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	<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>Convoiter l'impossible</title>
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		<title>&#192; propos d'un texte de St&#233;phane Beaud et G&#233;rard Noiriel : critique des impasses ou impasses d'une critique ?</title>
		<link>https://www.henri-maler.fr/A-propos-d-un-texte-de-S-Beaud-et-G-Noiriel-critique-des-impasses-ou-impasses-d.html</link>
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		<dc:date>2024-12-26T17:45:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler, Ugo Palheta</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;O&#249; il est question d'un article publi&#233; par &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de janvier 2020 sous le titre &#171; Impasses des politiques identitaires &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.henri-maler.fr/-Etat-de-la-critique-des-media-.html" rel="directory"&gt;Interventions, altercations &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.henri-maler.fr/local/cache-vignettes/L150xH120/arton62-f8a26.jpg?1726250900' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La contribution qui suit a &#233;t&#233; publi&#233;e initialement &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/beaud-noiriel-race-classe-identite-gauche/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site de Contretemps&lt;/a&gt; le 6 f&#233;vrier 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un article de St&#233;phane Beaud et G&#233;rard Noiriel, publi&#233; par &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de janvier 2020 sous le titre &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2021/01/BEAUD/62661&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Impasses des politiques identitaires &#187;&lt;/a&gt;, a suscit&#233; d'intenses controverses et des appropriations int&#233;ress&#233;es, notamment de la part de m&#233;dias (&lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;), d'id&#233;ologues (par exemple Laurent Bouvet) ou de collectifs (le Printemps r&#233;publicain) qui se sont sp&#233;cialis&#233;s depuis longtemps dans la disqualification des mouvements antiracistes au nom de la &#171; R&#233;publique &#187; et de sa sauvegarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discuter la contribution de S. Beaud et G. Noiriel est n&#233;cessaire, non seulement en raison des enjeux, de la grande valeur de leurs travaux respectifs,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment sur l'histoire de l'immigration et de la x&#233;nophobie pour l'un, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais aussi de leur engagement tenace en faveur d'une science sociale critique des rapports de domination. Or, dans le cas pr&#233;sent, force nous est d'admettre, comme on dit, que le compte n'y est pas. On se bornera ici &#224; se tenir au plus pr&#232;s de l'article publi&#233; pour en discuter la d&#233;marche et les pr&#233;suppos&#233;s, sans omettre que l'article en question est extrait d'un livre qui vient de para&#238;tre, plus pr&#233;cis&#233;ment de son introduction et de sa conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est, pr&#233;sent&#233;e avec nuance, l'id&#233;e directrice de ce texte ? Que les revendications de minorit&#233;s et des mouvements pr&#233;tendant en d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts (revendications et mouvements h&#226;tivement qualifi&#233;s d' &#171; identitaires &#187;) menacent d'enfermer les acteurs qui les d&#233;fendent, en les rendant prisonniers de pr&#233;tendues &#171; politiques identitaires &#187;, jamais d&#233;finies en tant que telles et r&#233;duites &#224; un d&#233;nominateur commun imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Amalgames&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les acteurs des &#171; politiques &#187; mises en cause ? Faute de les distinguer, l'article amalgame des chercheurs et universitaires (auxquels est r&#233;serv&#233; le titre d'&#171; intellectuels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On notera &#224; ce propos que, hormis Pascal Blanchard (mais qui n'est pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), des organisations et mouvements (qui ne sont jamais clairement identifi&#233;s alors qu'ils sont tr&#232;s divers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La lecture du livre montre d'ailleurs que, &#224; rebours de leur pr&#233;tention &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), ou encore des mobilisations et des actions (dont ne sont retenus que des &#171; coups de forces ultraminoritaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Beaud et G. Noiriel &#233;crivent ainsi : &#171; D'o&#249; la multiplication des actions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Cet amalgame permet de construire &#224; peu de frais des &#171; politiques identitaires &#187; globalis&#233;es comme si elles pr&#233;tendaient toutes &#224; la d&#233;finition de politiques globales et alors m&#234;me que la quasi-totalit&#233; de celles et ceux qui sont (ou semblent) vis&#233;s se r&#233;clament de l'&#233;galit&#233; et non d'une quelconque &#171; identit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit d'ailleurs &#224; quel point le pari de S. Beaud et G. Noiriel de se tenir sur un plan purement scientifique ne tient pas puisqu'ils reprennent, l&#224; encore sans discussion, une expression &#8211; &#171; identitaire &#187; &#8211; extr&#234;mement probl&#233;matique et qui n'est nullement issue du champ scientifique mais de pol&#233;miques m&#233;diatiques et politiques. Ainsi parlent-ils de &#171; politiques identitaires &#187;, ou dans leur livre de &#171; gauche identitaire &#187; (p. 17 de leur livre), sans s'interroger sur la valeur scientifique d'une telle notion, qui tend &#224; amalgamer des courants qui revendiquent la d&#233;fense d'une &#171; identit&#233; &#187; europ&#233;enne qu'ils jugent menac&#233;e (en l'occurrence des mouvements d'extr&#234;me droite, bien souvent n&#233;ofascistes), d'autres qui utilisent la notion d'&#171; identit&#233; &#187; pour critiquer les assignations identitaires, et d'autres encore qui usent d'une rh&#233;torique de l'&#171; identit&#233; &#187; dans une perspective de revalorisation symbolique de groupes subalternes. Peut-on v&#233;ritablement se d&#233;barrasser de ces diff&#233;rences d'usages en se contentant d'affirmer que tous &#171; parlent le m&#234;me langage &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Symptomatique de ce sch&#233;matisme, S. Beaud et G. Noiriel renvoient dos-&#224;-dos la p&#233;tition intitul&#233;e &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/030720/pour-une-republique-francaise-antiraciste-et-decolonialisee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Manifeste pour une R&#233;publique fran&#231;aise antiraciste et d&#233;colonialis&#233;e &#187;&lt;/a&gt; diffus&#233;e par &lt;i&gt;Mediapart &lt;/i&gt;le 3 juillet 2020, et l'&lt;a href=&#034;https://www.questionsociale.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Appel contre la racialisation de la question sociale &#187;&lt;/a&gt;, initialement publi&#233; par &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; le 26 juillet 2020. Avec cette cons&#233;quence : attribuer aux signataires de la premi&#232;re p&#233;tition l'objectif de &lt;i&gt;&#171; d&#233;fendre un projet politique focalis&#233; sur les questions raciales et d&#233;coloniales occultant les facteurs sociaux &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce disant, S. Beaud et G. Noiriel leur pr&#234;tent un projet politique global alors que les signataires interviennent ici exclusivement contre l'effacement de l'histoire coloniale et esclavagiste dont t&#233;moignent notamment les violences polici&#232;res (&lt;a href=&#034;https://www.jefklak.org/la-race-tue-deux-fois/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dont les victimes sont tr&#232;s souvent issues de l'immigration postcoloniale&lt;/a&gt;). Comment peut-on n&#233;gliger que nombre de ces signataires interviennent de longue date contre les politiques de classe qui accroissent les in&#233;galit&#233;s socio-&#233;conomiques et d&#233;gradent les conditions de vie des classes populaires ? Et comment peut-on &#233;voquer une pr&#233;tendue occultation des facteurs sociaux en laissant ainsi entendre que la question raciale ne rel&#232;verait pas de m&#233;canismes sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les deux auteurs affirment &#224; de multiples reprises dans l'article et surtout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou ne serait pas une composante de la question sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, S. Beaud et G. Noiriel passent ici sous silence l'universalisme abstrait de l'appel publi&#233; &lt;i&gt;par Marianne&lt;/i&gt; : un universalisme qui sous couvert de la proclamation d'une universalit&#233; de droits &#233;gaux dissimulent les oppressions et occultent des discriminations et s&#233;gr&#233;gations structurelles que sociologues, &#233;conomistes ou d&#233;mographes n'ont pourtant aucune peine &#224; mettre en &#233;vidence quand on leur en donne les moyens statistiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourra notamment lire la synth&#232;se propos&#233;e par Mirna Safi : Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme si l'universalit&#233; concr&#232;te n'&#233;tait pas encore &#224; conqu&#233;rir et pouvait l'&#234;tre sans mobilisations men&#233;es &#224; partir de ces situations d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette mise en sc&#232;ne pol&#233;mique permet &#224; nos auteurs de d&#233;plorer, en des termes un tantinet m&#233;prisants, une suppos&#233;e gu&#233;guerre entre deux &#171; camps &#187; qui menacerait la position de surplomb d'universitaires d&#233;fendant l'ind&#233;pendance de la recherche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut pr&#233;ciser que les &#171; camps &#187; qu'&#233;voquent S. Beaud et G. Noiriel sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;i&gt;&#171; Ces affrontements identitaires, o&#249; chaque camp mobilise sa petite troupe d'intellectuels, placent les chercheurs qui d&#233;fendent l'autonomie de leur travail dans une position impossible &#187; &lt;/i&gt;Sans nier la tension qui peut exister entre la recherche th&#233;orique et l'intervention politique, on voit mal en quoi la mobilisation politique de chercheurs menacerait l'ind&#233;pendance de leur recherche, ou comment celle-ci serait garantie par le refus d'intervenir directement dans le d&#233;bat politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est d'ailleurs pas, semble-t-il, la position qu'avait adopt&#233;e le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on ne peut s'emp&#234;cher de relever cet &#233;trange paradoxe : publier dans un mensuel journalistique un extrait (discutable) est le type m&#234;me d'intervention politique que S. Beaud et G. Noiriel r&#233;cusent, alors que le second, dans une &lt;a href=&#034;https://noiriel.wordpress.com/2021/01/14/les-intellectuels-a-lheure-des-reseaux-sociaux/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;note de son blog&lt;/a&gt;, attribue un malentendu au titre choisi par &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; M&#234;me si le titre qu'a choisi la r&#233;daction du Monde Diplomatique (&#8221;Impasses des politiques identitaires&#8221;) a pu inciter une partie des lecteurs &#224; penser que notre propos &#233;tait politique, ce que je regrette pour ma part, il suffit de le lire s&#233;rieusement pour comprendre que notre but est justement d'&#233;chapper &#224; ce genre de pol&#233;miques st&#233;riles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme si le &#171; propos &#187; de cet extrait n'avait rien de &#171; politique &#187;, m&#234;me en un sens minimal, dans la mesure o&#249; il renvoie &#224; des options politiques et critique d'autres options politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; Qu'auraient donc en commun les acteurs qui, &#224; des titres divers, rompent avec l'universalisme (abstrait) ? S. Beaud et G. Noiriel l'affirment : leur sous-estimation ou leur ignorance des d&#233;terminations de classe des discriminations et des oppressions subies par des minorit&#233;s en raison de leurs origines, de leurs couleurs de peau et/ou de leur religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment inexact s'agissant des universitaires et chercheurs qui, en France, font plus ou moins r&#233;f&#233;rence &#224; l'intersectionnalit&#233; sans n&#233;gliger, bien au contraire, les d&#233;terminations de classe. C'est totalement r&#233;ducteur s'agissant de nombre de militant&#183;es, de mouvements et d'organisations en lutte contre le racisme qui n'ignorent pas que l'oppression raciale s'imbrique avec l'exploitation de classe. C'est unilat&#233;ral s'agissant des mobilisations de masse les plus r&#233;centes. C'est abusivement simplificateur s'agissant des revendications d'appartenance d'habitants des quartiers populaires, souvent parfaitement conscients de l'existence d'in&#233;galit&#233;s de classe dont ils sont les victimes ; m&#234;me si cette conscience s'exprime parfois dans un langage davantage territorial (le &#171; quartier &#187;) qu'&#233;conomique, cela sans doute en raison m&#234;me du ch&#244;mage qui s&#233;vit si fortement parmi les jeunes de ces quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Raccourcis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; Mais d'o&#249; vient l'importance prise par les affrontements dont S. Beaud et G. Noiriel d&#233;noncent le simplisme ? D'o&#249; viennent, en particulier, face &#224; un universalisme proclam&#233; mais largement d&#233;menti, l'adh&#233;sion d'in&#233;gale intensit&#233; de minorit&#233;s opprim&#233;es &#224; des appartenances particuli&#232;res et leur participation &#224; des mobilisations sp&#233;cifiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;vocation du nouveau monde m&#233;diatique est mise au service d'une critique de la pr&#233;tendue &#171; am&#233;ricanisation du d&#233;bat public &#187;. Cette critique emprunt&#233;e sans discernement au bavardage m&#233;diatique fait office d'explication de la centralit&#233; qu'aurait acquise la d&#233;nonciation du racisme dans le d&#233;bat public, imputable de surcro&#238;t &#224; des &#171; &#233;motions &#187;. Alors que la contestation et les mobilisations correspondantes sont, en France, g&#233;n&#233;ralement minor&#233;es, marginalis&#233;es, d&#233;form&#233;es, voire tra&#238;n&#233;es dans la boue dans les grands m&#233;dias audiovisuels et par la presse de droite (qu'on pense &#224; la marche contre l'islamophobie du 10 novembre 2019 ou des mobilisations contre les violences polici&#232;res de l'&#233;t&#233; 2020), S. Beaud et S. Noiriel ne craignent pas d'affirmer :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Le racisme &#233;tant aujourd'hui l'un des sujets politiques les plus aptes &#224; mobiliser les &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#233;motions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; des citoyens, on comprend pourquoi sa d&#233;nonciation &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;occupe une place de plus en plus centrale dans les m&#233;dias.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quels m&#233;dias, si l'on excepte la presse ind&#233;pendante et les &#171; r&#233;seaux sociaux &#187; dont l'audience est minoritaire ? Quelle &#233;tude empirique, m&#234;me sommaire, permet &#224; des chercheurs attach&#233;s &#224; de telles &#233;tudes d'affirmer cette pr&#233;tendue centralit&#233; de la d&#233;nonciation du racisme dans les m&#233;dias ? Cela d'autant plus que la plupart des travaux scientifiques sur la question des discriminations raciales sont &#224; peu pr&#232;s inconnus de la plupart des journalistes comme des responsables politiques, que les chercheurs&#183;ses travaillant sur ces questions sont rarement sollicit&#233;&#183;es par les m&#233;dias de grande &#233;coute et que cette question est loin d'&#234;tre au c&#339;ur de l'agenda politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne prendre qu'un exemple, a-t-on jamais vu les in&#233;galit&#233;s ethno-raciales constituer un point sur lequel on interroge les candidats &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es ? La dimension raciale des violences polici&#232;res est-elle v&#233;ritablement discut&#233;e dans les m&#233;dias de grande &#233;coute ? Au contraire, les pol&#233;miques m&#233;diatis&#233;es sont polaris&#233;es par une d&#233;bauche de mots vides ou vid&#233;s de tout contenu pr&#233;cis mais sans cesse &#226;nonn&#233;s par lesdits journalistes et responsables politiques : &#171; communautarisme &#187;, &#171; s&#233;paratisme &#187;, &#171; racialisme &#187; ou encore &#171; indig&#233;nisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pol&#233;miques m&#233;diatis&#233;es sont m&#234;me parvenues &#224; s'emparer de la mobilisation mondiale de l'&#233;t&#233; 2020 contre les crimes racistes commis par la police et &#224; s'enflammer autour d'un pr&#233;tendu &#171; racisme anti-blanc &#187;. De m&#234;me, on a vu un ancien joueur de foot, Lilian Thuram, &#234;tre r&#233;guli&#232;rement accus&#233; de &#171; racisme anti-blanc &#187; pour avoir point&#233; des formes de racisme profond&#233;ment ancr&#233;es dans les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes. Les associations et les mobilisations les plus incisives sont malmen&#233;es, tandis que les &#171; d&#233;bats vraiment faux &#187; prolif&#232;rent, sans impliquer ni atteindre les premiers concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant &#224; la m&#233;diatisation des &#171; pol&#233;miques identitaires dans le d&#233;bat public &#187; que S. Beaud et G. Noiriel attribuent les revendications d'appartenance d'une partie des jeunes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &#201;tant donn&#233; l'importance prise par les pol&#233;miques identitaires dans le d&#233;bat public,&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; il n'est pas surprenant qu'une partie de ces jeunes puissent exprimer leur rejet d'une soci&#233;t&#233; qui ne leur fait pas de place en privil&#233;giant les &#233;l&#233;ments de leur identit&#233; personnelle que sont la religion, l'origine ou la race (d&#233;finie par la couleur de peau). &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, &#224; l'&#233;vidence, attribuer une importance disproportionn&#233;e au &#171; d&#233;bat public &#187; dans la mani&#232;re dont les individus se repr&#233;sentent le monde social. Sans doute les cat&#233;gories produites et diffus&#233;es dans l'espace public par ses principaux tenanciers &#8211; les porte-voix journalistiques et politiques &#8211; n'ont-elles pas une influence n&#233;gligeable. La r&#233;f&#233;rence aux cat&#233;gories diffus&#233;es dans l'espace public est bien souvent n&#233;gative et r&#233;active : c'est g&#233;n&#233;ralement parce que les musulman&#183;es sont pris&#183;es &#224; partie dans des m&#233;dias de grande &#233;coute qu'ils ou elles sont amen&#233;&#183;es &#224; se revendiquer comme tel&#183;les. Mais surtout, on peut penser que c'est l'exp&#233;rience directe des s&#233;gr&#233;gations ethno-raciales (dans les villes, &#224; l'&#233;cole ou au travail) par des groupes sociaux qui, g&#233;n&#233;ralement, n'ont pas acc&#232;s aux m&#233;dias qui est ici d&#233;terminante. Elle ne nourrit pas, ou pas seulement, des opinions mal fond&#233;es en attente de validation par des chercheurs forts d'une ind&#233;pendance proclam&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; Cette &#171; explication &#187; par le r&#244;le du d&#233;bat public est confort&#233;e par une autre. S. Beaud et G. Noiriel connaissent fort bien &#8211; &#224; la diff&#233;rence des indign&#233;s mobilis&#233;s par &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; &#8211; les discriminations subies par ces jeunes. Mais quand ils n'affirment pas qu'ils seraient d'autant plus &#233;motifs qu'ils sont livr&#233;s &#224; une m&#233;diatisation imaginaire, ils attribuent leurs revendications d'appartenance (dont ils pr&#233;sument parfois qu'elles seraient exclusives d'autres appartenances) &#224; des d&#233;ficits en capital &#233;conomique et culturel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Malheureusement, les plus d&#233;munis d'entre eux sont priv&#233;s, pour des raisons socio-&#233;conomiques, des ressources qui leur permettraient de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations. &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne pas dire plus clairement que ces &#171; d&#233;ficits &#187; r&#233;sultent des discriminations &#8211; o&#249; se m&#234;lent une vari&#233;t&#233; de facteurs et de m&#233;canismes (de classe, de race, de territoires, de genre, etc.) &#8211; qu'ils subissent et qu'ils connaissent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les risques d'isolement, voire d'enfermement, existent sans doute, mais ils r&#233;sultent pour une part essentielle des discriminations elles-m&#234;mes, si bien que lutter contre ces risques passe en premier lieu par une lutte pied &#224; pied contre ces discriminations et contre l'ensemble des m&#233;canismes d'inf&#233;riorisation sociale subis par celles et ceux qui cumulent le fait d'&#234;tre issu&#183;es des classes populaires et de l'immigration postcoloniale. Or S. Beaud et G. Noiriel nous offrent, en guise d'analyse de ces risques, une longue citation de Michael Walzer sur des impasses rencontr&#233;es par le nationalisme noir des ann&#233;es 1960 aux &#201;tats-Unis, qu'il &#233;tend (sans nuances) au mouvement &#171; Black Lives Matters &#187; pour d&#233;plorer l'incapacit&#233; &#224; nouer des alliances avec d'autres minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; il r&#233;sulterait que les risques ind&#233;niables d'isolement sont attribu&#233;s &#224; la minorit&#233; concern&#233;e, alors cette longue citation n'&#233;voque m&#234;me pas l'implacable r&#233;pression des mouvements noirs par le pouvoir politique &#233;tats-unien (allant jusqu'au meurtre des principaux dirigeants de ces mouvements) mais aussi les politiques de cooptation des &#233;lites noires, notamment au sein du Parti D&#233;mocrate. En outre, il est pour le moins audacieux, notamment de la part de chercheurs qui pr&#233;tendent s'&#233;lever au-dessus du sens commun et fonder leurs affirmations sur des enqu&#234;tes, de transposer sans examen (et sans enqu&#234;te) l'explication de M. Walzer &#224; la situation fran&#231;aise ; d'autant plus que ce dernier ne saurait en aucun cas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un sp&#233;cialiste de ces questions...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Somme toute, S. Beaud et G. Noiriel inversent les rapports de causes &#224; cons&#233;quences, comme si les &#171; politiques identitaires &#187;, davantage postul&#233;es que constat&#233;es (en particulier dans le cas fran&#231;ais), r&#233;sultaient en premier lieu des limites des mobilisations antiracistes elles-m&#234;mes, et non de l'incapacit&#233; ou du refus du mouvement syndical et des gauches politiques &#224; s'emparer de revendications et d'aspirations l&#233;gitimes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faudrait d'ailleurs aller plus loin et analyser le r&#244;le qu'a jou&#233; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au d&#233;tour d'une phrase, pourtant, on peut lire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;En outre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, ces g&#233;n&#233;rations sociales ont d&#251; faire face politiquement &#224; l'effondrement des espoirs collectifs port&#233;s au XXe si&#232;cle par le mouvement ouvrier et communiste. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quand le fondamental devient surplus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est d&#233;cisif en effet, par-del&#224; &#171; l'effondrement des espoirs collectifs &#187;, c'est la capacit&#233; d'inscrire dans une perspective g&#233;n&#233;rale des combats qui menacent de rester morcel&#233;s sans que ce morcellement soit imputable aux pr&#233;tendues &#171; politiques identitaires &#187; : un morcellement qui concerne en r&#233;alit&#233; toutes les luttes sociales, y compris celles port&#233;es par le mouvement ouvrier &#171; traditionnel &#187; et, notamment, par les syndicats. Les appartenances &#224; des minorit&#233;s opprim&#233;es qui se revendiquent et se mobilisent comme telles ne sont pas des substituts ou des d&#233;rivatifs par rapport &#224; d'autres appartenances ou mobilisations qui seraient prioritaires. Ce sont les composantes &#8211; potentielles et r&#233;elles &#8211; d'un combat englobant ; mais il ne peut &#234;tre englobant qu'&#224; condition de les inclure &#224; part enti&#232;re dans une politique d'&#233;mancipation qui reste &#224; inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt; et U&lt;strong&gt;go Palheta&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notamment sur l'histoire de l'immigration et de la x&#233;nophobie pour l'un, et sur les transformations de la classe ouvri&#232;re (avec M. Pialoux) ainsi que les trajectoires des jeunes issus des classes populaires pour l'autre. Voir notamment : G. Noiriel, &lt;i&gt;Longwy, Immigr&#233;s et prol&#233;taires (1880-1980)&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1984 ; G. Noiriel, &lt;i&gt;Le Creuset fran&#231;ais, &lt;/i&gt;Paris, Seuil, 1988&lt;i&gt; &lt;/i&gt; ; G. Noiriel, &lt;i&gt;Immigration, antis&#233;mitisme et racisme en France (XIXe-XXe si&#232;cle). Discours publics, humiliations priv&#233;es&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2007 ; S. Beaud et M. Pialoux, &lt;i&gt;Retour sur la condition ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1999 ; S. Beaud, &lt;i&gt;80% au bac&#8230; et apr&#232;s ?, &lt;/i&gt;Paris, La D&#233;couverte, 2002 ; S. Beaud et M. Pialoux, &lt;i&gt;Violences urbaines, violence sociale. Gen&#232;se des nouvelles classes dangereuses&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On notera &#224; ce propos que, hormis Pascal Blanchard (mais qui n'est pas universitaire), le livre &lt;i&gt;De la question sociale &#224; la question raciale ?&lt;/i&gt; dirig&#233; par Eric Fassin et Didier Fassin (mais qui date de 2006), Pap N'Diaye et Patrick Simon (mais dont les travaux ne sont pas discut&#233;s par S. Beaud et G. Noiriel), presque aucun travail empirique de chercheurs&#183;ses en sciences sociales travaillant en France sur la question des in&#233;galit&#233;s et des s&#233;gr&#233;gations ethno-raciales n'est discut&#233; ou m&#234;me &#233;voqu&#233; dans un livre pourtant intitul&#233; &lt;i&gt;Race et sciences sociales&lt;/i&gt; : pour ne prendre que quelques exemples ni Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed (sur la question de l'islamophobie notamment), ni Mirna Safi ou Edmond Pr&#233;teceille (en particulier sur la question de la dimension ethno-raciale de la s&#233;gr&#233;gation urbaine), ni Georges Felouzis, Mathieu Ichou ou Ya&#235;l Brinbaum (sur la question des in&#233;galit&#233;s ethno-raciales &#224; l'&#233;cole), ni Romain Aeberhardt, Ir&#232;ne Fournier, Dominique Meurs, Ariane Pailh&#233;, Roland Rathelot Roxane Silberman et Patrick Simon (sur la question des in&#233;galit&#233;s ethno-raciales dans l'acc&#232;s &#224; l'emploi), ni Nicolas Jounin ou Elisa Palomares (sur les assignations raciales au travail ou les r&#233;sistances &#224; ces assignations), ni Fabien Jobard et Ren&#233; L&#233;vy (sur la question du profilage racial dans l'activit&#233; de la police), ni plus r&#233;cemment Sol&#232;ne Brun (sur la question de la dimension ethno-raciale de la socialisation. Ces travaux menacent-ils l'autonomie du champ scientifique ? On peut en douter. Minorent-ils la dimension de classe des ph&#233;nom&#232;nes sociaux ? Peut-&#234;tre, mais il faudrait le d&#233;montrer et, pour cela, les discuter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La lecture du livre montre d'ailleurs que, &#224; rebours de leur pr&#233;tention &#224; s'&#233;lever au-dessus du sens commun (et notamment du sens commun militant), les deux auteurs se contentent de reprendre sans examen (p. 172-173) une opposition binaire d'origine essentiellement militante entre des mouvements qui seraient centr&#233;s sur la question de la classe (le MIB par exemple, Mouvement de l'immigration et des banlieues) et d'autres qui seraient &#171; identitaires &#187; (le MIR devenu PIR, Parti des indig&#232;nes de la R&#233;publique). L'histoire des luttes de l'immigration et des mouvements antiracistes, des ann&#233;es 1970 &#224; nos jours, montre que les choses sont certainement beaucoup plus complexes, le MIB par exemple reprenant &#224; son compte la notion de &#171; racisme institutionnel &#187; d&#232;s la fin des ann&#233;es 1990, et le PIR de son c&#244;t&#233; n'ignorant pas la question de la classe. Par ailleurs, comment classer dans un tel sch&#233;ma le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) ou aujourd'hui le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP) : &#171; classiste &#187; ou &#171; identitaire &#187; ? Sur le MTA, voir : A. Hajjat, &#171; L'exp&#233;rience politique du Mouvement des travailleurs arabes &#187;, &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;, mai 2006, n&#176;16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Beaud et G. Noiriel &#233;crivent ainsi : &#171; D'o&#249; la multiplication des actions spectaculaires, comme celles des militants qui interdisent des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre au nom du combat antiraciste. La complaisance des journalistes &#224; l'&#233;gard de ce type d'action alimente des pol&#233;miques qui divisent constamment les forces progressistes. Alors que la libert&#233; d'expression et l'antiracisme avaient toujours &#233;t&#233; associ&#233;s jusqu'ici par la gauche, ces coups de force ultraminoritaires finissent par les opposer l'une &#224; l'autre. Ce qui ouvre un v&#233;ritable boulevard aux conservateurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les deux auteurs affirment &#224; de multiples reprises dans l'article et surtout dans leur ouvrage &#8211; mais sans jamais le d&#233;montrer ! &#8211; que nombre de chercheurs et mouvements succomberaient &#224; un tropisme &#171; identitaire &#187; en se focalisant exclusivement sur la &#171; race &#187; ou la question raciale, au d&#233;triment de la classe (ou pour les mouvements en refusant des solidarit&#233;s ou alliances de classe). Pour notre compte, nous ne connaissons pas de chercheurs&#183;ses travaillant sur les in&#233;galit&#233;s ethno-raciales qui auraient affirm&#233; que les propri&#233;t&#233;s ethno-raciales primeraient sur tout autre facteur, et notamment sur les propri&#233;t&#233;s de classe. En revanche S. Beaud et G. Noiriel ont affirm&#233; &#224; plusieurs reprises la primaut&#233; des propri&#233;t&#233;s de classe sur les propri&#233;t&#233;s ethno-raciales. Plut&#244;t qu'une sorte de &#171; match de variables &#187;, il s'agirait plut&#244;t de se demander comment ces diff&#233;rentes propri&#233;t&#233;s agissent dans des contextes sp&#233;cifiques, bien souvent de mani&#232;re imbriqu&#233;e d'ailleurs, aussi bien dans la formation des in&#233;galit&#233;s que des identit&#233;s. On notera par ailleurs qu'il y a quelque chose d'&#233;trange &#224; refuser l'ing&#233;rence dans l'activit&#233; de recherche scientifique de consid&#233;rations ext&#233;rieures &#224; la recherche et, dans le m&#234;me temps, de refuser &#8211; comme ils le font dans le livre (p. 232-236) &#8211; les statistiques dites &#171; ethniques &#187;, en fait des statistiques permettant de mesurer les in&#233;galit&#233;s ethno-raciales en pr&#233;tendant que le fait de demander &#224; des enqu&#234;t&#233;&#183;es o&#249; sont n&#233;&#183;es leurs parents ou grands-parents, ou encore comment ils ou elles se situent sur un plan ethno-racial, comporterait un risque d'assignation identitaire. Si l'on poussait jusqu'au bout un tel raisonnement, il faudrait sans doute aussi cesser de demander &#224; des enqu&#234;t&#233;&#183;es la profession ou le niveau de dipl&#244;me de leurs parents car on sait bien que ce type de question peut tout &#224; fait aussi &#234;tre v&#233;cue comme une forme d'assignation (de classe) et de violence symbolique..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourra notamment lire la synth&#232;se propos&#233;e par Mirna Safi : &lt;i&gt;Les in&#233;galit&#233;s ethno-raciales&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2013. Ou encore le tr&#232;s riche ouvrage coordonn&#233; par des chercheurs&#183;ses de l'INED : C. Beauchemin, C. Hamel et P. Simon, &lt;i&gt;Trajectoires et origines : enqu&#234;te sur la diversit&#233; des populations en France&lt;/i&gt;, Paris, INED &#201;ditions, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut pr&#233;ciser que les &#171; camps &#187; qu'&#233;voquent S. Beaud et G. Noiriel sont tr&#232;s largement construits m&#233;diatiquement (voir les sempiternels dossiers du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;Express&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Figaro &lt;/i&gt;ou de &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; sur les pr&#233;tendus &#171; r&#233;seaux indig&#233;nistes &#187;, ou encore les &#233;missions de &#171; d&#233;bat &#187; sur les cha&#238;nes d'information en continu) et politiquement (qu'on pense aux d&#233;clarations de Blanquer, Macron ou Darmanin rendant coupable la recherche scientifique d'une &#171; racialisation &#187;). Il faudrait en outre insister sur le fait que ces &#171; camps &#187; n'ont pas du tout les m&#234;mes opportunit&#233;s de se faire entendre dans les m&#233;dias de grande &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce n'est d'ailleurs pas, semble-t-il, la position qu'avait adopt&#233;e le sociologue Pierre Bourdieu dont se r&#233;clament les deux auteurs, au moins &#224; partir du mouvement de gr&#232;ve de l'hiver 1995, mais en r&#233;alit&#233; bien avant comme le montrent les textes choisis publi&#233;s par les &#233;ditions Agone en 2002 sous le titre &lt;i&gt;Interventions,1961-2001. Science sociale et action politique&lt;/i&gt;. Qu'on lise &#233;galement les deux volumes de &lt;i&gt;Contre-feux, &lt;/i&gt;successivement publi&#233;s en 1998 et 2002,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;dans lesquels Bourdieu il n'aborde pas seulement, loin de l&#224;,, des questions qui entrent directement dans son champ de comp&#233;tence scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faudrait d'ailleurs aller plus loin et analyser le r&#244;le qu'a jou&#233; la gauche fran&#231;aise, au cours des ann&#233;es 1980-90, dans l'affadissement, la folklorisation et, finalement, l'affaiblissement des luttes antiracistes qui suivit la marche historique pour l'&#233;galit&#233; et contre le racisme de 1983. Il est pour le moins contestable d'affirmer, comme le font S. Beaud et G. Noiriel apr&#232;s tant d'autres (important ici, &#224; nouveau sans examen, un argument d&#233;velopp&#233; aux &#201;tats-Unis, par Walter Ben Michaels ou encore Mark Lilla), que la gauche au pouvoir dans les ann&#233;es 1980 aurait substitu&#233; l'antiracisme &#224; une politique de classe alors que les reculs du PS, sur la question des politiques &#233;conomiques et sur les politiques d'immigration, sont quasi concomitants dans les ann&#233;es 1980 : c'est en fait presque au moment que le PS applique le &#171; tournant de la rigueur &#187; en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, et une politique restrictive en mati&#232;re d'immigration (la p&#233;riode 1981-1983, marqu&#233;e par des r&#233;gularisations massives, faisant figure de parenth&#232;se).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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