambages deux pages plus loin : &lt;i&gt;&#171; La sc&#232;ne fondamentale de cette soci&#233;t&#233; n'est pas comme l'a cru Marx, la lutte de l'ouvrier contre le bourgeois... Beaucoup plus &lt;/i&gt;essentielle&lt;i&gt; est la haine du bourgeois pour lui-m&#234;me &#187;&lt;/i&gt; (p. 31, soulign&#233; par moi). On croit r&#234;ver !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En quelques pages, tout est dit : la bourgeoisie est la proie innocente d'une haine &#233;missaire - sans fondement. Car elle est innocente. Pour exon&#233;rer la bourgeoisie de toute responsabilit&#233;, il faut tenter de la priver de toute densit&#233; et de toute fonction. Par essence, la bourgeoise est un fant&#244;me : s'il prend corps, c'est un accident. Impalpable, elle ne joue plus aucun r&#244;le ; actrice de second plan, r&#233;duite &#224; des emplois de figurante, sa fragilit&#233; vaut alibi de sa l&#226;chet&#233;. Souveraine, ses ailes de g&#233;ant l'emp&#234;chent de marcher : les maladresses sont inscrites dans sa morphologie. Sont-elles funestes ? La responsabilit&#233; en incombe aux monstres qui la combattent, mais qu'elle n'a en rien contribu&#233; &#224; engendrer... Innocente, la bourgeoisie s'offre cependant comme une proie facile - en particulier pour elle-m&#234;me. Or, comme chacun sait, une proie innocente n'est jamais qu'un bouc &#233;missaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le th&#232;me revient sans cesse : pp. 20, 24, 29, 31, 36, 55, etc.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi va l'histoire selon Furet...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le charme discret de la bourgeoisie est loin d'&#234;tre terni par celui de sa dame de compagnie, la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Au contraire...&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Un spectre hantait le si&#232;cle sans que nous le sachions : le spectre du lib&#233;ralisme. Au spectre du lib&#233;ralisme, manquait son manifeste ; Furet s'est charg&#233; de l'&#233;crire : le lib&#233;ralisme est d&#233;mocratique par essence, capitaliste par n&#233;cessit&#233;, liberticide par accident. Et la cause est philosophiquement entendue, avant d'&#234;tre historiquement confirm&#233;e : la d&#233;mocratie est lib&#233;rale ou elle n'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours &#224; la philosophie ne s'encombre pas de nuances : &lt;i&gt;&#171; Le monde du lib&#233;ral et celui du d&#233;mocrate sont philosophiquement identiques &#187;&lt;/i&gt; (p. 26). Pourtant, dans son histoire philosophique, le lib&#233;ralisme n'a cess&#233; de justifier les restrictions (voire les n&#233;gations) les plus s&#233;v&#232;res du principe d&#233;mocratique. Furet feint alors de croire que ces restrictions sont accidentelles - et qu'il appartient &#224; l'essence du lib&#233;ralisme de s'accomplir, selon une logique interne, dans la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la philosophie, l'histoire est charg&#233;e de t&#233;moigner de la puret&#233; de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Pourtant, dans son histoire r&#233;elle, cette d&#233;mocratie a d&#251; ses r&#233;formes principales &#224; mouvements qui, &#233;trangers au lib&#233;ralisme, entendirent, si peu que ce soit, en d&#233;passer les limites, voire abolir la domination bourgeoise elle-m&#234;me. Furet double alors l'histoire empirique d'une histoire essentielle dont d&#233;pendrait la premi&#232;re : l'histoire fabuleuse, mais tourment&#233;e par l'histoire r&#233;elle, de l'id&#233;e lib&#233;rale essentiellement d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie lib&#233;rale serait la v&#233;rit&#233; de la soci&#233;t&#233; moderne : son essence appel&#233;e &#224; se r&#233;aliser dans des formes d'existence qui lui soient ad&#233;quates. Qu'importe si elle ne ressemble jamais au visage qu'elle entend donner d'elle-m&#234;me. Il suffit qu'elle trouve &#224; s'incarner en un point du globe, pour que, pareille &#224; l'&#233;talon d&#233;pos&#233; dans le pavillon de S&#232;vres, elle soit la mesure de tous ses avatars. Cet &#233;talon est donn&#233; avec les Etats-Unis. L'heure de l'histoire est inscrite &#224; l'horloge de la Maison Blanche. L&#224; se trouve la &lt;i&gt;&#171; patrie par excellence &#187;&lt;/i&gt; du capitalisme : une patrie sans bourgeoisie (p. 23). La r&#233;volution n'y est qu'une parenth&#232;se bient&#244;t referm&#233;e sur l'&#233;laboration d'une constitution stable, dans un pays o&#249; r&#233;gnerait une &lt;i&gt;&#171; &#233;galit&#233; consensuelle &#187;&lt;/i&gt;. Vraiment ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourgeoise de naissance et historiquement, la d&#233;mocratie n'est pas bourgeoise par essence et exclusivement. Il faut tenir ensemble ces deux propositions quand on ne veut pas se laisser pi&#233;ger par un lib&#233;ralisme apolog&#233;tique et un marxisme ranci. Mais qu'importe &#224; Furet, puisque avec ces deux th&#232;ses - fragilit&#233; de la bourgeoisie, virginit&#233; de d&#233;mocratie - il pr&#233;tend nous pr&#233;senter les otages vuln&#233;rables d'une histoire qui s'est faite contre eux, mais sans eux. Exquise bourgeoisie : ses interventions dans le cours de cette histoire sont aussi inoffensives que l'exige la modestie de sa domination. Pauvre d&#233;mocratie : prise en tenaille entre le fascisme et le stalinisme, elle n'aurait &#233;t&#233; que la victime innocente d'un conflit dans lequel elle n'a pris aucune part. Rien n'est plus facile alors que d'opposer aux vertus inconstantes de l'id&#233;e d&#233;mocratique, les vices r&#233;dhibitoires de la passion r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Le portrait de la bourgeoisie, peint sur commande, et le costume de la d&#233;mocratie, taill&#233; sur mesure, remplissent leur principal office explicatif quand ils permettent d'expliquer les origines et les mal&#233;fices de la passion r&#233;volutionnaire. Comment comprendre cette passion, selon Furet ? De la passion m&#232;re de la d&#233;mocratie moderne, la passion de l'&#233;galit&#233; d&#233;rive la passion r&#233;volutionnaire par excellence : la haine du bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste la passion de l'&#233;galit&#233; ? L'&#233;vocation une fois encore tient lieu d'explication&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tocqueville, une fois encore n'est pas tr&#232;s loin, pour qui de l'&#233;galit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De quelle passion s'agit-il ? Quelle est l'&#233;galit&#233; qui est vis&#233;e ? Qu'importe... L'essentiel est ailleurs. &lt;i&gt;&#171; L'id&#233;e d'&#233;galit&#233; &#187;&lt;/i&gt; fonctionne &lt;i&gt;&#171; comme horizon imaginaire de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, jamais atteint par d&#233;finition &#187;&lt;/i&gt; (p. 22-23). Depuis les jacobins, qui ont voulu &lt;i&gt;&#171; pousser en avant la R&#233;volution au nom de l'&#233;galit&#233; vraie : mais (...) pour d&#233;couvrir que ce drapeau cache une surench&#232;re sans limites &#187;&lt;/i&gt; (p.24) - depuis les sans-culottes, dont &lt;i&gt;&#171; l'essentiel de la mentalit&#233; &#187;&lt;/i&gt; consiste dans &lt;i&gt;&#171; la passion de l'&#233;galitarisme et de l'action r&#233;pressive &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Furet et D. Richet, La R&#233;volution fran&#231;aise (1965), Nouvelles Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, rien n'a chang&#233; : &lt;i&gt;&#171; la passion de l'&#233;galit&#233;, par d&#233;finition insatisfaite &#187; - cette &#171; &#233;galit&#233; obsessive des r&#233;volutionnaires fran&#231;ais &#187;&lt;/i&gt; (p. 25) - envahit l'histoire d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La passion de l'&#233;galit&#233;, selon cette imagerie, ne peut &#234;tre que la passion des niveleurs int&#233;graux, qui deviennent du m&#234;me coup des niveleurs permanents. Les vari&#233;t&#233;s et les variations de l'id&#233;e d'&#233;galit&#233; ne m&#233;ritent m&#234;me pas une mention. Il suffit qu'elle co&#239;ncide avec sa caricature, c'est-&#224;-dire avec l'id&#233;e que veut s'en faire, pour faire peur et se faire peur, le nanti du moment. Car la passion de l'&#233;galit&#233; nourrit la haine de l'in&#233;galit&#233; dont le concentr&#233; forme, aux yeux de Furet, toute la substance : la haine du bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commencement &#233;tait cette passion, dominante et exclusive. Passion dominante, quand elle s'empare des masses, puisqu'elle absorbe toutes les autres, &#224; commencer par l'esp&#233;rance - discr&#232;tement mentionn&#233;e, parce qu'elle est imm&#233;diatement pollu&#233;e. Passion exclusive, quand elle s'empare de bourgeoisie, puisque, d&#233;vor&#233;e par la haine de soi, elle n'aurait ni morgue, ni haine &#224; consacrer du prol&#233;tariat et &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commencement &#233;tait la passion. Mais que faire d'un invariant anthropologique aussi pauvre ? Et la passion, comme chacun sait, est g&#233;n&#233;ratrice d'illusions. Mais que faire d'une psychologie aussi maigre ? Pour que la passion explique l'histoire, il est indispensable de la charger d'histoire. Mais une fois fix&#233;e dans l'&#234;tre du bourgeois et l'essence de la d&#233;mocratie lib&#233;rale, les passions qui meuvent l'histoire, il est &#224; peine besoin de se r&#233;f&#233;rer &#224; l'histoire pour expliquer ces passions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la grande passion pour la grande illusion n'explique &#224; peu pr&#232;s rien, ni de &lt;i&gt;&#171; l'illusion fondamentale &#187;&lt;/i&gt;, ni de toutes les illusions, multiples et vari&#233;es, qui parcourent le si&#232;cle. D'abord, parce que la haine populaire pour la bourgeoisie ne fut jamais ni exclusive, ni unifi&#233;e. Ensuite, parce que la haine de soi de la bourgeoise, produit de son d&#233;chirement spirituel, n'&#233;claire, &#224; la rigueur, que le vertige qui s'empare de ses seuls intellectuels : l'illusion ou les illusions des millions d'hommes et de femmes qui, &#224; un titre ou &#224; un autre, ont regard&#233; l'URSS avec sympathie, n'existent pour Furet, quand elles existent, qu'entrevues &#224; travers le prisme des illusions de ce qu'il convient d'appeler les &#233;lites. Enfin, parce que l'aveuglement sur la r&#233;alit&#233; de l'URSS sous Staline n'a pas &#233;t&#233; seulement le fait de victimes de la passion r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais quand il s'agit des illusionn&#233;s de cette esp&#232;ce, Furet dispose d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les illusions se succ&#232;dent et se chevauchent sans que l'on puisse les ramener &#224; un unique foyer : illusions planistes sur la vocation lib&#233;ratrice de la planification ; illusions antifascistes sur la vocation d&#233;mocratique de l'URSS, illusions anticolonialistes sur sa vocation d'&#233;mancipatrice des peuples domin&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit : Furet se fixe une cible - l'illusion - et en atteint plusieurs - des illusions. Pour chacune d'elle d&#233;coche des fl&#232;ches souvent ac&#233;r&#233;es, mais avec plusieurs arcs ; il esquisse une explication unique, mais qui se disperse au contact des faits. Pourtant, c'est arm&#233; des quelques concepts qu'il a forg&#233; dans son premier chapitre que Furet se taille un chemin &#224; travers l'histoire. La passion r&#233;volutionnaire, bien que tout laiss&#226;t croire qu'elle &#233;tait assoupie, ne demandait qu'&#224; &#234;tre r&#233;activ&#233;e. Comment ? Par &#171; la premi&#232;re guerre mondiale &#187; (chapitre 2).&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Sc&#232;ne primitive d'une nouvelle &#233;poque &#187;&lt;/i&gt; (p. 45), &lt;i&gt;&#171; la guerre de 1914 a pour l'histoire du XXe si&#232;cle le m&#234;me caract&#232;re matriciel que la R&#233;volution fran&#231;aise pour le XIXe &#187;&lt;/i&gt; (p. 194). Encore cette guerre est-elle purement accidentelle : &lt;i&gt;&#171; Personne n'a r&#233;ussi &#224; montrer qu'elle &#233;tait inscrite comme une fatalit&#233; dans les rivalit&#233;s &#233;conomiques des grandes puissances &#187;&lt;/i&gt; (p. 44). Selon un proc&#233;d&#233; constant, Furet ne retient de l'interpr&#233;tation qu'il conteste que sa version caricaturale : pour n'avoir rien &#224; dire de ses versions les plus affin&#233;es ou, plus simplement, pour passer sous silence les faits qui concourent &#224; l'&#233;tablissement de ces versions. Pour d&#233;lester son argumentation des explications insuffisantes, Furet croit bon de se d&#233;faire de toute la cargaison. Mais surtout cette guerre est essentiellement &lt;i&gt;d&#233;mocratique&lt;/i&gt; : une fois les facteurs &#233;conomiques balay&#233;s d'un revers de main, les rapports de classes qui s'expriment pendant et apr&#232;s la guerre ne m&#233;ritent pas la moindre attention. Furet entend montrer que ce sont des masses patriotiques qui entrent en guerre pour pouvoir expliquer que ce sont des masses conditionn&#233;es par la guerre qui en sortent. L'&#232;re des classes est imm&#233;diatement transform&#233;e en &#232;re des masses. Le d&#233;cor est plant&#233; : la guerre r&#233;veille les passions qui n&#233;es avec la R&#233;volution fran&#231;aise ont inspir&#233; son interminable histoire. &#171; L'id&#233;e communiste au XXe si&#232;cle &#187; est sur le point de faire son entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'accident inaugural que constitue la Grande Guerre en succ&#232;de un second : la R&#233;volution d'Octobre. Si l'&#233;v&#233;nement est &lt;i&gt;&#171; improbable &#187;&lt;/i&gt; (p. 79), sa pr&#233;tention &#224; innover &lt;i&gt;&#171; n'a pas beaucoup de vraisemblance &#187;&lt;/i&gt; (p. 80). Autant dire que la R&#233;volution russe n'ob&#233;it &#224; aucune n&#233;cessit&#233; et n'explore aucun futur. Force est de constater que pour atteindre par le plus court chemin &#171; l'id&#233;e communiste &#187;, Furet se croit oblig&#233; de tailler sans retenue dans les broussailles de &#171; l'histoire du communisme &#187; - de malmener l'histoire pour exhiber l'id&#233;e, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e qu'il s'en fait. Toute la dimension sociale du processus enclench&#233; en F&#233;vrier 1917 est engloutie ; toute &#171; l'exceptionalit&#233; russe &#187; que repr&#233;sente l'auto-organisation populaire sous forme de conseils (les soviets) est aval&#233;e d'un trait. La nouveaut&#233; radicale de l'exp&#233;rience russe est annul&#233;e. Au sch&#233;matisme de l'analyse de la r&#233;volution russe s'ajoute la caricature de l'action du parti bolchevik. Furet simplifierait-t-il seulement parce l'histoire du communisme n'est pas son propos ? En v&#233;rit&#233;, sa pr&#233;sentation ob&#233;it &#224; une logique implacable : plus le portrait de la r&#233;volution russe sera terrifiant, mieux ressortira l'ampleur de l'illusion qu'elle a suscit&#233;e et plus l'explication de celle-ci en sera facilit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furet ne veut rien savoir des paradoxes d'une action qui doit d&#233;cider du possible avant d'en conna&#238;tre la teneur exacte et l'&#233;tendue pr&#233;cise. La r&#233;volution russe &#233;clate dans un pays arri&#233;r&#233;. Devait-elle s'arr&#234;ter &#224; une &#233;tape pr&#233;alablement prescrite par le niveau de d&#233;veloppement des forces productives et du prol&#233;tariat ? La R&#233;volution russe attend son succ&#232;s d'une extension internationale de la r&#233;volution. Devait-elle renoncer &#224; elle-m&#234;me faute d'&#234;tre s&#251;re du r&#233;sultat ? Pouvait-elle savoir d'avance ce que seul le cours ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements devait r&#233;v&#233;ler ? Furet ne se laisse pas arr&#234;ter par des finasseries : il pr&#234;te &#224; L&#233;nine une &lt;i&gt;&#171; pr&#233;diction &#187;&lt;/i&gt; (p. 156) de la r&#233;volution allemande &#224; laquelle il n'a pas vraiment pr&#233;tendu, avant de d&#233;cr&#233;ter, en strat&#232;ge des batailles gagn&#233;es, qu'elle &#233;tait impossible. Comme &lt;i&gt;&#171; le charme universel d'Octobre &#187; &lt;/i&gt;(chapitre 3) se r&#233;sume dans &lt;i&gt;&#171; l'illusion d'un Octobre universel &#187;&lt;/i&gt; (p. 156), il suffit de prendre acte de la d&#233;faite pour d&#233;noncer cette illusion, et reporter sur l'ensemble du cours de cette r&#233;volution la version caricaturale que cette d&#233;faite inspire. Gr&#226;ce &#224; cette version de la r&#233;volution, Furet peut transformer son rayonnement en myst&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Il y a quelque chose d'extraordinaire et d'un peu myst&#233;rieux dans la facilit&#233; avec laquelle a pris, si t&#244;t, cette id&#233;e de l'universalisme de la R&#233;volution sovi&#233;tique &#187;&lt;/i&gt; (p. 91). Le propos de Furet, au moins, n'a rien d'extraordinaire ; il est m&#234;me parfaitement logique : comment expliquer, en effet, l'attrait exerc&#233; par Octobre sur des millions d'&#234;tres humains, si l'on a pr&#233;alablement r&#233;duit l'&#233;v&#233;nement &#224; sa dimension politique, et cette dimension politique &#224; un putsch incongru ou aberrant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant ainsi, dans la perspective des vainqueurs, d&#233;cr&#233;t&#233; la r&#233;volution impossible, Furet ne manque pas de donner &#224; L&#233;nine, avec toute la condescendance de l'historien, des le&#231;ons de strat&#233;gie r&#233;trospective. Pourtant, l'historien, devenu d&#233;positaire du pass&#233;, n'est nullement contraint de se comporter en rentier : de toucher les dividendes de sa lucidit&#233; r&#233;trospective, sans rien vouloir conna&#238;tre d'une histoire qui se fait &#224; t&#226;tons. La R&#233;volution russe n'a cess&#233; de diff&#233;rer son propre bilan ; Furet sait d'avance &#224; quel moment elle aurait d&#251; se clore : avant m&#234;me d'avoir commenc&#233;. Contenue dans les limites de F&#233;vrier 17, elle atteignait les limites de l'histoire tol&#233;rable : la d&#233;mocratie lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;chec de l'entreprise, av&#233;r&#233; avec le stalinisme, permet de critiquer &#224; peu de frais comme &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; illusion, les illusions contemporaines de la possibilit&#233; d'une victoire. Mais en quoi les illusions post&#233;rieures se confondent elles avec les illusions natives, pour ne former qu'une seule illusion ? Pour pouvoir soutenir qu'une m&#234;me illusion, se confondant avec l'id&#233;e communiste, traverse pr&#232;s d'un si&#232;cle d'histoire, en restant imperm&#233;able &#224; ses vicissitudes, il faut logiquement supposer que c'est une m&#234;me r&#233;volution que l'illusion prend pour objet. Quitte &#224; sacrifier l'histoire du si&#232;cle &#224; la coh&#233;rence de la th&#232;se, Furet - sans avoir &#224; entrer dans les m&#233;andres de l'histoire du communisme, puisque, nous dit-il, ce n'est pas son propos - ne se complique pas inutilement la t&#226;che : l'exp&#233;rience sovi&#233;tique est &lt;i&gt;une&lt;/i&gt;, entre la parenth&#232;se ouverte par la prise du Palais d'hiver et la parenth&#232;se ferm&#233;e par la chute du mur de Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; regret, Furet se sent oblig&#233; d' &lt;i&gt;&#171; entrer dans la fameuse question de ce qui lie L&#233;nine et Staline et de ce qui les s&#233;pare &#187;&lt;/i&gt; (p. 168). Simple concession qui sera vite neutralis&#233;e. Car, si &lt;i&gt;&#171; rien n'emp&#234;che de les consid&#233;rer &#224; la fois comme unis et s&#233;par&#233;s &#187;&lt;/i&gt;, il n'existe entre eux - ou plus exactement entre les politiques qu'ils m&#232;nent - qu'une diff&#233;rence de degr&#233;. Ainsi l'exige la th&#232;se de Furet : il n'existe qu'une seule r&#233;volution russe, &#224; peine s&#233;par&#233;e en deux phases ; il n'existe qu'un seul communisme, qui transite d'un premier bolchevisme &#224; un second (p. 169, p. 177). De L&#233;nine &#224; Staline, on passe seulement d'un parti h&#233;g&#233;monique &#224; un parti totalitaire. La victoire de Staline &lt;i&gt;&#171; modifie le rapport du bolchevisme &#224; l'universel, en d&#233;pla&#231;ant l'accent de l'international au national &#187;&lt;/i&gt; (p. 161) : une simple inflexion, sans alt&#233;ration de sens. De l'universalisme d'Octobre au &#171; socialisme dans un seul pays &#187;, il s'agit d' &lt;i&gt;&#171; inventorier sinon la transformation, du moins le d&#233;placement &#187;&lt;/i&gt; (p. 161) : une simple translation en quelque sorte. De L&#233;nine &#224; Staline, n'existe qu'un seul processus. Le stalinisme n'est plus alors que le stade supr&#234;me de la r&#233;volution russe, avant de devenir, pour Furet, le stade supr&#234;me du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les principes d'organisation du parti bolchevik, la conception l&#233;niniste de la conqu&#234;te et de l'exercice du pouvoir aient pu &lt;i&gt;favoriser &lt;/i&gt;le triomphe de la bureaucratie, nul ne peut s&#233;rieusement le r&#233;cuser sans un examen s&#233;rieux. Que les mesures d'exception adopt&#233;es sous L&#233;nine soient loin d'avoir &#233;t&#233; toutes indiscutables, c'est d'autant plus clair que des communistes (et non des moindres) les ont discut&#233;es et combattues : il suffit de penser &#224; Rosa Luxembourg ou &#224; &#171; l'Opposition ouvri&#232;re &#187;. Que ces mesures aient jet&#233; les bases du pouvoir de Staline qui en d&#233;tourne &#224; son profit les effets, c'est une &#233;vidence. Rien n'est alors plus ais&#233; que de r&#233;soudre d'un mot qui amalgame l'intention et la fonction, la finalit&#233; et la contre-finalit&#233;, l'&#233;nigme des rapports entre L&#233;nine et Staline : L&#233;nine a pr&#233;par&#233; Staline. De cette v&#233;rit&#233; incontestable, mais partielle, on fera une le&#231;on mutil&#233;e et st&#233;rile, quand ce n'est pas un pur truisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une le&#231;on mutil&#233;e : un effort de compr&#233;hension historique, attentif aux tensions de l'histoire et de l'action, tenterait de saisir le jeu des finalit&#233;s et des contre-finalit&#233;s, des intentions et des conditions, au lieu de loger l'origine des d&#233;faites et des d&#233;sastres dans les passions et les id&#233;es, suffisamment simplifi&#233;es pour qu'elles paraissent simplistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une le&#231;on st&#233;rile : une tentative de bilan strat&#233;gique, &#233;conome en justification par les circonstances, s'efforcerait, de montrer comment les bolcheviks sont venus s'&#233;craser contre un mur qu'ils avaient pour une part construit de leurs mains, mais en examinant avec pr&#233;cision de quelles pierres il fut b&#226;ti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Furet n'en a cure : une compr&#233;hension historique sans nuance dispense d'embl&#233;e de tout bilan strat&#233;gique sans complaisance. Il lui suffit que la R&#233;volution russe soit une et indivisible. Pourtant, quelle que soit l'hypoth&#232;se retenue - que la victoire de Staline consacre une d&#233;faite de la r&#233;volution consomm&#233;e avant 1929 ou que ce soit avec cette victoire que l'URSS vive une contre-r&#233;volution - l'unit&#233; de la R&#233;volution russe est un mythe r&#233;trospectif : un simple d&#233;calque du mythe propag&#233; par ses fossoyeurs - Staline et les siens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Furet, qui n'en est pas &#224; une contradiction pr&#232;s, n'h&#233;site pas &#224; affirmer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mythe ne suffit pas &#224; d&#233;figurer les analyses que Furet consacre aux illusions contemporaines du stalinisme (...). Pourtant, avant d'en parcourir les formes post&#233;rieures &#224; 1932, Furet nous propose une histoire compar&#233;e des fr&#232;res ennemis : &lt;i&gt;&#171; Communisme et fascisme &#187;&lt;/i&gt; (chapitre 6). La raison en est simple : l'illusion communiste ne r&#233;v&#233;lerait sa v&#233;rit&#233; que dans le miroir tendu par le fascisme et le nazisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit ici du centre de l' &#171; interpr&#233;tation &#187; : il m&#233;riterait un examen (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Pour conduire son analyse, Furet prend deux pr&#233;cautions qui suffisent &#224; distinguer son essai d'un simple pr&#234;t-&#224;-porter id&#233;ologique : penser le totalitarisme sans abuser du concept ; penser le rapport entre les r&#233;gimes totalitaires sans simplifier les causes. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'objectif de la d&#233;monstration emporte, comme f&#233;tus de paille, toutes les consid&#233;rations de m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en va-t-il, tout d'abord, de &lt;i&gt;la comparaison&lt;/i&gt;. Ce qui est en question, pour Furet, c'est &lt;i&gt;&#171; la comparabilit&#233; entre r&#233;gimes communistes et r&#233;gimes fascistes du point de vue de la d&#233;mocratie lib&#233;rale &#187;&lt;/i&gt; (p. 217). Ce point de vue n'est pas ill&#233;gitime - toute comparaison peut &#234;tre f&#233;conde - mais ce n'est &#233;videmment pas le seul. Il n'est m&#234;me pas s&#251;r que le promontoire nous d&#233;couvre une vue imprenable, surtout quand le point de d&#233;part de la comparaison est identique &#224; son point d'arriv&#233;e : c'est parce que la d&#233;mocratie lib&#233;rale est la v&#233;rit&#233; de l'histoire qu'elle est la pierre de touche de toute comparaison ; c'est parce que la d&#233;mocratie lib&#233;rale est le sel (voire le sens) de l'histoire, que ses adversaires sont comparables au point d'&#234;tre jusqu'&#224; un certain point identiques. En effet : &lt;i&gt;&#171; Au lieu d'&#234;tre une exploration du futur, l'exp&#233;rience sovi&#233;tique constitue l'une des grandes r&#233;actions antilib&#233;rales et antid&#233;mocratiques de l'histoire europ&#233;enne, l'autre &#233;tant bien s&#251;r celle du fascisme, sous ses diff&#233;rentes formes. &#187;&lt;/i&gt; (p. 13). Pour pouvoir soutenir que fascisme et communisme sont deux r&#233;volutions, mais r&#233;actionnaires, il faut montrer que ce sont deux r&#233;volutions - et que l'exp&#233;rience sovi&#233;tique est une et indivisible : une m&#234;me r&#233;volution. L'argument qui permet de gager l'unit&#233; de l'illusion communiste sur la continuit&#233; de l'histoire de l'URSS sert une seconde fois : il est n&#233;cessaire d'&#233;tablir qu'il n'existe qu'un seul communisme, identique de nature entre L&#233;nine et Staline, avant de r&#233;duire &#224; l'unit&#233; essentielle le communisme et le fascisme. Comment r&#233;duire fascisme et communisme &#224; leur essence antilib&#233;rale, et l'id&#233;e communiste &#224; son essence r&#233;actionnaire ? En se donnant dans les termes m&#234;mes de la comparaison, la conclusion que l'on attend d'elle (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vaut alors l'&lt;i&gt;explication&lt;/i&gt; ? Comment expliquer cette communaut&#233; d'essence ? En lui taillant une causalit&#233; sur mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re op&#233;ration : l'&#233;viction du social, pulv&#233;ris&#233; avant d'&#234;tre balay&#233;. Furet commence par &#233;vacuer toute tentative d'explication par la structure des rapports sociaux ou par leur d&#233;structuration : la soci&#233;t&#233; est atomis&#233;e (parce qu'elle se d&#233;finirait par cette atomisation) et sa dynamique est r&#233;duite au jeu des passions. Que la soci&#233;t&#233; finisse par n'exister qu'&#224; travers les passions que suscite la fragilit&#233; constitutive de la domination bourgeoise, c'est ce dont nous avons d&#233;j&#224; pris la mesure. Que la politique elle-m&#234;me devienne la proie de ces passions, c'est ce que suffit &#224; &#233;tablir leur r&#244;le dans les catastrophes totalitaires. Mais de proche en proche, les rapports de classes et les rapports de force se dissolvent : puisque le politique ne s'explique pas par le social, le politique devient un principe d'explication autonome. Dans cette histoire sans soubassement, la causalit&#233; est en &#233;tat d'apesanteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me op&#233;ration : la promotion de la contingence. Pour Furet, bolchevisme et fascisme sont enti&#232;rement &#233;lucidables &#224; partir de deux accidents : une guerre accidentelle et des personnages exceptionnels. Premi&#232;re cause invoqu&#233;e : la guerre de 14-18, qui a boulevers&#233; les r&#232;gles du jeu d&#233;mocratique. &lt;i&gt;&#171; Bolchevisme et fascisme se suivent, s'engendrent, s'imitent et se combattent, mais auparavant ils naissent du m&#234;me sol, la guerre ils sont enfants de la m&#234;me histoire &#187;&lt;/i&gt;. (p. 197). La guerre 14-18 r&#233;v&#232;le alors son &#233;trange pouvoir d'explication : &#233;v&#233;nement inexplicable, il porte &#224; lui seul tout le poids de la causalit&#233;, strictement mesurable &#224; l'ampleur de ses cons&#233;quences. Seconde cause invoqu&#233;e : les incarnations individuelles de la passion. &lt;i&gt;&#171; Bolchevisme et fascisme en tant que vastes passions collectives, ont trouv&#233; &#224; s'incarner dans des personnages, h&#233;las, exceptionnels : c'est l'autre versant de l'histoire du XXe si&#232;cle, et ce qu'elle a eu d'accidentel, qui s'est joint &#224; ce qu'elle avait par avance de r&#233;volutionnaire &#187;&lt;/i&gt; (p. 199). Apr&#232;s avoir d&#233;lest&#233; l'histoire du poids des causalit&#233;s &#233;conomiques et sociales - du poids des antagonismes sociaux -, et r&#233;duit les &#233;v&#233;nements historiques &#224; des al&#233;as m&#233;t&#233;orologiques, il ne reste plus &#224; Furet qu'&#224; faire sa place &#224; la volont&#233; individuelle des grands monstres : L&#233;nine et Mussolini, Staline et Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le gain th&#233;orique de cette version complexe de l'histoire oppos&#233;e &#224; ses versions simplistes ? Le fascisme et le stalinisme s'expliquent l'un par l'autre, parce qu'ils s'expliquent tous deux par la guerre. Qu'est devenue la d&#233;mocratie lib&#233;rale ? Elle n'explique rien puisqu'elle est l'otage des deux autres. Furet a pris des pr&#233;cautions, mais c'est pour r&#233;pondre &#224; une question qu'il ne pose pas directement, mais qu'il se pose constamment : comment contourner l'explication par le capitalisme, les contradictions de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la division de la soci&#233;t&#233; en classes, les mystifications de la d&#233;mocratie lib&#233;rale ? La r&#233;ponse est cependant limpide : Furet se borne &#224; proposer &lt;i&gt;&#171; la voie classique de l'historien : l'inventaire des id&#233;es, des volont&#233;s et des circonstances &#187;&lt;/i&gt;. D'embl&#233;e, cette voie royale, parce qu'elle se d&#233;tourne &#224; la fois des origines et des structures pour ne retenir que des causes &#233;v&#233;nementielles, se transforme en chemin de traverse. Et si l'inventaire est, comme il se doit, s&#233;lectif, ce n'est pas par manque de place mais par principe : Furet filtre l'histoire comme on trie des lentilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me explicatif lui-m&#234;me est tron&#231;onn&#233; &#224; la racine. Alors que le totalitarisme n'est pas dissociable d'origines &#224; longue distance qui insistent dans le sous-sol de notre histoire, Furet tente d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de l'expliquer par des causes &#224; courte port&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans doute Hannah Arendt qui a su ma&#238;triser la distinction entre origines et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors que le totalitarisme n'est intelligible qu'inscrit dans la longue dur&#233;e, Furet puise largement dans le r&#233;servoir des usages id&#233;ologiques des temporalit&#233;s en histoire, pour le nouer &#224; l'accident : la guerre. Sans doute l'explication par l'imp&#233;rialisme, surtout quand elle est r&#233;duite &#224; un slogan, n'&#233;claire-t-elle qu'un versant de l'histoire, mais il ne suffit pas de la mentionner si c'est pour l'oublier aussit&#244;t. Alors que le totalitarisme porte &#224; leur paroxysme les paradoxes de la rationalit&#233; qui accompagnent le mariage des Lumi&#232;res et de la domination bourgeoise, Furet ne veut conna&#238;tre que les aventures du fanatisme. Sans doute, Horkheimer et Adorno ont-ils donn&#233; un tour fatal &#224; la perspective d'un avenir totalitaire de la raison, mais ils ne se sont pas laiss&#233;s berc&#233;s par la comptine d'une perversion accidentelle. Alors que le totalitarisme porte &#224; l'incandescence des techniques de domination exp&#233;riment&#233;es par la d&#233;mocratie lib&#233;rale, Furet n'en veut rien savoir. Sans doute Foucault qui n'a que partiellement explor&#233; le domaine (bien qu'il forme un arri&#232;re-plan constant de sa r&#233;flexion) est-il conduit &#224; relativiser &#224; l'exc&#232;s la sp&#233;cificit&#233; du totalitarisme, mais sa le&#231;on m&#233;rite mieux qu'un oubli d&#233;sinvolte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (...) Ainsi l'histoire lib&#233;rale ne devient interpr&#233;tative qu'&#224; condition de renoncer &#224; &#234;tre explicative. Encore cette histoire interpr&#233;tative est-elle rigoureusement r&#233;trospective - notariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Du-passe-faisons-table-rase-L-autopsie-du-communisme-selon-Francois-Furet-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;II. Une histoire notariale&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source &lt;/strong&gt; : &#171; Du pass&#233; faisons table rase ? L'autopsie du communisme selon Fran&#231;ois Furet &#187;, Revue &lt;i&gt;M, (&lt;/i&gt;mensuel, marxisme, mouvement), n&#176;80-81, janvier-f&#233;vrier 1996, pp. 7-15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une analyse compl&#232;te, lire : Denis Berger et Henri Maler, &lt;i&gt;Une certaine id&#233;e du communisme. R&#233;pliques &#224; Fran&#231;ois Furet&lt;/i&gt;, &#201;d. du F&#233;lin, 1996. L'ouvrage est malheureusement &#233;puis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L304xH477/un_certaine_idee_du_communisme-3-59218.jpg?1726258864' width='304' height='477' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Calmann L&#233;vy/Robert Laffont, 1995. C'est &#224; cette premi&#232;re &#233;dition qu'il est fait ici r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il peut avoir l'esprit faux, il n'a jamais l'esprit court &#187; : c'est Furet qui parle, non de lui-m&#234;me, il est vrai, mais de Marx... (&lt;i&gt;Marx et la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Flammarion, 1986, p. 107). Les lignes qui suivent ne sont que des extraits d'un ouvrage en cours de pr&#233;paration, r&#233;dig&#233; en collaboration avec Denis Berger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous nous permettons de renvoyer sur ce point &#224; notre &#171; essai d'interpr&#233;tation &#187; : &lt;i&gt;Convoiter l'impossible. L'utopie avec Marx, malgr&#233; Marx&lt;/i&gt;, Albin Michel, octobre 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est &#224; Rousseau et &#224; Tocqueville en effet que Furet se r&#233;f&#232;re. &#192; Tocqueville, d'abord, car ce dernier ne cesse de souligner que &#171; dans la confusion de toutes les classes, chacun esp&#232;re para&#238;tre ce qu'il n'est pas &#187; (&lt;i&gt;De la D&#233;mocratie en Am&#233;rique&lt;/i&gt;, Garnier-Flammarion, t.2 p. 64) et d'&#233;voquer la passion de la distinction qui anime les hommes des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques (t.2 pp. 268, 281-282), ainsi que le r&#244;le de l'ambition (p. 299 sq.). &#192; Rousseau, ensuite, du moins celui du second &lt;i&gt;Discours&lt;/i&gt; pr&#233;cise Furet qui n'a garde d'oublier que l'auteur du &lt;i&gt;Contrat social&lt;/i&gt; devrait &#234;tre tenu pour responsable de l'id&#233;ologie de la Terreur. Mais Rousseau attribue &#224; l'in&#233;galit&#233; la passion de se distinguer que Tocqueville attribue &#224; l'&#233;galit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le th&#232;me revient sans cesse : pp. 20, 24, 29, 31, 36, 55, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tocqueville, une fois encore n'est pas tr&#232;s loin, pour qui de l'&#233;galit&#233; des conditions na&#238;t l'amour de l'&#233;galit&#233; ou passion de l'&#233;galit&#233; (&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., t.2, pp. 119, 122), par nature insatiable : &#171; ...le d&#233;sir de l'&#233;galit&#233; devient toujours plus insatiable &#224; mesure que l'&#233;galit&#233; est plus grande &#187; (&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., t.2, p. 174). D&#233;sir d&#233;multipli&#233; par la r&#233;volution. En effet : &#171; La d&#233;mocratie porte les hommes &#224; ne pas se rapprocher de leurs semblables ; les r&#233;volutions d&#233;mocratiques les disposent &#224; se fuir et perp&#233;tuent au sein de l'&#233;galit&#233; la haine que l'in&#233;galit&#233; a fait na&#238;tre &#187; (&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., t.2, p. 130).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Furet et D. Richet, &lt;i&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt; (1965), Nouvelles Editions Marabout, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais quand il s'agit des illusionn&#233;s de cette esp&#232;ce, Furet dispose d'une explication ad hoc : &#171; cet aveuglement a d'ailleurs un fondement plus profond que le simple attachement &#224; une tradition : c'est l'incapacit&#233; &#224; jauger et &#224; juger l'in&#233;dit &#187; (p. 178).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Furet, qui n'en est pas &#224; une contradiction pr&#232;s, n'h&#233;site pas &#224; affirmer que la R&#233;volution Russe est termin&#233;e en 1920-1921 (pp. 118, 123, 156). Et l'on peut - bien que les opposants communistes au stalinisme en d&#233;battent encore - lui donner raison quand il fait co&#239;ncider avec la r&#233;pression de la r&#233;volte de Cronstadt la d&#233;faite de la R&#233;volution. Quel sens faut-il alors donner &#224; ce qui lui succ&#232;de ? Car &#224; cette premi&#232;re mort de la R&#233;volution russe succ&#232;de au moins une seconde : &#171; le premier bolchevisme est mort avec la victoire de Staline (...). La r&#233;volution est morte &#187;. Deux d&#233;c&#232;s pour une m&#234;me r&#233;volution, sans parler de l'effondrement final, cela en fait au moins un de trop.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit ici du centre de l' &#171; interpr&#233;tation &#187; : il m&#233;riterait un examen d'une toute autre ampleur que celui qui n'est ici qu'esquiss&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans doute Hannah Arendt qui a su ma&#238;triser la distinction entre origines et causes (comme le reconna&#238;t Furet, &#224; la page 496), n'a-t-elle explor&#233;, inscrites dans l'imp&#233;rialisme et l'antis&#233;mitisme, que les origines du r&#233;gime nazi (comme le note Furet, &#224; la page 498), mais elle n'a pas tent&#233; (comme Furet l'invite apr&#232;s coup &#224; le faire, &#224; la m&#234;me page) de les dissoudre pour faciliter la comparaison avec le r&#233;gime stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du pass&#233; faisons table rase ? L'autopsie du communisme, selon Fran&#231;ois Furet (2)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/Du-passe-faisons-table-rase-L-autopsie-du-communisme-selon-Francois-Furet-2.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/Du-passe-faisons-table-rase-L-autopsie-du-communisme-selon-Francois-Furet-2.html</guid>
		<dc:date>2016-03-10T10:54:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Furet</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;pliques &#224; son essai : &lt;i&gt;Le pass&#233; d'une illusion. Essai sur l'id&#233;e communiste au XXe si&#232;cle &lt;/i&gt;(1995). Deuxi&#232;me partie : Une histoire notariale.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Marx-communisme-utopie-.html" rel="directory"&gt;Marx, communisme, utopie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Francois-Furet-+.html" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Furet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L92xH150/arton33-b4cff.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'essai de Fran&#231;ois Furet,&lt;i&gt; Le pass&#233; d'une illusion. Essai sur l'id&#233;e communiste au XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Calmann L&#233;vy/Robert Laffont, 1995. C'est &#224; cette premi&#232;re &#233;dition qu'il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a re&#231;u, lors de sa parution en 1995, un accueil &#233;logieux et m&#234;me dithyrambique. Les r&#233;pliques qui suivent, publi&#233;s dans la &#171; Revue &lt;i&gt;M (&lt;/i&gt;mensuel, marxisme, mouvement) &#187; en janvier 1996 sont des extraits d'un ouvrage (aujourd'hui &#233;puis&#233;) qui &#233;tait alors en cours de r&#233;daction : Denis Berger et Henri Maler, &lt;i&gt;Une certaine id&#233;e du communisme. R&#233;pliques &#224; Fran&#231;ois Furet&lt;/i&gt;, &#201;d. du F&#233;lin, 1996. Elles sont reproduites ici en deux parties. &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/Du-passe-faisons-table-rase-L-autopsie-du-communisme-selon-Francois-Furet-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;I. Une histoire lib&#233;rale&lt;/a&gt; et, ci-dessous : II. Une histoire notariale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;L'autopsie du communisme, selon Fran&#231;ois Furet&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;II. Une histoire notariale&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;L'historien intervient au moment de tourner la page, quand la page est d&#233;j&#224; tourn&#233;e, pour nous inviter &#224; tourner la page et nous dire comment la tourner. Furet est devenu le sp&#233;cialiste de cette histoire terminale, consomm&#233;e. Apr&#232;s nous avoir inform&#233;s de la fin de la R&#233;volution fran&#231;aise, il ouvre le livre des obs&#232;ques de l'id&#233;e communiste. Entre temps, il avait dat&#233; de la seconde &#233;lection de Mitterrand, la fin de l'exception fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si Furet proclame la fin de la R&#233;volution fran&#231;aise, ce n'est pas seulement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Furet, en bon historien, a pris son temps pour &#233;riger le tribunal de l'histoire. Mais la sentence est enfin tomb&#233;e : de l'exp&#233;rience sovi&#233;tique, il ne reste rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien ne peut fonder sa l&#233;gitimit&#233; que sur l'histoire r&#233;volue : il lui faut donc, question d'urgence m&#233;thodologique, clore l'histoire pour entreprendre de l'&#233;crire ; et, question d'opportunit&#233; politique, interpr&#233;ter l'histoire pour tenter de la clore : la chouette de Minerve n'est plus philosophe mais historienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre froide est finie, mais Furet r&#233;clame &#224; sa fa&#231;on le remboursement de l'emprunt russe. L'effondrement du communisme stalinis&#233; est, pour quelque temps encore, une aubaine : il permet d'envelopper dans un m&#234;me discr&#233;dit le d&#233;sastre du stalinisme, la critique du capitalisme et l'horizon du communisme. Mais les b&#233;n&#233;fices cumul&#233;s que l'historien lib&#233;ral tente d'encaisser &#224; l'occasion d'une conjoncture historique favorable menacent, s'ils sont imprudemment r&#233;investis, d'&#234;tre engloutis au prochain crash historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;face de l'ouvrage entonne la ritournelle de la &#171; table rase &#187; ; l'&#233;pilogue la reprend en fin de course. Ce qui est vrai des r&#233;gimes stalinis&#233;s de l'Est-Europe, serait vrai du communisme lui-m&#234;me. Du communisme d'hier, ou de ce qui passait pour tel, &#171; il ne subsiste pas une id&#233;e &#187;. C'est que l'id&#233;e communiste elle-m&#234;me s'est effondr&#233;e. Comme l'id&#233;e s'est incarn&#233;e dans un h&#233;raut qui, pour Furet, en aurait absorb&#233; et proclam&#233; tout le sens, l'effondrement du stalinisme vaut testament du l&#233;ninisme : &lt;i&gt;&#171; L&#233;nine ne laisse pas d'h&#233;ritage &#187;&lt;/i&gt; (p. 12). Le pr&#233;sent, discr&#232;tement magnifi&#233;, a valeur de confirmation testamentaire : &lt;i&gt;&#171; rien d'autre n'est visible dans les d&#233;bris des r&#233;gimes communistes que le r&#233;pertoire familier de la d&#233;mocratie lib&#233;rale &#187;&lt;/i&gt; (p. 13). La conclusion confirme l'introduction : les r&#233;gimes communistes laissent la place &#224; la &lt;i&gt;&#171; panoplie enti&#232;re de la d&#233;mocratie lib&#233;rale &#187;&lt;/i&gt; (p. 571).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;pilogue r&#233;p&#232;te avec d'autres mots la pr&#233;face, c'est que tout l'ouvrage tient dans cette certitude : l'id&#233;e communiste est priv&#233;e de tout recours. Son destin efface son pass&#233;, et l'histoire notariale solde ce pass&#233; pour le priver de tout avenir : &#171; L'id&#233;e d'une autre soci&#233;t&#233; est devenue presque impossible &#224; penser, et d'ailleurs personne n'avance sur le sujet, dans le monde d'aujourd'hui, m&#234;me l'esquisse d'un concept neuf. Nous voici condamn&#233;s &#224; vivre dans le monde o&#249; nous vivons &#187; (p. 572). Si le pass&#233; est enterr&#233; et l'avenir impensable, il ne reste plus qu'&#224; rehausser les couleurs ternies de la r&#233;signation au pr&#233;sent par l'expiation de l'histoire d&#233;funte : posture sagement religieuse, qui permet de rationaliser bien des rages posthumes.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Notaire du fait accompli, scrupuleux d'authentifier les actes, l'historien r&#233;dige alors les testaments de l'histoire. Employ&#233; aux r&#233;&#233;critures, pench&#233;es tristement sur ses grimoires, il tient le livre de comptes des esp&#233;rances fourvoy&#233;es et le livre de bord des illusions d&#233;funtes. Occup&#233; &#224; refaire le trajet de nos illusions, il ravaude le tissu d&#233;chir&#233; de la v&#233;rit&#233; pour envelopper l'audace de la libert&#233; dans le linceul de l'histoire. La nuit venue, encore impr&#233;gn&#233; des d&#233;sirs de la veille, il r&#234;ve de para&#238;tre au tribunal de l'histoire, non plus comme acteur ou comme instigateur, mais comme jur&#233; ou comme expert. Les b&#226;tisseurs de ruines ont livr&#233; leur pass&#233; aux fouilleurs de d&#233;combres et abandonn&#233; l'avenir &#224; la morne gestion du pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire en train de se faire n'offre aucun observatoire privil&#233;gi&#233; qui permette de se tenir au centre de la sc&#232;ne, de parcourir le sens des &#233;v&#233;nements, de savoir &#224; coup s&#251;r de quel avenir le pr&#233;sent est charg&#233; et quelle signification l'avenir donnera &#224; ce pr&#233;sent. Par d&#233;finition, l'historien dispose de la distance n&#233;cessaire. Tout d&#233;pend de l'usage qu'il fera de ses atouts. Le privil&#232;ge historien peut n'&#234;tre que la forme savante de la rente et la lucidit&#233; analytique la forme savante de la veulerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; toute histoire est n&#233;cessaire une but&#233;e qui, arr&#234;tant ne serait-ce que provisoirement l'encha&#238;nement des &#233;v&#233;nements, permet d'en reconstituer la trame. Mais Furet est habit&#233; par une v&#233;ritable passion du d&#233;nouement. S'il est contraint de se placer &#224; la fin de l'histoire, c'est - du moins le croit-il ou affecte-t-il de le croire - par l'histoire elle-m&#234;me. Et &#224; d&#233;faut de s'assurer de l'existence du d&#233;nouement, il faut l'improviser. De l'histoire se faisant, il saute &#224; pieds joints &#224; l'histoire r&#233;volue : aussi peut-il s'&#233;pargner d'avoir &#224; penser les incertitudes et les aventures de l'histoire &#224; faire. De l'histoire &#224; faire, il s'abstrait totalement et l'absorbe dans une histoire immobile. L'histoire de l'historien est alors sans risques et sans restes. L'historien attend son heure - qui est l'heure des bilans. Le moment venu, il tend son hamac, car l'heure des bilans est l'heure de la sieste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furet fait un r&#234;ve : le r&#234;ve d'une histoire immobile - une histoire refroidie, une histoire canalisable parce qu'elle serait d&#233;cidable avant de s'accomplir - une histoire contenue dans les limites du possible, mais d'un possible r&#233;duit &#224; la morne r&#233;p&#233;tition de l'advenu : un possible qui serait d&#233;cidable avant l'action, pour que l'action n'ait pas, &#224; ses risques et p&#233;rils, &#224; l'&#233;prouver et &#224; le trancher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action politique ne conna&#238;t jamais int&#233;gralement ni ses effets ni son sens. Elle est toujours partiellement aveugle aux contre-finalit&#233;s qu'elle suscite. Elle se d&#233;ploie dans l'opacit&#233; du moment actuel et dans le jeu obscur des rapports de forces. Elle ne conna&#238;t que des batailles, perdues ou remport&#233;es, dont la fonction et le sens n'appara&#238;tront qu'&#224; l'issue de la guerre. Elle sait que des retraites tactiques peuvent pr&#233;parer une contre-offensive ou ouvrir la voie &#224; la d&#233;route. Mais elle ne peut conna&#238;tre la place qu'occupe la retraite effectu&#233;e avant terme. Pourtant, quand il s'agit de r&#233;partir l'h&#233;ritage, les comptes qui n'ont pas &#233;t&#233; tenus &#224; jour, peuvent et doivent &#234;tre faits : telle est la &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; fonction que s'assigne l'historien quand il est m&#251; par une passion n&#233;crophage. Alors, dans le r&#233;troviseur de l'histoire notariale, la s&#233;rie des coups de d&#233;s s'organise en destin ; et le temps est venu de solder l'h&#233;ritage, en le redistribuant aux l&#233;gataires : l'historien, repu de connaissances, cr&#233;dite de la plus grande lucidit&#233; le penseur dont les quelques id&#233;es ressemblent le plus au cours de l'histoire ult&#233;rieure ; il distribue des prix et r&#233;partit des palmes, adoube les chevaliers de la morne connaissance et consacre les sacristains de l'id&#233;e plate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire qui se fait est opaque ; l'histoire qui se solde est translucide. Que les acteurs de l'histoire la parcourent &#224; t&#226;tons ou &#224; grandes enjamb&#233;es, ils explorent le possible les yeux mi-clos, en d&#233;cident et le dessinent sans le conna&#238;tre vraiment. Les spectateurs de l'histoire r&#233;pertorient les causes et les circonstances, refont le possible en sens inverse, th&#233;oriquement &#224; l'endroit et pratiquement &#224; l'envers. Car, pratiquement, toujours dans l'histoire une autre histoire &#233;tait possible. Le possible n'est pas cette ombre du pr&#233;sent, rejet&#233;e dans le pass&#233;e et donn&#233;e pour pr&#233;formation du r&#233;el - ce possible r&#233;trospectif que vise la critique de Bergson. Mais il n'est pas non plus ce fant&#244;me sans &#233;paisseur qui circule parmi les tombes auquel Furet le r&#233;duit. Car Furet ne se berce pas de l'illusion d'une histoire trac&#233;e d'avance ou enti&#232;rement comprise dans ses causes ; il fait une place au possible, mais au possible contingent qu'il ne cesse de confronter &#224; des possibles abstraits. La possibilit&#233; r&#233;elle, mais contrari&#233;e, ne trouve pas gr&#226;ce &#224; ses yeux. Pourtant, &#224; chaque &#233;tape de l'histoire, plusieurs possibilit&#233;s s'ouvrent qui permettraient d'en modifier le cours. Nul savoir, qu'il soit prospectif ou r&#233;trospectif, ne permet de les conna&#238;tre avec certitude. Dans la perspective d'un approfondissement de la d&#233;mocratie sovi&#233;tique, la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante pouvait n'&#234;tre qu'un risque ou un &#233;pisode. Le risque &#233;tait mortel, comme l'avait per&#231;u Rosa Luxembourg. Mais il n'&#233;tait inscrit dans nul ciel d&#233;mocratique que cette dissolution devait in&#233;vitablement se retourner contre toute forme de d&#233;mocratie. Dans la perspective d'une extension internationale de la R&#233;volution, la paix de Brest-Litovsk n'&#233;tait qu'un recul temporaire. Il n'&#233;tait inscrit dans aucune conjonction astrale qu'elle servirait de caution &#224; la th&#233;orie du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;. Dans la m&#234;me perspective, les retraites temporaires de la R&#233;volution russe ne pr&#233;paraient ni le retour &#224; un capitalisme sauvage ni une collectivisation meurtri&#232;re. C'est l'histoire r&#233;trospective qui fatalise, en substituant le point de vue du spectateur au point de vue de l'acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux al&#233;as de l'histoire ouverte, Furet pr&#233;f&#232;re le spectacle de l'histoire ferm&#233;e. L'historien se retourne vers le pass&#233; pour le clore et l'embaumer, l'enfermer dans ses effets, la refermer sur ses r&#233;sultats. Rien de plus ais&#233; : l'histoire apr&#232;s de longues chevauch&#233;es semble s'immobiliser un moment. Apr&#232;s la po&#233;sie, la prose. La v&#233;rit&#233; du cours des &#233;v&#233;nements semble donn&#233;e par son issue. L'historien positiviste peut alors tracer entre le point de d&#233;part et le point d'arriv&#233;e la ligne droite qui, comme chacun sait, est le plus court chemin. Strat&#232;ge des batailles dont il conna&#238;t l'issue, il fait l'histoire en tentant de la refaire, recense les coups hasardeux, les escapades sans issue, les trag&#233;dies sans raison, les d&#233;tours et les &#171; d&#233;rapages &#187;. Il d&#233;cide du moment o&#249; se sont invers&#233;s les rapports de force, sold&#233;es les possibilit&#233;s, &#233;puis&#233;es les potentialit&#233;s. Il peut dire avec certitude le moment o&#249; les tentatives de forcer le destin devait buter sur lui, se cabrer au lieu de reprendre &#233;lan, succomber au lieu de reprendre vie. Sous le regard r&#233;trospectif de l'historien, la chronologie remplace la strat&#233;gie : l'ordre des &#233;v&#233;nements &#233;puise l'incertitude de leur agencement. L'histoire que son contemporain tenait pour ouverte, trouve dans l'historien le t&#233;moin de sa cl&#244;ture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acteur historique qui juge du pr&#233;sent au nom d'un avenir possible s'expose &#224; tous les risques. Le spectateur historien qui juge du pass&#233; au nom du pr&#233;sent n'en court aucun : m&#234;me pas celui d'une v&#233;ritable connaissance. L'histoire devient alors le territoire du scepticisme - ultime r&#233;duit de la sagesse. Car Furet est un sage, dont toute la sagesse tient dans cette maxime d'historien d&#233;sabus&#233; : il est pr&#233;f&#233;rable que les hommes entrent dans l'histoire en abandonnant toute esp&#233;rance. A ce point convergent le r&#234;ve, la sagesse et le d&#233;sespoir de l'historien. Son r&#234;ve : immobiliser l'histoire. Sa sagesse : s'immobiliser au milieu de l'histoire ou en fin de partie. Son d&#233;sespoir : savoir que l'histoire se moque de son r&#234;ve et de sa sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car telle est la mal&#233;diction de l'historien : l'histoire ne s'arr&#234;te pas au jugement que l'on porte sur elle. Elle n'en tient m&#234;me aucun compte. Du ch&#339;ur tragique qui ne cesse de d&#233;plorer que l'histoire soit ainsi une d&#233;esse intraitable, &#233;merge alors un r&#233;citant qui ne nous propose, tout compte fait, qu'une nouvelle version de la belle &#226;me : la belle &#226;me historienne. Les trag&#233;dies de l'histoire - ses d&#233;sastres sans nom et sans concept, ses catastrophes r&#233;currentes qui en font une catastrophe en permanence - ne comportent alors que des le&#231;ons dissuasives : s'abstenir de provoquer la col&#232;re qui gronde en permanence dans le vain espoir de l'emp&#234;cher d'&#233;clater. A tous ceux qui seraient tent&#233;s de conjurer la catastrophe au risque de la pr&#233;cipiter, l'histoire conseille de se taire. Et cette histoire dissuasive, qui ne s'adresse qu'&#224; ceux qui la liront, n'est qu'une nouvelle tentative de r&#233;concilier l'intellectuel avec sa fonction, sa classe, son Etat : conseiller du Prince, &#233;claireur du peuple, d&#233;corateur de la domination.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Histoire comparatiste qui mesure l'histoire et les r&#233;gimes politiques &#224; l'aune de la d&#233;mocratie lib&#233;rale, comme si elle &#233;tait, au-del&#224; du fascisme et du totalitarisme, le seul terme de comparaison possible. Histoire relativiste qui sous couvert de conjurer le d&#233;terminisme monocausal se dissout dans la pure contingence : l'histoire selon Furet vise les trag&#233;dies du si&#232;cle et manque leur caract&#232;re tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furet rep&#232;re quelques paradoxes de l'histoire du XXe si&#232;cle. Mais l'&#233;nonc&#233; des paradoxes qui scandalisent l'intelligence historienne recouvre g&#233;n&#233;ralement l'&#233;vocation des d&#233;sastres qui ont sinistr&#233; des peuples entiers. Ce nivellement n'abolit pas toute hi&#233;rarchie : le discours de Furet sur les paradoxes a son propre centre de gravit&#233;, d&#233;lib&#233;r&#233;ment et unilat&#233;ralement fix&#233;, car son propos n'est pas de montrer comment l'&#233;mancipation a &#233;t&#233; prise en otage, neutralis&#233;e et combattue, parfois jusqu'&#224; l'an&#233;antissement, mais comment la d&#233;mocratie lib&#233;rale fut la cible et la victime principales d'un quasi-complot. C'est pourquoi il privil&#233;gie ses propres h&#233;ros - les opposants lib&#233;raux aux deux monstres du temps : les communistes prisonniers de leur all&#233;geance stalinienne et, surtout, les r&#233;volutionnaires en rupture non seulement avec le fascisme, mais &#233;galement avec le stalinisme, n'ont droit qu'&#224; une lointaine commis&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait multiplier les exemples, mais l'Espagne est un excellent &#171; observatoire &#187; - pour reprendre un mot que Furet affectionne - pour juger du sens de son essai. Les pages qu'il consacre &#224; la guerre d'Espagne sont parmi les meilleures. Mais, pr&#233;occup&#233; de recenser les bonnes et les mauvaises raisons de la non-intervention des gouvernements d&#233;mocratiques, Furet omet de mentionner le paradoxe central de la trag&#233;die espagnole : en raison m&#234;me de la politique de non-intervention, sans le soutien de l'URSS, la R&#233;publique eut &#233;t&#233; imm&#233;diatement vaincue, &#224; cause de l'intervention de l'URSS, elle &#233;tait in&#233;vitablement perdante. Le poids d&#233;sastreux de l'URSS en Espagne a &#233;t&#233; proportionn&#233; &#224; celui des d&#233;robades des gouvernements d&#233;mocratiques qui ont laiss&#233; le champ libre &#224; une politique stalinienne que Furet r&#233;sume par ailleurs fort bien. Mais Furet se borne &#224; imaginer une politique de non-intervention qui aurait consist&#233; &#224; imposer &#224; l'URSS de ne pas intervenir. Dans un ouvrage enti&#232;rement d&#233;di&#233; &#224; l'impossibilit&#233; d'&#234;tre communiste sans &#234;tre stalinien, Furet n'a pas grand-chose &#224; nous dire de l'isolement tragique des r&#233;volutionnaires espagnols que les d&#233;mocraties lib&#233;rales, par principe, ne pouvaient soutenir, et que Staline, par principe, devait contribuer &#224; an&#233;antir. Le silence de Furet, sur ce point au moins, &#233;pouse les succ&#232;s du stalinisme : non par d&#233;faut de probit&#233;, mais par choix politique - parce que le m&#233;moire d'un lib&#233;ral ne peut rendre justice aux combats des r&#233;volutionnaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre Fran&#231;ois Furet et Ken Loach (Land and Freedom), il faut choisir...&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furet d&#233;crit avec &#233;loquence le paradoxe d'un antifascisme qui dispense de s'interroger sur nature du r&#233;gime stalinien et interdit de le combattre, du moins frontalement. Mais Furet ne veut conna&#238;tre que l'isolement de l'anticommunisme lib&#233;ral, en tenant pour n&#233;gligeable l'importance, ne serait-ce que morale, de l'antistalinisme r&#233;volutionnaire. Et dans le m&#234;me esprit il ne peut ni ne veut conc&#233;der, parmi les ironies tragiques et grima&#231;antes du si&#232;cle, aucune place &#224; celle-ci : les crises du capitalisme et de la d&#233;mocratie parlementaire ont commenc&#233; par l&#233;gitimer le stalinisme, avant que l'effondrement du stalinisme ne vienne l&#233;gitimer le capitalisme et la d&#233;mocratie parlementaire. Furet d&#233;crit le premier acte quand il montre comment, apr&#232;s la crise de 29, l'URSS tire son prestige de l'illusion d'une soci&#233;t&#233; qui aurait conjur&#233; les crises du capitalisme gr&#226;ce aux prodiges de la planification et comment ces prodiges permettent au r&#233;gime stalinien de dissimuler ses crimes. Mais Furet nous propose du dernier acte une version aseptis&#233;e : il tient, sans retenue, l'illusion d'une virginit&#233; retrouv&#233;e du capitalisme, pour un heureux d&#233;nouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelque fa&#231;on que l'on triture l'histoire, les faits sont l&#224; : &#171; l'antifascisme &#187; partag&#233; entre d&#233;mocrates et staliniens a sans nul doute aveugl&#233; sur la nature de l'URSS et lui a servi de caution ; mais il est ind&#233;niable que l'URSS a puissamment contribu&#233; &#224; la d&#233;faite d'Hitler. De quelque fa&#231;on que l'on interpr&#232;te la d&#233;mocratie lib&#233;rale, les faits s'ent&#234;tent : c'est l'existence d'un mouvement ouvrier stalinis&#233; et d'un Etat totalitaire qui a pouss&#233; les Etats d&#233;mocratiques &#224; adopter enfin le suffrage universel en l'&#233;tendant aux femmes, &#224; faire figurer les droits sociaux au nombre des droits de l'homme, &#224; accepter, de gr&#233; ou de force, la d&#233;colonisation, malgr&#233; la &#171; guerre froide &#187;, et &#224; cause d'elle. Ces arguments suffisent &#224; ceux qui s'obstinent &#224; voir dans le stalinisme des aspects positifs qui interdiraient de noircir le bilan : cette histoire pieuse et scandaleuse, ballott&#233;e entre les &#171; bilans globalement positifs &#187; et &#171; les r&#233;sultats positifs malgr&#233; tout &#187;, n'est pas la n&#244;tre. Le XXe si&#232;cle est bien un si&#232;cle de trag&#233;dies parce qu'il est un si&#232;cle de paradoxes : un si&#232;cle o&#249; toute d&#233;faite du stalinisme menace de se transformer en d&#233;faite du prol&#233;tariat ; un si&#232;cle o&#249; la victoire sur le nazisme d&#233;pend de la victoire du stalinisme. Un si&#232;cle o&#249; le stalinisme parvient &#224; endetter ses adversaires en leur pr&#234;tant parfois main forte ; &#224; soutenir les mouvements de lib&#233;ration nationale, alors qu'il tente de d&#233;ployer son expansionnisme &#224; travers eux, avant de les laisser s'enliser. Les paradoxes tragiques sont alors &#224; leur comble : car les dettes de la d&#233;mocratie - lib&#233;rale ou pas - &#224; l'&#233;gard du stalinisme rendent encore plus grima&#231;ant ce qu'il a d'inexpiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces paradoxes tragiques ne sont rien compar&#233;s &#224; ces trag&#233;dies sans paradoxes que furent les camps d'extermination. Laissons de c&#244;t&#233; les jeux convenus auxquels s'&#233;puisent quelques intellectuels et journalistes qui rivalisent de sensibilit&#233; r&#233;trospective : Furet ne participe gu&#232;re &#224; l'&#233;talage de sensiblerie comm&#233;morative et humanitaire qui tient d&#233;sormais lieu de politique et de penser antitotalitaires. Tenons pour l&#233;gitimes les limites d'un essai dont l'objet n'est nullement de faire face aux difficult&#233;s de penser l'impensable : il reste que Furet aborde les catastrophes du si&#232;cle et qu'il est parfaitement admissible de se demander si son histoire interpr&#233;tative ne contribue pas &#224; les rendre encore plus opaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut faire cr&#233;dit &#224; Furet d'une interrogation insistante sur les &#233;v&#233;nements qui ne se laissent r&#233;duire &#224; leurs causes ni par leur d&#233;roulement ni par leurs effets. Il esquisse depuis longtemps une pens&#233;e de la d&#233;mesure et de la catastrophe. Il refuse de se laisser rassurer &#224; bon compte par l'histoire providentielle, analytique ou dialectique, qui inscrit les trag&#233;dies parmi les faux-frais du progr&#232;s : ni Condorcet, ni Hegel ; ni Michelet ni Jaur&#232;s. Mais press&#233; d'en d&#233;coudre avec toute tentative de donner un sens au non-sens, il ne nous laisse, pour penser les catastrophes, que des causalit&#233;s d'exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Japon nous en est t&#233;moin, pays des tremblements de terre et des explosions nucl&#233;aires, les cataclysmes naturels et les catastrophes historiques offrent un r&#233;pertoire commode d'analogies et de m&#233;taphores qui naturalisent l'histoire et fatalisent la contingence. Alors prolif&#232;re cette autre fa&#231;on d'acclimater la catastrophe, sans renoncer &#224; exprimer la terreur qu'elle inspire : la r&#233;duire &#224; un accident. Dans cette optique, les accidents se suivent, ils ne se ressemblent pas ; irr&#233;ductibles les uns aux autres, ils sont comparables sans doute, mais sans lien entre eux : &#233;ruptions qui ne sont que des interruptions, in&#233;vitables sans doute, mais d&#233;ductibles de causalit&#233;s qui leur sont particuli&#232;res - impr&#233;visibles comme la rencontre al&#233;atoire de s&#233;ries causales ind&#233;pendantes. Des catastrophes se succ&#232;dent sans &#234;tre, d'aucun point de vue, la r&#233;p&#233;tition d'une m&#234;me catastrophe. Pourtant - comparaison pour comparaison - si la catastrophe historique &#224; quelque parent&#233; avec le cataclysme naturel, c'est parce qu'ils ne sont pas intelligibles sans faire r&#233;f&#233;rence au sol qui les fait na&#238;tre, non pas &#224; la fa&#231;on de causes engendrant n&#233;cessairement leurs effets, mais &#224; celles des conditions pr&#233;parant sourdement leurs cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; sa fa&#231;on, Furet tente bien de rep&#233;rer des liaisons et d'offrir des comparaisons, mais il en borde si bien le cadre que l'incendie - accidentel - ne se propage qu'entre deux foyers : fascismes et stalinisme. Il suffit alors de recourir au courage d'un pompier lib&#233;ral pour en &#233;teindre les derniers brasiers. A sa fa&#231;on, Furet n'ignore pas que les d&#233;sastres historiques naissent d'un sol d&#233;termin&#233;, mais il en lime si bien les asp&#233;rit&#233;s, que la catastrophe n'est plus qu'un nid-de-poule au d&#233;tour d'une voie qu'il suffirait de mieux goudronner : la d&#233;mocratie lib&#233;rale g&#233;n&#233;ratrice de la passion r&#233;volutionnaire. &#171; Le ventre est encore f&#233;cond &#187;, mais, alors qu'il ne cesse d'enfanter, Furet se console avec quelques intersaisons, et s'ing&#233;nie &#224; croire que &#171; la b&#234;te immonde &#187; est log&#233;e dans un ventre ang&#233;lique.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'histoire que nous conte Furet est une longue d&#233;ploration : les acteurs de l'histoire sont d&#233;cid&#233;ment moins lucides que ses juges. Mesur&#233;e au diagnostic de l'histoire r&#233;volue, toute histoire se faisant para&#238;t morbide. A moins que ne soit morbide, le r&#234;ve de l'historien d'abolir l'histoire aventuri&#232;re dans une histoire renti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on de l'histoire selon Furet est un long soupir de soulagement : aucun avenir ne nous menace. Entre la contre-r&#233;volution tourn&#233;e vers un impossible pass&#233; et la r&#233;volution tourn&#233;e vers un inaccessible avenir ne reste qu'un ind&#233;passable pr&#233;sent : &lt;i&gt;&#171; nous voici condamn&#233;s &#224; vivre dans le monde o&#249; nous vivons &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute cela ne va-t-il pas sans quelque amertume...Mais l'attachement au pr&#233;sent soulage les consciences convalescentes, hant&#233;es par les cauchemars et inqui&#232;tes de leur retour. Le lib&#233;ral, vaccin&#233; par le pass&#233; contre tout avenir, se cramponne &#224; ce qu'il tient sous la main : le r&#233;pertoire familier et la panoplie enti&#232;re de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Les catastrophes d'hier n'&#233;tant en rien imputable &#224; la bourgeoisie, elle est par avance disculp&#233;e de celles de demain. Go&#251;tons avec Furet, mais bri&#232;vement, ce moment d'extase. Car l'hu&#238;tre lib&#233;rale, attach&#233;e au pr&#233;sent comme &#224; son rocher, craint parfois que la mar&#233;e ne l'emporte : le pr&#233;sent qui a si bien dig&#233;r&#233; les catastrophes dont il est issu est &#224; la merci de nouveaux accidents. Redoutons, mais diff&#233;remment de Furet, ce futur qui est d&#233;j&#224; parmi nous. Car pour gu&#233;rir des blessures de l'histoire et combattre ses monstres, mais sans lui confier aucune esp&#233;rance d'&#233;mancipation, Furet ne nous offre qu'une potion invent&#233;e par ses soins - une potion rare, presque in&#233;dite, quoique lib&#233;rale : le pessimisme b&#233;at.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source : &lt;/strong&gt;&#171; Du pass&#233; faisons table rase ? L'autopsie du communisme selon Fran&#231;ois Furet &#187;, Revue &lt;i&gt;M, (&lt;/i&gt;mensuel, marxisme, mouvement), n&#176;80-81, janvier-f&#233;vrier 1996, pp. 7-15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une analyse compl&#232;te, lire : Denis Berger et Henri Maler, &lt;i&gt;Une certaine id&#233;e du communisme. R&#233;pliques &#224; Fran&#231;ois Furet&lt;/i&gt;, &#201;d. du F&#233;lin, 1996. L'ouvrage est malheureusement &#233;puis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L304xH477/un_certaine_idee_du_communisme-2-67869.jpg?1726258864' width='304' height='477' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Calmann L&#233;vy/Robert Laffont, 1995. C'est &#224; cette premi&#232;re &#233;dition qu'il est fait ici r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si Furet proclame la fin de la R&#233;volution fran&#231;aise, ce n'est pas seulement parce, toutes passions &#233;teintes, le regard froid de l'historien deviendrait enfin possible : c'est aussi parce notre pr&#233;sent serait d&#233;fini par cette extinction. C'est ce que confirme la contribution de Furet - &#171; La France unie &#187; - &#224; l'ouvrage collectif r&#233;dig&#233; en compagnie de Jacques Juillard et Pierre Rosanvallon, &lt;i&gt;La r&#233;publique du centre&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 1988, r&#233;&#233;d., &#171; Pluriel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre Fran&#231;ois Furet et Ken Loach (&lt;i&gt;Land and Freedom&lt;/i&gt;), il faut choisir...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; propos du cours de Michel Foucault sur &#171; Les Anormaux &#187; </title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/A-propos-du-cours-de-Michel-Foucault-sur-Les-Anormaux.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/A-propos-du-cours-de-Michel-Foucault-sur-Les-Anormaux.html</guid>
		<dc:date>2015-11-09T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Michel Foucault</dc:subject>
		<dc:subject>Lectures</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien publi&#233; &#224; l'occasion de la parution, en 1999, du cours de 1974-1975.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Bourdieu-Foucault-et-alii-.html" rel="directory"&gt;Bourdieu, Foucault et alii&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Michel-Foucault-+.html" rel="tag"&gt;Michel Foucault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH96/arton8-62e32.png?1726251035' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Jean-Paul Monferran publi&#233; le 15 avril 1999 dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233; &lt;/i&gt;sous le titre &lt;a href=&#034;http://www.humanite.fr/node/205552&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La m&#233;taphore du sauvageon &#187;&lt;/a&gt; (version int&#233;grale revue)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel est selon toi l'int&#233;r&#234;t de ces &#171; anormaux &#187; dont les analyses minutieuses semblent porter sur un pass&#233; r&#233;volu ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Les Anormaux. Cours au Coll&#232;ge de France 1974-1975), Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Foucault s'efforce montrer quel pouvoir (exerc&#233; au nom du savoir) et quel savoir (extrait par l'exercice du pouvoir) se sont conjugu&#233;s pour combattre les &#171; monstres humains &#187;, dresser &#171; les individus &#224; corriger &#187;, traquer les &#171; enfants masturbateurs &#187; ; quelles formes de pouvoir-savoir, qui pr&#233;tendaient en rendre compte et en venir &#224; bout, ont en m&#234;me temps suscit&#233;es ces figures qui, d'abord s&#233;par&#233;es, ont fini par se fondre dans la grande famille des &#171; anormaux &#187;. Ce faisant, Foucault pr&#233;cise son analyse de la &#171; soci&#233;t&#233; de normalisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces fragments d'une &#171; analytique du pouvoir &#187;, on peut faire un usage acad&#233;mique, exclusivement historien, et s'interroger uniquement sur leur validit&#233;. Mais ce serait oublier que Foucault prend pour point de d&#233;part des expertises m&#233;dico-l&#233;gales des ann&#233;es 1950 : des discours de v&#233;rit&#233; &#224; la fois risibles et redoutables, quand ils ne sont pas meurtriers. Aveux involontaires d'un pouvoir ridicule et grotesque, inf&#226;me et ubuesque. R&#233;v&#233;lateurs inqui&#233;tants ou intol&#233;rables d'une soci&#233;t&#233; aux prises avec ses &#171; anormaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de Foucault, ici comme ailleurs est d'&#233;crire &#171; une histoire du pr&#233;sent &#187;, c'est-&#224;-dire de &#171; diagnostiquer ce qui se passe et ce que nous sommes &#187;. Sans doute, le contr&#244;le tatillon de la masturbation n'est-il plus la cible privil&#233;gi&#233;e de l'ing&#233;niosit&#233; des inventeurs de tactiques de pouvoir. Mais la transformation des cibles et des proc&#233;d&#233;s ne doit pas dissimuler un jeu complexe de diff&#233;rences et de similitudes. On comprend alors pourquoi Foucault souhaitait avoir &#171; non des lecteurs, mais des utilisateurs &#187;, non de simples &#233;rudits attach&#233;s &#224; le commenter, mais des praticiens de l'insubordination th&#233;orique et pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles pourraient &#234;tre alors les r&#233;sonances et les suites de ce cours de Foucault ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Foucault encore &#224; venir s'interrogerait sur les contradictions nouvelles qui traversent la soci&#233;t&#233; de normalisation et sur les redistributions des modalit&#233;s d'exercice du pouvoir qui sont aujourd'hui &#224; l'&#339;uvre. Un Foucault encore &#224; venir ne se satisferait pas des notions pr&#233;fabriqu&#233;es et d&#233;sormais famili&#232;res qui, sous l'effet d'une anxi&#233;t&#233; compr&#233;hensible, pr&#233;tendent r&#233;sumer la &#171; violence urbaine &#187; et &#171; l'incivilit&#233; des mineurs &#187; et composer une des figures qui a pris la succession de celle des &#171; anormaux &#187; : celle d'une &#171; jeunesse dangereuse &#187;, constitu&#233;e, indistinctement, de &#171; marginaux &#187;, de &#171; drogu&#233;s &#187; et de &#171; sauvageons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Foucault encore &#224; venir montrerait peut-&#234;tre que le &#171; drogu&#233; &#187; n'est pas &#8211; ou pas seulement - le r&#233;sultat naturel du joint qu'il tient entre ses l&#232;vres &#8211; mais que sa figure est une production des m&#233;canismes de contr&#244;le qui pr&#233;tendent &#339;uvrer pour sa sant&#233; ; et que le &#171; sauvageon &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon un terme choisi par Jean-Pierre Chev&#232;nement (qui l'a ult&#233;rieurement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est pas une plante v&#233;n&#233;neuse qui prolif&#232;re dans les banlieues, mais que sa figure est une construction sociale qui, &#224; partir de violences sommairement diagnostiqu&#233;es, est ajust&#233;e aux pr&#233;tentions des institutions qui font cercle autour de lui pour tenter de le dresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait alors accueillir les exhortations path&#233;tiques au respect de l'ordre et de la loi et les tentatives de r&#233;pondre &#224; l'exigence d'une R&#233;publique sociale, par l'invocation d'une R&#233;publique disciplinaire, par un grand &#233;clat de rire. Un rire &#224; la Foucault. Mais un rire qui s'&#233;trangle avant de passer &#224; l'action, pour qu'&#224; des situations inacceptables, il ne soit pas r&#233;pondu par des mesures intol&#233;rables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire, dans Le Monde Diplomatique de ce mois d'avril 1999, le remarquable (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Intol&#233;rables &#187;, comme l'aurait sans doute dit Foucault.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Les Anormaux. Cours au Coll&#232;ge de France 1974-1975)&lt;/i&gt;, Le Seuil, mars 1999).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon un terme choisi par Jean-Pierre Chev&#232;nement (qui l'a ult&#233;rieurement &lt;a href=&#034;http://www.chevenement.fr/Sauvageon-versus-racaille_a277.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;oppos&#233; &#224; &#171; racaille &#187;&lt;/a&gt; comme un vocable de gauche &#224; un vocable de droite).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire, dans &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt; de ce mois d'avril 1999, le remarquable article de Lo&#239;c Wacquant &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/1999/04/WACQUANT/2911&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Ce vent punitif qui vient d'Am&#233;rique&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; propos de La Mis&#232;re du Monde : Politique de la sociologie (1)</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/A-propos-de-La-Misere-du-Monde-Politique-de-la-sociologie-1.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.henri-maler.fr/A-propos-de-La-Misere-du-Monde-Politique-de-la-sociologie-1.html</guid>
		<dc:date>2015-09-14T07:07:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Bourdieu</dc:subject>
		<dc:subject>Lectures</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Premi&#232;re partie : &#171; Comprendre &#187;. Pour &#171; convertir le malaise social en sympt&#244;mes lisibles, susceptibles d'&#234;tre trait&#233;s politiquement &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Bourdieu-Foucault-et-alii-.html" rel="directory"&gt;Bourdieu, Foucault et alii&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Pierre-Bourdieu-+.html" rel="tag"&gt;Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/+-Lectures-+.html" rel="tag"&gt;Lectures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L95xH150/arton22-87ad3.jpg?1726251037' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La sociologie ne vaudrait pas une heure de peine si elle devait &#234;tre un savoir d'expert r&#233;serv&#233; aux experts &#187;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;(P. Bourdieu, &lt;i&gt;Questions de Sociologie&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; sont l'occasion, dans leur &#171; Post-scriptum &#187; respectif, d'une &#171; prise de position normative &#187;, gouvern&#233;e, en chaque cas, par &#171; l'urgence &#187; : urgence d'interpeller les intellectuels pour que, en &#171; ces temps de restauration &#187;, ils d&#233;fendent l'autonomie de leur pratique ; urgence d'en appeler aux politiques pour que, en ces temps de menace sur &#171; le bon fonctionnement des institutions d&#233;mocratiques &#187;, ils &#233;largissent leur vision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Post-Scriptum &#187; : Les R&#232;gles de l'Art pp.459-472 et La Mis&#232;re du Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a compris&lt;i&gt;, La Mis&#232;re du monde&lt;/i&gt;, par-del&#224; le tableau des formes sociales de la mis&#232;re (dont la richesse et la complexit&#233; invitent &#224; des lectures et &#224; des discussions multiples)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suivant ainsi l'objectif de ce num&#233;ro de Futur Ant&#233;rieur, on s'interrogera (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; constitue avant tout un acte politique, dont le sens et la port&#233;e d&#233;pendent de la d&#233;marche scientifique mise en &#339;uvre : s'expose ainsi une &lt;i&gt;politique de la sociologie&lt;/i&gt;, indissolublement th&#233;orique et pratique, qui vise &#224; &#171; &lt;i&gt;convertir le malaise social en sympt&#244;mes lisibles, susceptibles d'&#234;tre trait&#233;s politiquement&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponses p.173.&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Comprendre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu revendique une unit&#233; toujours &#224; refaire de la recherche th&#233;orique et de l'enqu&#234;te empirique : qu'il s'agisse de la sociologie elle-m&#234;me, de l'anthropologie qu'elle vise ou des d&#233;bats philosophiques qu'elle &#233;claire, la &#171; grande th&#233;orie &#187; ne vaut, &#224; ses yeux, que par sa confrontation avec des objets empiriques. Dans cet esprit, Bourdieu se d&#233;fie des g&#233;n&#233;ralit&#233;s m&#233;thodologiques : il invite la sociologie &#224; r&#233;fl&#233;chir sur elle-m&#234;me dans le cours de son exercice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la critique du th&#233;oricisme et du m&#233;thodologisme, cf. notamment la mise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, en prenant pour objet la mis&#232;re du monde, Bourdieu et ses collaborateurs devaient n&#233;cessairement mettre &#224; l'&#233;preuve th&#233;orie et m&#233;thode, infl&#233;chir le cours de la recherche et en modifier de contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, avec les mis&#232;res telles qu'elles sont subjectivement v&#233;cues, c'est-&#224;-dire comme souffrances, les auteurs abordent un objet paradoxal pour la sociologie puisqu'il s'agit de formes individuelles d'objectivit&#233;s sociales. De l&#224; une enqu&#234;te qui &#171; transgresse &#224; peu pr&#232;s tous les pr&#233;ceptes de la routine m&#233;thodologique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponses p.174.&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, l'objet empirique de la recherche - la souffrance - suppose qu'on laisse et fasse parler ceux qui la vivent, et que la partie r&#233;put&#233;e la plus individuelle du langage - la parole - puisse faire l'objet d'une sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une sociologie de la parole&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner la parole au peuple. Le pr&#233;cepte serait bon s'il ne servait g&#233;n&#233;ralement la l&#233;gitimation de ces d&#233;tenteurs de la parole l&#233;gitime qui font parler le peuple dans leur langage en affectant de lui donner la parole, et c&#233;l&#232;brent la prise de parole, pour l&#233;gitimer ses repr&#233;sentants, qui ne manquent jamais de la prendre &#224; leur tour et de la confisquer &#224; leur profit : comme le montre l'autocons&#233;cration des prestataires de discours et des mandataires du peuple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette confiscation-usurpation par les d&#233;l&#233;gu&#233;s et les porte-paroles qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il ne suffit pas de d&#233;noncer ces captures, et de laisser parler pour faire parler : de brancher le magn&#233;tophone comme on ouvre un robinet. Une parole ne parle qu'&lt;i&gt;&#224; condition de cr&#233;er une situation qui la fasse entendre et de proposer une interpr&#233;tation qui la fasse comprendre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce difficile pari ne pouvait &#234;tre tenu qu'&#224; la condition que les r&#233;sultats des recherches ant&#233;rieures soient r&#233;investis dans la m&#233;thode d'une recherche nouvelle : que les premi&#232;res v&#233;rifient leur f&#233;condit&#233; &#224; l'occasion de la seconde. C'est ainsi que seule une sociologie inform&#233;e de la violence symbolique et de ses effets pouvait tenter de faire vivre une parole qui n'y soit pas directement soumise, du moins dans la situation d'enqu&#234;te, et que seule une information sociologique sur l'espace des positions sociales pouvait faire parler l'espace des prises de position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;tablir la communication, il convenait tout d'abord de&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;r&#233;duire la distance&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;C'est ainsi que Bourdieu tente de pr&#233;ciser&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;dans le chapitre o&#249; il livre les cl&#233;s de l'enqu&#234;te - &#171; Comprendre &#187; (pp.903 sq.) -, les conditions d'une enqu&#234;te r&#233;fl&#233;chie dont la r&#233;flexivit&#233; s'exerce sur la relation sociale d'enqu&#234;te, et permette d'&#233;tablir les conditions d'une communication non violente, qui neutralise la violence symbolique : de l&#224; l'importance accord&#233;e &#224; la familiarit&#233; entre l'enqu&#234;teur et l'enqu&#234;t&#233;. On peut esp&#233;rer alors que chaque discours &#171; livre les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; sa propre explication &#187; (p.909).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, cette explication n'est pas enti&#232;rement d&#233;livr&#233;e par la parole qui la livre : aussi chaque entretien est-il pr&#233;c&#233;d&#233; d'un expos&#233; qui en pr&#233;cise les conditions d'intelligibilit&#233;. Mais surtout, cette explication, prisonni&#232;re de son propre point de vue, ne prend tout son sens qu'&#224; condition d'&#234;tre r&#233;inscrite dans &#171; L'espace des points de vue &#187; (pp.9-11), que l'on ne peut atteindre que par la &#171; reconstruction du jeu dans son ensemble &#187; ; cette reconstruction permet de rem&#233;dier aux effets pol&#233;miques des objectivations partielles auxquelles se livrent les divers agents sociaux et de restituer la part de v&#233;rit&#233; qu'elles comportent, en &#233;chappant aux pi&#232;ges du relativisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur &#171; la reconstruction du jeu dans son ensemble &#187; et de &#171; l'espace des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi la composition de l'ouvrage participe-t-elle de la m&#233;thode : composition d&#233;lib&#233;r&#233;e qui confronte dans l'espace des points de vue, les points de vue qui partagent un m&#234;me espace, et qui met en regard et place en alternance la repr&#233;sentation des agents et les repr&#233;sentations consacr&#233;es (m&#233;diatiques et politique). Ainsi prennent tout leur sens les effets de voisinage dans un m&#234;me quartier (ou la confrontation des points de vue des &#233;l&#232;ves et des enseignants), et n'en deviennent que plus sensibles les contradictions d'agents sociaux &#171; que leur trajectoire, autant que leur position, incline &#224; une vision d&#233;chir&#233;e et divis&#233;e contre elles m&#234;me &#187;, entre compr&#233;hension et condamnation (p.10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se d&#233;ploie une sociologie de la parole : qui laisse parler et fait comprendre. Et ce qui parle alors, c'est la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Une sociologie de la souffrance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie de la mis&#232;re se d&#233;ploie en surmontant les obstacles qu'elle rencontre dans les discours qui la dissimulent en l'exposant. Aussi, l'ouvrage s'emploie-t-il &#224; &lt;i&gt;d&#233;faire les repr&#233;sentations des &#171; malaises &#187; et &#224; les reconstruire comme mis&#232;res sp&#233;cifiques&lt;/i&gt; : contre la vision m&#233;diatique et contre la vision politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux interventions de Patrick Champagne contribuent &#224; d&#233;faire les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La premi&#232;re, pr&#233;pos&#233;e &#224; la fabrication des &#233;v&#233;nements et &#224; la stigmatisation de leurs acteurs pr&#233;pare la seconde, prise en otage par les rapports d'experts et les enqu&#234;tes d'opinion qu'elle sollicite. Ce faisant, la vision m&#233;diatique et la vision politique non seulement occultent, mais contribuent &#224; produire la souffrance qu'elles &#233;voquent : paroles sur la souffrance qui privent la souffrance de parole, et la reconduisent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On mesure alors l'enjeu de &#171; l'analyse critique des repr&#233;sentations &#187; : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'enqu&#234;te sociologique, au contraire, reconduit la souffrance &#224; ses v&#233;ritables fondements en reconstruisant ses vari&#233;t&#233;s &#224; travers des discours singuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sociologies plurielles. - &lt;/strong&gt;L'explication des mis&#232;res les ordonne, mais souplement, selon leurs causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette explication pr&#234;te une attention particuli&#232;re aux &lt;i&gt;effets de position - &lt;/i&gt;aux mis&#232;res de position qui r&#233;sultent moins d'une condition mis&#233;rable prise en elle-m&#234;me que du rapport des agents sociaux entre eux. Pourtant la distinction&lt;i&gt; &lt;/i&gt;entre une mis&#232;re de condition (la grande mis&#232;re) et une mis&#232;re de position (la petite mis&#232;re) n'invite pas &#224; relativiser la premi&#232;re au b&#233;n&#233;fice de la seconde : tous souffrants. Elle met au contraire en &#233;vidence comment la seconde s'enracine dans la premi&#232;re, en particulier quand il est question de la mis&#232;re de position de ceux qui ont en charge la mis&#232;re de condition : la mis&#232;re de &#171; ces cat&#233;gories particuli&#232;rement expos&#233;e &#224; la petite mis&#232;re que sont toutes les professions qui ont pour mission de traiter la grande mis&#232;re ou d'en parler, avec toutes les distorsions li&#233;es &#224; la particularit&#233; de leur point de vue &#187; (p.11). Or l'un des principaux fondements des formes de cette petite mis&#232;re r&#233;side, selon Bourdieu, dans &#171; La d&#233;mission de l'Etat &#187; (pp.219-228, particuli&#232;rement p.222 et p.223) qui aggrave les conditions d'activit&#233; de ceux qui ont pour charge, &#224; des niveaux divers, de relayer les fonctions de cet Etat. Ainsi deviennent plus aigu&#235;s toutes les formes de &#171; double contrainte &#187; auxquelles sont soumis les agents plac&#233;s entre les exigences de l'institution qu'ils repr&#233;sentent et les destinataires de leur activit&#233;, comme on peut le percevoir aussi bien du c&#244;t&#233; des agents de l'ordre que du c&#244;t&#233; des travailleurs sociaux ou des agents du syst&#232;me &#233;ducatif. &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Mais ces formes de mis&#232;re ne prennent tout leur sens qu'&#224; &#234;tre confront&#233;es avec d'autres, en particulier, avec les mis&#232;res qui proc&#232;dent d'&lt;i&gt;effets de lieux&lt;/i&gt; - c'est-&#224;-dire, pour l'essentiel, les effets de l'espace social r&#233;ifi&#233; dans l'espace physique : on a compris que la mis&#232;re des banlieues fait ici l'objet d'une enqu&#234;te, confort&#233;e par celle des ghettos am&#233;ricains, qui en comprend les tensions sous une forme qui n'a plus rien d'anecdotique. Or, englobant et d&#233;bordant les effets d'espace, les mis&#232;res proc&#232;dent &#233;galement des &lt;i&gt;effets de d&#233;clins&lt;/i&gt;, o&#249; se croisent les trajectoires collectives et les trajectoires individuelles : d&#233;clin collectif de la classe ouvri&#232;re traditionnelle et de la paysannerie, et &#171; fin d'un monde &#187; qui provoque le d&#233;sarroi des mandataires (militants syndicalistes et militants politiques) ; multiplication des positions pr&#233;caires dans le travail et d&#233;clins individuels dus au ch&#244;mage : de l'&#233;quilibre &#224; la chute et &#224; la clochardisation des ouvriers, des &#171; carri&#232;res bris&#233;es &#187; de cadres au vies perdues des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets parcourus jusque-l&#224; sont reconduits et renforc&#233;s par&lt;i&gt; les effets de l'exclusion scolaire&lt;/i&gt; : du c&#244;t&#233; des &#233;l&#232;ves, pris en otage dans une institution qui ne diff&#232;re leur exclusion sociale qu'en enfermant l'exclusion scolaire dans ses murs ; du c&#244;t&#233; des enseignants, bouc-&#233;missaires d'une politique d&#233;magogique qui produit culpabilisation et d&#233;moralisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#233;galement La Distinction. pp.147 sq.&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et les souffrances qui en r&#233;sultent sont relay&#233;es, &#224; la crois&#233;e des verdicts scolaires et des anticipations familiales, par &lt;i&gt;les effets des contradictions de l'h&#233;ritage&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;&#192; c&#244;t&#233; des h&#233;ritiers sans histoire qui perp&#233;tuent l'h&#233;ritage ou l'accomplissent, les souffrances des h&#233;ritiers pris dans le d&#233;sir de parents et/ou sanctionn&#233;s par les verdicts de l'&#233;cole : souffrances de l'&#233;chec, quand les ambitions familiales sont d&#233;&#231;ues ; souffrances de la r&#233;ussite, quand les origines familiales menacent d'&#234;tre trahies ; souffrances du privil&#232;ge, enfin, quand les voies royales se r&#233;v&#232;lent &#234;tre des voies de garage. Enfin, l'&#233;vocation des &lt;i&gt;effets de la maladie et de la vieillesse&lt;/i&gt; ponctue par un point d'orgue, ce parcours complexe que jalonne des voix multiples et, &#224; travers elles, des voix innombrables. Or ce parcours, cependant, peut laisser insatisfait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Occasion de pr&#233;ciser, une bonne fois et pour toute la suite, que les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sociologie mutil&#233;e ? &lt;/strong&gt;-. Pr&#233;cis&#233;ment parce que l'ouvrage propose une &lt;i&gt;connaissance par les effets&lt;/i&gt;, qui remonte des formes de la mis&#232;re &#224; leurs causes, on mesure &lt;i&gt;certains d&#233;ficits, d&#233;j&#224; perceptibles dans les travaux ant&#233;rieurs, dont on peut se demander s'ils sont provisoires ou principiels.&lt;/i&gt; Les limites de la sociologie de la mis&#232;re, du moins telle qu'elle nous est propos&#233;e, ressortent alors des options qui font son m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* C'est parce qu'elle multiplie les perspectives sur les vari&#233;t&#233;s de la mis&#232;re sans tenter de les absorber, voire de les dissoudre, dans une th&#233;orie &lt;i&gt;globale&lt;/i&gt;, que la sociologie de Bourdieu permet de sp&#233;cifier les s&#233;ries causales. Mais est-ce une raison suffisante pour renoncer &#224; les inscrire dans une perspective historique&lt;i&gt; g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; (qui permette de prendre la mesure des orientations et de la port&#233;e d'une mutation historique d'ensemble, dont les soubresauts de la crise &#233;conomique sont l'expression la plus visible) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;plorer, en particulier que l'enqu&#234;te &lt;i&gt;prenne les s&#233;ries causales en cours de route&lt;/i&gt; : au risque de donner l'impression, parfois, que toutes les causes s'&#233;quivalent, et, partant, toutes les souffrances, du moins quand il s'agit des rem&#232;des qu'elles exigent. C'est ainsi que l'ouvrage, bien qu'il montre que les s&#233;ries causales se croisent et s'enchev&#234;trent, ne propose au fond (et bien qu'il ne lui impute pas tous les effets), qu'un point d'ancrage qui explique comment les mis&#232;res se sont faites et peuvent &#234;tre d&#233;faites : le r&#244;le de l'Etat. Tout se passe alors comme si les racines les plus profondes de la mis&#232;re sociale &#233;taient non pas ignor&#233;es, mais provisoirement dissimul&#233;es. En raison de l'urgence politique qui imposerait de traiter les sympt&#244;mes les plus ostensibles ou en raison d'une prudence th&#233;orique qui imposerait de diff&#233;rer l'analyse maladies les plus enfouies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, on peut demeurer r&#233;serv&#233; devant une approche des mutations de la sph&#232;re du travail qui reste partielle faute de tenter d'en appr&#233;hender les racines et les effets &#224; longue port&#233;e (bien qu'elle enregistre les effets de d&#233;clin social et d'aggravation de certaines conditions de travail). Comme on peut rester perplexe devant une sociologie de la mis&#232;re qui s'arr&#234;te sur le seuil des rapports d'exploitation, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle les absorbe dans une analyse des rapports de domination. Comme on peut s'interroger sur l'absence d'une analyse &lt;i&gt;sp&#233;cifique&lt;/i&gt; des souffrances des femmes, en d&#233;pit de leur &#233;vocation, mais, en g&#233;n&#233;ral, comme formes f&#233;minines de souffrances plus g&#233;n&#233;rales : mis&#232;res de toutes natures simplement mises au f&#233;minin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec quelques exceptions, cf. notamment La Mis&#232;re du monde p.474-475.&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, s'il convient sans doute de renoncer &#224; une analyse des formes de l'exploitation qui ne les placerait &#224; la racine de toutes les formes de domination que dans la mesure o&#249; les secondes ne seraient que la &lt;i&gt;d&#233;rivation&lt;/i&gt; des premi&#232;res, comment peut-on comprendre les rapports de domination sans analyser leur &lt;i&gt;intrication&lt;/i&gt; avec les rapports d'exploitation et leur &lt;i&gt;sp&#233;cification&lt;/i&gt; par et dans les rapports sociaux de sexes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* C'est parce qu'elle explore les effets des formes de la domination, que la sociologie de la mis&#232;re ne se confond pas avec la sociologie de la pauvret&#233;. Mais peut-on franchir les limites de la sociologie de la pauvret&#233; sans le secours des approches f&#233;ministes et sans le concours de la sociologie du travail (et de toutes les souffrances qu'il d&#233;termine) ? Et peut-on franchir les limites de la sociologie de la mis&#232;re pour une critique de l'exploitation et de la domination sans franchir les fronti&#232;res de la sociologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'on peut se demander si la sociologie de Bourdieu ne reste pas prisonni&#232;re, jusque dans sa critique de l'&#233;conomisme, d'une compr&#233;hension &#233;conomiste de la critique de l'&#233;conomie politique : quand elle conc&#232;de que l'&#233;conomie peut &#233;chapper aux prises de la sociologie ou du moins n'int&#233;resser la sociologie que comme un champ parmi d'autres. Comme on peut se demander, dans le m&#234;me esprit, si cette sociologie ne reste pas prisonni&#232;re d'une conception positiviste de l'histoire, qui place le principe du changement historique dans la rencontre al&#233;atoire de s&#233;ries causales ind&#233;pendantes et de crises sectorielles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. notamment Homo Academicus pp.49, 227-228.&#034; id=&#034;nh8-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant - telle est son ambivalence - c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que l'enqu&#234;te se pr&#233;sente comme une connaissance par les effets (qui remonte des formes de la mis&#232;re &#224; leurs causes, et du point de vue des mis&#233;rables aux racines de leur souffrance) qu'elle propose &lt;i&gt;une authentique conversion du regard sociologique&lt;/i&gt;. Celle-ci tire toutes les cons&#233;quences d'une le&#231;on dont l'individu empirique Bourdieu n'avait sans doute pas besoin, mais qui trouve ici une expression th&#233;orique : &lt;i&gt;les mis&#232;res ne peuvent &#234;tre comprises - et transform&#233;es - que si l'on prend ouvertement parti pour elles, c'est-&#224;-dire pour les individus qui les souffrent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Une sociologie de la singularit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie de Bourdieu, on le sait, se donne pour but de comprendre le social comme un ensemble de relations : c'est une sociologie en rupture avec l'individualisme m&#233;thodologique (qui reconstruit le social &#224; partir d'individus socialis&#233;s) et avec l'ethnom&#233;thodologie ph&#233;nom&#233;nologique (qui prend le risque de n&#233;gliger les effets des structures sociales sur le monde v&#233;cu des agents) ; du m&#234;me coup, c'est une sociologie en rupture avec les approches par l'interaction et l'intercompr&#233;hension&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le relationnisme, cf. R&#233;ponses pp.23-24, 72, Choses dites p.150. Sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces raisons suffisent aux pourfendeurs de moulins &#224; vent : la sociologie, quand, &#224; l'instar de celle de Bourdieu, elle se refuse non seulement &#224; d&#233;socialiser les individus, mais se propose de les inscrire dans des rapports sociaux qui ne r&#233;sultent pas imm&#233;diatement d'interactions individuelles, serait, par nature, incapable de comprendre l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;duire ? &lt;/strong&gt;-. La plupart des critiques se r&#233;sument d'un mot : irr&#233;ductibilit&#233;. Destin&#233; &#224; disqualifier toute recherche sur les d&#233;terminants sociaux de l'individualit&#233; en la privant par avance de toute l&#233;gitimit&#233; &#233;thique, et &#224; servir un rituel de sauvegarde du territoire o&#249; s'exerce la souverainet&#233; du sujet (et de ses sp&#233;cialistes), l'argument se vide lui-m&#234;me de tout contenu en annon&#231;ant qu'il en est, par principe, affranchi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi prolif&#232;rent les essais qui c&#233;l&#232;brent les vertus de l' individualit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le meilleur des cas, on conc&#233;dera &#224; la sociologie le pouvoir d'analyser des conditionnements en ext&#233;riorit&#233;, laissant &#224; la psychologie, et de pr&#233;f&#233;rence &#224; la psychanalyse, le soin d'&#233;tablir les m&#233;diations n&#233;cessaires &#224; l'exploration de la personnalit&#233;, la philosophie se r&#233;servant le domaine de la singularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces partages que Bourdieu met &#224; rude &#233;preuve : et, ce faisant, il fait &#339;uvre de philosophie. Mais en chassant sur les terres de l'analyse du v&#233;cu, que sous la forme de l'ethnom&#233;thodologie, la sociologie loue parfois - mais au prix fort - &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie : et, ce faisant, il fait &#339;uvre de sociologie. Au point que ce n'est qu'en apparence un paradoxe de soutenir que &lt;i&gt;la sociologie de Bourdieu, en raison m&#234;me de sa pol&#233;mique obstin&#233;e contre les sociologies de l'individu et les philosophies du sujet, est une sociologie de la singularit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute n'est-ce pas sans provocation que la sociologie prend pour objet des domaines o&#249; semble s'exercer la souverainet&#233; individuelle : le go&#251;t, surtout quand il est bon, et la cr&#233;ation, surtout quand elle est originale, qui se pr&#233;valent de transcender absolument des causalit&#233;s plus obscures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec le go&#251;t, &#171; la sociologie est l&#224; sur le terrain par excellence de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus g&#233;n&#233;ralement, l'&#233;lite, acad&#233;mique et politique, se reconna&#238;t aux m&#233;rites qu'elle s'attribue, dont le moindre n'est pas, &#224; ses propres yeux, de ne pouvoir &#234;tre comprise qu'&#224; partir des individus qui la composent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. La Noblesse d'Etat pp.451-452 : &#171; Toutes les aristocraties se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et les critiques, ordinairement complaisants quand l'immersion de l'individu dans les rapports sociaux est attribu&#233;e aux classes domin&#233;es, le sont beaucoup moins quand la belle individualit&#233; des producteurs intellectuels, savants et artistes, est renvoy&#233;e aux d&#233;terminations mises &#224; jour par la sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologie iconoclaste, du moins pour ces intellectuels et ces savants dont la condescendance ne se laisse jamais aussi bien mesurer que lorsqu'elle affiche, pour le d&#233;plorer, que - h&#233;las - pour les classes domin&#233;es, mais pour elles seules, le social est encore ce destin qui dissout toute singularit&#233;. Ce n'est donc pas le moindre m&#233;rite de &lt;i&gt;La Mis&#232;re du monde&lt;/i&gt; de rappeler que les domin&#233;s (et ceux qui le sont moins) sont des &#234;tres singuliers et que leur singularit&#233; peut &#234;tre sociologiquement comprise. Et cela jusque dans les replis les plus intimes, puisqu'il s'agit de leur souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette fin, il ne suffit pas d'exposer, une fois encore, comment le social trace les contours d'existences individuelles ou de r&#233;p&#233;ter que le poids des d&#233;terminations sociales cro&#238;t avec la mis&#232;re mat&#233;rielle de ceux qui la subissent, mais il convient encore de montrer que &lt;i&gt;l'intimit&#233; de la souffrance la plus singuli&#232;re est la singularisation d'objectivit&#233;s sociales&lt;/i&gt;. Ainsi, selon une expression que Bourdieu affectionne, il s'agit de n&#233;cessiter les individus pour les comprendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Comprendre pleinement la conduite de l'agent agissant dans un champ, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; (...) comment donner les moyens de comprendre les gens comme ils sont, sinon en offrant les instruments n&#233;cessaires pour les appr&#233;hender comme &lt;i&gt;n&#233;cessaires&lt;/i&gt;, pour les n&#233;cessiter, en les rapportant m&#233;thodiquement aux causes et aux raisons qu'ils ont d'&#234;tre ce qu'ils sont ? &#187; (p.7-8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;cessiter -. &lt;/strong&gt;La n&#233;cessit&#233; la plus anonyme permet d'approcher les formes les plus personnelles de la souffrance qui cessent d'&#234;tre comprises comme des accidents purement contingents attach&#233;s &#224; des singularit&#233;s ineffables : elles s'inscrivent &lt;i&gt;au c&#339;ur&lt;/i&gt; des d&#233;terminations sociales. Ainsi la rupture brutale des formes d'insertion est d&#233;j&#224; inscrite dans &#171; Un &#233;quilibre si fragile &#187; (pp.477-486) : &#171; Les &#233;v&#233;nements qui peuvent d&#233;terminer cette retomb&#233;e, perte de l'emploi, mort d'un proche, divorce, maladie, sont extr&#234;mement divers et, en apparence, tout &#224; fait contingents : mais avant de conclure &#224; la faillite de l'explication par les causes sociales, il faut observer que ces accidents, outre qu'ils sont plus probables dans certaines conditions d'existence, ne sont que des causes occasionnelles qui, agissant comme un d&#233;clic, d&#233;clenchent des effets eux aussi inscrits, &#224; l'&#233;tat potentiel, dans certaines conditions &#233;conomiques et sociales &#187; (p.477-478).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ce faisant, on laisse encore &#233;chapper l'intimit&#233; d'une souffrance qu'il ne suffit pas d'arracher &#224; la pure contingence, pour en rendre raison. Or, &#171; Le plus personnel est le plus impersonnel &#187;, ne cesse d'enseigner Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi au sujet de la Mis&#232;re du Monde : &#171; Cette enqu&#234;te se fonde sur l'id&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au point que, pour cette raison m&#234;me, l'expression du plus personnel peut rev&#234;tir une forme impersonnelle (p.523). En commen&#231;ant par d&#233;pouiller l'individu singulier des signes ext&#233;rieurs de sa singularit&#233;, la sociologie d&#233;fait les mirages d'une individualit&#233; en &#233;tat d'apesanteur sociale et invite &#224; la comprendre comme une personnification de positions et de trajectoires sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les personnes dans ce qu'elles ont de plus personnel sont, pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, aux objections que pourrait susciter des formulations aussi abruptes, il ne suffit pas de r&#233;pondre, comme le fait Bourdieu, qu'il ne s'agit pas de saisir pour lui-m&#234;me tel ou tel individu empirique : l'individu &#233;pist&#233;mique qu'il s'agit de reconstruire n'est pas r&#233;ductible au r&#244;le de porteur de sympt&#244;mes dont les racines sont enfouies dans l'&#233;paisseur d'une causalit&#233; anonyme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la distinction entre l'individu empirique et l'individu construit : Homo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tenue dans ces limites l'explication ne vaut pas encore compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comprendre&lt;/strong&gt;.- C'est &#224; ce point que la sociologie de Bourdieu prend &#224; contre-pied ses d&#233;tracteurs, pr&#233;cis&#233;ment parce que, dans &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt;, elle prend du recul par rapport &#224; ses r&#233;alisations pr&#233;c&#233;dentes. On ne peut, en effet, mettre seulement sur le compte du mode d'exposition adopt&#233;, les effets d'une m&#233;thode qui ne se borne pas &#224; donner tel entretien comme illustration et tel individu comme exemplification d'une position, d'une disposition et d'une prise de position impersonnelles. Pas plus qu'on ne peut attribuer seulement ces effets &#224; une technique d'entretien fond&#233;e sur une &#171; relation d'&#233;coute active et m&#233;thodique &#187;, qui &#171; associe la disponibilit&#233; totale &#224; l'&#233;gard de la personne interrog&#233;e, la soumission &#224; la singularit&#233; de son histoire particuli&#232;re &#187; et &#171; la construction m&#233;thodique, forte de de la connaissance des conditions objectives, communes &#224; toute une cat&#233;gorie &#187; (p.906). C'est le mode d'explication lui-m&#234;me qui est en question. Peut-&#234;tre Bourdieu r&#233;cuserait-il cette interpr&#233;tation, mais tout se passe ici de sorte que la n&#233;cessit&#233; dont il s'agit de cr&#233;diter les individus est bien &lt;i&gt;leur&lt;/i&gt; n&#233;cessit&#233;. Du m&#234;me coup, on peut esp&#233;rer atteindre une &lt;i&gt;compr&#233;hension explicative&lt;/i&gt; qui d&#233;passe l'alternative classique entre expliquer et comprendre (p.910).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle ambition ne suffirait sans doute pas &#224; &#233;carter le reproche de ceux qui professent &#234;tre experts dans l'analyse des d&#233;terminations individuelles (et psychologiques) de la souffrance, ou de ceux qui, oubliant qu'entre la mis&#232;re n&#233;vrotique et le malheur banal s'interpose la mis&#232;re sociale, s'empressent de d&#233;ployer le divan du psychanalyste devant ceux qui sont aux prises avec des tourments personnels. Or, sans multiplier les m&#233;diations arbitraires, ni conclure pr&#233;matur&#233;ment un mariage forc&#233;, Bourdieu donne &#224; entendre et &#224; comprendre comment l'exploration des d&#233;terminations sociales des souffrances les plus intimes permet de nouer une confrontation avec les le&#231;ons de la psychanalyse. En particulier (faut-il s'en &#233;tonner ?), les formes de souffrance que r&#233;v&#232;lent les contradictions de l'h&#233;ritage, parce qu'en elles se croisent les d&#233;terminations sociales et les d&#233;terminations psychiques de la filiation, soul&#232;vent les probl&#232;mes des relations avec la psychanalyse. Ceux-ci, bien s&#251;r, ne sont ici qu'&#233;voqu&#233;s, mais Bourdieu peut, au moins se d&#233;fendre &#224; juste titre de proposer, selon sa propre expression, un &#171; mode d'exploration de la subjectivit&#233; &#187; alternatif &#224; celui que propose la psychanalyse (p.717)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#233;galement Question de sociologie p.75.&#034; id=&#034;nh8-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, pr&#233;cis&#233;ment, arriv&#233;e &#224; ce point, la sociologie de Bourdieu peut-elle &#234;tre autre chose qu'une socio-analyse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Bourdieu, Spinoza devenu sociologue (ce qui n'est pas un mince m&#233;rite) nous propose, non de rire ou de pleurer, mais de comprendre (p.7) et de proc&#233;der avec lui &#224; un &#171; exercice spirituel &#187; (p.909) qui, &#224; l'&#233;gard des victimes de la mis&#232;re nous dispose &#224; &#171; une sorte d'&lt;i&gt;amour intellectuel&lt;/i&gt; : un regard qui consent &#224; la n&#233;cessit&#233; &#187;, comparable &#224; &#171; l'amour intellectuel de Dieu &#187; chez Spinoza (p.914) - il pratique la sociologie comme une &#171; connaissance du troisi&#232;me genre &#187;. Mais une &#171; connaissance du troisi&#232;me genre &#187; peut-elle s'arracher &#224; la contemplation et fonder une politique d'un genre nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite : &lt;a href=&#034;http://www.henri-maler.fr/A-propos-de-La-Misere-du-Monde-Politique-de-la-sociologie-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;II.Transformer&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;'Source&lt;/strong&gt; : Article paru dans &#171; Sociologies &#187; n&#176;19-20 de la revue &lt;i&gt;Futur ant&#233;rieur&lt;/i&gt;, 1993. Publi&#233; ici en deux parties : I. Comprendre, II. Transformer&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Post-Scriptum &#187; :&lt;i&gt; Les R&#232;gles de l'Art&lt;/i&gt; pp.459-472 et &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; pp.941-944. &#171; L'urgence &#187; : respectivement p.464 et p.228. Une &#171; prise de position normative &#187; : &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art &lt;/i&gt;p.461&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Ouvrages cit&#233;s dans cet article (dans leur &#233;dition originale) - . &lt;i&gt;La Distinction&lt;/i&gt; (1979), &lt;i&gt;Le Sens pratique&lt;/i&gt; (1980), &lt;i&gt;Questions de Sociologie&lt;/i&gt; (1980), &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on&lt;/i&gt; (1982), &lt;i&gt;Ce que parler veut dire&lt;/i&gt; (1982), &lt;i&gt;Homo Academicus&lt;/i&gt; (1984), &lt;i&gt;Choses dites&lt;/i&gt; (1987), &lt;i&gt;La Noblesse d'Etat&lt;/i&gt; (1989), &lt;i&gt;R&#233;ponses&lt;/i&gt; (1992), &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art&lt;/i&gt; (1992) , &lt;i&gt;La Mis&#232;re de Monde&lt;/i&gt; (1993).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suivant ainsi l'objectif de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/i&gt;, on s'interrogera surtout sur la m&#233;thode et la fonction de la sociologie mise en &#339;uvre : au risque de para&#238;tre n&#233;gliger les situations d'urgence qui font de cet ouvrage de science un ouvrage de conjoncture, et de mutiler les analyses concr&#232;tes qui en font la valeur et qu'aucun r&#233;sum&#233; ne parviendrait &#224; restituer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.173.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la critique du th&#233;oricisme et du m&#233;thodologisme, cf. notamment la mise au point de Lo&#239;c J.D. Wacquant dans &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.30-34. Sur les rapports entre th&#233;orie et empirie, cf. &lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt; pp. 50-52, 53-55 et &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.88-89, 133-136, 151. Sur la routine et le sectarisme m&#233;thodologique, cf. &lt;i&gt;La Noblesse d'Etat &lt;/i&gt;note 2 p.10, ainsi que &lt;i&gt;La Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; p. 903 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette confiscation-usurpation par les d&#233;l&#233;gu&#233;s et les porte-paroles qui parlent &#171; pour le peuple, c'est-&#224;-dire en sa faveur, mais aussi &#224; sa place &#187; (&lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.28), cf., notamment &#171; La d&#233;l&#233;gation et le f&#233;tichisme politique &#187;, dans &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;pp.185-202 (et en particulier sur l'autocons&#233;cration des mandataires p.190) ainsi que &lt;i&gt;Homo Academicus &lt;/i&gt;pp. 247-250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur &#171; la reconstruction du jeu dans son ensemble &#187; et de &#171; l'espace des points de vue &#187;, destin&#233;e &#224; comprendre et &#224; d&#233;passer les objectivations partielles, cf., notamment, &lt;i&gt;La Distinction.&lt;/i&gt; p.10-11,&lt;i&gt; Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.22,&lt;i&gt; Homo Academicus &lt;/i&gt;pp.13-14, &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art &lt;/i&gt;p.271 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deux interventions de Patrick Champagne contribuent &#224; d&#233;faire les constructions m&#233;diatiques et politiques des probl&#232;mes sociaux : &#171; La vision m&#233;diatique &#187; (pp.61-69) et &#171; La vision d'Etat &#187; (pp.261-269).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On mesure alors l'enjeu de &#171; l'analyse critique des repr&#233;sentations &#187; : &#171; ces constructions collectives font partie de la r&#233;alit&#233; qu'il s'agit de comprendre et dont elles sont pour une grande part responsables &#187; (p.219).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#233;galement &lt;i&gt;La Distinction.&lt;/i&gt; pp.147 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Occasion de pr&#233;ciser, une bonne fois et pour toute la suite, que les questions adress&#233;es &#224; Bourdieu et ses collaborateurs, sont les questions que nous nous posons, notamment parce que leur travail permet de mieux les poser. C'est assez dire l'int&#233;r&#234;t qu'il suscite et le respect qu'il inspire, sans qu'il soit n&#233;cessaire, pour conjurer les soup&#231;ons de d&#233;votion, de se donner comme maxime de critiquer sans m&#233;nagement, pour admirer sans flagornerie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec quelques exceptions, cf. notamment&lt;i&gt; La Mis&#232;re du monde&lt;/i&gt; p.474-475.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. notamment &lt;i&gt;Homo Academicus &lt;/i&gt;pp.49, 227-228.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le relationnisme, cf. &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;pp.23-24, 72, &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.150. Sur l'individualisme m&#233;thodologique, cf. &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p. 151, &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.23-24. Sur l'ethnom&#233;thodologie : &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;pp. 154-155. Sur les rapports entre interaction et structure des positions : &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'Art &lt;/i&gt;p.260 note et p.288, &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on &lt;/i&gt;p.41-42, &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi prolif&#232;rent les essais qui c&#233;l&#232;brent les vertus de l' individualit&#233; empirique, mais &#233;vid&#233;e de toute &#233;paisseur sociale, ou du sujet &#233;thique, mais flottant dans les v&#234;tements trop larges d'un droit taill&#233; ind&#233;pendamment des individus socialis&#233;s et qui les font ressembler, dans certains discours, alternativement ou conjointement, &#224; des clowns ou &#224; des &#233;pouvantails. Bourdieu ironise &#224; juste titre sur &#171; ce culte du moi o&#249; la philosophie, souvent r&#233;duite &#224; une affirmation hautaine de la distinction du penseur, joue aussi sa partie &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;La Distinction.&lt;/i&gt; p.486) et sur les proph&#232;tes de &#034;la &lt;i&gt;r&#233;surrection&lt;/i&gt; de la personne, sauvagement crucifi&#233;es par les sciences de l'homme &#187; (&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.154).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec le go&#251;t, &#171; la sociologie est l&#224; sur le terrain par excellence de la d&#233;n&#233;gation du social &#187;&lt;i&gt; La Distinction.&lt;/i&gt; p.9. idem p.596.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;La Noblesse d'Etat &lt;/i&gt;pp.451-452 : &#171; Toutes les aristocraties se d&#233;finissent elles-m&#234;mes comme au-del&#224; de toute d&#233;finition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Comprendre pleinement la conduite de l'agent agissant dans un champ, comprendre la n&#233;cessit&#233; sous laquelle il agit, c'est rendre n&#233;cessaire ce qui appara&#238;t d'abord comme contingent &#187;, d&#233;clare Bourdieu dans &lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;p.171, en citant Francis Ponge et en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; l'article qu'il lui a consacr&#233; : &#171; N&#233;cessiter &#187;, in &lt;i&gt;Francis Ponge&lt;/i&gt;, Paris, L'Herne, juin, pp.434-437. Cf. &#233;galement &lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.25-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi au sujet de la &lt;i&gt;Mis&#232;re du Monde&lt;/i&gt; : &#171; Cette enqu&#234;te se fonde sur l'id&#233;e que le plus personnel est le plus impersonnel, que nombre des drames les plus intimes, des malaises les plus profonds, des souffrances les plus singuli&#232;res que les hommes et les femmes peuvent &#233;prouver trouvent leur principe dans des contradictions objectives, inscrites dans les structures du march&#233; de l'emploi ou du logement, du syst&#232;me scolaire ou de la tradition successorales, et g&#233;n&#233;ratrice de double binds, de contraintes contradictoires &#187; (&lt;i&gt;R&#233;ponses &lt;/i&gt;, p.173)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les personnes dans ce qu'elles ont de plus personnel sont, pour l'essentiel, la &lt;i&gt;personnification&lt;/i&gt; des exigences r&#233;ellement ou potentiellement inscrites dans la structure du champ ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, dans la position occup&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de ce champ &#187; (&lt;i&gt;La Noblesse d'Etat,&lt;/i&gt; p.449). Autrement dit, le sociologue fait cf. &#171; la n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la contingence &#187; (&lt;i&gt;Choses dites &lt;/i&gt;p.25, je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la distinction entre l'individu empirique et l'individu construit&lt;i&gt; : Homo Academicus &lt;/i&gt;pp.11 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#233;galement &lt;i&gt;Question de sociologie&lt;/i&gt; p.75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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